‹ Quatrième grossesse de la duchesse de BerryChapitre 12 sur 21 · CHOIX DES NOURRICES · texte numérisé non relu

CHOIX DES NOURRICES

Ce n'est qu’après cinq mortelles séances, de six à sept heures chacune, pendant lesquelles plus de deux cents nourrices, sur environ cinq cents qui s’étaient fait inscrire chez moi, ont été examinées par la faculté du Roi, celle de S. A. R. Madame la Duchesse de Berry et le médecin des enfants, que ce choix a été terminé. Voici le procès-verbal de la dernière séance.

Les soussignés réunis pour faire le choix des nourrices de l’enfant de S. A. R. ont décidé que MM mes Bayart, Dandale, Hildebrand, Goubaud, Robelin, Grandsire et Pacoux seraient présentées comme nourrices, et pour suppléante M“ e Beauchain ; sauf l’examen qui devra être fait ultérieurement par Monsieur le docteur Deneux.

Paris, le 28 août 1820.

Signé : Portai, Alibert, Distel, Thevenot de St- Blaise, Guérin, Baron Dupuytren, Bougon et Deneux.

Les sept nourrices ci-dessus nommées avec leurs enfants, ont été présentées le lendemain 29 août à M me la Duchesse de Berry. Cette présentation a eu lieu au pavillon Marsan, et elle a eu ceci de particulier, que tous les regards des personnes qui s’y sont trouvées étaient fixés sur Madame Bayart qui a dû bien jouir ce jour, car bien que toutes les nourrices

fussent de belles femmes, il n’y a eu de compliments que pour elle et son enfant ; mais ce qui n’a pas été moins remarqué de tout le monde, ce fut l’état de malaise que par suite des éloges donnés à la première nourrice, éprouvait une certaine dame, état qu’elle cherchait à dissimuler sous un air extrêmement affairé, allant d’une nourrice à l’autre, comme pour les examiner et leurs enfants, afin de donner probablement une haute idée de ses connaissances et peutêtre faire croire que pour un pareil choix, elle en savait plus que tous les médecins du Roi et de S. A. R. qui en moins de quatre ans, avaient eu occasion d’examiner plus de douze cents nourrices et' près de trois mille enfants ; mais elle eut beau faire pour détourner l’attention de ceux qui la tourmentaient, personne n’en fut la dupe, et Madame Bayart a été mise aux retenues ayant toute certitude d’obtenir plus tard la préférence sur toutes celles qu’on lui avait données pour compagnes.

Dès que les nourrices ont été choisies et présentées à S. A. R. Madame la Duchesse de Berry, nous avons cessé de les voir jusqu’au moment de la naissance de Monseigneur le duc de Bordeaux, quoique S. A. R. ait encore eu le désir de nous voir chargé de veiller à leur santé et à celle de leurs enfants, mais ne voulant plus avoir de rapports avec les personnes qui les entouraient et leur donner la peine de nous surveiller encore pendant un mois environ, comme elles l’avaient déjà fait, lors de l’accouchement de M me Bayart, nous refusâmes cet honneur sous prétexte qu’il y avait un médecin des enfants de France et que la surveillance médicale des nourrices était un droit inhérent à son titre. Ce médecin était M. Baron, à la

nomination duquel nous avions plus coopéré qu’il ne pense, car il ignore encore que Monseigneur le duc de Berry, avant de lui confier -la santé de Mademoiselle, nous fit appeler et que ce n’est qu’après un entretien assez long que nous eûmes sur plusieurs de nos confrères qui se trouvaient sur la liste de présentation et qui n’avaient pas moins que lui de puissants protecteurs, que le Prince lui donna la préférence. Il ignore probablement encore que cinq ou six semaines après la naissance de Mademoiselle, il a été sur le point d’être disgracié, et que peut-être il l’eût été sans un nouvel entretien à son sujet que nous eûmes encore à cette époque avec le Prince. Au reste peu nous importe que ce soit à nous ou à d autres qu il doive son titre et de l’avoir conservé, n’ayant fait que lui rendre justice et remplir un devoir de conscience, il ne nous doit aucune reconnaissance. Toutefois, pour ce qui concerne les nourrices, étant parvenu à convaincre S. A. R. Madame la Duchesse de Berry, qu’il était juste que le médecin des enfants, fût chargé des soins, nous nous sommes estimé trop heureux de voir leur santé confiée à un médecin qui avait plus de connaissances que d’usage du grand monde et surtout qu’une bonne tenue.

Page 1