DE L’ACTE DE NAISSANCE DE S. A. R. MONSEIGNEUR LE DUC DE BORDEAUX
C’est dans une grande salle des Tuileries, que l’on m’a dit être le cabinet du Roi, que la lecture de ce procès-verbal a été faite et signé. Dans cette pièce, où nous avons été introduits en même temps que nos collègues MM. Baron et Bougon, nous y avons remarqué un meuble en forme de secrétaire que l’huissier nous dit être celui dont sa Majesté s’était toujours servi en Angleterre. Près de ce secrétaire était le fauteuil de sa Majesté, au-devant duquel on avait placé un bureau et sur une même ligne à droite, devant et à gauche, une rangée de sièges différents et disposés de manière à former un grand cercle.
Sa Majesté après avoir été annoncée, entra suivie de tous les Princes et Princesses de la famille Royale, des grands dignitaires de la couronne, etc. etc. et fut prendre place au bureau, d’où elle pouvait voir tout le monde. Les Princes, les Princesses et les grands dignitaires se placèrent selon leur rang et à la suite étaient les témoins. Leur place étant désignée h l’avance, je me suis trouvé sur la même ligne et à la gauche de sa Majesté, de manière toutefois à la voir presque en face, de même que toutes les personnes qui formaient le cercle. Enfin quand tout le monde fût assis, M. le Grand Chancelier placé au bureau et à la gauche du Roi, en prit les ordres et donna lec-
ture du procès-verbal et de l'acte de naissance. Voyez le Moniteur du 3 o septembre 1820.
Pendant que les témoins, les Princes, les Princesses, etc. etc. signaient l’acte, la contenance de certaines personnes a été telle, qu’elle a dû être remarquée par d’autres que nous, et sa Majesté en face de qui elles étaient placées, a dû voir la peine que leur causait la naissance d’un petit-fils de France.
Parmi tout ce monde, près de Madame la Duchesse d’Orléans était placée une dame qui, par son air cavalier et sa mise de mauvais goût, semblait n’être venue à cette réunion que pour menacer et braver toute la Cour ; comme elle nous était inconnue, nous priâmes M. Bougon de nous dire qui elle était, mais ne la lui désignant que des yeux, il nous demanda de quelle dame nous voulions parler.
De celle dont la figure porte un masque à la livrée de Condé et qui a sur son épouvantable tête un turban orange.
Mais.. .. c’est Mademoiselle d’Orléans, me dit Monsieur Bougon.
Comment c’est là Mademoiselle Adélaïde ! mais, lui dis-je, elle est affreuse, elle a l’air d’une mégère et d’une furie sortie des enfers.
Ne parlez donc pas si haut, on pourrait vous entendre.
Peu m’importe, son effroyable laideur, mon cher collègue, m'épouvante sous certains rapports, sa figure, de même que celle de son frère, sous d’autres, me rappelle ce que celle de Philippe-Egalité, avait d’ignoble, mais sa digne fille doit être plus audacieuse que n’était ce lâche conspirateur.
Oh ! mais c’est une maîtresse commère dit M.
Bougon.
La faculté ayant été appelée à signer le procès-verbal de la naissance de S. A. R. Monseigneur le Duc de Bordeaux, je cessai toutes mes investigations.