Histoire de l’Art religieux au xm e siècle , p
3 . A propos de l’influence exercée par le théâtre sur l’œuvre des artistes, voir les
I76 MELANGES d’hISTOIRE DU MOYEN AGE
Il est permis enfin de supposer Courtois joué sur un théâtre de fantoches. Mais rien ne le rend nécessaire. Du reste, une représentation de marionnettes ne comportait pas forcément un dialogue. Les indications les plus anciennes que nous ayons sur la façon dont elles se montraient sont dans Don Quichotte 1 . Un « titerero » les faisait mouvoir ; elles étaient muettes ; et, sur le devant de la scène, un « truchement » expliquait le spectacle. S’il en était toujours ainsi, la chose la plus inexplicable de Courtois , dans l’hypothèse d’un jeu de marionnettes, serait le dialogue luimême.
Une vraie représentation dramatique de la pièce serait-elle plus inadmissible ?
Notons d’abord un certain nombre de faits relatifs à sa simple possibilité. Le sujet de Courtois d'Arras n’est pas autre chose que celui de l’Enfant Prodigue. Mais il n’est pas étonnant de voir une parabole, celle-là surtout, paraître sur la scène. Au xvi° siècle, Y Histoire de l'Enfant Prodigue par personnaiges eut un succès immense. Nous savons que, sous forme de moralité, elle fut jouée à Laval, en i 5 o 4 ; à Béthune, en i 532 ; à Cadillac-sur-Garonne, en i 538 ; à Limoges, en i 53 g ; à Béthune encore, en i 563 ; à Auriol, en i 58 o. En i 458 , elle fut mimée à Gand, lorsque Philippe le Bon fit son entrée dans la ville 2 . Du reste, nous avons conservé, de la même époque, plusieurs pièces différentes qui traitent ce sujet. L’une, anonyme, a eu, à notre connaissance, cinq éditions 3 ; une autre, en latin, fut écrite par Guillaume Volder de la Haye, connu sous le nom de Gnapheus : elle eut la bonne fortune d’être traduite en français par Antoine Tiron, en i 564 ; car c’était une « matière très utile et profitable pour les jeunes gens, à cause des bons propos, sentences et admonitions qui y étaient annexées ». L’émule de Gnapheus en poésie latine, Geor
faits réunis par M. Creizenach dans une note de son Histoire du théâtre (I, p. 35 g). Dans un mémoire lu à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres en octobre 1904, M. Mâle étudie cette influence dans l’art italien du xv e siècle. Il montre que la suite de sibylles et de prophètes, gravée par Baccio Baldini, a été faite d’après le Mystère de la Passion joué à Florence sur la fin du xv e siècle. Les vers inscrits audessous par l’auteur appartiennent au mystère lui-même. Les faits sont donc certains, même hors de France.
1. Part. II a , chap. 25-26, cité par Magnin, ouvr. cit ., p. i 5 a.
2 Petit de Jullevillc, Répertoire comique du théâtre au moyen âge , p. 357» 378, 382 , 383 , 395, 399, 58 .