‹ Quatrièmes mélanges d'histoire du Moyen Âge publiés sous la direction de M. le Professeur LuchaireChapitre 65 sur 79 · Les Trouvères du Nord de la France, t. II, p · texte numérisé non relu

Les Trouvères du Nord de la France, t. II, p

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de ces derniers sont écrits une fois pour toutes en tête de la série. Courtois d’Arras est cité comme auteur du conte Bowin de Provins, et, aussitôt à la suite, vient le poème Courtois d’Arras. Il paraît y avoir chance, dès l’abord, sauf fantaisie du copiste, pour que la seconde pièce soit du même auteur que la première. Il y a plus. La lecture révèle entre elles un curieux voisinage. Le sujet déjà est le même, ici grivois et là moral : simple différence de forme ; les mêmes choses ont des eflets différents. Ici la femme jouée paie de son corps et de ses écus ; et, là, c’est l’homme qui est dupe. Ici, le poète s’en amuse, et là, il en tire une leçon très pieuse. Mais en outre, il y a une façon de faire le vers, des locutions familières, un retour des mêmes sentiments qui s’expliquent par le tour d’esprit et les habitudes de langage d’un même auteur.

On s’étonne assurément de surprendre le joyeux Courtois en train de moraliser. Peut-être son cas n’est-il pas unique et c’était la vertu des hommes d’Artois d’être tour à tour sages et gais: la vielle des ménestrels fréquentait bien des lieux d’inégal renom. Bodel, Adam en fournissent la preuve, et cet autre nous en donne l’explication : il savait rire sans doute à l’occasion, mais, dit-il,

En Avens et en Quarentaine Se doit cascuns hom métré en paine De miex dire q’en autre tans,

Ne nus ne doit estre embatans En bordel, ne en lekerie Qui en sains tans fait trekeric Il pcke assez plus morteument K’en autre tans certainement,

Le vos puis por voir tesmoignier.

Faisons ce crédit à Courtois: il a pu être décent. Mais pourquoi s’est-il mis en scène? On aimerait à imaginer que son poème fut une œuvre de circonstance, que, par exemple, après bien des erreurs, il a fait une fin, renié son inconduite et cherché auprès du public sa réhabilitation. Ils étaient nombreux ainsi, ayant vécu fort dissipés, à vouloir rentrer dans l’ordre. Courtois aurait été dans ce cas. Quoi qu’il en soit, il n’est pas surprenant de le voir auteur et acteur. Il se pliait à une habitude fréquente de ce temps, où le jongleur, héros de sa fable, lui donnait son propre nom.

Au reste, Courtois risque de n’être pour nous qu’un simple

COURTOIS D ARRAS

nom: nous ne savons rien de sa personne, et, pour connaître son époque, nous consulterons ses poèmes. Quelques critiques l’ont fait vivre vers l’extrême fin du xin® siècle 1 . Cette opinion se fondait sur une chanson politique et satirique 5 , qui lui était attribuée, et qui faisait allusion à des événements connus et datés de l’histoire d’Arras. Mais rien n’est plus problématique que cette attribution. Il faut renoncer à en tirer des arguments solides 3 .

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