‹ Que devons-nous à l'Angleterre? [microforme]Chapitre 21 sur 120 · DE TT · texte numérisé non relu

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Chamberlain, Rhodes et Cie

Chamberlain et Rhozes restèrent amis et alliés. Ils se remirent aussitôt et sans relâche à la poursuite, un instant interrompue par la mésaventure de Jameson, de leur objet suprême: “peindre l'Afrique en rouge du Cap au Caire” et associer à cette vaste entreprise les “nations d’outremer” afin de les faire entrer dans la voie des contributions im- Périales.

Au partage de la domination universelle, ils conviaient la grènde république américaine, fille de l’Angleterre, et l'Allemagne inipériale, digne à leurs yeux de se joindre:à la noble famille anglo-saxonne pour faire régner par toute la terre le culte de Thor, le dieu robuste des T'eutons, si longtemps gêné dns son règne de force brutale par la miévrerie gallo-latine.

Et comme ils étaient tous deux “hommes d’affaires” et politiciens fort pratiques, ils prirent des moyens très humains pour faire aboutir leur rêve.

L’indulgence et la faveur scandaleuses dont Rhodes et son docile instrument Jameson avaient été l’objet de la part des autorités et du peuple de la Grande-Bretagne, avaient excité les méfiances des Boers de l’Orange et du Transvaal.

Ils avaient compris avec raison que, derrière les émeutiers et les chercheurs d’or, se dressaient la cupidité et la soif de conquête de l’Angleterre impérialiste. Ils se préparèrent froidement à ce combat du nain et du géant : Naboth prétendait garder sa vigne. Les deux républiques se lièrent par un traité d’alliance défensive. Naturellement, ces préparatifs entraînaient un accroissement de budget et d’impôts que le gouvernement du Transvaal préleva sur les revenus grandissants des mines. (C'était juste, puisque les propriétaires et les profiteurs de ces mines étaient virtuellement rc ponsables de la situation qui imposait à Etat ces mesures de précaution. Soufflés par les agents secrets de Chamberlain et de Rhodes, les Uitlanders élevèrent alors une prétention exorbitante: celle d’obtenir à leur convenance des lettres de naturalisation et le droit de vote, afin de s'emparer du gouvernement et du pays lui-même, Ils rédigèrent et firent circuler maintes pétitions exposant leurs griefs réels ou imaginaires. Un puissant mouvement de presse, préparé par Cecil Rhodes et stimulé par Chamberlain, porta l'écho de ces plaintes hypocrites et intéressées aux quatre coins de l’Empire britannique; puis, quand les conspirateurs crurent l'opinion anglaise suffisamment empoisonnée, ils lancèrent un appel éperdu à la justice et à la protection de l'Angleterre, protectrice des opprimés... qui servent ses desseins.

Un seul trait suffit à faire apprécier à leur juste valeur les mobiles, les tendances et les procédés de cette vaste conspiration. Tous ces appels, tou.es ces pétitions étaient censément faits au nom et dans l'intérêt des masses laborieuses, qui réclamaient, disait-on, le droit de vote «li une législation plus conforme aux principes de la civilisation et de la liberté britanniques. Or, le groupe le plus nombreux de sujets britanniques était celui des mineurs venus de la Cornouailles. Au nombre de plusieurs milliers, ils signèrent une contre-pétition adressée aux auto-

rités britanniques. Dans ce document, ils représentaient que les lois du Transvaal étaient plus favorables aux ouvriers que celles de l’Angleterre; que la plupart des Uitlanders, ne songeant nullement à predre racine au pays, ne pouvaient prétendre à la naturalisation et au droit de suffrage; qu’ils réclamaient le droit de vote dans des conditions où l'Angleterre elle-même le refusait au prolétariat des Iles Britanniques ; et que leur objet ultime était de renverser le gouvernement b : : afin d'administrer le pays, non pas dans l'intérêt des ouvriers et du <uple, mais des propriétaires de mines et des agioteurs.

L'armée des journaux à la solde de Rhodes et de ses complices fit, sur cette démarche significative, le silence le plus complet. Il n’en fut rien communiqué à la presse d'Angleterre et des colonies. Je doute même que cette pétition ait été produite au parlement britannique.

Lorsqu'il crut la situation suffisamment préparée, Chamberlain prit ouvertement en mains la cause des Uitlanders. Il chargea le gouverneur du Cap, sir Alfred MILNER, de signifier à Kruger les exigences de l'Angleterre. Kruger, tout en protestant de son droit de gouverner le pays selon sa constitution et le voeu de ses habitants, consentit à entrer en pourparlers avec le représentant de la Grande-Bretagne. Ce fut la conférence de Bloemfontein, au cours de laquelle le vieux Boer fit preuve d’un grand esprit de conciliation: il alla jusqu’à offrir de constituer une chambre spéciale dans laquelle les Uitlanders seraient représentés avant même d’avoir obtenu leurs lettres de naturalisation. A mesure qu’il cédait, le délégué britannique ajoutait de nouvelles exigences et des prétentions plus exorbitantes. Il eut même l’audace de vouloir dicter la nature et la quotité des impôts au chef d’un pays dont la Grande-Bretagne, par son gouvernement, son parlement e: ses tribunaux, avait reconnu et proclamé l'indépendance absolue, du moins en tout ce qui touchait à son gouvernement intérieur. C’est à cette pression tyrannique, à cette audacieuse tentative d’usurpation, que Chamberlain osa plus tard donner figure de démarche conciliatrice.

La conspiration aux colonies

Tout en poursuivant ces manoeuvres qui ne pouvaient qu’aboutir à la guerre, la junte des forbans impérialistes mettait tout en oeuvre pour s’assurer la coopération des “nations-soeurs”. Dans chacune des colonies autonomes, Cecil Rhodes envoya un délégué, accrédité par Chamberlain et chargé d’éveiller les sympathies des coloniaux pour les “souffrances” et les “griefs intolérables’” des pauvres Uitlanders.

Le missionnaire envoyé au Canada fut un nommé ALLEN, personrage interlope aux gages de la puissante Compagnie à Charte dont Rhodes était le maître. Le Star, de Montréal, qui était entré dans le mouvement, fit son assiette dans l'opinion publique. Accueilli à bras ouverts à Rideau Hall, il eut ses grandes et ses petites entrées dans les coulisses du parlement. Il eut bientôt décidé le premier ministre, sir Wilfrid LAURIER, et le leader de l’opposition, sir Charles TUPPER, à se mettre d'accord et à soumettre à la Chambre le voeu que voici:

“ Cette Chambre a vu avec peine les complications qui ont surgi “ dans la république du Transvaal, dont Sa Majesté est la suzeraine, par

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“suite du refus d'accorder aux sujets de Sa Majesté, actuellement établis “dans ce pays, une participation égale dans son gouvernement.

“ Cette Chambre a vu avec une plus grande peine encore que l’état “de choses qui y existe a dégénéré en une oppression intolérable et a “produit une excitation considérable et dangereuse parmi diverses “classes des sujets de Sa Majesté dans ses possessions sud-africaines.

“ Cette Chambre, représentant un pays qui a pleinement réussi, en “ concédant des droits politiques égaux aux divers éléments de sa popu- “lation, à faire disparaître les causes d’antagonisme et à faire accepter “avec satisfaction par tous son s ystème actuel de gouvernement, désire “exprimer sa sympathie pour les efforts tentés par les autorités impé- “riales en vue d’obtenir en faveur des sujets de Sa Majesté établis dans “le Transvaal la même mesure de justice et de reconnaissance politique “qui sera nécessaire pour assurer la pleine jouissance de libertés et “ de droits égaux ” (1).

Cette proposition, inscrite subrepticement au feuilleton, fut votée à l'unanimité, un lundi matin, quelques jours avant la prorogation des Chambres et en l’absence des trois-quarts des députés. Pas un seul de ceux qui la votèrent ne l’avait lue. Le Premier Ministre lui-même l'avait acceptée toute cuite des mains de l’agent de Rhodes et de Chamberlain, sans se rendre compte de la gravité de l’acte qu’il posait. En un tour de main, il faisait décréter par la Chambre des Communes l’existence de la suzeraineté de l’Angieterre au Transvaal, — c'était une violation flagrante de la vérité des faits, — et il liait le parlement canadien aux manoeuvres tortueuses poursuivies par Chamberlain sous le faux prétexte de faire rendre “justice” aux forbans du Rand et d’assurer à une bande d’agioteurs cosmopolites, en pays étranger, des “droits” politiques que le gouvernement canadien n'aurait jamais consenti, dans des circonstances analogues, à reconnaître aux mineurs du Yukon.

Des expressions d’opinion identiques furent obtenues des autres colonies par des moyens semblables. Inutile de dire que ces voeux ne furent jamais transmis à Prétoria, Ils furent interceptés au Colonial Office. Une fois muni de ces bons à payer des gogos des “nationssoeurs”, Chamberlain poussa vivement sa pointe. Se souvenant sens doute des procédés de Bismarck, son idole et son modèle, il joua habilement sur les mots. Il entreméla les réponses à demi conciliantes et les provocations irritantes, de manière à pousser Kruger à la guerre, tout en se ménageant à lui-même une façade pacifique. Les Boers ne- pouvaient plus hésiter: le temps et la distance étaient leurs seuls alliés contre les forces et les ressources immenses de l’Empire britannique. Ils prirent les devants; ce qui permit à Chamberlain, quelques jours plus tard, d’affirmer au parlement et au peuple de la Grande-Bretagne que le Transvaal était le provocateur et que lui, Chamberlain, avait cherché jusqu’au bout à éviter le conflit et à régler la difficulté par la conciliation (2).

(1) “Débats de la Comme la plupart des d Les mémoi ont révélé une ger à la guerre.

, fut rappelé en Angle- ; et qu'i: avait prévu

Il mit la même astuce, la même audace d'exécution à susciter et

à utiliser les offres de secours des colonies autonomes, dans cette guerre où le Royaume-Uni, avec ses 40,000,000 d'habitants, ses richesses colossales, sa flotte, la plus puissante du monde, et ses armées, mal organisées il est vrai, entreprenait-de vaincre la résistance de deux petits peuples dont la population totale, depuis le vieillard centenaire jusqu’ l'enfant à la mamelle, n’égalait pas la moitié de la population actuelle de la ville de Montréal.

Dès que la guerre parut inévitable, des offres individuelles de secours armé surgirent du Canada et de quelques-unes des colonies australiennes; mais ca ne faisait pas l'affaire de Chamberlain: ce au’il voulait, c’étaient des offres officielles de contribution par les gouvernements. Il n’avait pas oublié le précédent établi, en 1885, par la Nouvelle Galles du Sud. Il s'agissait maintenant d’en faire la règle de toutes les colonies autonomes. Il avait fait la langue aux gouverneursgénéraux, aux commandants de milices et à leurs affidés de la presse impérialiste. Au Canada, la Campagne fut menée par le Star, sous la direction occulte de lord Minto et du général Hutton. Le Sfar lança sa fameuse consultation des maires de toutes les municipalités canadiennes. Il publia à grand fracas les réponses favorables à l'intervention du Canada et jeta au panier les réponses défavorables ou douteuses (1).

Par le jeu facile des fausses nouvelles et des dépêches truquées, on affirmait au Canada que les colonies australasiennes, qui n'étaient pas encore fédérées, étaient unanimes à intervenir; et en Australie, on for- Sait la main des gouvernements en disant que le Canada prenait le devant dans cette croisade impérialiste.

La résistance des colonies fut d’abord assez vive.

Au parlement de la Nouvelle-Galles, un député, anglais de naissance, eut la crânerie de s’écrier: “Lorsque mon pays combattra pour une cause juste, je l’applaudirai; mais cette guerre est la plus inique que la Grande-Bretagne ait jamais entreprise, et j'espère que l’Angleterre sera vaincue.”

Au parlement de Victoria, un député, anglais lui aussi, accusa l’Angleterre d’entreprendre la guerre “pour faire donner aux Uitlanders des droits politiques qu’elle refuse à ses propres sujets.” C'était rigoureusement exact.

Dans l'Australie Méridionale, l’un des députés déclara “qu’il prendrait plus volontiers les armes Pour soutenir les Boers que pour aider aux rapaces Uitlanders.” Le projet de loi autorisant le gouvernement à aider l’Angleterre ne passa qu’à une faible majorité de six voix à l'Assemblée législative; au Conseil législatif, ce fut le vote prépondérant du président qui sauva le ministère et la contribution.

Au Queensland, la situation était plus intéressante Pour nous, parce qu’elle se rapprochait davantage de celle du Canada. Le 8ouvernement de cette petite colonie avait été le premier à offrir, dès le 11 juillet, des troupes aux autorités impériales. Mais lorsque le parlement se réunit, au commencement d'octobre, pour délibérer sur la situation, l'opposition

Proposa un vote de censure contre le ministère et reçut l’appui de plu-

(1) Je tiens ce détail topique de l'un des employés de la rédaction du Star.

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sieurs des membres de la majorité. Le gouvernement se réchappa à grand'peine (1).

Premières résistances de M. Laurier — Campagne nationaliste de M. Tarte

Naturellement, les agents de Rhodes et de Chamberlain eurent bon soin de ne rien laisser transpirer par le télégraphe de ces-divergences d'opinion. Ils transmettaient chaque jour, en Angleterre et au Canada, des récits mirobolants de l'enthousiasme et de l’unanimité du peuple des antipodes en faveur de l'intervention des colonies. Au Canada je gouvernement commença aussi par résister. J’ai rappelé, dans la première partie de ce travail, l'opinion de sir Wilfrid Laurier, publiée dans le Globe, de Toronto, le 4 octobre 1899 (2). Cette opinion n’avait pas été donnée au hasard: le premier ministre en avait dicté lui-même, dans son cabinet, les termes précis, et ce, après mûre délibération avec ses collègues.

Cette déciaration renfermait du reste un passage fort compromettant pour l’avenir.

“A mon avis, disait le premier ministre, il est clair qu’il peut se “ présenter des cas où [les troupes canadiennes] pourraient être en- “voyées pour combattre à l'étranger. Supposons, par exemple, que “TEspagne déclare la guerre à la Grande-Bretagne. L'Espagne possède “ou possédait une flotte. Cette flotte pourrait appareiller pour venir “attaquer je Canada, comme partie de l'Empire. L'attaque est parfois. “le meilleur mode de défense. En ce cas, les troupes canadiennes pour- “raient être expédiées en Espagne. Il est tout-à-fait certain qu’elles “pourraient légalement être envoyées dans la Péninsule Ibérique. Le “cas de la République sud-africaine n’est pas analogue....”

C'était ouvrir la porte aux pires aventures impérialistes. M. Laurier a toujours eu le talent de se garder des issues dans toutes les directions. Mais, pour l'heure, il s’en tenait à la non-intervention.

A tous ceux, partisans ou adversaires de l'intervention, qui lui signalaient les dangers de la Campagne menée par le Sfar sous Ja direction du gouverneur, — les uns pour l’engager à y céder et les autres à y résister par une contre-campagne, — il répondait invariablement: “I re peut être question d'envoyer des soldats canadiens en Afrique: ce serait une folie criminelle” Ces paroles, M. Laurier les a dites en ma présence, le 2 octobre; et pour me convaincre de sa détermination, il me renvoya à l'interview que le Globe devait publier, et publia, en effet, le 4 octobre. Il venait de la dicter au correspondant de ce journal à Ottawa. C’est même l’unique fois où j'ai vu M. Laurier céder à un mouvement d’impatience et laisser échapper une parole vive. J’insistais sur la nécessité de mener dans la presse ministérielle anglaise une campagne parallèle à celle que M. Tarte conduisait vigoureusement dans la Patrie, qui était à cette heure l’organe des nationalistes, avant même

(1) Ces détails ct plusieurs autres ont étt recueillis dans les journaux d’Australie arrivés à Ottawa longtemps après le dénouemen. de la comédie. Je les ai communiqués à la Chambre des Communes le 13 mars 1900.

(2) Pièce justificative 59.

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que la doctrine nationaliste n'eût pris corps (1). “Si vous ne créez un contre-courant dans la presse anglaise, lui disais-je, vous serez forcément entraîné.” —— “Mais vous perdez la tête, mon cher Henri! Comment pouvez-vous croire que je commettrais la folie de me laisser entrainer au point d'envoyer des soldats en Afrique?”

Le lendemain, le premier ministre partait pour Chicago où il était invité à prendre part à une cérémonie quelconque, l'inauguration d’un bureau de poste, si je ne me trompe. Durant son absence, les choses marchèrent dru. Entre deux verres de scotch, le général Hutton se vantait de pulvériser le ministère. Sur les entrefaites, arriva une dépèéche de Ch«mberlain, acceptant les offres généreuses et spontanées que le Canada n'avait pas faites (ri

Cette dépêche n’était du reste que la co ministère des Colonies avait adressées à tou tions soeurs”, — à celles qui n’avaient rien

fonde qu'avait Chamberlain des politiciens génération. A Macdonald ou à Cartier, à Howe ou à McGee, il n'aurait jamais osé lancé un tel défi : s’il eût risqué,

pas fait attendre. Mais la propagande impérialiste avait déjà porté ses fruits dans l’opinion. Les chefs des tribus d’outremer n’avaient pas perdu le souvenir des bonnes grâces et des honneurs dont M. Chamber- Pour ceux des ministres coloniaux qui n’avaient pas encore fait d'offres, relever l’insolence du procédé, c'était dire qu’ils n'offriraient aucune contribution; c'était $ exposer aux injures des jingos et de la Presse soudoyée par Rhodes ; c'était courir au-devan: des accusations de “déloyauté” envers l’Empire. Pour M. Laurier, en particulier, c'était le démenti à ses belles envolées oratoires de 1897. Chamberlain, Rhodes et Milner avaient “allumé les feux sur les collines” d'Afrique, toute la presse jingoe “sonnait la trompette” et appelait les fils de l'Empire à la croisade contre l’Infidèle. Coinment M. Laurier Pouvait-il refuser d’honorer sa promesse et de “faire ce qu’il pouvait pour aider l'Angleterre?”

Volte face de M. Laurier — Ma démission

A son retour de Chicago, le premier minist,e trouva son cabinet en plein désarroi. La majorité de ses collègues, pris de panique, tout en condamnant l'intervention, trouvaient qu’il n’était plus possible de résister à la clameur populaire. Seul, M. Tarte, — et peut-être, mais à un moindre degré, MM. Fisher, Paterson, Blair et Sifton, — opinaient pour ia résistance. Tous les ministres tombèrent finalement d’accord pour consentir à l’imtervention dans les termes indiqués au décret du 13 octobre que j'ai cité précédemment (3).

(1) Pièce justificative 60. 11 est assez amusant de ra allèrent briser les carreaux de la Patrie et lui faire un ch dont ils ont gratifié le Devoir cette année. Les fils Ta

ilier que nc l'était leur père.

(2) Pièce justificative 58—dépêche No 18.

(3) Pièce justificative 58—dépêche No 93. Le décret porte la date du 14 octobre, Jour où 1! fut contresigné par ic gouverneur; mais c’est bien le 13 qu’il fut rédigé et adopté par le Conseil des ministres.

ppeler que les jingos forcenés ahut en tout semblable à celui rte sont plus soigneux de jeur mo-

M ne no cc n

Une copie de ce décret fut envoyée au ministre des Colonies. CHAMBERLAIN, à qui sa magnifique impertinence avait déjà si bien réussi, riposta par une dépêche où il remercie particulièrement les Canadiens et les autres coloniaux de cette manife-tation de “leur désir de partager les risques et les fardeaux de l'Empire.” Il y voit “ron seulement )+ “preuve de l’inaltérable fidélité du Dominion et de son adhésion à ]: “politique poursuivie dans l’'Afrique-Suwd par le gouvernement de 3a “Majesté, mais aussi l'expression de ce sentiment croissant d'unité et “ de solidarité des pays d'Empire, qui a caractérisé, depuis quelques an- “ nées, les relations de la mère patrie et des colonies ” (1). Il était impos:ble de mieux marquer la signification véritable et le caractère permanent de la politique inaugurée par le Canada. Le puiss”nt ministre des Colonies, comme un simple kaiser, déchirait le “chiffon de papier” sur lequel les ministres canadiens avaient inscrit si soigneusement leur puérile réserve des “principes bien connus du gouvernement constitutionnel et des pratiques coloniales.” La “no precedent clause” était remplacée par l'affirmation du nouvel impérialisme, et la contribution des colonies aux guerres de l'Empire devenait la coutume qui serait dorénavant suivie.

Lord Minto et le général Hutton célébrèrent leur triomphe par des expressions d'opinion identiques à celles de leur chef. Le ministre de la Milice, M. Frederick Borden, — un anti-impérialiste pourtant, mais sujet aux emballements oratoires, — déclara, quelques jours après la volte-face du cabinet, que cet envoi de troupes inaugurait une politiqre nouvelle,

Malgré mon désir de tenir ma personne, mes paroles et mes actes aussi complètement que possible en dehors de cette revue rétrospective d’un chapitre intéressant de notre histoire, il me faut bien rappeler ici mon attitude et mes déclarations, puisqu'elles marquèrent le point de départ du mouvement nationaliste,

Durant la courte période où le ministère subissait l’assaut des partisans de l'intervention, M. Laurier et M. Tarte m’avaient fait l’honneur de m'appeler à Ottawa à plusieurs reprises. De ces entrevues, de ces conversations, je n’ai rappelé ici que celle du 2 octobre. Un de ces jours, je ferai peut-être le récit complet des péripéties, grandes et petites, de cette crise qui marque l’un des points tournants de notre histoire.

L'acte du gouvernement me paraissait d’une extrême gravité. Depuis l’adoption du voeu du 31 juillet, j’avais réfléchi aux conséquences d’une capitulation devant les exigences et les intrigues de Chamiberlain. J'avais résolu de m’opposer de toutes mes forces à l'intervention du Canada dans la guerre; et j'en avais loyalement prévenu le premier ministre, dès le 2 août. Cette intervention ne pouvait être, à mes yeux, que le prélude et le signal d’une politique nouvelle, extrêmement dangereuse pour le pays et contraire aux principes les mieux établis de la constitution et aux traditions constantes de notre histoire. Dans la “no precedent clause”, je ne pouvais voir qu’une barrière illusoire

(1) Pièce justificative 58—dépêche No 95.

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