‹ Que devons-nous à l'Angleterre? [microforme]Chapitre 22 sur 120 · LC. CS, . DL · texte numérisé non relu

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opposée à la pression impérialiste, et plus exactement encore un fauxfuyant du ministère pour excuser sa volte-face.

Après plusieurs jours de réflexion et de consultation avec M, Tarte, je résolus de donner ma démission et de me présenter de nouveau dans le comté de Labelle, afin ie donner à mes électeurs l'occasion de se prononcer sur le principe de la contribution, en dehors de toute autre discussion politique. Je motivai ma démission dans une lettre publique adressée au premier ministre et publiée dans la Patrie du 20 octobre (1). Le texte du décret du cabinet n’était pas encore connu au moment où j’écrivai: cette lettre; mais M. Tarte m'en avait indiqué la teneur.

Après avi ir cité le Passage de l'interview du 3 octobre dans lequel M. Laurier affi: maïit que le gouvernement n'avait pas le droit d’envoyer des troupes en Afrique sans le consentement du parlement, j’ajoutais:

“L'arrêté ministériel qui décrète l’enrôlement et l'expédition de “ nos troupes réserve, paraît-il, l'avenir et empèche cette action d’être “considérée comme un précédent,

“ Le précédent, Monsieur le ministre, c’est le fait accompli.

“Le principe en jeu est l’axiome par excellence du libéralisme an- “glais, c’est la base même du régime parlementaire : No taxation with- “out representation. Et l'impôt du sang constitue la forme la plus lourde “ des contributions publiques.

“Il s’agit de savoir si le Canada est prêt à renoncer à ses préroga- “tives de colonie constitutionnelle, à sa liberté parlementaire, au pacte “conclu avec la métropole après soixante-quinze ans de luttes — et à “retourner à l’état primitif de colonie de la Couronne.

“Il s’agit de décider si le peuple canadien sera appelé à prendre “ part à toutes les guerres de l’Empire sans que les portes du cabinet et “ du parlement impériaux lui soient ouvertes, sans même que ses repré- “sentants et son 8ouvernement soient consultés sur l'opportunité de ces: “luttes sanglantes.

“Je ne consentirai jamais à appuyer cette 2olitique rétrograde.”

La Patrie fit bon accueil à mon attitude. Dans un article publié le 21 octobre, M. Tarte approuva sans réserve ma définition de principe. Afin de sauver la face du ministère, il insistait sur le “ non précédent ”: “Nous disons hautement et fermement que le départ des volontaires, “ dans les circonstances et dans les conditions où il se fait, n’est point “et ne sera point un précédent ” (2),

Je convoquai une série de réunions publiques dans ma circonscription électorale, Dès la première de ces réunions, tenue à Papineauville, le 22 octobre, je posai la question sur le terrain constitutionnel et je fis entrevoir les conséquences de la politique dangereuse inaugurée par le

&ouvernement :

“Si aujourd’hui, disais-je, l’on demande 500 soldats au Canada pour “aller combattre contre une nation de 300,000 âmes, que sera-ce quand “l'Angleterre aura à lutter contre un peuple puissant?

Oo Pièce justificative 61. Cette lettre a été écrite et envoyée au premier ministre catre ie 15 et le 20 octobre.

“La voyez-vous aux prises avec la Russie? Alors l'on fera lever “ des milliers de Canadiens qu'on arrachera à nos paisibles campagnes “et aux douceurs de la vie domestique pour les envoyer dans les steppes “ glaciales de la Sibérie.

“Que serait-ce encore si la mère-patrie allait porter la guerre en ‘“ Allemagne?

“A ce compte, nos fils devront s'attendre à partir au premier signal “pour les quatre coins du globe sans profit pour eux-mêmes ni pour la “patrie qui a tant besoin de leurs bras et de leur intelligence pour pros- “ pérer et grandir ” (1).

Retour à la Chambre — Naissan.e du mouvement nationaliste

Réélu sans opposition, en janvier 1900, je rentrzi à la Chambre aux bras de M. Tarte et de M. Monet, député de Laprairie-Napierville. Le ministre des Travaux Publics m'avait lui-même fort obligeamment offert d'être mon parrain. Il tenait à faire savoir à ses collègues et à tout le monde que s’il avait cédé devant l'orage il était tout disposé à favoriser l'opposition au courant impérialiste. Cet incident fit scandale. Les torys crurent y voir la preuve que ma démission avait été concertée avec le ministère. Il n’en était rien; mais l’attitude du ministre des Travaux Publics favorisait ces soupçons. Nul doute que cette attitude s’écartait singulièrement des règles de l'étiquette parlementaire; mais comme je ne demandais pas mieux que de compromettre le ministère et de lui donner toutes les occasions de réagir contre le courant qui l'avait entrainé, j'encnrageais très volontiers les ministres dans toutes les manifestations qu'ils étaient disposés à faire pour exprimer leur adhésion à mes idées.

Au risque de fortifier la légende d’une conspiration avec les ministres, je repris mon siège à droite du président et je m’abstins de toute attaque inutile contre le ministère, Du reste, je n’avais pas d’autre alternative. Je reprochais à M. Laurier et à ses collègues d’avoir cédé à la pression de Chamberlain et des impérialistes. Sir Charles Tupper et les torys leur faisaient un crime de n’avoir pas fait davantage pour l’Empire. Il n’y avait donc rien à attendre de l'opposition conservatrice.

Ma principale préoccupation était d'obtenir de la Chambre une ratification de la no precedent clause et de faire donner un démenti aux déductions compromettantes que Chamberlain avait tirées de la décision du gouvernement de participer à la guerre, Je rédigeai la proposition suivante:

“Cette Chembre insiste sur le principe de la souveraineté et “de l'indépendance du parlement comme étant la base des institutions “britanniques et la sauvegarde des libertés civiles et politiques des ci- “toyens britanniques, et refuse, en conséquence, de considérer l’action “ du gouvernement au sujet de la guerre de l'Afrique du Sud comme un “précédent qui doive engager ce pays dans toute action à venir.

“Cette Chambre déclare, de plus, qu’elle s'oppose à tout chan- ‘“gement dans les relations politiques et militaires qui existent actuelle-

(1) Ce texte est emprunté au compte rendu de la Patrie du 23 octobre.

“ ment entre le Canada et la Grande-Bretagne à moins que tel change- “ment ne soit décrété par la volonté souveraine du parlement et “ sanctionné par le peuple du Canada ” (1).

Je commença Par soumettre ce voeu au suggérant de le faire Proposer par un député m compromettant que moi, un Anglo-Can clarai même que je ne tenais nullemen principe fut clairement exprimé.

M. Laurier fut vivement tenté d'accepter cette bProposition. Il en délibéra longuement avec ses Collègues. Au bout de huit jours, il me rendit mon texte en me disant que le cabinet se considérait suffisamment couvert par la réserve contenue dans l'arrêté ministériel du 14 octobre, Du reste, il ne chercha nullement à combattre ma détermination de saisir la Chambre de la question (2),

C'est ce que je fis, le 13 mars 1960. J’appuyai ma proposition d’un discours dont certains Passages ne manquent Pas d'intérêt aujourd’hui. Après avoir disposé de quelques-uns des motifs d'ordre secondaire invoqués par la presse et les députés ministériels Pour justifier l'expédition des troupes canadiennes en Afrique, j'abordai Je principal et le plus constant de leurs arguments: « La participation des colonies à la guerre est une manifestation précieuse de l’unité de l'Empire et un avertissement aux ennemis possible de l’Angleterre.’

“ Cette leçon, disais-je, est susceptible d'un double résultat. Elle a

“ donné à cette guerre une portée qui n’est point dépourvue de dangers “pour le prestige de l'empire futur. Vous pouvez donner à cette leçon la signification qui vous plait; mais Je monde à qui vous la donnez "peut l’interpréter à sa guise. Le résultat final de cette guerre n’est ‘point douteux; mais ses débuts ont été lents et pénibles; et ce monde “que vous défiez se réjouit à la pensée que les deux petites républiques

“boers ont tenu en échec pendant quatre mois ‘Je plus vaste empire “qui ait été’,

“Mais quelles que soient les conséquences de cette leçon pour l’An- “gleterre dans ses relations avec les autres puissances, sa portée actuelle “au Canada est une accusation directe contre notre gouvernement qui “n’a point convoqué les Chambres. Si nos ministres voulaient réelle- “ment donner une leçon et un avertissement, ils désiraient sans doute “que la leçon fût fructueuse et l’avertissement sérieux, Quelle est la “conséquence? Si nous envoyons deux mille hommes et s

premier ministre, en ;ui oins compromis et moins adien de préférence, Je lui dét'au texte précis, pourvu que Île

“totale s'élève à deux cent cinquante mille âmes, “armerons-nous et combien de millions dépensero

ns-nous pour com- “battre une puissance de premier ordre ou une coali

tion internationale?

(1) “Débats de la Chambre des Communes”, 1900 (version française) col. 1829. Les extraits qui suivent sont é lement empruntés à cette version, col. 1791-1812. Le discours avait été prononcé en anglais; mais la traduction officielle est assez fidèle.

(2) Il poussa même Vobligeance ’à me suggérer de Proposer ce voeu comm SR ES rennes NE GRR Ge cms es s: es”. a excluait tout sous-amen emen e suivis ce conseil, ce au premier ministre de prétexter, De demander à la r* Ajorité ministérielle + = ma e L u

ser Proposition, la procédure m "1 m'avait su: érée, C Jarnac. J'aime mieux sr subi que porté,

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