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“Et c'est, n'en doutons pas, aux grandes puissances et aux coalitions “éventuelles qu'on adresse cette leçon et cet avertissement. Si nous “avons jugé à propos de prendre part à l’enseignement, il doit s’en- “ suivre que nous sommes prêts à participer à l’action lorsque le temps “sera venu d'appliquer la leçon. Alors, c’est le point de départ d'une “politique nouvelle qui nous donne de sérieux aperçus sur l'avenir de “notre pays. Ces aperçus peuvent être glorieux pour ceux qui ont soif “des honneurs militaires. Ils peuvent inspirer aux rhéteurs de belles “ périodes sonores et des stances lyriques aux rimailleurs. Mais on pré- “pare par là une sombre destinée aux classes agricoles et travaillantes “de notre pays. On les menace du fardeau insupportable qui écrase “les paysans et les ouvriers d'Europe, C'est ce fardeau que les “ Little “ Englanders” et les “ Petits Canadiens” avaient épargné jusqu'ici à “l'Angleterre et au Canada.
“On ne saurait s'étonner que le gouvernement ait hésité à nous “ouvrir les portes de ce noir inconnu. Mais n'aurait-il pas été à propos “ d'hésiter davantage et de faire connaître au peuple le résultat possible “ de cet avenir incertain avant de nous y pousser par un simple décret “ de cabinet?
“On m'opposera, sans doute, la clause du décret déclarant que cette “action n’est pas un précédent. J'avoue volontiers que cette clause est “tout ce que je puis approuver dans la conduite du gouvernement, Mais “je crains que ce soit un obstacle bien fragile à mettre en travers du “courant de militarisme tapageur qui entraîne en ce moment toutes les “ possessions britanniques. C'est cette crainte que j’exprimais dans ma “lettre au premier ministre, lorsque je disais: “Le précédent, mon- “ sieur, c’est le fait accompli ”.”
Lord Minto et la Constitution
Je notais ensuite l'interprétation donnée par M. Chamberlain et par la presse anglaise à la décision du gouvernement. Puis je citais les déclarations du gouverneur général, lord MINTO, rapportées par les journaux dans ces termes:
“Le peuple du Canada ne désire point s'attacher à des arguties sur la responsabilité coloniale. Tout ce qu’il a fait, c'est d’insister pour que ces offres loyales soient manifestes et il se réjouit au fond du coeur que ces offres aient été acceptées de bonne grâce.”
“Ce régiment est la première offrande que le Canada fait à la grande cause impériale, C’est une nouvelle orientation et l’avenir est possible de grandes choses. La manifestation actuelle d'une union impériale est plus expressive qu’une constitution écrite ne saurait l'être. L'envoi de ces troupes peut faire surgir la question de la Fédération impériale; il n’y a pe lieu pour lui de discuter cette question. Il s’est toujours opposé aux constitutions écrites. Il préfère s’appuyer sur les sentiments du coeur.”
Et j'ajoutais:
“Si le Gouverneur a voulu dire, en déclarant qu’il s’opposait aux “ constitutions écrites, que la Grande-Bretagne se passait facilement de “constitution écrite, je suis d’accord avec lui. Mais dans notre pays,
us “hous avons une constitution écrite, E; rette constitution. n'est pas : n- “seulement la forme légale de notre Houvernement; c’est [aussi] un ps “contrat solennel et sacré, conclu entre les diverses provinces de l'Amé- ! ne “rique Britannique du Nord, Ce contrat fut préparé avec grand soin | de “et beaucoup de sollicitude par les meilleurs hommes de ces provinces. if “Ces hommes ne Partageaient pas les mêmes croyances religieuses; ils ï es “étaient nés de races différentes; ils appartenaient à des groupes poli- = d: “tiques divisés entre eux. Ils unirent leurs efforts et leur bonne volones “té, pour rédiger ce traité afin de mettre un frein à des rivalités dange- | se “ reuses et d'offrir à l'univers le spectacle glorieux et réconfortant d’une : le “grande nation, libre et une, fidèle à la Couronne d'Angleterre. Les ! à “corps représentatifs de chacune des parties contractantes acceptérent
“celle charte; le parlement de la Grande-Bretagne la ratifia; le sceau 1S “royal y fut apposé.
Ds “Comme toutes les oeuvres humaines, celle-ci n’est point parfaite. ER le “ Elle peut subir des réformes et de nouvelles dispositions. Mais tant Ds: Lt et “ qu’elle reste, elle reste ce qu’elle est, ayant droit au respect de tous les RE : “citoyens, grands et petits, riches et pauvres — de ceux qui ont mission Er
te “ de la faire exécuter comme dé ceux qui doivent s’y soumettre. L'in- |
st “terpréter à la lettre peut être de “ l’argutie coloniale ”; Ja manipuler ii
is “sans respect peut devenir un crime contre la nation. Et lorsqu'il fau- ié
Lu “dra la modifier, ce ne sera point par correspondance entre Downing
:s “Street et Rideau Hall — celte époque est finie dès longtemps — mais
a “ par l'action libre et indépendante du parlement canadien et du parle-
1 “ ment anglais, soumise à l'approbation du peuple du Canada.” tère avait cédé aux voeux du peuple, j'oppo-
“Il est vrai que, sous un régime démocratique,
nous sommes les | ” “serviteurs du peuple; mais le devoir nous incombe aussi de renseis. “ gner et d’instruire le peuple; et c'est là ce qui fait la différence entre
+ “une saine démocratie et une démagogie sans principes. Et si j'accuse “le 8nuvernement, ce n'est pas tant d’avoir cédé de guerre lasse devant “ce cu’il appelle l'opinion publique, mais parce qu’il a négligé d’éclai-
r “rer cette opinion Par ses organes et ses partisans.”
À Je m'attaquais ensuite à la fausseté de l'affirmation, maintes fois faite dans la presse impérialiste, que les offres de secours de toutes les colonies avaient été spontanées. A l’aide de renseignements précis venus
a d'Angleterre et d'Australie, je retraÇais la trame des intrigues de Cham-
: berlain; et je poursuivais:
>. * “Je crois avoir démontré sans conteste combien fausse est la lé-
n “ gende de cet enthousiasme délirant qu’on attribue à toutes les autres
; “colonies.....
“ Je crois avoir réussi également à faire voir de quelle façon extra- “ordinaire le secrétaire colonial a mené toute cette affaire, et avec quel “ zèle l'ont appuyé les représentants du Bouvernement anglais dans cha-
x “eune des colonies. Si nous connaissions Ja Correspondance secrète
e “échangée entre Downing Street et les Souverneurs de toutes les colo-
, “nies, nous y verrions d’étranges choses. Mais nous en connaissons
‘assez pour nous Permettre de dire que
M. Chamberlain a profité de !
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“l'explosion de patriotisme qui s’est produite dans toutes les parties de “l’Empire, pour activer la réussite d’un projet depuis longtemps cares- “sé: la participation du Canada aux guerres de l'Empire; ou, en d’au- “tres termes, la fédération militaire de la Grande-Bretagne et de ses “colonies..... Sans égard à cet article de l’arrêté ministériel, qui “veut que leur action ne soit pas considérée comme un précédent, le “premier ministre a avoué que cette voie venait d'être ouverte et que “l'air ambiant nous forçait, en quelque sorte, à y entrer. Il a, d’ailleurs, “ ajouté que le Canada doit garder son indépendance d'action et le droit “ d'apprécier chacun des conflits qui pourront surgir.
“ J'applaudis ces paroles, et je sais qu’en les prononçant, l’honorable “ ministre est sincère. Du reste, elles sont conformes aux doctrines “ qu’il a prêchées toute sa - ie.
“ Mais comment va-t-il résister à l'influence de Downing Street? Il “était aussi sincère lorsque, le 3 octobre, il déclarait qu’il ne prendrait “ aucune part à cette guerre; et dix jours après, son gouvernement dé- “cidait d’y participer. Et puis, les gouvernements changent; si celui- “ci n’a pas été capable de résistance, un autre le sera-t-il davantage?”
Dangers de l’Impérialisme
J’abordais ensuite le problème général des relations de la Grande- Bretagne avec ses colonies autonomes. Au plaidoyer des impérialistes, j'opposais les arguments si vigoureusement énoncés, en 1893, par sir Charles Tupper, dans son discours de Winnipeg. Et j'ajoutais:
“Je reconnais volontiers les différences d'époque et de circonstances. “En 1893, sir Charles Tupper cherchait à sauvegarder les intérêts du “ Canada à Londres; en 1900, il est le chef d’un parti désemparé, il “ mendie des votes au Canada.
“ I] doit m'être permis, cependant, de partager l’avis du Haut-Com- “ missaire sans que le leader conservateur me dénonce comme rebelle “français.
“ Aux arguments convaincants de l’honorable baronet, j'en ajoute “un qui n’est, en somme, que le développement de sa théorie. Que le “ nouveau mouvement réussisse; que l’action actuelle constitue un pré- “ cédent — nous nous trouverons peut-être un jour en face d’une situa- “tion singulière. Supposons la Grande-Lretagne en guerre avec’ une “ puissance de premier ordre: la France, l'Allemagne ou la Russie; nous “expédions dix mille, vingt mille, cinquante mille hommes, équipés et “armés; pendant que ces soldats marchent sur Paris, Berlin ou Saint- “ Pétersbourg — route peut-être aussi longue que celle qui conduit . à “Prétoria — un conflit s'élève entre les Etats-Unis et l'Angleterre; la “ guerre est déclarée: je le demande aux impérialistes les plus féroces, “qu’adviendrait-il du drapeau anglais dans l’Amérique du Nord?
“Je ne le nie pont, le nouveau mouvement me semble une attaque “aiguë de mégalomanie complètement étrangère à toutes les traditions “britanniques. Qu'est-ce qui a fait l'Angleterre ce qu’elle est? Qu'est-ce “qui lui a attaché toutes ses grandes colonies, sinon une politique de “paix, d'industrie, de commerce, de décentralisation complète, mili- “taire et civile, une politique où elle laissait à chaque colonie le droit
“et le pouvoir de développer ses Propres ressources suivant sa situation “ particulière?
“Oh! mais les temps changent! Oui, les temps changent et les hom- “mes aussi, d'après ce que je puis voir, Mais les transformations, na- “tionales ou individuelles, doivent s’opérer lentement, par degrés, et “ surtout d'une façon rigoureusement conforme au tempérament de l’in- “ dividu ou de la nation.
“ Pour ma part, j'ai encore foi dans les hommes et dans la politique “qui ont fait de l'Angleterre la terre classique de la paix et de la liberté. “Ces hommes oCCuperont un rang plus élevé dans les annales de l'his- “toire que les dominateurs bruyants et ambitieux qui veulent faire par- “ticiper l'Angleterre aux rapines territoriales auxquelles se livren, les “autres nations!
“Au Canada, j'ai encore foi dans les hommes et dans la politique “qui en ont fait un Pays uni sous un régime fédératif.
“Je ne demande pas l'indépendance maintenant, ni d'ici longtemps. “Non pas que l'indépendance ne soit, à ines yeux, la fin la plus légitime “et la plus naturelle qui puisse attirer une colonie. Mais nous ne som- “mes pas encore assez pénétrés du véritable esprit libéral anglais qui “ doit inspirer le Bouvernement responsable, Et les développements de “la question actuelle me confirment fortement dans celte opinion. Si “je voyais la constitution de mon pays livrée aux mains des éléments “qui composent, aujourd’hui, nos partis politiques, je craindrais qu'ils “n'en fissent “le plus monstrueux jeu de balle qui ait été es
“On m'a demandé ce que je voulais, La réponse est courte et di- “recte. Je veux qu’on respecte la constitution de mon pays telle qu’elle “est, et je dis à ceux qui n’en sont point satisfaits: Si vous voulez la “ modifier, dites franchement ce que vous voulez, Ne venez pas au mi- “lieu d’une tempête populaire chercher à mettre le feu au temple.
“Je l'ai déclaré ailleurs et je le répète ici: mes objections à tout “changement dans nos relations avec la Grande-Bretagne ne sont ni “aveugles ni déraisonnables. Jde ne demande qu'à me laisser convain- “cre. Mais [i'insiste] sur un point : nous devons savoir exactement où “nous sommes et où l’on nous conduit. Avant qu'une évolution ne “s'opère, on doit établir nettement ce qu'on veut nous faire abandonner “et ce qu’on nous offre en retour. Et le parlement lui-même — et, à “plus forte raison, son comité exécutif — n’a pas le droit d'engager “l'avenir de ce Pays sans connaître à fond le sentiment véritable du “ peuple.
“ Je veux être bien compris sur cette question de la sanction popu- “aire, Je ne veux Pas dire par là qu’il suffirait à un parti politique “ d'émettre certaines idées vagues sur l'impérialisme et, reprenant le “pouvoir après une discussion générale de notre politique, de préten- “ dre que te peuple l’a autorisé à modifier dans ses parties vitales notre “régime constitutionnel et notre état colonial. Qu'on soumette au par- “lement des propositions claires et nettes; qu’elles soient discutées À
ete 7 TS
“fond et qu’un plébiscite, dégageant la question de tous les autres débats “ politiques, la règle définitivement ” (1).
On me pardonnera, j'espère, ces copieuses citations. En reproduisant mes propres déclarations, je n'ai pas cédé au désir, légitime du reste, de prouver que j'avais prévu assez clairement les conséquences ultimes de cette première capitulation du Canada devant les exigences de l'impérialisme anglais. J'ai voulu démontrer surtout que, dès le début, le mouvement de résistance à l'impérialisme s’est inspiré des
(1) On a prétendu que ce mode de consultation populaire est incompatible avec les pu et les traditions du gouvernement britannique. On a ajouté que le peuple est ncapable de porter un jugement sûr et équitable sur des matières aussi graves.
1 y aurait beaucoup à dire sur tout cela. Lo'n de moi la pensée que le peuple est infaillible. Une longue pratique du régime parlementaire et électoral m’a éclairé sur la duperie des formules creuses du libéralisme doctrinaire et de la religion démocrat'que. Mais il en est de ceci comme du régime parlementaire lui-même. C'est la conquête britannique qui en a doté ou affiigé le Canada. Tant que notre constitution restera ce qu'elle est et qu'on n'aura trouvé rien de mieux à substituer au régime démocratique et représentatif, force nous est de le subir et d’en tirer le meilleur parti possible, On aurait de la peine à prouver que le régime plébiscitaire est moins logique et plus subversif de l'ordre des sociétés e le régime parlementaire, Du moment que l’on admet et que l’on pee la théorfe du gouvernement a race y me on attribue au peuple le droit de aire et de défaire à su guise les ministères et les majorités riomentaires, séquent, le pouvoir facultatif de ratifier ou de désavouer les tratives. Mais alors, quelle objection séricuse prononcer directement sur l’une qu
Tel que pratiqué aujourd'hui, le populaire, ou du moins de des mandataires consciencieux, résoudre tous les
prob è
ures votées l t à é es vo au parlemen sur le mérite res f des candidats et des partis. i osera souten'r que le verdict populaire rendu dans de telles conditions est plus équitable et plus intell gent que ne le serait Ja décision du peuple sur un sujet particulier?
Affirmer que le régime plébiseitaire est incompatible avec l'esprit des institutions britanniques n'est pas mieux fondé, ni en droit, ni en fait. 1 est le principe fondamental du gouvernement britannique? C’est le droit du peuple d'approuver ou de condamner, dans la personne de ses mandataires élus, tout ce qui touche au gouvernement et aux lois de Ia nat'on. Tout le reste:—universalité ou restriction du suffrage, conditions LE ga pouvoirs respectifs de In Chambre haute et de la Chambre basse, responsabilité du gouvernement, partage des pouvoirs entre la Couronne, le ministère et le
rlement, ne sont qu'autant de formes partielles de l'application du prinei Ces insitutions ou ces usages se sont modifiés maintes fois au cours de l'histo're des peuples britanniques. Ils sont encore aujourd’hui en pleine et constante évolution. Le plébiscitaire n'est pas plus nouveau ni plus contraire à l'esprit des inst'tutions br ques que la responsabilité ministérielle, systématisée par Robert WALPO a un siècle et demi. Le plus traditionnel des hommes d'Ftat britanniqu M. HALFOUR, ancien premier ministre, héritier d’une véritable dynas esentiellement angluise et conservatrice, a proposé la solution, pa tion de In réforme du tarif. Lui ou un autre a suggéré le mêm le problème irritant du Home Rale.
La pratique du plébiscite occupe une place de plus en plus grande dans notre administration municipale, qui n’est que l’une des formes concrètes de l'application du principe des institutions britanniques. Pourquoi cette pratique serait-elle 4 incompatible avec nos autres institutions représentat'ves: assemblées législatives des provinces ou rlenent fédéral? L'on pourrait même établir que, loin d'aggraver les inconvénients du régime électoral, elle tendrait à en atténuer quelques-uns, et des pires.
Le parlement fédéral a décrété, en 1898, un plébiscite sur ln prohibition de l'alcool. en ges o-qe À plus pie L ane 25 Ke gr À nr de consulter le
uple sur un changement radical appor son constitut el L'ha et de la métropole? ES
Le projet de constitution de l'Australie fut soumis à un plébiscite, en 1334 je cune des colonies intéressées. La Nouvelle Galles n'ayant pe donné le Ben. . 4 frages approbatifs fixé par la loi qui avait décrété ce plébiscite, une nouvelle consultation ps ra eat Ce n'est qu'après ce second plébiscite que le parlement impérial vota Ja