‹ Que devons-nous à l'Angleterre? [microforme]Chapitre 24 sur 120 · LEE ON · texte numérisé non relu

LEE ON

NO

principes fondamentaux de la constitution britannique et des traditions canadiennes les plus solidement établies; et que la propagande nationaliste, née de mon opposition à cette première emprise de l'impérialisme, loin d’être une innovation dangereuse et l'expression de théories subversives, n’est que le prolongement de la lutte poursuivie pendant un demi-siècle par Lafontaine, Cartier, Macdonald et tous les Pères de ia Confédération. A Ja lumière des preuves accumulées dans la première partie de cette étude, on ne Contestera pas, je pense, que la participation du Canada à la guerre d'Afrique, tout comme sa Coopération à la guerre actuelle, s'écartait violemment de l'entente conclue en 1865 et de la base

des relations établies entre la Grande-Bretagne et le Canada en matière de guerre et de défense.

Attitude louvoyante de M. Laurier — Élections de 1900

M. Laurier esquiva fort habilement la question de principe. Sa réponse constitue l’un de ses chefs-d’oeuvre oraloires — dans le genre où il excelle: celui d'éluder les difficultés en prenant la tangente et en dérobant sa retraite Par une série de feintes habiles. C'est dans ce discours qu’il osa bénir la guerre d'Afrique, fomentée par l'ambition de Chamberlain et de Rhodes et par l’insa d'or du Rand, comme la plus juste des guerres de l'Angleterre (1). Sans répudier la réserve de principe contenue dar l'arrêté ministériel du 14 octobre, il prit un égal soin de n’apporter aucun tempérament aux déclarations subséquentes du #ouverneur et du ministre de 1 moindre correc

clatant. Son discours fut applaudi à outrance psr les torys plus encore que par ses propres partisans; et la Chambre toat entière, à l'exception de dix voix, repoussa ma proposition. C'était l'inauguration de la politique louvoyante qui devait aboutir à la Loi navale, à la contribution de 835,000,000 et à la complicité des deux partis dans la renonciation des principes posés par les Pères de la Confédération (2).

La session terminée, j’entamai une ca la province de Québec. Ces débuts furent modestes. M. Monet, député de Laprairie-Napierville, et M. Angers, député de Cha vaient courageusement appuyé de leurs discours et de Chambre, m'accompagnérent dans deux ou trois réu Ailleurs, j’allai seul. La presse des deux partis faisait silence sur le mouvement. La Patrie elle-même, tout thique, devenait réticente. Les gros clients d’annonc politiques — Ja Patrie était alors, à Montréal, l’organ

leurs votes à la nions publiques.

systématiquement

es et les patrons e français du parti

(1) “Je suis... profondément convaincu, dans ma conscience et dans mon coeur, que jamais guerre plus juste ne fut entreprise par la Grande-Bretagne”. Débats de la Chambre des Communes, 1900, (version française) col. 1834.

(2) Le plus averti peut-être des journalistes anglo-canadiens libéraux m'écrivait, l'an dernier, que la Participation du Canada à la guerre d'Afrique avait été l'erreur fatale du ministère et des libéraux Cet vait'e

excusée et palliée au mo-

ment où elle fut commise. Eclairé par les évènements ultérieurs, il y voyait maintenant la

pres À e à l'autonomie du da et la première gnquéte réelle de 1 périalisme voulai k, ©

‘im bi t "avais lair dans la situation Cette opinion, 11 Y répétée verbale put" ue j'avais vu clair ns ion, il me l'e

EE ET ue

libéral — avaient forcé M. Tarte à mettre une sourdine à ses sympathies et à ses convictions. La dissolution du parlement vint interrompre cette campagne,

Dans les provinces anglaises, les torys se ruèrent sur M. Laurier et M. Tarte, les accusant de déloyauté et de tiédeur envers l'Empire. Dans la province de Québec, les conservateurs français leur reprochèrent d’avoir sacrifié la paix et les libertés du Canada aux exigences de l’Angleterre. Ce double jeu servit admirablement les desseins et les intérêts du parti libéral et permit à M. Laurier d’accentuer sa pose favorite de l’homme du “ juste milieu ”, prêt à incliner vers le nationalisme ou à verser dans l’impérialisme, selon les exigences du moment et la direction des courants populaires.

La victoire remportée, les partisans du ministère s’empressèrent d'affirmer que le peuple canadien, les Canadiens-français en particulier, avait approuvé la participation du Canada à la guerre. Je saisis Ja première occasion favorable pour démontrer la fausseté de cette allé- &ation. A l’aide de copieux extraits des discours des ,ainistres et de leurs candidats et des articles de la presse libérale, je prouvai que le ministère avait tout fait pour dérober aux yeux du peuple les conséauences ultimes de son action et désavouer ses tendances impérialistes; et je proposai, appuyé par M. Angers, député de Charlevoix, le voeu suivant:

“Tout en affirmant sans réserve le principe fondamental de “l'autonomie canadienne et en refusant de reconnaître que l’interven- “tion du Canada dans l'Afrique australe ait pu lier ce pays à une parti- “cipation future dans es guerres et la politique de la Grande-Breta- CL gne, —

“Cette Chambre croit que la contribution du Canada, en secours “effectifs et en deniers publics, à la guerre Sud-Africaine, donne au peu- “ple canadien le droit d'exprimer une opinion sur la question en con- «flit.

“Cette Chambre rappelle donc humblement à Sa Majesté le Roi “ Edouard VII, que le règne glorieux de son auguste mère, la Reine Vic- “toria, dont la mémoire restera à jamais chère aux Canadiens de toute “origine et de toute croyance religieuse, s’ouvrit au sein de la révolte “et de l’effusion du sang dans cette partie de ses possessions; que la “ paix et la prospérité furent rétablies et pour toujours, lorsque les con- “seillers de Sa Majesté comprirent, ainsi que le disait lord Grey dans “ses instructions à lord Elgin, gouverneur du Canada, qu’il n’était “ ni “ possible ni désirable d’exercer le Souvernement d’aucune des provin- “ ces britanniques de l'Amérique du Nord contrairement à l'opinion des “habitants”; que, depuis cette époque, Sa Majesté n’a trouvé dans au- “ cune partie de son empire une population plus fidèle, plus dévouée et “plus heureuse que ses sujets canadiens-français.

“ Cette Chambre exprime donc l'espoir et le désir que le gouverne- “ ment de Sa Majesté s’efforcera de conclure dans l'Afrique du Sud une “paix honorable, assise sur la loi des nations qui garantit l'indépendance “à tous les peuples civilisés et sur les vraies traditions britanniques qui

“ respectent toutes les convictions n “cipe de l’autonomie coloniale,

“ Cette Chambre déclare de plus qu'il n’est Pas nécesaire d'envoyer “de nouvelles troupes canadiennes dans l'Afrique australe et que l’en-

“rôlement de recrues pour le corps de gendarmerie sud-africaine ne “devrait pas être permis au Canada,”

Naturellement, la proposition fut reje resta même, pour l’appuyer, que MM

ationales et religieuses et le prin-

tée par les deux partis. Il ne . Angers et Monet (1).

Réaction nationaliste

Cette première victoire de l’impérialisme fut suivie d’un mouvement de réaction, même dans les Provinces anglaises, Aux élections de novembre 1900, les très rares députés anglais, de l’un ou de

l'autre parti, accusés de sympathie pour les Boers et d'opposition à la participation du Canada à la Buerre, avaient été

considérablement accrues. Dans la provine était: ‘ l'impérialisme est un

if quand j'insistais sur la nécessité de faire rective et persistante d'éducation publique, le

u Canada avant la documenter sur les tendances et les méthodes des chefs de l’école impéri

aliste, je fis, durant l'été de 1901, un séjour assez prolongé en Angleterre, A mon retour au Canada, je résumai mes

constatations dans un discours prononcé au Théâtre National Français, le 20 octobre 1901.

sous des dehors différents et avec d’autres ement impérialiste Part du même fond et e la lutte entrepr. au XVIIIe siècle par le “ gouvernement autocratique de Georges III: f'AXER LES COLONIES “ POUR LA DEFENSE DE L’'EMPIRE. Avec celle franchise qui caraci rend la discussion de la s intéressante et fructueuse, lord Selborne, “ sous-secrétaire d'Etat pour les colonies, l’a reconnu publiquement l'an “dernier. La seule différence qu’il y voit, c’est que les ministres de “ Georges III eurent la maladresse de vouloir prélever “impôts sur les colonies, tandis que les ministres actuels s’efforcent

“ d’amener les colons à se taxer eux-mêmes au bénéfice de Ja métro- “ pole ” (2).

(1) “Débats de la Chambre des Communes”, 1901 (version française) col. 1358.

(2) “Grande-Bretagne et Canade”, Montréal, 1902—p. 29, Ces discours de lord Sel. borne avait été prononcé en Juin 1900, au quatrième congrès des C de Commerce de l’Em Lord Selborne devint par la suite Premier lord de l'Amirauté ; nous le retrouverons Poursuivant sa Propagande impérialiste à la Conférence coloniale de 1902.

Sur l’évolution politique du gouvernement de l'Empire, je disais:

“ On parle d’un conseil consultatif, où chaque colonie enverrait un “ nombre restreint de représentants. Ces délégués, qu'on pourrait ap- “peler ministres extra-cabinétaires (pardon du néologisme), transmet- “traient les décisions du conseil à leurs gouverrements qui les soumet- “traient à la ratification des parlements coloniaux. Inutile d’insister “ sur le danger d’un tel système. En voyant l'influence que les autorités “impériales exercent à distance sur les ministres des colonies, on peut “affirmer que le gouvernement britannique saura maintenir sous le “ joug les hommes qu’il aura à sa portée immédiate et sur qui il pourra “ faire peser le poids de ses faveurs et de ses séductions. Dans toutes “les questions où les intérêts de la métropole et d’une des colonies seront “en jeu, le cabinet anglais ne manquera jamais de s’assurer une majo- “’rité dans le conseil où, d’ailleurs, le Royaume-Uni sera longtemps “ représenté par un nombre de délégués supérieur à celui des délégués “ coloniaux réunis.

“Il restera bien aux parlements des colonies le pouvoir de refuser “leur sanction. Mais ces décisions devenant des mesures ministérielles, “il faudra que les moeurs politiques changent notablement au Canada “ pour que cette garantie soit efficace.

“ Ne croyez pas d’ailleurs que ce conseil surgisse tout à coup, cons- “titué par un acte du parlement impérial. Ce n’est pas la méthode an- “ glaise. On connaît mieux là-bas l’art de préparer les évolutions cons- “titutionnelles.

“On va commencer par consulter les premiers ministres coloniaux “qui iront à Londres, l’an prochain, assister au Couronnement du Roi “et assurer Sa Majesté de la fidélité inviolable et de la naïveté robuste ‘“ de ses sujets des colonies. Ce ne sera du reste qu’une répétition du “ Jubilé.

“ Puis, une nouvelle occasion, qu’on fera surgir au besoin, appellera “ de nouveau nos représentants au pied du trône. Ces visites ad limina “finiront par devenir régulières — et dans les intervalles, les agents “ coloniaux sont toujours là, trop heureux de jouer le rôle des duègnes “ de comédie qui portent les billets doux des amoureux illicites. Enfin “on donnera la sanction constitutionnelle aux faits accomplis.

“ C’est de cette manière que toutes les institutions britanniques se “ sont établies ” (1).

Cette conférence fut publiée en brochure, accompagnée d’une masse de citations et de textes, dont l’ensemble démontrait l'ampleur et la persistance du mouvement impérialiste.

Le véritable imoérialisme anglais

Dans l'Avertissement qui précédait cette brochure, je donnais cette définition de l’impérialisme britannique :

“ L'impérialisme anglais est un régime d’accaparement et de domi- “nation militaire, né de l'expansion exagtrée de la puissance anglaise “et nourri de cet orgueil stupide, brutal et vantard qu’on nomme jin-

(3j ‘Grande-Bretagne et Canada”, p. 35-36.

“Normands!

“un bout de “latin, “des a

‘“ goisme.

“{annia rule the

“we can”.

“Ayant embrassé plus qu’elle ne “ mis ca d'indifférents, “ dats et de marins po “tiouvant plus chez el

Il sex

waves’...

“follows the [lag' “ axiome, le Premier- “ have, we take”, et le bon sens

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“ne peut atteindre so

“ rompt les gouvern “ pulations naïves.

“ variés — Carabini

“ Yeomanry “ser entrev “ serons fati

“En un mot, le vér “TION DES COLONI “hommes et en denie

Aux sceptiques et aux incrédules, xistence

niaient l’e je répondais:

“Les gens qui trouvent plus commo avenir de leur pays, affir

“occuper de |’ “ l'impérialisme.

tin qui nous domi Tandis que l’Anglo-S parchemin, lois,

logique et légiste, attend rticles, des décrets, “avant de croire que son “II n’est pas étonnan “nôtre, la vérité ait peine “grands organes de l'opinion

prime volontiers par des formules ronflantes : + “Brilons never shall be slaves”...

“What we have we hold”...

Ministre d’Ontario (

l'Angleterre de

état social subit

t, d’ailleurs, qu'avec

à se faire jour.

“la plus sérieuse et la plus loyale qui soi

“commencer à se rendre compte de 1 “ étrange croissance “ dernier, lord Salisbu “ médecin, malgré lui.

“que dans la province

d’un empire nous » impérialiste ] Mais ce qu'on sait de Québec,

publique con

’évolution impérialiste.

a pris par surprise ”, disait, l’an ui-même, comme Sganarelle était

“Bri- “Trade . etc.; à ce dernier 1) a ajouté : “and what we don't

public commence à surajouter: “,..when

peut étreindre, entourée d’enne-

M. Chamberlain a besoin de solur maintenir les

le, elle s'adresse à n but sans détours, ants des colonies et gri Elle nous arrache, ers Royaux, Infant — tout ce qu’elle peut de oir quelques bribes de f Sués de jouer ce rôle de

itable impéri ES AUX GUE rs, en hommes surtout.”

oeuvres de son délire, N'en ses colonies, Sachant qu’elle elle trempe, endort ou corse de chauvinisme leurs po-

sous des noms et des uniformes erie à cheval, Strathcona Horse, Chair à canon; quitte à nous lais.

aveurs pour le moment où nous dupes.

alisme anglais, c’est la CONTRIBU- RRES DE L'ANGLETERRE — en

ignorants ou volontaires, qui de l'impérialisme et

ses dangers pour le Canada,

de d’engraisser que de se prément que personne ne songe à

r cet étrange aveuglement: la pait et nous paralyse; puis la force ne encore, axon fait, transforme et défait, sans constitutions, royaumes, empires, — le

des programmes, des Pronunciamentos, des textes numérotés,

nous, aux trois-quarts

classés et étiquetés, une évolution.

une presse comme la En Angleterre même, où les stituent en somme la presse t au monde, on ne fait que “ Cette

aujourd’hui, partout ailleurs

c’est que cette vague énorme ”, sui.

{1} Sir George ROSS, plus tard sénateur.

“ vant l'expression du duc de Devonshire, soulève et emporte la Grande- “Bretagne, — à sa perte, murmurent les uns, à sa gloire, clament les “autres.” +

En dépit de la pénurie de nos ressources et du silence dédaigneux de la grande presse des deux partis, notre modeste propagande commençait à éveiller l'attention publique. M. Laurier, dont le flair politique était rarement en défaut, commençait à croire qu'il y aurait avantage à diriger la politique ministérielle dans la voie du nationalisme renaissant. Les fêtes impériales qui accompagnèrent le couronnement d’Edouard VIT, en 1902, lui donnèrent l'occasion d'opérer cette nouvelle courbe.

Comme bien l'on pense, Chamberlain avait résolu de profiter de cette circonstance exceptionnelle pour fortifier la trame impérialiste et amener les gouvernements des colonies à se lier davantage à sa politique de centralisation, Ses complices, en provoquant l'inique guerre d'Afrique et en y entraînant les colonies, avaient créé le fait accompli: il ne restait plus qu'à donner à l'acte posé une formule constitutionnelle et une sanction permanente, et à faire de la participation des colonies aux guerres de l'Angleterre la base du nouveau régime impérial.

Le couronnement aurait dû avoir lieu en 1901. Mais l’heure n'était pas propice aux desseins du puissant ministre des Colonies. Après deux ans d’une lutte opiniâtre, la Grande-Bretagne et les “ nations-soeurs ” n'étaient pas encore venues à bout de la résistance des paysans boers. L'humiliation de l'Angleterre était complète, le prestige de son armée anéanti, l'incapacité de ses chefs militaires éémontrée aux yeux du monde entier. Chamberlain comprit qu'il aurait peine à décider les coloniaux, tout naïfs et vaniteux fussent-ils, à s'associer à la ‘ grandeur ? et à la ‘ puissance * de la Grande-Bretagne. Le Roi se donna fort à propos une entorse assez grave pour permettre d’ajourner les fêtes du couronnement à l’année suivante.

M. Laurier se prépare à lu résistance

Le 27 décembre 1901, le ministre des Colonies transmettait aux gouverneurs généraux l'invitation du Roi conviant les premiers ministres des colonies autonomes à prendre part aux fêtes du couronnement. Le 23 janvier 1902, M. CHAMBERLAIN télégraphiait à lord Minto que “le “gcuvernement de Sa Majesté se propose de profiter de la présence des “premiers ministres au couronnement pour discuter avec eux les rela- “tions politiques de la mère-patrie et des colonies, la défense impériale, “les relations commerciales de l’Empire et d'autres matières d’un inté- “ rêt général.

“Si vos ministres désirent soumettre sur ces diverses questions des “propositions concrètes vu des résolutions, ou suggérer tout autre sujet “ de discussion, je serais heureux d’en prévenir les autres gouverne- “ments” (1).

Cette fois, l'invite était formelle et directe. Sir Wilfrid LAURIER

(1) Le texte de cette dépêche et celui de la réponse sont reproduits à la pièce justificative 62.

riposta du tic au tac. 11 dicta à lord Minto la réponse suivante, qui E° porte la date du 3 février 1902: } 34 “Des diverses questions mentionnées dans votre dépêche du 23 | “janvier, la seule, de l'avis de mes ministres, qui laisse entrevoir (gives “ promise) d'une discussion utile, est celle des relations commerciales “entre les divers pays de l'Empire. Mes ministres se déclarent entiè- “rement satisfaits, sauf sur quelques points d'importance secondaire, “ des relations politiques qui existent aujourd’hui entre la mère patrie | eh “et les grandes colonies autonomes, et particulièrement le Canada. Etant 5. “ données les conditions différentes des colonies, ils n’anticipent pas Er “qu'aucun plan général de défense soit applicable à toutes.” + La riposte était rude,

venait d'imposer un droit d'importation sur le blé, Le Parti conserva- |: ÈS teur canadien voulait que le gouvernement en profitât pour réclamer is + .& une exemption en faveur des blés coloniaux, comme préliminaire de ha l'adoption de tarifs de faveur réciproque dans tous les pays de J’Em- té

pire 4 A

De la réponse de M. LAURIER, je ne détache que les déclarations relatives à la défense impériale :

“ Ce serait un véritable suicide pour le Pays, dit “ dans le gouffre des dépenses où les nations euro “l'Angleterre, ont été entraînées par les besoins d’armements formi- “ dables. Quelle est la situation respective de Ja Grande-Bretagne et du “Canada? La Grande-Bretagne est l’une des premières nations de “l'univers, la première peut-être sous plusieurs rapports, le centre du “ plus puissant empire de nos jours, du plus gran “chute de l'empire romain. Par Jà même, “une nombreuse armée Permanente. La Chambre sait combien la né-

“ cessité d'entretenir une armée permanente a toujours répugné au peu- “ple anglais,

“il a dû se

“tiers d'habitants disséminés sur une éte “l'ouest, Quels sont les plus lourds articles de son budget? Les travaux “publics, la colonisation, la construction

“ment des ports et de voies de transport. Voilà le champ où doit “s'exercer notre activité, et ce scrait un €

“ des deniers nécessaires à l’accomplissement de ces travaux pour ache- “ter des canons, des fusils et des munitions de guerre” (1).

Toute la députation ministérielle acclamn cette profession de foi nationaliste. Je puis même affirmer sans exagération que les troisquarts des députés conservateurs l’approuvèrent tacitement.

Le 12 mai, le leader de la &auche, M. BORDEN, ramena la question sur le tapis. 11 blâma fort discrètement le ministère d'avoir repoussé l'invite des autorités impériales à discuter le problème de la défense :

“ Comme je l’ai déjà dit en cette Chambre et ailleurs, je suis disposé “ à affirmer avec autant de vigueur que n'importe qui la nécessité qu'il “y a pour le Canada de gouverner la dépense de ses deniers et de régler “ lui-méme la question de la défense impériale en ce qui se rapporte au “ Canada”

C'est, à quarante ans de distance, la réitération du principe posé par le ministère McDonald-Sicotte en réponse aux suggestions du duc de Newcastle (2). M. Borden avait évidemment oublié ces paroles fort sensées lorsqu'il fit voter par la Chambre, en 1912, une contribution de 835,000,000 à la flotte impériale et qu’il décida d'en abandonner l’emploi au gouvernement britannique.

“ Mais je ne vois pas, poursuit-il, pourquoi nous ne serions pas dis- “posés à discuter la question dont il s’agit avec les autorités impériales. “ Trois avenirs possibles se présentent à ce pays. L'un est l’existence “comme nation indépendante; un autre est Pabsorption par nos voi- “ sins, l’annexion aux Etats-Unis d'Amérique; le troisième est la conti- “ nuation des relations qui existent aujourd'hui entre le Canada et la “ mère- patrie. Le troisième est l’état de choses que je voudrais pour “ ma part voir devenir permanent: et tant qu’'existera le lien qui nous “unit à la mère-patrie, il me semble que nous devons nous occuper de “la question de la défense de ce pays; et en rapport avec cette question, “il n’est aucune raison pour laquelle nous ne discuterions pas, au moins, “avec la mère-patrie, la question de la défense impériale, quand on nous “y invite d’une façon courtoise ” (4734-5).

Il ne suggère du reste aucun mode quelconque de contribution à la défense impériale. Tout le reste de son discours est consacré à Ja question commerciale. Il presse le ministère de profiter de l’imposition, en Angleterre, du droit d'importation sur les blés pour réclamer la “ préférence coloniale”. 11 reproche à M. Laurier et à ses collègues le traitement de faveur sans réciproque qu'ils accordent aux articles importés d’Angleterre,

On voit qu’à cette heure de réaction, le “ loyal ” parti conservateur ckerchait à prendre la revanche de son servilisme passé et futur,

La réponse du premier ministre est brève. I! maintient carrément l'attitude qu’il a prise dans la dépêche du 3 février. Il est prêt à discuter toutes les propositions qui seront soumises à la Conférence. Le gouvernement de la Nouvelle-Zélande a donné avis d’une motion favo-

(1) “Débats de la Chambre des Communes”, 1902 (version pe col. 2759, Les citations qui suivent sont également tirées de la version française. » chiffre de la colens + Indiqué après chaque citation. On trouvera le texte anglais à la pièce justificative

(2) Pièce justificative 26.

rable à la réorganisation militaire de l'Empire. L'Australie semble se préparer à prendre la même attitude que le Canada. Cette attitude, M. LAURIER est déterminé à la maintenir jusqu'au bout :

“ Cela ne sert absolument à rien, dit-il, au point où nous en sommes “et dans ce parlement du Canada, de chercher à nous tromper nous- “ mêmes sur ce que l’on peut avoir en vue avec ce sujet de la défense “de l'Empire, Si l'on projette tout simplement de discuter quelle part “le Canada devra prendre Pour sa propre défense, et dans quelle mesure “ nous devrons être prêts à sauvegarder l'intégrité du pays où nous “sommes nés et qui a reçu notre foi, où sont toutes nos espérances et “ nos affections, nous serons certainement toujours disposés à discuter “un semblable sujet. Même je ne crois pas qu’il soit le moindrement “ nécessaire de nous pousser à aborder une discussion de ce genre, car, “ durant cette même session où nous sommes, le gouvernement a donné “sa parole, dans cette Chambre, qu'il serait prêt en tout temps à faire “là-dessus son devoir jusqu'au bout, et il a reçu pou: cela l’appui una- “nime des deux partis. Mais la politique contemporaine comprend, “tant à l'étranger et en Angleterre qu’au Canada, et même peut-être dans “cette Chambre, une certaine école qui ne désirerait rien tant que de “ plonger le Canada dans le youffre du militarisme qui est maintenant

“le fléau de toute l’Europe. Je ne suis pas en faveur d'une semblable “politique ” (4752-3),

Conférence de 1902— Chamberlain pousse sa pointe

C’est dans ces dispositions que MM. LAURIER, FIELDING et PA. TERSON partirent pour Londres après la session.

Les pompes du couronnement terminées, CHAMBERLAIN se mit à la besogne. 11 fut arrêté que la conférence siégerait à huis clos, “afin “ que la discussion soit aussi libre que possible et que les membres puis- “sent exprimer entièrement et franchement Jes considérations et les “ difficultés spéciales qui les affectent.” Faut-il supposer que certains des délégués eussent éprouvé quelque embarras à parler “ franchement ”

au grand jour? Quoi qu’il en soit, il ne fut publié qu'un rapport sommaire des travaux de la Conférence (1).

“pales: en premier lieu, par nos relations politiques ; deuxièmement, “par un mode quelconque d'union commerciale; et en troisième lieu, “par l'étude des questions qui se rattachent à la défense de l'Empire.”

Sur le chapitre des relations politiques, il se réfère aux résolutions de la Conférence de 1897. 1] reconnait les difficultés qui entourent Ja solution du problème de la fédération des pays de l’Empire. Néanmoins, la participation des colonies à la guerre sud-africaine a fait mûrir la

(1) “Papers relating to a Conference between tho Secretary of State f te Colonties the Prime Ministers of self governing Colonies”, June de Angus 1902 Cd

[| J À tation ci-dessus se trouve à la page 1. Les citat'ons qui suivent sont terme de ce Nvre bleu, Le chiffre de ia page est indiqué > f chaque nes rs

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question, Cette coopération est “ lu preuve la plus éclatante des résul- “tats d’une union volontaire sans obligations formelles.” Elle a créé en Angleterre “un sentiment d'obligations réciproques ”,,., “ Ce serait

M. Chamberlain rappelle cette parole de M. Laurier, prononcée en 1897 : “Si vous voulez notre aide, appelez-nous dans vos conseils.” — “Sir Wilfrid Laurier ”, dit-il, non sans malice, “ a expliqué dans des dis- “’eours subséquents qu’il n'avait pas été compris très clairement.” La parole était claire, mais elle avait été prononcée aux heures de griserie du jubilé de la Reine. De retour au Canada, M. Laurier avait jugé à propos de s'expliquer, Mais le pontife de l'impérialisme n'entend pas taisser perdre une offre si engageante,

“Nous avons besoin de votre aide, s'écrie-t-il, nous avons besoin de “ votre assistance dans l'administration de ce vaste empire qui est le “vôtre comme le nôtre” — avec cette légère différence que l’Angleterre en retire tous les profits et que les “ nations soeurs ” n’en subissent à peu près que les inconvénients, — “ Le Titan fatigué fléchit sous l’orbe “trop vaste de ses responsabilités.” (The weary Titan staggers under the t00 vast orb of its fate),

C'est la phrase fameuse qui a fait le tour des colonies et suscité tant d’absurdes expressions de Pitié sur la détresse de la pauvre Angleterre, se sacrifiant au salut de l'Empire. La vérité, comme le faisait si justement observer M. Ewart dans l’un des Kingdom Papers, c'est que si le “ Titan fatigué ” ploie les genoux, c'est sous le poids de l'empire qu’il a conquis à son bénéfice et des richesses immenses qu'il a amoncelées (1).

“ Nous avons porté Je fardeau durant maintes années. Il est temps, “ croyons-nous, que nos enfants nous aident à le supporter; et dès que “vous nous en ferez la demande soyez assurés que nous nous hâterons “avec joie de vous appeler dans nos conseils. Si vous êtes prêts, à un “moment quelconque, à assumer une part, une part proportionnelle des “ fardeaux de l'Empire, nous sommes prêts à nous entendre avec vous “sur toute proposition qui aura pour objet de vous donner une voix “correspondante dans la politique de l'Empire.”

C’est, on s'en souvient, le principe d'équité posé par lord Elgin dès

Nous verrons, par les déclarations de M. Asquith et de M. Harcourt, en 1911 et en 1912, quelle sorte de “voix correspondante” les autorités

(1) “Kingdom Papers”—No 11, novembre 1912, p. 13 à 22.

impériales sont prêtes à accorder aux “nations-soeurs"” dans les conseils de l'Empire,

M. Chamberiain n'a aucune objection de principe contre la représentation des colonies au parlement impérial; mr ‘roit plus pratique de débuter par la “ la création d'un véritable ( l'Empire, auquel seraient soumises toutes les questions d'intérêt iperial” Ce Conseil commencerait par être purement consultatif, * Nous sommes tous accoutumés à la lenteur des évolutions que nos diverses constitutions ont subies.” Peu à peu, ce Conseil exercerait “ des fonctions exécutives et peut-être aussi des pouvoirs législatifs.” En attendant, la conférence pourra se réunir périodiquement et traiter des deux sujets qui exigent l'attention immédiate: ja défense de l'Empire et les relations commerciales des pays qui le composent.

C'est bien le Programme que j'avais prévu l’année précédente.

Mais si la participation effective des représentants des colonies au gouvernement de l'Empire ne presse Pas, leur contribution à sa défense est urgente. L'astucieux ministre dresse un tableau comparatif des dépenses faites par le Royaume-Uni et Par chacune des colonies autonomes pour l'entretien de leurs forces respectives de terre et de mer (p. 42). 11 passe soigneusement sous silence les sommes énormes que les colonies sont forcées de dépenser chaque année pour peupler leurs territoires in. cultes et les mettre en valeur, et pour construire leurs immenses voies de transport. Il feint également d'ignorer les contributions indirectes que ces jeunes pays, le Canada en particulier, ont versé à la défense de l'Empire, ainsi que sir Alexander Campbell, en 1887, et sir Charles Tupper, en 1893, l’avaient clairement démontré.

Il ose affirmer que, sans ses colonies, la Grande-Bretagne pourrait réduire considérablement son budget de la guerre. “ Tant que les colonies “étaient jeunes et pauvres ”, il était “ juste et naturel que da mère patrie “se chargeât de la protection de ses enfants. Mais maintenant que les “ colonies sont riches et Puisssaies, qu'elles croissent chaque jour par “ sauts et par bonds, leur prospérité matérielle promet de rivaliser avec “celle du Royaume-Uni, et il me semble incompatible avec leur situa- “tion, svec leur dignité nationale, qu’elles laissent la mère patrie porter “la totalité de cette dépense.”

Cet argument, absolument faux du reste, atteignait les coloniaux au point le plus sensible de leur épiderme : la vanité du parvenu. Il est devenu le leit motiv de tous nos impérialistes. Et pourtant, l’exacte vérité, c'est que l'Angleterre est infiniment plus riche que toutes ses possessions d’outremer prises collectivement et que si elle perdait le Cara. da et ses autres colonies, “ elle ne pourrait réduire son armée d'un seul soldat, ni sa flotte d’un seul navire. I] lui faudrait même plus de soldats, de marins et de vaisseaux de guerre qu'elle n’en possède aujourd'hui.” Cette affirmation si juste de sir Charles Tupper, le témoignage unanime

des plus hautes autorités civiles et militaires de la Grande-Bretagne l'a .

confirmée à maintes reprises. Il fallait toute l’audace du “ politicien yankee ” qu'était Chamberlain et sa Connaissance profonde de l'ignorante crédulité des coloniaux pour baser son app sur une donnée aussi fallacieuse.

Dern atttaath spi re le L #

Sur le problème des relations commerciales, il invite la libre et franche expression de toutes les opinions. Le but suprèine à atteindre, c’est le commerce libre entre les pays d'empire. I] s’empresse d'admettre qu’il est impossible d'y arriver dans un avenir prochain. Le régime protectionniste de la plupart des colonies s’y oppose. C'est à elles de tracer la voie en accordant un traitement de faveur aux importations anglaises. Le Canada est déjà entré dans cette voie; mais il devra faire beaucoup plus avant d'espérer que le Royaume-Uni réponde à cette avance par des faveurs réciproques: le tarif préférentiel adopté par le Canada en 1897 et considérablement accru en 1900 n'a pas donné les résultats qu'en espéraient les Anglais.

Comme fl n'entre pus dans le cadre de cette étude de faire l'historique de cet aspect du problème impérialiste, je rappelle tout de suite que cette méconnaissance de la générosité Canadienne dépita singulièrement nos représentants. Ils firent consigner dans le rapport de la Conférence un énorme tableau analytique des importations du Canada, démontrant l'influence du tarif de faveur sur le mouvement du commerce de la colonie (p. 83); et ils ripostèrent au déchiquetage que ke ministre avait fait de leur oeuvre de prédilection Par un mémoire dont la conclusion renferme une menace à peine déguisée :

“Les ministres canadiens désirent faire comprendre qu’ils ont “ adopté cette politique avec le ferme espoir et dans l'expectative que “le principe du commerce préférentiel serait adopté plus généralement “ par les colonies et que la mère patrie ferait bientôt l'application du “ même principe en exemptant les produits des colonies de tout droit “de douanes, Si, après avoir tenté tous les efforts possibles pour ame- “ ner un rajustement de la politique douanière de l'Empire, le gouver- “nement canadien constate que le principe du commerce préférentiel “n’est pas généralement acceptable aux colonies ou à la mère patrie, “alors le Canada sera libre d'agir comme il jugera nécessaire de le “faire en présence de ces conditions ” (p. 37-38).

Cette inenace est restée vaine comme beaucoup d’autres professions de foi. Treize ans plus tard, le parti libéral reprochera au gouvernement conservateur de pécher contre la “ dévotion ” à l'Empire, parce qu'il osera augmenter les droits de douanes perçus sur les marchandises anglaises, même dans une proportion moindre que l'impôt prélevé sur les importations étrangères, afin de couvrir une partie des frais encourus par le Canada pour participer à la guerre d'Europe.

Défense navale Politique agressive

Naturellement, la première question débattue fut celle de la défense navale. Elle intéressait particulièrement les colonies australasiennes, dont les ministres britanniques voulaient accroitre les responsabilités afin de décharger d'autant le budget de la métropole.

L'Amirauté avait préparé pour la Conférence un mémoire sur “ {a “puissance maritime et les principes qui s'y rattachent.” La caractétistique de ce “ocument, c'est l'affirmation que l'Empire britannique

doit abandonner d'idée de défense et adopter une attitude hardiment agressive.

fe

“ Dans les observations qui précèdent ”, — observations générses et nomenclature des éléments concrets de la puissance navale de l'Empire britannique — “ Je mot défense n'apparait pas. 11 est omis à des- “ sein; car l’objet principal de la flotte britannique n’est pas de défen- “ dre quoi que ce soit, mais d'attaquer les flottes de l'ennemi et d'assurer “par leur défaite Ja proteclion des possessions britanniques, de la ma- “ rine et du commerce [de l’Angleterre?). Tel est l'objet ultime,

“L'usage du mot défense serait décevant (misleading), car ce mot “comporte l’idée d’une chose à défendre, ce qui détournerait l'attention “vers la défense locale au lieu de la concentrer sur la Puissance dont “ l'attaque est appréhendée ” (p. 55).

Il est impossible de marquer plus nettement l'évolution de la politique impériale, Sous l'empire du iingoïsme,

l'antique notion cie l'An- &eterre ne doit songer qu’à da défense de ses possessions et de son com-

merce — notion souvent démentie d’ailleurs par les faits a fait place à la politique d'agression inaugurée par la spolialion brutale des républiques sud-africaines.

Appelé à développer devant les membres de la Confé:ence les noudoctrines de l'Amirauté, le ministre responsable, lord SELBORNE,

la Conférence de 1897,

re agressive. La vieille notion que ses flottes ont pour objet principal la défense “ est tout-à-fait

“hérétique ”.. ... “Il s'ensuit que si une distribution locale des forces “de mer et possible et peut-être recommandable en temps de paix, il “doit exis ,en temps de guerre, dans tout l'Empire, une autorité uni- “que qui exerce le Pouvoir absolu et 1a seule responsabilité de comman- “ der les vaisseaux et de les concentrer sur les points d’où ils peuvent “porter les coups les plus effectifs aux forces de l'ennemi, “tage de cette responsabilité, tout amoindrissemen “ cette autorité centrale, tout risque d’hésitation ou de retard à opérer “la concentration des escadres à l'endroit où elles peuvent exercer “l'action la plus efficace, pourrait entrainer des conséquences désas- “treuses” (p. 15).

Jusqu'ici les colonies australasiennes ont se fense navale de l'Empire. (C'était juste observer, la sécurité de leurs territoires dépend nécessairement de leur protection marilime)., Mais — comme le Canada avec son tarif de faveur — elles devraient faire davantage; et les autres colonies devraient suivre leur exemple. “Je veux, dit-il, s’il m'est permis de me “servir de cette expression, accroître l'esprit maritime de l'Empire... “ Je veux voir toutes les parties de l’Empire contribuer individuelle. “ment à la flotte.” Quant à l’escadre australasienne, “ elle devra être “ disponible pour combaitre ies ennemis, les agresseurs de l'Empire,

“ dans toute partie des mers orientales où leurs vaisseaux pourraient se

“trouver, Les mêmes principes pourraient s'appliquer à tout autre “ groupe de colonies” (p. 15-16).

Cet appel direct et pressant fut suivi d'une intimes entre le ministre et les représentants d

ules contribué à la dé- ; Puisque, ainsi que je l'ai fait

série de Conversations es diverses colonies.

ee —

Plus heureux que son prédécesseur, lord Selborne obtint des contributions annuelles de la plupart des colonies:

Terreneuve

Cap

Natal

Nouvelle-Zélande (au licu de £20,003 précédemment) Australie (au lieu de £126,000 précédemment)

Des colonies australasiennes, je premier lord de l’Amirauté obtint une concession plus importante encore. Elles renoncèrent à la restriction qui interdisait aux escadres affectées à leur protection de sortir de leurs eaux territoriales. 11 fut convenu que ces escadres évolueraient librement dans les eaux de l'Australie, de la Chine et des Indes orientales (p. 24). C'était déjà le principe des zones imposées au Canada en

Les ministres canadiens résistèrent crânement à la contagion de Vexemple. Ils n'offrirent rien, ne promirent rien. Nous verrons dans un instant les motifs de leur refus.

Concentration des armées de l'Empire — French et Hutton

Le problème de la défense territoriale occupa une place plus restreinte dans les délibérations de la Conférence, Les ministres anglais comprenaient qu’il ne fallait pas serrer la vis trop rapidement. L’Ami-

rauté avait gagné un point important; ils savaient que tôt ou tard ils &agneraient tous les autres. C'est cette assurance du succès final, cette ténacité dans l'effort et cette continuité dans l’action qui font la force des hommes d'Etat britanniques en présence des politiciens coloniaux, pour qui les résultats immédiats et la possession actuelle et personnelle du pouvoir constituent la principale sinon l'unique préoccupation.

Le premier ministre de la Nouvelle-Zélande, M. SEDDON, avait consigné au programme une motion suggérant de constituer dans chacun des pays autonomes de d'Empire une force de réserve impériale destinée à servir à l’étranger (p. 27). Le ministre de la Guerre, M. St. John BRODRICK, s'appuya sur cette motion pour esquisser un projet plus avantageux pour l'Angleterre: l’uniformisation des milices coloniales, d'après le modèle anglais, et l'établissement de réserves coloniales pour le service de l'Empire. Comme son collègue de l’Amirauté, il insiste sur la nécessité d’opérer la concentration des forces et l’unité de commandement. Tout en complimentant les régiments coloniaux qui ont servi en Afrique, il déclare assez brutalement “ qu'aucun général “habitué à commander des troupes régulières anglaises n'aurait voulu, “ dans les conditions où se trouvaient un grand nombre de ces troupes ” — volontaires anglais et coloniaux — “ les lancer contre des armées “européennes” (p. 29). Il faut parer à ce danger pour l’avenir.

“Nous irions trop loin si nous demandions [aux colonies] une pro- “ messe générale d'appui dans un danger qui ne s’est Pas encore mani- “festé; mais j'ai la très ferme conviction qu'en cas de danger, si les

“colonies consentaient à venir en aide à Ja mère patrie, elles seraient “en condition de le faire en envoyant des troupes, en nombre modéré “peut-être, qui pourraient être mises en ligne avec nos troupes régu- “lières contre une armée européenne.” Il n'est Pas question pour le moment d’appeler les colonies à participer à une #uerre européenne. Mais elles pourraient avoir l’occasion de prêter main-forte à l’'Angleterre pour appuyer l'alliance japonaise en Chine, ou pour réprimer une insurrection aux Indes. 1] est donc nécessaire de préparer les troupes coloniales en prévision de ces éventualités — (p. 30).

N'est-ce pas déjà la base de l'organisation qui permettra à l’Angleterre d’arracher aux colonies 300,000 soldats pour sa guerre contre l’Allemagne?

A l'appui de leurs demandes, les ministres britanniques soumettent à la Conférence plusieurs mémoires et rapports préparés ou recueillis par le Colonial Defence Committee.

De ces rapports, le premier en date — et peut-être le plus intéressant par sa franchise et sa concision, — c’est celui du général FRENCH, commandant des milices de la Nouvetie Galles du Sud, aujourd’hui généralissime des forces britanniques en France.

“La guerre actuelle en Afrique méridionale ”, écrit-il de Sydney, le 8 mai 1900, “a démontré cette vérité de fait: la défense de l’Empire “britannique n'est plus un problème dont la solution entière dépendra “à l'avenir du peuple des Iles Britanniques. Les communautés de lan-

“gue anglaise dans tout d'Empire sont disposées à assumer eur part de “sa défense et à fournir les hommes ct peut-être l'argent que réclame “cette défense.

Les communautés

autant en Australie, et je voudrais bien pérer ou “e pré.

de troupes impériales, payées d’après puisse être recrutée dans ces colonies service en temps de ain qu’en temps de guerre, on peut y enqui s'engageront, pour la durée de la

rre, moyennant une solde convenable, “A mon avis, le vrai moyen d'aider la vieille Angleterre à garder son “ drapeau flottant sur tous les Pays de l'Empire est de former des réser- “ves de guerre aux colonies. Pour cela, id faut tenir compte des condi- “tions particulières de Suerre. Ainsi, le Canada, avec ses 75,000 marins “et pêcheurs du littoral de l'Atlantique, devrait fournir à la flotte une “réserve considérable de &uerre. Il le ferait probablement si l’'Ami- “rauté, au lieu de préparer des règlements rigides applicables à da “Grande-Bretagne, savait comprendre que le temps le lus propice pour

“ discipliner ces pêcheurs serait l'époque de l’année où ils ne peuvent “pas exercer leur métier habituel =

11 mentionne ensuite les forces de combat qu'il serait facile d’organiser en Australie; et il condut :

“ Mon expérience acquise par un contact d’un quart de siède avec “les forces coloniales m’amène à la conclusion irréductible que si un “ projet de cette nature est exécutable, il en résultera des avantages réci- “ proques pour les colonies et pour l’Angleterre, et le grand Empire où “nous vivons et auquel nous devons tous nos efforts en profitera.

“C'est maintenant qu'il faut agir. Si nous attendons la vague froide “ (the cold fit), la progression [du projet] deviendra peut-être impossi- “ble” (p. 62-63).

Un autre rapport non moins intéressant par le fond et par l’inspiralion, mais plus diffus, c'est celui du général HUTTON, arcien commandant de la milice canadienne, placé à la tête des forces du nouveau Commonwealth d'Australie. Ce rapport est daté de Melbourne, le 7 avril 1902. Il serait trop dong à analyser. Je me borne à indiquer la trace de la pensée qui, depuis ta guerre d'Afrique, tend à remplacer, dans l'esprit des autorilés politiques et militaires de la Grande-Bretagne, l’ancienne notion de la défense de l'Empire.

“ Les principes qui gouvernent la défense ne se limitent pas à une “ simple passivité. L'histoire a démontré que la défense la plus sûre et “la plus efficace est une vigoureuse offensive. Ce sont des opérations “ mäitaires poussées contre les armées ennemies et poursuivies en de- “hors du territoire britannique qui ont assuré dans le passé la défense “viclorieuse d’une île comme la Grande-Bretagne.... Le même prin- “’cipe s'applique dans une large mesure à la défense de l'Australie... .”

“On peut donc considérer que deux facteurs devront gouverner “ l’organisation et l'administration futures des forces militaires du Com- “monwcalth: —(a) la défense du territoire australien; (b) la défense “ des intérêts australiens partout où ils peuvent être menacés.

“ (b) ‘Pour la défense des intérêts de d'Australie, partout où ils “ peuvent être menaris ’, il est évident que te premier élément essentiel “est la suprématie maritime &arantie par la Marine Royale, et le second, “la possession d'une armée de Campagne capable d'entreprendre des “opérations militaires dans toute partie du monde où l'Australie pour- “ rait désirer l’employer ” — (p. 66).

“ Qu'il s'agisse d’cpérations de défense ou d'attaque, le succès, dans “les guerres modernes, ne peut être assuré que “lente et méthodique en temps de paix.

“contemporains prouvent “ quefque braves qu “ du soldat, sont i

Les chefs de l’armée anglaise, qui préméditaient ou prévoyaient déjà une guerre avec l'Allemagne, auraient pu faire leur profit de cette observation judicieuse,

Parmi les documents soumis à da Conférence se trouve le mémoire que le War Office avait fait préparer, l'année précédente, par le colonel ALTHAM, sur “l'organisation des troupes coloniales pour le service impérial”. De ce document, en date du 25 novembre 1901, j’ai cité les parties qui confirment la doctrine de l'autonomie militaire des colonies (1). Ainsi que je l’ai noté, cet officier distingué ne peut s’empêcher de signaler de danger qu’il y aurait à méconnaitre les exigences de la situation particulière de chaque colonie, du Canada surtout, à cause de son voisinage avec les Etats-Unis. Néanmoins, pour obéir aux instructions qu’il a reçues, il recherche loyalement les méthodes qui permettraient d'utiliser les troupes coloniales dans toute guerre que l’Angleterre voudrait entreprendre,

Comme le général French et le générad Hulton, il juge que cette coopération comporte “ deux conditions essentielles” :-—

“1.—L'autorité suprême, responsable de la défense de l'Empire, “ devrait pouvoir connaître avec certitude l'effectif déterminé des régi- “ ments coloniaux utilisables pour les opérations d'attaque ou de défense “ dans toute partie du monde, à compter du moment où les flottes de “Sa Majesté seront suffisamment maîtresses des mers pour lui permettre “ de transporter ces troupes [d’un continent à l'autre].

“2.—Ces régiments devront être entrainés et équipés de manière à “ être efficaces ” — (p. 48).

Il suggère, comme début, l’organisation aux colonies d'un noyau d'armée impériale de 16,500 hommes, ainsi répartis: Australie, 9,000; Nouvelle-Zélande, 4,500; Canada, 3,000. Le nombre attribué à l’Afrique- Sud n’est pas déterminé. Il faut attendre la pacification du Pays et la

guerre acluelle. C’est le contraste prévu par le général French, entre l'effort possible des colonies en temps de paix et ce que l’Angleterre peut leur arracher sous le coup de l'émotion causée Par une guerre soudaine. Quant à l’exigüité du chiffre attribué au Canada: — un tiers du nombre suggéré pour l'Australie, dont la Population est très inférieur: à ceile de Ja Confédération Canadienne, — le général Freuch s’en €:

expliqué dans la partie de son rapport cité précédemment. Il juge que le voisinage immédiat des Etats-Unis interdit fu Canada, dans l'intérêt même de d’'Empire, de faire des efforts trop considérables en dehors de son territoire — (p. 51).

Après avoir réuni ces pièces, le Colonial Defence Committee les transmet à la Conférence avec un mémoire qui n'est que le résumé de la thèse et des prétentions impérialistes. Ce mémoire, en date du 13 juin 1902, est rédigé Par son secrétaire, le major CLAUSON, Le rédac-

leur de cette pièce se base sur le projet de résolution présenté à la Conférence par le premier mini

1j Voir pages 81 et 82.

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“2. — Aucune autre puissance européenne que la Grande-Bretagne “ n'est en mesure de tirer des secours armés de vastes communautés de “sujets blancs en dehors de l'Europe. L'intervention de forces d’expé- “ dition dont les ports australasiens et canadiens constitueraient les “bises [de recrutement et de ravitaillement], pourrait être d’une “ grande importance durant les phases initiales d’une guerre. Mais pour “effectuer une combinaison efficace des opérations de ces diverses “ forces d'expédition, il est essentiel d'assurer la coopération de toutes “ ces forces et d'efficacité entière de chacune d'entre elles pour les ser- “vices qu'on aitendrait d'elles — (p. 44).

“4, — Il est parfaitement compris que les arrangements qui auront “ pour objet de coaliser l'action militaire de tous les pays de l’Empire “aux périodes de danger grave dépendent nécessairement de la coopé- “ration volontaire des colonies autonomes. Dans une telle éventualité, “H sera essentiel, pour assurer le succès, que les forces mälitaires de “l'Empire, dirigées contre l'ennemi, soient organisées d’après un plan “unique et général, et que le commandement supréme de ces forces re- “ pose sur une autorité unique et centrale” — (p. 45).

C'est, on le voit, la définition anticipée du principe qui s’applique aujourd'hui dans toute son ampleur à l’organisation des forces coloniales mises au service de la Grande-Bretagne dans la guerre actuelle,

“Pour ces motifs, le comité de la défense coloniale espère ferme- “ ment que les grandes colonies autonomes seront en mesure de donner “ quelque assurance précise sur la force des contingents qu’elles pour- “ raient mettre à la disposition du gouvernement de Sa Majesté pour le “service extra colonial, en cas de guerre avec une puissance euro- “ péenne” — (, 45).

C'est armé de ces pièces que M. BRODRICK, soutenu par M. Chamberlain, pousse sa pointe.

Le résumé très succinct des délibérations accuse “une grande “ divergence de vues. Les représentants du Cap et de Natal étaient dis- “ posés à entrer dans les vues de M. Seddon et du ministre de la Guerre, “et à constituer un corps spécial de troupes destinées au service impé- “rial.” — Littéralement, “marquées à l'oreille” (ear marked) comme des moutons. — “ Les représentants du Canada et de d'Australie exprimé- “rent l'opinion que la meilleure ligne de conduite à suivre est de s’effor- “cer d’améliorer fes méthodes d'entrainement de l'ensemble de leurs “ troupes, d'organiser les services auxiliaires et l’équipement nécessaire à “Ja mobilisation d’une armée de campagne, laissant à chaque colonie, “ lorsque la nécessité s’imposera, de déterminer de quelle manière et à “ quel degré elle portera secours [à la mère-patrie]. Le sentiment im- “périal croit constamment aux colonies, et leur attitude dans la der- “ nière guerre ne permet pas de douter qu’elles s’empresseront d’accor- “ der une aide.efficace et de faire de leur mieux, selon leurs ressources. “ dans toute éventualité,

“ L'établissement d’une force spéciale, organisée pour le service “ général de l'Empire et pratiquement sous l’autorité absolue du gou- “ vernement impérial, suggère une objection de principe: il constitue

“ rait une dérogation aux pouvoirs autonomes dont jouissent les colo- “ nies ; il tendrait à entraver l'amélioration générale de l'entrainement “et de l'organisation de leurs forces de défense ct, conséquemment, leur “ aptitude à rendre des services efficaces en cas de besoin” —— (p. 32).

Ferme résistance des ministres canadiens

Les MINISTRES CANADIENS ne se bornérent pas à faire consigner au procès-verbal cette trace de leur opposition, Ils rédigèérent un mémoire particulier, dans lequel ils formulèrent leurs objections aux projets suggérés par lord Selborne ct M. Brodrick. De ce document, dont le texte est reproduit tout entier à la fin de ce volume (1), je me borne à transcrire ici, en les traduisant, le premier Paragraphe et les conclusions :

“Les ministres canadiens regrettent qu'il leur ait été impossible de “ donner deur assentiment aux projets suggérés par lord Selborne con-

à mesure qu’il “progresse en population et en richesses, de faire des sacrifices plus

“ considérables afin d'organiser la défense nationale (sel{-defence), de-

“ Jusqu'ici le Canada a restreint son budget aux exigences de la “ défense territoriale. Le Souvernement est prêt à s'occuper aussi de “ l'aspect naval de la défense. 11 se trouve sur les côtes du Canada un “grand nombre d’hommes admirablement aptes à former une réserve “navale; c’est l'espoir des tuinistres qu’ils pourront élaborer, dans un “avenir prochain, un plan qui permettra d’entrainer ces hommes et de “les rendre capables de servir à la défense en cas de besoin.”

C’est ia reprise du projet dont sir Alexander Campbell, à la Conférence de 1887, avait raconté le lamentable échec. “En conclusion, les ministres répètent que,

la défense “ de manière à soulager les contribuables de la mère patrie de quelques- “uns des fardeaux qu’ils portent aujourd’hui. Ils ont le plus vif désir

ollaboration des autorités {1j Pièce justificauive 64.

“impériales et selon les conseils d'officiers impériaux d'expérience, ‘sans loutefois s'écarter du principe de l'autonomie locale qui a cons- “Litué dans le passé un facteur si considérable duns le développement “ de l'unité de l'Empire ” — (p. 73 et 74).

Avant de clore ses délibérations, la Conférence décide à l'unanimité qu'elle devrait se réunir, “ autant que possible, à des intervalles ne dé- “ passant pas quatre ans, afin de permettre au secrétaire d'Etat pour les “ Colonies et aux premiers-ministres des colonies autonomes de discuter “et d'étudier les questions d'intérêt Commun à la mère patrie et aux “possessions d'outremer de Sa Majesté ” — (p, 34).

‘Commerce préférentiel’’- Embargo sur les bestiaux canadiens

A la même séance de dôture, la Conférence exprime officiellement ses vues sur les relations commerciales. Elle approuve “ le principe du commerce préférentiel entre le Royaume-Uni et les possessions d'outremer”; elle reconnait qu’à l'heure actuelle le commerce libre {free trade] entre ces pays est “impraticable”, Elle exprime le voeu que toutes les colonies accordent “ un traitement de faveur substantielle aux produits naturels et industriels du Royaume-Uni.” En retour, “ les pre- “ miers ministres des colonies pressent respectueusement le gouverne- “ ment de Sa Majesté [de reconnaître] l'opportunité d'accorder un trai- “tement de faveur, [à leur entrée] dans le Royaume-Uni, aux produits “naturels et industriels des colonies, par l’exemption ou la réduction “ des droits qui sont aujourd'hui imposés ou qui fe seront à l'avenir ” —

Les délégués du Canada avaient tenté de saisir la Conférence de la question vexatoire de l’embargo sur les bestiaux Canadiens importés en Angleterre, Les ministres de l'Empire n'ont pas jugé que cette question “offre un intérêt général suffisant pour être traitée par !: Conférence; “ des arrangements ont été faits pour qu'elle soit discutée privément “avec le président du bureau de l'Agriculture ” — (p. 41).

Inutile d'ajouter que les autorités impériales n'ont absolument rien fait, ni en 1902, ni depuis, pour donner satisfaction au Canada sur ce point.

M. Laurier justifie sa résistance à l'impérialisme militaire

A l'ouverture de la session qui suivit Ja Conférence, M. LAURIER profita du débat sur l’Adresse Pour rendre compte des résultats du Conarès de l'Empire. 11 maintint et justifia hautement son attitude sur la question militaire . Après une brève vunlyse de la thèse des impérialistes anglais ct des invites aux colonies formulées par lord Seiborne et M. Brodrick, il ajoutait :

“ Dans notre pays même, je ne l’ignore pas,

“ prétexte que le Canada est une partie intégra “ dent que nous devrions assumer

nement, dont je ne Grande-Bretagne et Je égalité, quand on sait qu’il n'en est

“rien. L'Angleterre a des pouvoirs qui nous manquent; pour n'en “ mentionner qu'un seul, elle n celui de conclure des traités, et nous ne “l'avons pas. Les pouvoirs n'étant pas également étendus, les obliga- “tions ne sauraient l'être davantage. Ce raisonnement signifierait que “les intérêts du Canada et de la mère patrie sont en tous points identi- “ques; mais l'expérience est là pour démontrer qu’ n'en est pas ainsi. “Il arrive souvent que ces intérêts sont diamétralement opposés; la “preuve s'en trouve dans le fait que de toutes les nations autonomes qui “ composent l'Empire, il n’en est pas deux qui aient adopté la mème “politique fiscale, Ce raisonnement ferait encore supposer que la “ Grande-Bretagne et le Canada sont dans un même état de dévetoppe- “ment; or, M. l'Orateur, nous savons trop bien que notre pays est soumis “ à des obligations qu'on ne connait pas dans la mère patrie, Notre “situation géographique, l'immense étendue de notre pays et de peu de “ densité de notre population nous imposent des devoirs, nous créent “ des difficultés, nous obligent à faire des travaux qui, en Angleterre, “incombent à l'initiative privée (1).

La fin de non-recevoir que le premier ministre el ses collègues avaient opposée aux tentatives insidicuses des autorités impériales exaspérait les impérialistes canadiens. D'autre part, le leader de l’'Opposition, M. BORDEN, et M. MONK, député de Jacques-Cartier, avaient déploré la nullité des résultats obtenus sur la question du ‘ commerce préférentiel”. 11 n'est peut-être pas sans intérêt de rappeler que je pris fa défense du ministère et que j'approuvai entiérement l'attitude du premier ministre sur la question de la défense.

“ Cette réunion, disais-je, a dissipé les nuages trompeurs que la “conférence de 1897 et da guerre sud-africaine avaient amoncelés. Les “représentants des colonies ont pu constater que, dans l'esprit de M. “ Chamberlain et de ses acolytes, le seul impérialisme réalisable consiste “à mettre à la charge des colonies une partie du budget de l’armée et “ de la marine angaises et à leur offrir en compensation quelques éloges “stériles. De leur côté, des hommes d'Etat de la Grande-Bretagne ont “ dà forcément se rendre comple que le Canada et les autres colonies “britanniques avaient traversé cette période, sur laquelle je ne veux “pas revenir, où le sentiment public, soulevé par les discours échevelés “ des politiciens, atteignait son plus haut degré d'exaltation, A cette “ époque, le peuple et le parlement d'Angleterre avaient pu croire que “ nous étions prêts à laisser amoindrir nos libertés et notre autonomie, “et mème le respect que nous devons à notre passé et à notre avenir : “mais ces illusions se sont évanouies, grâce à l'attitude ferme, discrète “et digne des délégués des colonies et Purticulièrement des représen- “’tants de l'Australie et du Canada ” (77).

Cependant, d'accord avec M. Borden, je blâmais les délégués du Canada d’avoir consenti, avec les autres membres de la Conférence, à étendre le voile du secret sur leurs délibérations. Je marquais le contraste entre les lenteurs et les embarras que les autorités impériales met-

fra Le satire éüires ci-

(1) “Débats de la Chambre des Communes”, 1903 (version

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taient en travers de i'union commerciale et politique des pays de l’'Em. pire et l’empressement qu’elles apportaient à suggérer les contributions des colonies “ à l’armée et à la marine de ta Grande-Bretagne”. Après avoir cité la principale partie du mémoire du 11 août 1902, dans ieque! les délégués canadiens avaient motivé leur opposition aux projets de lord Selborne et de M. Brodrick, j'ajoutais :

“A ceci, aucun Canadien ne saurait trouver à redire. Quant à moi, “aussi longtemps que le ministère restera dans les bornes qu'il s'est “ainsi tracées, je l'appuierai sans réserve.”

Mais je ne pouvais me décider à partager l’aveugle confiance des libéraux, des Cunadiens-français surtout, qui clamaient plus haut que jamais: ‘ L'impérialisme est mort; Laurier a vaincu Chamberlain.’

“Tout danger n'est pas écarté, disais-je; M. Chamberiain n'est pas “homme à céder à cause d'un premier échec et à renoncer aux projets “ qui lui tiennent tant à coeur ” (79).

Je signalais le voyage du ministre des Colonies en Afrique-Sud et la persistance de ses appels aux ‘ nations-soeurs”,. Je citais les passages les plus décisifs des mémoires du colonel Altham et du général French. Je dénonçais 1a propagande de la Ligue Navale Britannique, qui venait de s'implanter au Canada et d'enrêler plusieurs des ministres. Puis, je résumais des motifs qui inspiraient les impérialistes anglais et leur interdiraient certainement de se laisser rebuter par l'attitude récalcitrante des délégués canadiens à Londres.

“ Je pourrais résumer toute cette politique de défense impériale en “ m'appuyant sur l'opinion que lord Rosebery. exprimait, il y a environ “ neuf ans, au sujet du mouvement impérialiste, lorsqu'il abandonna Ja “ direction du parti libérai et avant qu'il fût devenu lui-même l’un des “ prophètes de l'impérialisme, Le gouvernement britannique a triplé “ l'étendue de l'Empire et accru énormément le fardeau que la défense “de cet immense territoire impose au peuple de la Grande-Bretagne. “Les grands propriétaires anglais s’obstinent à conserver le régime “ agraire le plus arriéré, le plus stupide, de tous les pays civilisés. Les “régions agricoles du royaume se sont dépeuplées, déversant aux colo- “ nies la partie da plus robuste et la plus intelligente de leur population; “et le reste se partage entre les artisans de métier et les désoeuvrés qui “ remplissent les bouges des grandes cités. Les artisans et les fermiers “me veulent plus servir à l’armée ni s'engager dans ta marine; c'est “ done aux bouges que les autorités militaires doivent demander leurs “recrues; et les politiciens sont cffrayés à l’idée d’adopter le régime “de la conscription, ie seul possible pour un peuple saisi d’ambition “impériale, assoiffé de conquêtes et d'expansion. Et alors, à cause de “ l'indifférence ou de l'incapacité du peuple anglais, à cause de la pusil- “lanimité des politiciens anglais, nous, les pionniers des colonies, nous “qui avons encore tant de sacrifices à accomplir pour faire fructifier “le sol national et contribuer à la gloire véritable de l'Empire, il nous “ faudrait expier les fautes de l'Angleterre et nous saigner à banc pour “exécuter les devoirs que le peuple anglais ne veut Pas ou ne peut pas “accomplir ” (82).

Je pressais ensuite les ministres canadiens de profiter de la réaction contre l'impérialisme au Canada pour revenir aux saines traditions nationalistes; et je concluais:

“En somme, de résultat de lu conférence impériale et l'attitude de “nos délégués me paraissent tout à fait satisfaisants. Cette attitude a “pu déplaire en certains quartiers, mais la très grande majorité du “ peuple décidera que nos représentants ont accompli leur devoir d'hom- “ mes d'Etat canadiens et de citoyens britanniques, Nous pouvons dif- “férer d'opinion sur plusieurs aspects du problème impérialiste; la “ guerre sud-africaine a pu créer entre nous d'amers dissentiments ; “ mais ces jours de discorde sont passés. Ainsi que le disait l'honorable “ député de Haldimand (M. Thompson), la paix est faite en Afrique; et “ je suis heureux que cette paix se soit conclue sur des bases acceptables. “S'il m'est perwuis d'exprimer un sentiment tout à fait personnel, je “souhaite ardemment que da paix règne également au Canada. Quelles “ que soient nos théories particulières sur l'impérialisme, nous devrions “tous nous rencontrer sur un terrain commun et nous entendre pour “adopter une seule nolitique, qui préfère nos intérêts à ceux de toute “autre partie de l'Einpire, et même aux intérêts de la Grande-Breta- “gne.... (89).

“J'espère que ce sentiment canadien va maintenant dominer les “ deux partis, et que le seul but de notre action politique, qu’il s'agisse “de notre organisation conslitutionneile, de notre régime militaire ou “ de nos lois économiques, sera de veiller avant tout à la sauvegarde des

“ intérêts canadiens ” (90).

Ces citations démontrent que mon opposition n'était ni aveugle ni opiniâtre. Depuis la guerre d'Afrique jusqu'à la guerre actuelle, les nationalistes, les vrais, ont soutenu ou combattu l’un et l’autre partis, selon qu’ils sont restés fidèles aux principes du nationalisme ou qu’ils les ont trahis.

Les événements ne tardèrent pas à démontrer que je n’avais pas tort de redouter une nouveile poussée de l'impérialisme, — ou péutôt, de croire que le mouvement iempérialiste tenait à des causes trop profondes et trop générales pour être longtemps ou sérieusement entravé

par la résistance, passagère du reste, de M. Laurier et des libéraux canadiens.

Reprise de la propagande impériatiste Congrès des Chambre» de Commerce de l’Empire

Dès le mois d'août 1903, les Chambres de Commerce de l’Empire s’assemblaient en congrès à Montréal. C'était la cinquième réunion de ce genre. Naturellement, les propagandistes de d'impérialisme r'avaient eu garde de négliger cette occasion de pousser leurs affaires. Le Congrès n'était censé s'occuper que de questions de finances ou de commerce, Les impérialistes trouvèrent moyen de l'entrainer, dès sa première séance, sur le terrain militaire. Ils eurent l’habileté de faire donner tout d’abord les délégués du Canada et de les compromettre en leur faisant proposer un voeu qui contredisait carrément l'attitude prise par le premier ministre et ses coliègues à ia Conférence de Londres. Ce

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mage rois Mount

“ Ce Congrès

“ ment leur devoir

"et au prestige de “Les colonies “ Initiative quant à “consentir à offrir La première pa tion précise et com

Empire ”.

M. Masson eut ta

ment motivée qu nion. En voici

(1)) “The Fi Report—p. 14, 19,

voeu, présenté par Board of Trade de pose “autonomes de partici

Les représentants Damase MASSON et H.

—“ Que les colonie

“ ployant leurs revenus à “tre leur population

par la Théâtre National, afin de

invita à porter la parole, Gaspé, et M. Chauvin, M. LEMIEUX, em

"il me remit à Ottawa, le texte:

» Congress of the Chambers ef Commerce of the Empire”—Official

M. Geo. E, DRUMMOND,

premier vice-président du Montréal, était formulé da

ns les termes suivants:

en principe que c'est le devoir des colonies per au coût de la défense de l'Empire.”

de la Chambre de Commerce de Montréal, MM.

-A.-A. BRAULT Proposèrent en amendement :

# ayant en toute occasi envers l'Empire,

réclament donc le privilège de réserver la nature et au mode de secours à l'avenir à l'Empire britannique.” rtie de ce voeu était irréprochable: c plète des principes posés depuis quarante ans

leur propre qu'elles pourront

devoir des colonies autode l’Empire; — mais les ège de réserver leur Propre initiative quant elles consentent à offrir ” (1).

la proposition principale réal, — celle-là même qui I utiti-

faiblesse d’ clarée adoptée unanimement.

appuyer la motion Denison, qui fut dé-

M. Rodolphe Lemieux, nationaliste La jeune Ligue Nationaliste venait de naître. Elle inaugura son existence éphémère

on publique, au attitude du Congrès. Elle odolphe Lemieux, député de e.

s'excusa dans une avec prière de Ja 1j

entre autres, MR député de Terrebonn

pêché de venir, lettre longue-

re à la réu-

“Chambre des Communes, Ottuwa, ce 4 uoût 1903.

“ Monsieur Henri Bourassa, “ Député de Labelle.

“ Mon cher collègue :—

“J'aurais vivement désiré assister à l'assemblée de dimanche soir, “afin de protester avec vous contre la résolution intempestive adoptée “ ces jours derniers par le Congrès des Chambres de Commerce. Des - ns d'une nature toute Personnelle m'empêchent d'être présent.

“ Permettez-moi d'exprimer mon étonnement de ce que les délégués “ des Chambres de Commerce du Canada, et de la province de Québec “en particulier, aient cru devoir fEuuYer une résolution qui affirme “un principe absolument faux, à «1... : ‘obligation pour les Colonies “de participer à la défense de l''mp:

“Inutile de vous dire que les Can

vus h lent être liés par “cette déclaration, — En vert. :. quel traité 41: t-on ajouter aux “ droits et aux devoirs respeslii: de ‘Enpiie et de. Colonies? Quel “ mandat les délégués de nos ‘‘} ‘bres de €: miner it-ils reçu pour “engager de cette façon l'a:cair un purs?

“ Le Parlement Canadie: à seu! droit d “ sabilité, et je n'hésite pas à dire que !

“me aucunement le voeu de l'opinion “canadien, “ Au contraire, c'est l'attitude :i »:

“ conférence intercoloniale, par te ?re::

“pond au sentiment populaire.

“ Vous vous rappelez avec quel enthousiasme fut accueilli le discours “du Premier Ministre, prononcé le 12 mai 1902, à Ja Chambre des Com- “munes. Certains esprits exagérés voulaient depuis Jongtemps que “ notre pays se lançât à l'aventure dans toutes les &uerres de l’Empire, “Sir Wilfrid Laurier fit une déclaration qui eut beaucoup de retentis- “sement et qui, à mes yeux, et en dépit de lu résolution Drummond, “ doit, en autant que de Canada est concerné, metre fin pour toujours au “’militarisme. — Voici en quels termes s'exprimait le Premier Ministre : Ici, M. Lemieux cite le passage le plus caractéristique des déclarations de M. Laurier, prononcées à la Chambre, le 12 mai 1902, — celui où le premier ministre professe solennellement sa détermination de ne pas “plonger te Canada dans le gouffre du militarisme ” (1). Couvert par cette parole auguste, le député de Gaspé termine sa lettre par cette adhésion sans réserve aux protestations de la Ligue Nationaliste: “ Voilà, mon cher collègue, les sentiments qui animent les vrais “Canadiens, et il est regrettable que les délégués des Chambres de Com- ‘“ merce se soient inspirés ailleurs.

“ J'ai l'honneur d’être,

ue! une telle responeiolution Drummond n'expricuine et réficchie du peuple

prise l'1i dernier lors de la Minis: du Canada, qui ré-

“ Votre bien dévoué, “RODOLPHE LEMIEUX.” {if} Voir Pagé 141.

I m'a semblé utile de reproduire cette expression d'opinion de ‘un des futurs apôtres de da “dévotion à l'Empire” : elle marque la température exacte, à cette heure, du parti libéral. M. Lemieux n'avait pas encore atteint le degré de courtisanerie où il est arrivé depuis ; mais il était déjà trop soigneux de sa popularité et de ses chances d'avancement pour courir le risque de se mettre mal en point dans l'esprit des chefs de son parti, de M. Laurier en particulier. On peut être assuré qu'avant de me remettre cette lettre, il l'avait soumise à ‘’approbatur du premier ministre . Six mois plus tard, il devenait Solliciteur-générni, Au mème moment, M. BRODEUR entrait dans le cabinel comme ministre du Revenu de l'Intérieur. Il avait été l’un des plus urdents, en 1896, à mener une Campagne furibonde contre les tendances militaristes et impérialistes que les libéraux dénonçaient alors chez tes chefs du parti conservateur. Cette campagne, il l’avait poursuivie à la tribune et dans les colonnes du Soir, organe éphémère du parti libéral à Montréa, dont le futur collègue de M. Laurier était le directeur de fait. C'est à la même époque que le Soleil, de Québec, dévoilait les projets ténébreux des torys qui, paraît-il, préméditaient déjà d'envoyer “nos enfants en Afrique. d'où ils ne reviendront jamais.” “Pourquoi se battre pour l'Angleterre?” demandaient les chefs et les organes du parti libéral (1). Ces prédictions s'étaient réalisées, en 1899, par le fait d'un gouvernement libéral, Mais M. Brodeur, vice-président de la Chambre lors de l'expédition d'Afrique, n'avait joué qu'un rôle passif dans cette première crise impérialiste de son parti. Il entrait donc dans le gouvernement avec tout son bagage de déclarations nationalistes, antibritanni-

ques même, de 1896; et M. Laurier et ses collègues l'acceptaient ainsi — tout comme, en 1914, les ministres conservateurs, piliers de l’Empire, n'ont éprouvé aucun scrupule à recevoir dans leurs bras M. Blondin, qui avait si bien déchiré le drapeau britannique à Drummond-Arthabaska.

Ces menus faits nous éclairent suffisamment sur le degré de sincérité et de constance des politiciens de tout acabit.

Révision de la loi de la Milice -Destitution de lord Dundonald

Durant toute la session de 1904, le parti libéral vogua en pleines ceux nationalistes. C'est à cette session que la loi de la Miice fut revisée et que sir Frederick Borden, ministre de la Milice et de la Défense, fit les déclarations que j'ai relatées dans la première partie de cette étude (2).

C'est en juin de la même année que le ministère destitua lord DUN.- DONALD du commandement de da milice canadienne, “pour cause d'insubordination”, Les torys firent grand tapage autour de cet incident. Quelques-uns des ministres et des députés libéraux de l'Ontario eurent un moment de frousse, Grâce à l'énergie de M. Fisher, le ministère tint bon. Je me rappelle comme d'hier le ton passionné avec lequel M.

(1) On trouvera à lu pièce justificative 5, le texte de ce manifeste anti-militariste Ce de NE RONA, député de Mc Vue MES de, député ere, el 3 , eu, n a Cour k t particulièrement piquantes ges —

(2) Voir pages 86 à A0--aussi plèce justificative 67.

Fielding, ancien sécessionniste et futur impérialiste ardent, me disait, au beau milieu de la crise provoquée par cet incident: “We must teach those priggish Englishmen how to behave." Aux élections générales, en novembre 1904, le parti conservateur exploita tant et plus, dans les provinces anglaises, la destitution de lord Dundonad. L'écrasement de ses candidats lui démontra que le sentiment populaire n'était pas au diapason des impérialistes,

C'est à cette même session de 1904 que sir Wilfrid Laurier, profitant de l'explosion de colère causée dans les provinces anglaises par la décision de lord Alverstone en faveur des prétentions américaines aux frontières de d'Alaska, déclara que le moment était venu pour le Canada de réclamer le droit de faire lui-même ses traités internationaux (1). Cette déclaration d'indépendance est restée vaine, comme la menace d'abroger ou de modifier radicalement le tarif de faveur,

En vérité, toutes les apparences semblaient indiquer que l’impérialisme était non seulement en baisse, au Canada, mais en pleine déroute, Les naïfs Canadiens en étaient persuadés. Méême des étrangers avertis, comme M. André Siegfried par exemple, s'y laissaient prendre (2). Ils ne tenaient pas compte des causes profondes d'où partait la poussée impérialiste et de la puissance d'action de Chamberlain et de ses principaux acolytes.

Chamberlain et la réforme du tarif Sa défaite, prélude du triomphe de l'impérialisme militaire

Rebuté pour l'instant par l'opposition du Canada et de l'Australie à son rêve de coopération militaire des pays de l'Empire, Chamberlain se décida à porter son effort sur l'aile #auche: il entreprit la tâche herculéenne de convertir l'Angeterre au protectionnisme, A l'encontre de Macdonaid, de Tupper, de Tilley et des autres créateurs du protectionnisme canadien, en 1876, il n'offrit pas son programme économique comme une mesure de “politique nationale”, appelée à activer le commerce et l'industrie du Royaume Uni. 11 savait trop bien que le commerce bre avait fait pour la Grande-Bretagne, dans les conditions géographiques et économiques où elle se trouve, ce que le régime protecteur a fait pour ta France, l'Allemagne, les Etats-Unis ou de Canada. 11 plaça toute la question sur le terrain des intérêts impériaux. Tout en utilisant l'appui des rares partisans du protectionnisme en soi, il présenta l'imposition de droits de douanes sur les articles importés de l'étranger, avec dégrèvement en faveur des possessions britanniques d'outremer, comme une compensalion minime à offrir aux colonies en échange de leurs contributions permanentes à la flotte et à l’armée brilanniques et de leur participation générale et constante à toutes les les guerres de l'Angleterre.

Il s'efforça d'imposer son programme à ses collègues et au parti unioniste tout entier, 11 se heurta à la résistance irréductible de sir Michael Hicks-Beach, ancien chancelier de l'Echiquier, et des

(1) “Débats de ls Chambre des Communes”, 1904 (version française col. 74 à 76. (3) “Le Canade et les deux Races”, Paris, Armand Colin, 1906.

rer resersereenpeese

mettait me er NINNIRNNNNNNENNIEUNNESINENEs

libre-échangistes du parti conservateur traditionnel. M. Baifour tentn de sauver la situation en adoptant une attitude flottante entre les Tariff lteformers et les Free Traders. Cette attitude de “juste milieu” Jui joua le même tour qu'à sir Wäfrid Laurier, en 1911, sur la loi navale. Les fermes tenants des deux doctrines le lâchèrent. Comme lord Morley et M. John Burns, en septembre derni: r, le duc de Devonshire et les frec traders rentrèrent sous deur tente. Chamberlain démissionna également ; mais il eut soin, en partant, de conserver vn pied dans la place en installant à l’Echiquier son fils, Austen Chamberlain, Puis il se jeta à corps perdu dans fa lutte pour la réforme du tarif. Cette lutte, il la poursuivit en flanc du parti unioniste, un peu conme M. Monk et les nationalistes sincères ou fictifs livrèrent bataille ici, aux élections générales de 1911, en marge du parti conservateur.

Cette lutte aboutit, en décembre 1905, à la défaite des deux groupe: du parti tory-unioniste, Le ministère Balfour fut renversé et les candidats de Chamberlain écrasés, sauf dans quelques rares régions où la concurrence croissante de l'industrie allemande ou américaine avait donné quelques points d'appui à la propagande protert‘onniste. Ces victoires isolées du protectionnisme national ne diminuaien: en rien ‘a portée décisive de la déroute du protectionnisme impérial.

Pour le coup, croyait-on généralement, l'impérialisme était bien mort: lu doctrine était rejetée d'emblée par le peuple du pays prépondérant de l’Empire, l'armée était anéantie, le chef décapité, 11 ne restait plus que quelques “cerveaux brûlés”, “réveurs” et “maniaques” du nationalisme canadien, pour croire à un réveil possible de l'impérialisme. Les “sages” et les “pratiques” n'avaient cependant pas fait attention à une chose: c'est que le peuple anglais, en rejetant de la doctrine impérialiste tout ce qui comportait un sacrifice quelconque de sa part en faveur des colonies, n'avait pas laissé tomber dans l’ornière du chemin ni sur les rochers stériles les arguments de Chamberlain qui tendaient à démontrer l'importance croissante, la nécessité même, dans l'intérêt de l'Angleterre, de la contribution des colonies à la défense sénérale de d'Empire.

Les Anglais étaient bien décidés à ne rien faire pour les colonies, mais ils n'avaient aucune objection à tout prendre de ce qu'ils pourraient arracher à la jobarderie et à la vanité des coloniaux.

Rien ne se perd en Angleterre — je l’ de ce qr° profite à la puissance, du peuple britannique. Les li rassés du bagage encomb dain: la réforme du tarif pire, c’est-à-dire tout ce fices en faveur des

et les compromissions,

que Chemberlain avait réussi, durant les dix

à arracher à la faiblesse, à la complaisance où à la

ns des colonies, C'est sur ce terrain rétréci mais

infiniment plus profitable Pour l'Angleterre qu'ils placèrent désormais la lutte contre les libertés coloniaies,

Conférence de 1907

Ce programme s'esquissa dès la quatrième Conférence coloniale, tenue à Londres en 1907.

Si l'on s'était conformé au voeu adopté en 1902, ce quatrième cengrès de l'Empire aurait dû se réunir en 1906. Le 20 avril 1905, M. LYT- TELTON, successeur de M. Chambertain au ministère des Colonies, écrit une longue dépêche à ce sujet aux gouverneurs des colonies autonomes (1). 11 relate succinctement les résultats des trois conférences précédentes: 1887 — 1897 — 1902.

“11. — L'on observera, ajoute-t-il, que ces conférences ont pris, à “ chaque étape, une forme plus définie et un état plus marqué de conti- “nuité. Leur constitution a perdu le caractère vague de la réunion de “1887. Les conférences se composent emaintenant des premiers minis- “tres des colonies autonomes et du secrétaire d’Etat pour les Colonies, “avec l'assistance, lorsque l'objet de la délibération s'y prèle avan- “'tageusement, d'autres hauts fonctionnaires du Royaume-Uni et des “ cadonies.

“12. — De plus, les trois premières conférences s'étcient réunies à occasion de la présence à Londres des représentants des colonies qui “étaient venus prendre part à d'importantes célébrations impériales. “Mais en conformité de la résolution adoptée à la dernière conféren- “ce,.... les réunions futures se tiendront à des intervalles déterminés “et dans le seul but d'adopter des décisions pratiques (for the trans- “action of business). On peut donc dire qu'un Conseil Impérial, chargé “de délibérer des matières qui concernent également de Royaume-Uni “et les colonies autonomes, a pris naissance par un procédé naturel. “ De l'avis du gouvernement de Sa Majesté, i] serait peut-être opportun “ d'écarter le titre de “Conférences Coloniales”, qui rend mal ta vérité “des faits, et de désigner ces réunions, à l'avenir, comme des réunions “ du “Conseil Impérial”. Nous désirons, sans presser les choses, suggé- “rer celte modification à l'étude des &ouvernants des colonies.

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