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Campbell-Bannerman, dernier tenant du libéralisme gladstonien
Les délégués se réunissent à Londres à la date fixée, le 15 avril 1907, sous la présidence de lord Elgin, secrétaire d'Etat pour les Colonies (1). Le premier ministre, sir Henry CAMPBELL-BANNERMANN, vient souhaiter la bienvenue aux délégués des “grandes communautés autonomes d'outremer”. C'est à cette occasion qu’il pose de nouveau, dans un langage clair et précis, le principe que les nationalistes canadiens n'ont cessé d’opposer aux empiètements de l'impérialisme: “Nous ne venons “ pas aujourd’hui à votre rencontre en quémandeurs d'argent. Néan- “ moins, nous faisons un accueil cordial (cordially recognise) à l'esprit “ dans lequel ces contributions ont été versées dans le passé et seront “sans doute consenties à l'avenir. Il est évidemment possible d'exagé- “rer l'importance des besoins des possessions d’outremer comme fac- “teur du budget de nos dépenses; mais quoi qu’il en soit à cet égard, “le coût de la défense navale et la responsabilité de la direction de la “ politique étrangère sont liés indissolublement (hang together).”—p. 5.
C’est, l'on s'en souvient, le principe posé par lord Elgin dès 1854, invoqué sans relâche par tous les hommes d'Etat canadiens jusqu'aux jours de la guerre d'Afrique, & accepté sans réserve par les autorités impériales comme la base essentielle du traité de 1865. Campbell-Banperman est lc dernier homme d'Etat anglais qui aura la loyauté et le franchise de reconnaitre l'obligation qui résulte au Royaume-Uni de sa souveraineté impériale. La même pensée traditionnelle se manifeste dans son appréciation du rôle des Conférences Impériales et des projets de réorganisation du gouvernement de l'Empire :
“Je n'entreprendrai pas d'énumérer, encore moins de discuter et “ de critiquer, les divers projets plus ou :noins ambitieux qu'on a mis de “l'avant. Je me borne à faire une observation applicable à toutes ces “propositions. Nous nous appuyons, Messieurs, sur la liberté et l'indé-
pendance: c'est là le facteur essentiel du lien qui unit [tous les pays
de] l'Empire britannique. Liberté d'action pour chaque Etat indivi-
duel, liberté dans les relations mutuelles [de ces pays] et [dans leurs
relations] avec la mère-patrie , Tout ce qui milite contre ce principe ” serait entièrement contraire au génie de notre race et à nos idéaux “ politiques, et aboutirait tôt ou tard à un désastre ” (p. 5et 6).
Les sauveurs et les reconstructeurs de l'Empire feraient bien de méditer ces sages paroles. Elles s'appliquent à la situation actuelle, et surtout aux conséquences inévitables et prochaines de cette situation, plus encore qu’à l’évolution encore vague qui se dessinait à l'heure où elles ont été prononcées. Campbetl-Bannerman n'était pas un génie transcendant; mais c'était un homme d’un rare bon sens. On a pu dire de lui qu’il n’a jamais fait un faux pas. C'était un Britannique de ja
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vraie tradilion, de celle qui a donné à d'Empire la seule cohésion, l’unique terrain de ralliement cet d'entente, qui soient compatibles avec les incohérences naturelles de sa situation géographique, de l'éparpillement des pays qui le composent ct de a diversité des races qui l'habitent, Si les sauveurs d'empire ne s’'empressent pas de revenir à cette tradition, le “désastre” se produira beaucoup plus tôt qu'on ne le pense.
Réorganisation de la Conférence - Nouveau mécanisme de gouvernement impérial
Le premier soin de la Conférence est d'arrêter son programime d'études et de refaire sa constitution pour d'avenir.
Sir Wilfrid LAURIER réussit 4 faire accepter le changement qu'il avait proposé: l'admission de plusieurs représentants de chaque colonie (p. 15-17 et 53-56). Sir Frederick BORDEN, ministre de ta Milice, et M. BRODEUR, ministre de ln Marine, sont immédiatement admis à prendre part aux délibérations. 11 reste stalué que le Royaume-Uni et
chacune des colonies n'ont droit qu'à une voix collective dans les décisions prises.
Les représentants de l'Australie sont moins heureux dans leur démarche pour faire admettre à da Conférence les délégués des #ouvernements d'Etat. Sir Wilfrid Laurier s'y oppose. Il craint que les provinces Canadiennes ne réclament le même privilège, Il peut, à son avis, s'élever des conflits d'opinion entre le Souvernement fédéral et les gouvernements d'Etat, I y a actuellement une dispute entre le gouvernement de la Confédération ce! celui de la Colombie Britannique. 11 serait dangereux d'ouvrir la porte de la Conférence à ces conflits. La majorité des délégués se rallie à ses vues et rejette la proposition (p. 93-94).
Les représentants de l'Australie réclament également l'entière publicité des délibérations. Sur ce point, M. Laurier prend une attitude équivoque. 11 blâme discrètement le ministère des Colenies de n'avoir pas fait publier le compte rendu intégral de la conférence de 1902. 11 oublie que le 5 août 1903, il n fait câbler par lord Minto à M. Chamberlain que le gouvernement canadien s'objecte à cette publicité déjà demandée par l'Australie (1). C'est sans doute qu’en 1903, M. Laurier r'est pas encore certain si son attitude nationaliste lui vaudra plus d'applaudissements que d'imprécations au Canada. En 1907, le vent n'est pas à l'impérialisme: M. Laurier suggère qu'un “précis” de chaque séance soit livré quotidiennement à la presse et que le compte rendu complet soit publié plus tard (p. 19-22), II prononce en passant cette parole significative: “Je ne suis pas si disposé que M. Deakin semble l'être à fournir des renseignements à la presse” (p. 80).
Les Australiens ramènent sur le tapis la création d'un Conseil Impérial (p. 26-48). Cette proposition est écartée d'emblée, L'existence officielle et permanente de la Conférence “Impériale” — ct non plus “Coloniale” — est décrétée “dans l'intérét de l'Empire”. Elle se réanira tous les quatre ans. Le premier ministre du Royaume-Uni en est le
{1} “Correspundsnse réisii to the pr publication of the Report of he fre. ceedings of the Colontai Conference in pre gpl 1802 Cd, 13 ;
président d'office. En son absence, le secrétaire d'Etat pour les Colonies préside aux délibérations. Le premier ministre de l'Australie, M. DEAKIN, voudrait qu'un représentant des colonies puisse à l’occasion remplir ces fonctions, Lord ELGIN, avec l'appui de M. Laurier, fait écarter cette suggestion dangereuse pour l'autorité impériale (p. 59-61). Entre les sessions régulières du Congrès, des conférences subsidiaires “pourront être convoquées pour délibérer sur des sujets partiéuliers.” Un “secrétariat permanent” de da Conférence est constitué, Les représentants de l’Austrifie, de la Nouvelle-Zélande et du Cap voudraient que le personnel de ce bureau relève directement du premier ministre du Royaume-Uni, comme président de la Conférence. Lord Elgin, toujours aidé de M. Laurier, réussit encore à écurter cette proposition et à faire décréter que le secrétariat dépendra directement du ministre des Colonies (p. 62-76). Les ministres britanniques tiennent à garder la haute main.
A noter en passant cette boutade du premier ministre de l'Australie :
“ Le président (lord ELGIN) :— J'espère qu’ [M. DEAKIN ] “ne croira pas que nous avons le moindre désir de parler en dictateurs “ou d'être incivils ou quoi que ce soit de ce genre dans la correspon- “ dance que nous entretenons avec fes colonies.
“M. DEAKIN:—Trop civils parfois" —- (p. 70),
M. Haldane poursuit l'oeuvre de Chamberlain
Le 20 avril, la Conférence aborde le sujet le plus important, celui de la réorganisation et de la concentration des armées des divers pays de l'Empire, Contrairement à ce qui s'est passé en 1897 et en 1902, ce problème prime la question navale, Le secrétaire d'Etat pour la Guerre. M. HALDANE, futur haut chancelier de l'Empire, alors chéri des Anglais à cause de ses amitiés allemandes, aujourd'hui écarté du ministère pour le même motif, vient exposer les vues du gouvernement et des chefs de l’armée. La guerre sud-africaine na démontré de nouveau la faiblesse de l'armée britannique et son organisation défectueuse, Une commission d'enquête a été nommée en 1904; lord ESHER en était le président: sir John FISHER (aujourd'hui lord Fisher) et sir George CLARKE, les principaux aviseurs. Cette commission a préparé “un projet de réorganisation complète du War Office et de l'armée” Ce projet a été accepté par de ministère unioniste et mis à exécution par le cabinet actuel. 1! s'inspire des principes et de l'exemple de la Prusse et de l'Allemagne. Son exécution est confiée à un état-major général. 11 tend à l’uniformisation de toutes les forces de l'Empire (p. 94-95), M. HALDANE ajoute :
“ Les événements de ces dernières années ” — ]a guerre d'Afrique — “ont démontré que l'Empire pourrait “gir comeme un tout et que. “ dans un danger suprême, les forces locales de défense pourraient se “porter en nombre (pour forth) pour défendre plus que leurs propres “frontières. Mais ceci dépend de d'effort volontaire et non pas d'un “ programme rigide, En portant ce sujet à votre connaissance, aujour- “ d’hui, notre objet principal est de démontrer fortement l'opportunité “ d'organiser ces forces locales des diverses possessions swonomes de
“la Couronne, sinon d'après un Programme commun — nous reconnais- “sons que les conditions variables de ces divers pays interdisent un “ programme rigide — du moins, avec un objet commun en vue et selon “une conception commune ” (p. 96).
L'Angleterre va transformer sa miiiee sn armée terriloriale, Le Canada a une milice qui se rapproche berucoup de cette armée projetée, Les gouvernants de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande et de l'Afrique- Sud se proposent d'organiser des forces identiques. NH faut organiser ces armées d'après une “conception commune”... “C'est là que vient l'utilité de l'éta -major général” (y, 96).
Chaque colonie pourrait également organiser un état-n'ajor local. Des échanges d'officiers Pourraient utilement se faire entre ces divers états-majors et celui du Royaume-Uni, * Si ceite organisation se com- “plétait et si nous en venions à faire cet échange d'officiers, — ce “qui tendrait à élurgir la sphère d'action de l'état-major généra! selon “les larges conceptions d'un esprit militaire saisi de loutes des données “du problème de la défense de l'Empire dans son ensemble, — nous “ aurions fait beaucoup pour obtenir un programme uniforme dans l'or- “ #anisation, dans le choix des armes et dans les autres détails d'ordre “militaire, Cette uniformité est presque essentielle s’il doit ÿ avoir une “coopération effective dans une grande guerre" (p. 97).
On voit que la défaite de Chamberlain et du ministère Balfour n’a nullement modifié les visées des autorités impériales dans l’ordre de la guerre. Le projet de M, Haldane, l'un des chefs de l'impérialisme libéral, n'est que le développement de celui qu'esquissait M. BRODRICK, à la Conférence de 1902. C'est la reprise, sur une plus vaste échelle, de l’ancien projet de Cardwell, repoussé par Cartier en 1870, Plus habile dans l'art de ménager les transitions et de séduire les coloniaux, qu’il a bien connus au cours de sa brillante carrière d'avocat, M. Haldane dévoile moins brutalement que ses prédécesseurs l’objet poursuivi par les autorités britanniques : renforcer l'armée anglaise en drainant les colonies, afin de laisser le peuple anglais s'enrichir en Paix. A l'appui de sa demande, le ministre de la Guerre soumet aux membres de la Conférence un mémoire de l'Imperiai Defence Committee et quatre rapports distincts préparés par le War Oflice (1).
Imperial Defence Committee — Représentation illusoire des colonies
Le rapport du Comité, rédigé en murs 1907, est bref, T1 se borne : expliquer l'origre et les atéributions de ce nouveau mécanisme de l'Empire, qui a absorbé, sans le détruire, l'ancien Colonial Defence Commillee créé en 1885.
“Le Comité est un Corps purement consultatif : il n'£rerce aucun "pouvoir exécutif, ni aucune fonction administrative.” (p. 15).
Cette commission ne délibère que des matières qui lui sont soumises par le premier ministre britannique ou l’un des secrétaires d'Etat.
(1) “Papers inid before the Celenial Conferences", 1907—Cd Si, Chacune des citaus it Es FT irnduites de ces documents. Le chiffre de la page est indiqué après “haque cita nr.
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Le premier ministre peut y appeler toute personne susceptible de fourair des renseignements utiles.
“Le premier ministre considère qu'il serait peut-être avantageux “ de faire comprendre aux représentants des colonies, à la prochaine “ Conférence, que le Comité de la Défense Impériale a pour objet de ren-
“devrait donc avoir pleine liberté de soumettre les questions de cette “nature par l'entremise du
“ conseils qu'il est en état de donner, Si le voeu en est exprimé, tout
“ la discussion de la question posée” (p. 16).
L'Australie avait préparé une résolution exprimant le désir des colonies de se faire représenter dans cette commission, Aux termes de celte proposition, ce droit de représentation aurait dû être permanent et absolu. Les détégués des colonies auraient pu siéger dans le comité en toute circonstance (Cd. 3523, P. 83). Mais les maîtres de l'Empire veillaient au grain. Le ministre des Colonies fait décapiter la résolution du principe général posé par les Australiens; puis il fait limiter le droit des coloniaux à solliciter les conseils de da commission, par l'entremise du secrétaire d'Etat pour les Colonies, et à siéger “durant la discussion des questions posées”. (p. 120). Sir Frederick BORDEN fait
rver que celte motion est absolument inutile et que la question a été réglée depuis longtemps, puisqu'il a Jui-même assisté à une séance du Comité en décembre 1903. :
Avec cette loyauté que j'ai souvent signalée chez les hommes d'Etat anglais de grande envergure, M. HALDANE ne veut pas laisser d'illusion aux coloniaux sur l'importance de cette représentation.
“Je ne crois pas moi-même, dit-il, si je puis m'exprimer ainsi, que * cette résolution soit nécessaire. Chacun est très familier avec la com- “position du Comité de ta Défense Impériale, qui est un squelette ou “un embryon (skeleton or nucleous body). J'y assiste toujours, mais “je ne suis pas l’un de ses membres réguliers. Ce corps n'a pas de com- “position déterminée. 11 consiste seulement dans la réunion des per- “sonnes convoquées, Sans doute, s'il s'élevait une question qui affecte ‘une colonie en particulier, le représentant de cette colonie y siégerait. “Le premier ministre [britannique] est en réalité l'âme (mainspring) “ du Comité, et il y appelle qui il veut,
“ Sir Frederick BORDEN :—1] appelle n'importe qui à sa convenance (whomsoever he likes)?
“M. HALDANE :-Qui il veut et qui lui convient (whoever he likes and whoever is suitable) ” (p. 121).
C'est à ce fameux “ droit de représentation des colonies dans les conseils de l'Empire”, dont M. Borden, ses collègues et ses partisans feront si grand tapage, en 1912, pour justifier le vote de la contribution à la flotte britannique, On voit que ce prétendu partage de la souverai-
neté impériale ne date pas d'hier et qu’il ressemble fort à celui dont du- Diter voulait faire apprécier les avantages exceptionnels à l'honnâte
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Amphytrion. Toute la “ consultation ” se borne à permettre aux envoyés des fribus coloniales de recevoir, à huis clos, du premier ministre britannique des renseignements qu'il lui convient de leur donner et les décisions arrêtées à leur sujet par les autorités impériales. Une fnis muni de ces renseignements el de ces décisions, le chef sauvage est exclu du Conseil, dûment couvert de louanges et parfois médaillé ; puis les maitres de l'Empire continuent à délibérer entre eux de la haute politique et des intérêts Sénéraux des “ nations soeurs”, dont le sort dé. pend de leurs décisions, Ils ont ainsi toute liberté de subordonner les intérêts de ces nations à ceux du Royaume-Uni,
Bases de l'impérialisme militaire
Les quatre mémoires de l'Etat-major ne sont bas moins révélateurs de la pensée impériale. Le Premier, en date du 14 mars 1907, traite des “ conditions stratégiques de l'Empire”, 1 porte la signature de sir Neville LYTTELTON, chef de l'Etat-major, 11 commence par “eomme principe premier et fondsmental” de doute organisation mili. taire “ que la conservation de l'Empire dépend tout d'abord de sa su- “prématie maritime.”
“2—Le second grand principe qui doit #ouverner l'organisation “ militaire de l'Empire, c'est que chacun des pays qui le composent, “ doit, autant que possible, maintenir un nombre suffisant de troupes “pour assurer sa défense (self defence).. Bien que la flotte impé- “ riale soit peut-être en état de protéger les divers pays de l'Empire “contre toute allaque sérieuse par mer, les vaisseaux de Sa Majesté ne “peuvent protéger toutes les possessions britanniques d'une manière “absolue et en toute circonstance contre les attaques d'outremer, Dans “le cas des ports de mer facilement accessibles à des entreprises hos- “tiles et offrant à l'ennemi des points d'attaque suffisamment avanta-
“geux, faut pourvoir à leur protection par des travaux de défense et “ des garnisons locales.”
“3.—Le troisième principe à garder en mémoire... est celui de “l'appui mutuel à l'heure du danger, Il est évident que dans certaines “circonstances les forces territoriales des divers Pays de l'Empire “ pourraient être entrainées par des considérations de sécurité et de sen- “timent à s'unir par une action commune dans quelque grand conflit “qui pourrait mettre en danger notre existence naliongie, Dans une “telle éventualité, i] serait impossible d'exagérer les avantages, en toute “circonstance, d'un système d'organisation militaire qui Permette l'assi- “’milation immédiate de tons les régiments «ui composeron! l'armée “impériale” (Cd. 3524, p. 18).
“5.—L'état-major se rend parfaitement compte des difficultés con- “sidérables qui peuvent empêcher les colonies autonomes — njnsi que
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“les colonies de la Couronne et les prolectorats britanniques — de ga- “rantir à d'Empire tout entier des contingents de troupes, d’un nombre “et d’une composition déterminés, prêts à se porter sur les points vitaux “en cas de danger. Les lois locales qui obligent les citoyens à servir pour “la défense de leur pays limitent presque entièrement cette obligation à “la défense du pays d'empire auquel ces ciloyens appartiennent. C’est “ce que l'état-major comprend parfaitement: il se rend très bien £gompte ‘“ qu’en dépit des sentiments de loyalisme et d'affection pour la mère “patrie qu’entretiennent les colonies’ et qui des rallieront rapidement, à “lheure du danger, autour du drapeau impérial, il est néanmoins im- *“ possible, à l'heure actuelle du moins, de connaître d’avance le nombre “exact de troupes [coloniales] qui pourront se joindre à l’armée an- ‘“gaise cn temps de guerre. Cependant, l’étal-major croit de son devoir “de signaler le fait que l'absence de dispositifs précis pour l’action “commune des diverses forces militaires de d'Empire prive ces armées “ de la majeure partie de la puissance d’action qu’elles pourraient exer- “ cer autrement à l’heure du péril national ” (p. 19).
“7—..,.... L'état-major récemment créé par le Conseil supérieur “ de l’armée est encore à ses débuts. Il comprendra avec le temps, espé- “rons-le, des officiers de tous les pays de f’Empire et opérera l'union “intime de tous ces pays dans l’ordre militaire.
“8.—Plus il sera possible de rapprocher les diverses forces mili- “taires de l’Empire par l'entraînement, l’éducation et la communauté “ de pensée, plus ces forces seront en état de surmonter les difficultés “ particulières du problème stratégique qui s'impose à une fédération “de pays éloignés les uns des autres, mais préoccupés de s’aider mu- “tuellement et de coopérer au bien commun à l’heure du danger ” (p. 20).
Le général Lyttelton explique ensuite que des mesures ont été prises pour permettre l’échange d'officiers entre l’armée impériae et les milices coloniales et pour ouvrir aux officiers des colonies un accès facile à l’école de Camberley.
“Il serait peut-être à propos d'étudier la possibilité de l'échange “entre les divers pays de l'Empire, de bataillons entiers, d’escadrons ou “de batteries d’artillerie......... La Progression dans ces matières “est forcément lente. 11 faut surmonter les obstacles qui résultent prin- “ cipalement de la diversité des administrations et des difficultés léga- “les; mais chaque pas dans cette direction marque un progrès dans “ l'intérêt de la défense impériale ” (p. 20).
“9.—..... Il n’est nullement à craindre qu'aucun pays de l'Empire “manquera de répondre à l'appel de la mère patrie; mais en même “temps nous voyons nettement les obstacles presque insurmontables — “obstacles plutôt politiques que militaires peut-être — qui font qu’ac- “tuellement nous n’avons aucune garantie que des contingents d’un “nombre et d’une composition déterminés prendront part à une grande “guerre impériale.....” (p. 21).
En résumé, “l'idéal” de l'état-major, c'est “la reconnaissance des trois principes fondamentaux énumérés au début de ce mémoire.”
“1.—L'obligation qui s'impose à chaque communauté autonome de “pourvoir autant que possible à sa propre protection locale.
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“2.—Le devoir d'arrèter un Programme défini d'assistance mutuelle “en cas de danger.
“3.—La nécessité de maintenir la suprémalie maritime qui seule “peut assurer une coopération militaire quelconque.”
“En conclusion, il ne parait guère exagéré de dire que le meilleur “espoir d’un allègement du lourd fardeau des armements tient à l’orga- “nisation parfaite des immenses ressources militaires de l’Empire et “à la cordiale coopération des colonies, dont la croissance est cons- “ tante, avec la mère patrie. La plus sûre garantie de paix pour d’Em- “ pire, c’est la solidarité des pays qui le composent et la ferme détermi- “nation de chacun de ces pays de rester fidèles à l’association dans “ chaque crise qui pourra se présenter ” (p. 21).
C’est bien là, dans toute son ampleur, l'illusion ou l’imposture impérialiste, empruntée des Romains — si vis pacem para bellum — et de l’Allemagne prussianisée,.
A d’égard des colonies, ce programme de guerre marque nettement la révolution que les impérialistes anglais ont décidé de faire subir au droit public des “nations soeurs”. En 1854, en 1865, et encore en 1896, la Grande-Bretagne n’attendait des cofonies que l’organisation de leur défense nationale. On leur demande maintenant d’ajouter à cette charge, nullement diminuée, une part proportionnelle de Ja défense générale des immenses territoires conquis par l'Angleterre pour son seul bénéfice et leur coopération dans les guerres impériales qui résultent de la politique et des agissements des seules autorités britanniques.
Mécanisme impérial de guerre
Le second document, qui porte aussi la même date et {a même signature, traite de “la possibilité d'uniformiser l’organisation de la guerre dans tout l'Empire.” Ce n’est en réalité que l'application, sous une forme concrète et détaillée, des principes posés dans le rapport précédent. La même inspiration se manifeste avec une égale franchise :
“12.—Comme il est probable que les colonies prendront une part “toujours croissante dans les guerres futures qui affecteront le bien-être “de l'Empire, i# nous a semblé opportun de soumettre à l’étude de la “ Conférence coloniale le problème de l'assimilation Dossible du méca- “nisme de guerre des colonies à celui du Royaume-Uni...” (Cd. 3524,
“16. — On demandera peut-être pourquoi les méthodes d’organisa- “tion du Royaume-Uni doivent être adoptées comme le type du méca- “ nisme universel de guerre de l’Empire. (C’est que, pour nombre d’an- “ nées à venir, l’armée expédiée par le Royaume-Uni formera probable- “ ment la portion la plus considérable de toutes les forces engagées dans “une c£smpagne impériale, Il est donc plus simpde d'organiser d’après “le modèle anglais les forces expédiées par les diverses colonies que “ d'organiser l’armée anglaise et les forces des autres colonies d’après “le modèle adopté par l’une quelconque des colonies. .... ” (p. 26).
Il est impossible d’avouer plus franchement que l'objectif principal de chaque colonie ne doit plus être la défense de son territoire et l’or-
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ganisation de cette défense selon les conditions particulières du pays, mais la subordination des intérêts coloniaux aux exigences du Royaume- Uni et de son empire, C’est la vieille conception romaine, qui utilisait les barbares de la Gaule et de la Germanie pour la plus grande gloire de l'Empire.
“18.—I1 est à espérer que les représentants des diverses colonies ‘“’useront de leur influence, à leur retour chez eux, afin de convaincre “leurs gouvernements respectifs de l’énorme puissance additionneïe “que l’Empire trouverait dans cette uniformité des préparatifs de “guerre. Les ser/ices considérables que les colonies ont rendus dans “de passé [en Afrique] démontrent la valeur de l'aide qu’elles sont “ prêtes à dunner en cas de danger, même sans les avantages d’une orga- “nisation de cette nature. La valeur de ces secours serait considéra- “blement accrue à l'avenir s'ils pouvaient revêtir une forme qui per- “mettrait de les utiliser inslantanément, dans fleur cadre normal, “lorsqu'on mettrait l’armée en campagne. Toute colonie qui enverrait “un contingent combattre avec les forces du Royaume-Uni et des autres “ colonies aurait alors la satisfaction de savoir que sa coopération atteint “le plus haut degré d'efficacité au point [stratégique] où son utilité “s’imposerait ” (p. 26-27).
Le troisième mémoire préparé par le générel NICHOLSON, Quartier-Maître Général, et le général HADDEN, Maitre Général de l’'Ordonnance, est purement tchnique. Il traite de l’uniformité des modèles d'armes et de munitions qui devraient être utilisés généralement dans toutes les armées de l'Empire. Naturellement, les colonies devront accepter les modèles anglais (Cd. 3524, p. 28).
Le quatrième mémoire, signé par le général HADDEN seul, cst Caractéristique. Il démontre l’éternelle vérilé du mot de Napoléon: “L’Angleæerre est une nation de boutiquiers.” Il n’a d’autre objet que de persuader aux gouvernements des colonies qu’ifs doivent faire tous leurs achats d’armes et de munitions par le seul intermédiaire du War Office (pb. 30). Pour qui connaît les opérations fructueuses et les cpulents pots-de-vin dont certains officiers anglais ont bénéficié en maintes occasions, le motif de cette démarche est facile à comprendre.
Escrime de politiciens : M. Haldane, M. Smartt et sir Frederick Borden
«C'est à l’aide de cette documentation fort intéressante et nettement tendancieuse que d’habile ministre de la Guerre, M. Haldane, tend ses pièges aux coloniaux. Sir Frederick BORDEN, au nom du Canada, commence par résister:
“Je dois faire remarquer immédiatement, dit-il, que dans les pos- “sessions d'outremer, en Canada au moins, la loi de fa Milice ne nous “permet de dépenser de l’argent et de faire des préparatifs que pour la “seule déferse du Canada. Le texte même de la Loi limite absolument “ notre autorité à cela. Nous ne pouvons mettre notre milice en service “ actif pour d'autre objet que la défense du Canada... .” (Cd. 3523, p.
On voit combien j'avais raison d'affirmer qu’en faisant modifier, en 1904, les termes de la loi de la Milice, le gouvernement canadien avait voulu se prémunir contre de nouvelles tentatives d'intimidation de ta part des impérialistes anglais et canadiens — précaution fort illusoire, du reste.
Sir Frederick explique qu’il a constitué au Canada un état-major. Il ne veut pas qu'aucun officier de ce corps se sente partagé entre ses devoirs envers son chef immédiat, le ministre de la Milice et de la Défense du Canada, et les responsabilités nouvelles que le projet de lord Haîdane pourrait lui imposer (p. 100). “Les Canadiens...... n’ont “qu'un désir: celui de se préparer par tous les moyens possibles à pro- “téger entièrement leur Propre terriloire”’ (p. 101-102). Afin d'adoucir le trait, il rappelle ce que le Canada a fait durant la guerre sud-africaine, “lorsqu'il a paru pour un moment que l’Empire était en danger ” (p. 102). Cette garantie morale doit suffire pour l'avenir. Entraîné par cette admission compromettante, qui démontre clairement la conséquence inévitable et ultime du précédent de 1899, il accepte le principe de l’uniformisation posé par M. Haldane. C’est tout ce que voulaient pour l'instant les autorités impériales.
M. SMARTT, ministre des Trav veut brusquer les choses. gence de }’ colonies. Sir Fre-
RD, premier ministre de la Nouvelle.
M. HALDANE penche de leur côté,
ultérieur de l’idée du ministre sud-
choses qui appartiennent à un ave-
” (p. 116). Pour l'instant,
accepter le principe de l’état.
’échange des officiers supérieurs. Sir Frederick
BORDEN accepte cela pourvu qu’on reconnaisse en même temps l’utilité
des états-majors coloniaux. M. Haldane veut bien accorder cette ap-
probation verbalement:; mais il ne démord pas du texte de son projet
de résolution. Lord ELGIN, toujours conciliant, suggère que da publi-
cation du discours du ministre de la Guerre suffira à marquer la con-
cordance de ses vues avec celles du 8ouvernement canadien. M. Haldane
saisit la balle au bond et se déclare très heureux de livrer ses observa-
tions au public de l'Empire. Vient alors le dialogue suivant qui jette
une lumière significative sur les procédés des politiciens de tous les pays:
“Le PRESIDENT [lord ELGIN]:—Vous allez reviser [votre dis- “cours]?
“M. HALDANE:-—Je vais le reviser et j'aurai le soin de ne laisser “ passer aucune expression qui puisse porter ombrage.
“Sir Frederick BORDEN :-—Je prends pour acquis que le principe “est l’établissement d'un état-major impérial?
“M. HALDANE:—C'est cela.
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“Sir Frederick BORDEN :—Nous sommes, je pense, tous d'accord “là-dessus; mais une partie de la population que nous représentons si
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‘très ombrageuse à cet égard. Elle pourrait penser que nous l'avons “liée à quelque chose qui ressemble à une obligation.
“M. HALDANE:—Vous devez observer que l'état-major est un corps ‘“ purement consultatif. Vous-même en avez fait autant au Canadu: vous “avez, dans la personne du général Lake, un officier très distingué de “ notre état-major. Il en serait de même de tout auire officier de l’état- “ major que nous vous enverrions si le projet suggéré était accepté. Il “ serait votre propre officier, sous votre propre commandement (at your “own disposition). :
“Sir Frederick BORDEN :—Précisément; mais nous n'en avons pas “beaucoup parlé.
“M. HALDANE:—Non; vos actes ont élé meilleurs que vos paroles. “ Vous avez eu le général Lake depuis quelque temps et vous l'avez uti- “lisé”” (p. 117).
L'avis de motion du ministre de la Guerre portait que l’étatmajor doit être organisé “pour le service de l'Empire”. Sir Frederick Borden voudrait faire mettre à la place: “pour le service des divers Dominions” (p. 118). M. Laurier, secourable, suggère d’ajourner la discussion. Elle est reprise à trois jours de là. Dans l'intervalle, des conversations intimes ont usé les résistances; et fa résolution préparée par M. Haldane est adoptée unanimement dans ces termes:
‘“‘État-major pour le service de l’Empire’?
“ Cette Conférence accueille avec faveur et approuve cordialement l'énoncé des principes généraux contenns dans les déclarations du “secrétaire d'Etat pour la Guerre; et sans désirer compromettre aucun “des gouvernements représentés [à la Conférence], elle reconnaît et “affirme l’urgence de développer, pour le service de l'Empire, un état- “ major général, [dont les membres seront] choisis parmi les forces de “l'Empire tout entier. [Cet état-m :jor] étudiera la science militaire “ dans toutes ses branches, recueillera des renseignemenis et des con- ‘“ naissances militaires et les transmettra aux divers gouvernements, “’entreprendra la préparation de plans de défense basés sur un principe “commun, et, sans intervenir en quoi que ce soit dans les questions liées “au commandement et à l'administration, donnera ses avis, à la deman- “ de des gouvernements respectifs, sur l’entraîinement et l'éducation des “ forces militaires de la Couronne dans chacun des pays de l'Empire et “ leur organisation pour la guerre” (Cd. 3523, p. V et VI).
C'était un véritable triomphe pour le gouvernement britannique. M. Haldane avait eu raiscn de dire à M. Smartt: “ A mon avis les mots “‘’importent peu. Le point prinicpal, c’est que nous sommes tombés d'ac- “cord sur un principe général. C’est là ce qui importe réellement. “Nous ne pourrions lier aucun gouvernement ni forcer son action; et “nous ne voudrions pas le faire ” (127). Le force des Anglais, je l'ai déjà dit, c’est de savoir attendre.
Défense navale—Saine politique de lord Tweedmouth
Une fois la question des armées de terre réglée, la Conférence s'occupe de défense navale, La discussion est beaucoup plus brève, pour.
glaise et j’urgence d'y remédier par l'apport des colonies; et puis, le premier lord de l'Amirauté, lord TWEEDMOUTH, n’est pas, comme M.
Haldane, un impérialiste. 1] appartient, comme le premier ministre, à
la vieille école libérale, 11 est trop bon Anglais pour refuser ce que les coloniaux auront la naïveté de lui offrir ; mais il est trop loyalement traditionnel pour fausser la doctrine et les faits.
ds at La seule réserve que “l’Amirauté désire faire, c’est qu’elle réclame la responsabilité de régler “les questions stratégiques nécessairement liées à la défense navale, de “conserver le commandement des forces navales du pays et de “faire la distribution des navires de manière à pouvoir résister ‘“’aux attaques et défendre l'Empire tout entier, qw’il s'agisse de nos “ propres Iles ou des possessions d’outremer. Nous admettons sans ré- “serve que nous sommes responsables de cette défense. Nous vous de- “mandons de nous aider dans cette défense. Nous vous demandons “toute l’aide que vous pouvez nous donner; mais nous ne venons pas à “vous camme des mendiants. Nous acceptons avec bonheur tont ce que “vous pouvez nous donner; mais, en même temps, si vous n'êtes pas “ disposés à nous donner d'aide que nous espérons, nous reconnaissons “notre obligation absolue de défendre de notre mieux les possessions “ du Roi au delà des mers.... Il n'y a qu’une mer, un seul empire, une “seule flotle; et si je demande tout d’abord votre secours, je réclame “en second lieu, pour l’Amirauté, l'autorité nécessaire pour gouverner “sans contrainte cette grande force navale... (p. 129). Le gouver- “ nement de Sa Majesté reconnait le désir naturel des colonies autono- “ mes de prendre une part plus personnele dans les mesures nécessaires “à da défense navale de l'Empire; et Pourvu que l'unité de commande- “ ment et de direction de la flotte soit maintenue comme condition “essentielle, nous sommes prêts à étudier une modification des accords “actuels afin de rencontrer les vues des diverses colonies ” (p. 130).
Cette dernière observation s’adressait surtout aux Australiens, toujours jaloux de leurs droits et réfractaires à l’idée de permettre aux escadres affectées à leur proteation de se déplacer au gré de l’Amirauté. Du reste, lord Tweedmouth “reconnait Les différences profondes qui existent entre les conditions” des diverses colonies (p. 131). Il indique succinctement, avec beaucoup de bon sens et de clarté tes mesures de défense que les colonies pourraient adopter dans le double but de pourvoir à la protection de leurs propres territoires et d’aider aux mouvements de ja flotte impériale sans rien sacrifier de leur autonomie locale et de leur liberté d’action: la construction de docks spacieux et de bassins de radoub; f’établissement de siations de charbonnage et d’approvisionnement, protégées par des travaux de défense; et surtout la création de flottilles de torpilleurs et de sous-marins. Il prédit l’importance énorme du rôle que ce genre de vaisseaux jouera dans la prochaine guerre. Il cite l'exemple de la France et déclare que l’Amirauté anglaise s’apprête à le suivre (p. 130-131).
deux raisons: la guerre d'Afrique a révélé les faiblesses de d'armée an-
A l’une des dernières séances de la conférence, le 8 mai, cette question de sous-marins revient sur le tapis:
“Dr. SMARTT [du Cap]:—..... Je comprends que la proposition “ de l’Amirauté consiste à encourager l'esprit de la défense locale et du “ secours local à la flotte (/or naval purposes); et que la meilleure po- “ litique serait la construction de sous-marins; mais je suppose que “l'Amirauté serait également prête à étudier la question des des- “troyers? -
“Lord TWEEDMOUTH :—ÆCertainement.
“Dr. SMARTT:—Je présume que le sous-marin est un vaisseau qui “ n’emploie qu’un petit nombre d'experts de la plus haute compétence?
“Lord TWEEDMOUTH :—C'est cela,
“Dr. SMARTT :—Ce n’est Pas un vaisseau qui va loin en mer, tandis “que par l'établissement d’une flotte de destroyers, vous incu'queriez “immédiatement au peuple l'esprit maritime et l'idée qu’il rend un plus “ grand service, parce que ces vaisseaux pourraient aller assez loin en “mer. Ce serait un facteur puissant pour développer l'esprit maritime “ dans notre population.
“Lord TWEEDMOUTH :—Je crois que le développement des sous- “ marins va devenir tel à l’avenir qu'’iis remplaceront presque totalement “les destroyers; ils vont acquérir une portée maritime beaucoup plus “étendue; ils ne seront Pas seulement des vaisseaux de défense, mais “essentiellement des vaisseaux d'attaque ” — (p. 479).
On voit que l’Amirauté était pour le moins aussi bien inspirée sous la sage direction de lord Tweedmouth qu’elle l’a été depuis, sous l’impulsion de M. McKenna et de M. Winston Churchill. La politique navale que lord Tweedmouth recommande aux colonies en 1907, c’est celle que M. MONK s’efforcera en vain de faire accepter par son parti en 1912. Si M. Borden et ses collègues avaient écouté ce sage avis, le problème de la défense navale du Canada et de l'Empire serait plus avancé qu’il ne Pa été par la folle proposition de faire à l'Angleterre multi-milliardaire un cadeau de $35,000,000; et si l’Amiraulé britannique avait suivi ses inspirations de 1907, au lieu de tomber dans la folle politique des dreadnoughts, dénoncée par lord Charles BERESFORD comme une “trahison” des intérêts britanniques (1), l'Allemagne n’aurait peut-être pas remporté dans la guerre actuelle les seuls succès maritimes dont elle puisse s’enorgueillir.
Revenons aux délibérations de la Conférence.
M. Laurier et M. Brodeur refusent toute aide à i ’Empire
L’unique suggestion directe de lord Tweedmouth au Canada, c’est de faire d’Esquimau et d’Halifax des stations navales de premier ordre. Sir Wilfrid Laurier et ses collègues ne répondent pas à cette modeste invite, — eux qui, à quelques années de là, proposeront au parement canadien de construire deux escadres complètes, “canadiennes en temps de paix et impériales en temps de guerre”, et de
) Dans son ouvrag: “The Betrayal,”
(1 publié à Londres, en 1912. On en trouvera quelques citations plus loin.
lancer le pays à corps perdu dans une politique navale outrancière et injustifiable. A cette heure d'extrême réaction, ils ne songent qu'à se méfier du gouvernement britannique.
Comme en 1897 et en 1902, le Comité de la Défense avait préparé un tableau comparatif du budget de guerre des diverses colonies de l'Empire. A la colonne des “Dépenses Navales”, le Canada figure pour zéra — “Nil” (Cd. 3524, p. 74). M. BRODEUR, ministre de la Marine, croit avec raison devoir signaler l'injustice de ces comparaisons,
“ Notre situation, dit-il, est différente de celle des autres colonies et LE “doit être envisagée telle qu'elle est” 11 rappelle les conventions par lesquelles l'Angleterre a cédé aux Etats-Unis le droit de pèche dans ies eaux du Canada. “La situation particulière faite au Canada par ce “traité a induit l’Amirauté britannique à s'occuper de la défense et de “la protection du Canada contre fes empiètements des pêcheurs améri-
“cains. Durant plusieurs années, l’Amirauté britannique s’est acquittée
“de ce devoir et a protégé notre peuple; mais depuis quelque temps,
“ depuis 1885 surtout, les autorités britanniques n'ont rien fait à cet :
“égard. C'est le gouvernement canadien qui a encouru et soldé toutes
“les dépenses qui se rattachent au service de protection des pêcheries...
“A certains égards, ceci n'est pas une obligation locale mais impériale,
“puisque cette obligation résulte de traités conclus entre la Grande- -
“Bretagne et les Etals-Unis, sans le consentement du Canada” (Cd. $ 3523, p. 139). 4°
Il relate aussi les dépenses faites par le Canada pour la protection des Grands Lacs et de la côte du Pacifique, ainsi que pour le dressage des cartes hydrographiques des vastes eaux territoriales du pays (p. 140- 141).
Comme pour les armées de terre, la question navale donne lieu à plusieurs entrevues particulières entre des autorités britanniques et les délégués des diverses colonies. Il en résulte une modification sensible de l’accord conclu avec l'Australie en 1887 et déjà modifié en 1902. 1] cst décidé que l'Australie consacrera à l'établissement d’une flotte locale le subside annuei de £200,000 qu’elle paie depuis 1902 à l’'Amirauté. La restriction relative à l'emploi de cette escadre subsiste. La Nouvelle- Zélande préfère s’en tenir à la politique de contribution mutuelle, Les délégués du Canada se dérobent à tout engagement. À la séance du 8 mai, lord TWEEDMOUTH fait part à la Conférence du résultat des entrevues particulières. Il en profile pour faire ses excuses au Canada de la fausse impression créée par le tableau comparatif de l’Amirauté (p. 470).
Le bouillant Docteur SMARTT, du Cap, veut entrainer toutes les colonies dans la voie des contributions à la flotte impériale, M. BRO- DEUR se rebiffe et cite sir Charles TUPPER à l’appui de sa résistance. Il annonce que le gouvernement canadien va acheter un autre croiseur pour la protection des pêcheries du Pacifique. Il remercie lord Tweedmouth d’avoir rendu justice au Canada et il ajoute en conclusion $ “Nous serons très heureux de travailler d’accord avec les autorités im- “périales et de prendre les conseils d’un officier impérial, autant que “ceci sera d’accord avec notre autonomie ” (p. 481).
Le lendemain, M, SMARTT revient à la charge et fait une proposilion concrète:
“ Cette Conférence, reconnaissant l'importance des services rendus “ par la flotte impérisie à la défense de l'Empire et à la protection de “son commerce, et l'iinportance suprême de continuer à maintenir cette “ flotte à son plus haut degré possible d'efficacité, considère qu’il est du “ devoir des possessions d'outremer d'apporter au maintie: le la flotte “telles contributions que leurs législatures locales pourront déterminer “— ces contributions Pouvant prendre la forme d'un subside en argent, “ l'établissement d'une force locale de défense navale, ou toute autre “forme, ainsi qu’il pourra être arrêté après consultation avec l'Ami- ‘“rauté et selon les conditions variables de chaque colonie ” (p. 541).
Le président, lord ELGIN, s'empresse de dire que son collègue de l’Amirauté n’a pas d'objection à l'adoption de ce voeu, mais qu’il s’en reme entièrement à la décision de la Conférence.
Sir Wilfrid LAURIER combat la proposition avec énergie:
“ Je regrette de dire que, dans la mesure où le Canada est en cause, ‘nous ne pouvons accepter celle proposition. L'attitude que nous avons “prise depuis nombre d'années, c'est que nous avons assez à faire dans “ notre pays avant de nous engaker par la reconnaissance d’une obligation “généra'e. Le gouvernement du Canada a fait beaucoup à cet égard. “ Notre action n'a pas élé comprise, Mais j'ai été heureux de constater “ que le premier lord de l'Amirauté reconnait que nous avons fait beau- “coup plus qu'il ne le savait. A mon humble avis, il est impossible “d’avoir, en cette matière, une politique uniforme. La disproportion “est trop grande entre la mère-patrie et les colonies, nous avons trop à “faire à d’autres égards. La mère-palrie, ne l’oubliez pas, n’a rien à “ dépenser pour ses travaux publics, tandis que dans la plupart des colo- “ nies, et certainement au Canada, nous devons nous taxer jusqu'à l’ex- ‘“ trême limite pour développer notre pays. Nous ne pourrions donc “accorder cette contribution, ni entreprendre de faire plus que nous ne “ faisons, à cet égard. Si la proposition est mise aux voix, je serai forcé “ d'en voler le rejet,
M. Smartt insiste. M. Laurier réplique sèchement: “J'ai dit tout ce ‘“ que j'avais à dire.”
Lord Elgin s’empresse de suggérer le retrait de la proposition. M. Smartt demande d'opinion des autres délégués. Le premier ministre de l'Australie, M. DEAKIN, trouve que ce n’est pas la peine de discuter si la proposition ne doit pas être adoptée.
“Sir Wilfrid LAURIER :—EïMe peut être adoptée s’il y a une majo- “rité [pour l’appuyer]. Pour ma part, je dois voter contre ” (p. 542).
“M. Winston CHURCHILL :—]] n’y a guère avantage à faire voter “la résolution si nous ne pouvons pas être unanimes.”
“Sir Wilfrid LAURIER:—Nous, des diverses possessions d’outre- “mer, nous nous sommes efforcés d’être unanimes. Je regrette que “ nous ne puissions pas être unanimes sur cette question. Le Dr Smartt “ peut faire sa proposition, s’il le juge à Propos, ou la re‘'rer. S'il ré- “clame un vote, je devrai voter contre ” (p. 543).
Et la proposition tombe à l’eau.
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On voit qu'à cette heure, fugitive i est vrai, l'attitude de sir Wilfrid Laurier ne présenie aucune ambiguïté. 11 rejette toute idée de contribution des colonies, sous une forme queïconque, à la défense navale de l'Empire. 11 est absolument opposé à une flotte locale, autant qu'à une contribution en argent. 11 déclare nettement que le Canada a fait à cet égard tout ce qu'il doit faire et tout ce qu'il peut faire, Plus tard, nous le verrons bientôt, il cherchera à épiloguer sur ses déclarations de 1902 et à prétendre qu’il avait dès lors {aissé entrevoir l'inauguration de sa politique navale de 1909. Pour étayer ce plaidoyer d'occasion, il ira même jusqu’à altérer les textes officiels. Quoi qu’il en soit de ses vagues promesses de 1902, elles sont totalement effacées par son refus formel de 1907; et les motifs de ce refus, ainsi que les conditions du Canada telles qu'il les résume, subsistent en entier et condamnent sans réserve la construction d’une flotte canadienne, qu'il imposera au parlement en 1910, autant que la contribution à la flotte impériale, proposée par ses adversaires en 1912, et dont il acceptera, du reste, le principe avant de la faire rejeter par la majorité libérale du Sénat,
Les ministres anglais et le ‘‘cominerce préférentiel'’
Avant de clore le “hapitre de {a Conférence de 1907, il n'est pas sans intérêt de noter l’accentuation de la divergence de vues entre les ministres britanniques et les représentants des colonies au sujet des rctations commerciales des pays de l'Empire. A la séance du 30 avril, sir Wilfrid LAURIER et M. DEAKIN proposent le renouvellement du voeu adopté en 1902, approuvant “ le principe du commerce préférentiel entre le “Royaume-Uni et les possessions d'outremer ” et * pressant respectueu- “sement le gouvernement de Sa Majesté [de reconnaître] l’opportunité “ d'accorder un traitement de faveur aux produits naturels et industriels “ des colonies.” Les ministres britanniques, forts de leur victoire écrasante remportée sur Chamberlain et les lariff reformers, combattent la proposition. Ils déclarent nettement qu’ils ne consentiront jamais, selon la parole brutale de M. ASQUITH, alors chancelier de l’'Echiquier, “à traiter différemment les étrangers et les coloniaux ” (p. 439).
La discussion dure une semaine et se termine par le vote unanime des coloniaux en faveur de fa proposition, avec la seule dissidence des représentants du gouvernement britannique (1).
Inutile d'ajouter que ce voeu des colonies est resté lettre morte. L'opposition des seuls gouvernants anglais a suffi à faire échec aux volontés coalisées des “nations soeurs”. Par contre, toutes les tentatives des autorités britanniques pour amener les colonies à assumer de nouvelles charges impériales ont réussi au delà des espérances anglaises et en dépit de la résistance des coloniaux, des Canadiens surtout,
Cette indication est significative. Elle marque la caractéristique, déjà signalée, de l’impérialisme britannique: les Anglais prennent tout ce que les coloniaux leur donnent pour le soutien de leur flotte et de
(1) Le texte des résolutions, avec indication de la dissidence des ministres anglais, est consigné aux pages VII et VII1 du rapport de la Conférence — Cd 3523. Le <ompte rendu des délibérations couvre près de la moitié du volume : de la page 228 à le page 448 ; aussi, pages 509 à 529.
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leur: armée; ils leur refusent toutes les concessions qui pourraient activer la production industrielle et agricole des colonies et compenser les nouvelles churges impériales qu'elles assument.
Avènement de M. Asquith— Active propagande de lord Grey
Les délibérations de la Conférence de 1907 semblaient avoir porté le coup de grâce aux calculs et aux entreprises des impérialistes. La divergence accentuée des Anglais et des coloniaux sur les question. de commerce, et surtout la résistance, si ferme en apparence, de M, Laurier et de ses coflègues aux suggestions de lord Haldane et de M. Smartt, confirmaient les optimistes aveugles dans la conviction que le rêve de Chamberlain était dissipé pour toujours. Et pourtant, il était plus près que jamais de se réaliser.
La mort prématurée de sir Henry Campbell-Bannerman amena M. ASQUITH à la tête du gouvernement du Royaume-Uni et de l'Empire. En reconstituant je cabinet, le nouveau leader appela lord Crewe aux Colonies, à la place de lord Elgin permuté à l'administration des Indes. et M. Reginald McKenna à l’Amirauté. M. Haldane resta à la guerre. C'était le triomphe de l'impértalisme libéral, Dés l'époque de fa guerre d'Afrique, l’illustre tacticien parlementaire qui a réussi à coaliser les éléments les plus disparates et à garder le pouvoir plus longtemps que tout autre homme d'Etat anglais depuis lord Liverpool, n’avait nullement marchandé son appui à la politique de concentration des forces militaires de l’Empire. D'autre part, il avait été l’adversaire le plus redoutable de M. Chamberlain sur le terrain de l'impérialisme commercial, Il était tout désigné pour assurer la victoire de l'impérialisme militaire au profit de l’Angleterre et au détriment des colonies.
Au Canada, la nouvelle direction imprimée à la politique impériale fut puissamment secondée par le prosélytisme ardent et habile de lord GREY. Neveu et héritier de l‘ancien ministre des Colonies, petit-fils de l’ancien premier ministre réformiste de Guillaume IV, cet homme remarquable avait traversé des circonstances toutes particulières qui avaient greffé sur ses traditions héréditaires la foi la plus ardente dans l’impéri-'isme de Chamberlain. Gouverneur de la Rhodésie, au lendemain du raid de Jameson, en 1896 et 1897, il était devenu l’ami intime, le disciple préféré de Cecil Rhodes, qui le fit entrer dans le conseil d’administratinn de la fameuse Compagnie Sud-Africaine. M occupa ce poste jusqu’à son arrivée au Canada. Il s'était associé si intimement aux vues et aux aspirations du conquérant ce l’Afrique-Sud, que celui-ci le choisit comme l’un de ses héritiers et exécuteurs testamentaires. On n’ignore pas que le grand brigand d'Afrique a légué toute sa fortune à quelques amis intimes, en ne leur imposant d'autre condition que de employer à leur gré pour la Propagande et le triomphe de leurs idées communes.
Le nouveau gouverneur arrivait donc au Canada tout rempli d'un zèle d’apôtre, sans aucuns scrupules, du reste, C’est la Caractéristique des grands impérialistes anglais, Ceux qui veulent comprendre leur état d'esprit n’ont qu’à relire le Maître de la Mer de Melchior de Vogüé.
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6 Un AM
À peine déburqué du navire qui l'avait amené d'Angleterre, le disciple de Cecil Rhodes se mit à l'oeuvre. Dés la première session du parlement, en 1905, il entreprit le siège des chefs et des esprits diri- gi geunts des deux partis, — des Canadiens-français surtout, Famitier, Fr comme tous les grands proconsuls britanniques, avec les problèmes de race, il avait tout de suite compris que les Canadiens-français, séparés de d'Europe depuis un siècle et demi, n'ayant d'autre patrie que la terre cumadienne, répugnaient instinctivement à l'évangile lempérialisie, beaucoup plus que jes Anglo-Canadiens, dont les nouvelles recrues venant des Iles Britanniques entretiennent ce que l'on pourrait appeler l'esprit d'incertitude nationale: ce tiraillement perpéluel entre le souvenir de la patrie britannique, récemment quittée, et l’acclimatation toute récente en terre canadienne,
k Entamée avec quelque discrétion, restreinte au début aux cercles ñ parlementaires et politiques, cette propagande commençait à se répan- sx | dre au dehors, lorsque la défaite du ministère Balfour et r’écrasement ti de la faction Chamberlain l'interrompirent brutalement (1). EE Tant que Campbell-Bannerman, Morley et les derniers tenan!'s du F
hhémlisme g'adstonien gardèrent la haute main, lord Grey se tint coi. j Il se contenta de cultiver les influences qu'il avait acquises par ses reia- fi tions personnelles, fort agréables et très flatteuses pour les sauvages de fe # la colonie, La mort de Campbell-Bannerman et l'accession au pouvoir &; de M. Asquith et des libéraux impérialistes lui rendirent toute sa liberté :
angement fut marqué et soudain.
Dès les premiers mois de 1908, le disciple de Cecil Rhodes se remit avec une ardeur nouvele à son travail de propagande. Sûr d’être appuvé à Londres par les hommes en place et de n’être pas dénoncé par les oppositionnistes torys, il jeta hardiment le masque et dédaigna les précautions de surface dont il s'était entouré au début de son séjour au Canada. Sortant de la sphère des politiciens, il entreprit la conversion de tous les hommes susceptibles d'exercer une action quelconque sur l'opinion publique: financiers, propriétaires et rédacteurs de journaux, chefs d’Eglises, directeur” de maisons d'enseignement, Œubistes, etc., etc, — il ne méprisait personne, il coudoyait tout le monde. Il fut le véritable fondæteur des Canadian Clubs. Il avait choisi ou favorisé cette appellation afin de mieux déguiser son objet. De ces associations, apparemment fondées pour développer et fortifier le sentiment national, il eut bientôt fait autant :e serres chaudes de l'impérialisme le plus exalté,
Le mot d'ordre qu’il donnait à tous, c’est que les Canadiens doivent avoir assez de fierté pour ne pas accepter la protection de l’Angleterre à moins qu’ils ne soient prêts à lui rendre la réciproque en cas de péril
(1) J'ai été personnellement témoin de la stupeur et de la désolation qui régnai À Rideau Hall, À + novembre 1905, à la nouvelle PL déroute des candidats de #. ee rlain,
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impérial, C'est dans cet esprit qu’il encouragea fortement l’organisation des corps de cadets dans tous les collèges et institutions d'enseignement secondaire (1).
Cette propagande active et intelligente a contribué puissamment à déterminer l’évolution profonde, radicale, qui s’est produite dans l'esprit des classes dirigeantes en Canada au sujet des relations de la métropole et de la colonie. A la notion traditionnelle, essentiellement britannique, des droits et des devoirs respectifs de Ja srétropole et des colonies, lord Grey n’a cessé de substituer, dans l'esprit de ses auditeurs éblouis et flattés, la perspective des gloires et des avantages de l'association impériale. Ecartant de la discussion tout ce qui était propre à éveiller les craintes et les susceptibilités des Canadiens, il ne leur laissait apercevoir que les aspects séduisants de son rêve. Aux évéques catholiques, aux directeurs de séminaires, il allait même jusqu’à peindre de nouvel empire comme un vaste champ d’apostolat catholique (2). A tous les Canadiens, il faisait entrevoir le jour où le Canada serait le pays prépondérant de la confédération britannique. Je lui ai entendu dire d’un grand sérieux, en présence de quelques cowboys de l'Ouest, que Winnipeg serait un jour la capitale de l’Empire britannique unifié, +
Qu'un tel travail, mené avec tant d’entrain, une conviction si profonde et nul scrupule de correction constitutionnelle, ait produit des résultats immédiats et considérables, nul ne saurait s’en ébonner, de ceux au moins qui ont quelque peu étudié l’histoire du monde et particulièrement celle des colonies britanniques. Le colonial d'origine européenne est redevenu, «u contact des rugosités des pays nouveaux, une sorte de primitif. Du sauvage, il a toute la vanité puérile, A l’appât des flatteries et des cadeaux — médailles, décorations ou autres formes de verroteries, — sa méfiance excessive se transforme facilement en une ext'ême crédulité. Son tempérament de parvenu et son instruction de surface, tout inspirée de la cupidité du mercantilisme et des passions de la petite politique, le rendent fort accessible aux sophismes «et aux entreprises des esprits fermes qui veulent l’exploiter. A ses dons naturels de l'intelligence et du caractère, lord Grey joignait son expérience des peuplades indigènes de l’Afrique-Sud. Il en tira un admirable parti pour séduire les Canadiens, surtout les plus huppés, c’est-à-dire les plus corruptibles.
Nul doute que les gouverneurs des autres “nations-soeurs” employèrent les mêmes procédés.
Préparatifs de la guerre “impériale”?
Lorsque les ministres britanniques crurent le terrain suffisamment préparé, ils reprirent le travail au point où l'avait laissé la Conférence
(1) Un jour, lord Grey à cette oeuvre, sous EE a patrie et la détermination de la dé ui uestion : ‘“ lence est-eile prête à déclarer publiquement ee de cett
er des soldats canadiens qui ne se bat on
Vo treprise es
ee Fig comme tous les vrais Anglais, eut la loyauté de ne pas chercher à jouer au plus fin.
(2) C'est à peu près la thèse dont Son Eminence le Cardinal Bourne, le duc de Norfolk et quelques catholiques anglais torys se sont faits les champions. sà
t que
de 1907. Le 15 janvier 1909, le ministre des Colonies, lord CREVWE, transmet au gouverneur du Canada un nouveau mémoire du War Office, en date du 7 décembre 1908 (1). Cette pièce porte la signature du général NICHOLSON, qui a remplacé, à la tête de l'Etat-major, le général Lyttelton, auteur du rapport du 14 mars 1907, soumis à la Conférence. Ce mémoire, comme le précédent, a pour objet de compléter l’organisation de l'état-major impérial. La pensée impérialiste s'y manifeste avec une franchise et une netteté croissantes.
“ Quelles qu’en soient les causes ”, écrit le chef de l'état-major, ‘il “est certain qu'avec le développement des grandes possessions autono- “ mes, il se manifeste chez elles un désir croissant pour des institutions “militaires complètes, efficaces et progressives; et cependant, avec la “croissance de l’idéal impérial, le besoin se fait sentir d’unir davan!age “les forces militaires de l'Empire...”
“ Dans l’Empire britannique, la défense nationale se divise natu- “rellement en deux catégories: 10.—la défense locale; 20.—la défense “impériale. . .”
“ Pour la défense impériale, le premier point à noter c'est que, “selon une maxime cardinale de l’art militaire, nul organisme de dé- “fense ne peut être considéré comme efficace ou complet s’il n’a pas “pour objet l’action offensive. La défense passive produit rarement, “si jamais, des résultats décisifs.”
.C’est, on le voit, la même théorie que lord Goschen faisait valoir, dès 1897, pour la direction de la flette et l’action navale,
“La Conférence Impériale a reconnu la nécessité possible de la “concentration des forces impériales pour la défense de l'Empire.... “Il a été démontré à quel degré il serait possible, en temps de guerre, “ d'associer les forces des divers pays de l'Empire... L'idé«A à attein- “dre, c'est que toutes les divisions de chaque armée soient en état d'agir “en temps de guerre, comme partie d’un tout. Cet idéal ne peut ètre “pleinement réalisé que si toutes ses parties sont organisées et entrai- “nées par un seul cerveau; ct dans les armées modernes, ce cerveau, “c'est l’étai-major général. L'état-major doit donc constituer une entité “pour tout l’Empire; et pour en arriver là, tous ses membres doivent “ être uniformément entraînés dans une seule école dirigée par une scule “tête, à l'étude et à la pratique des mêmes principes ” (p. 8).
Dans la seconde partie de son étude, le général Nicholson définit la base et les traits principaux qui doivent servir d'armature à l’étatmajor de l'Empire.
“1.—Le corps central doit avoir ses quartiers généraux à Londres “et opérer directement sous l'autorité du chef de l'état-major im- “périal ” (p. 9).
2.—Des états-majors locaux seront établis dans les diverses colonies, comme “ sections de l'état-major de l'Empire ” (p. 9). La direction devra toujours venir de l'état-major impérial. Des échanges d'officiers
(1) ‘“Correspondence relating to the proposed formation of an Imperial General Staff”—Cd 4475. Les citations qui suivent sont extraites et traduites de ce document, II
a été réimprimé au Canada avec la réponse du Souvernement canadien: Sessiene! Paper No 99, 1909,
seront faits entre l'état-major impérial et les états-majors locaux. Ceuxci tiendront les chefs de l’armée impériale au courant de la situation militaire des colonies, et surtout, ils étudieront “ Je rôle que devront “jouer les forces locales dans la défense de l'Empire ” (p. 10).
“Dans une grande guerre, les officiers d'état-major qui accompa- “gneront les troupes seront choisis principalement parmi ceux qui “serviront dans les états-majors locaux des pays d'où viendront les “troupes; mais ceux qui seront attachés à l'état-major du généralissime “seront choisis principalement parmi les officiers dont la compétence “se sera affirmée dans la section centrale de l’état-majcr impérial ”
Si l’on veut connaître la pensée directrice qui a présidé à l’organisation des forces de tous les pays britanniques, utilisées dans la guerre actuelle, l'on n’a qu’à relire attentivement ce court paragraphe. C’est toute la pensée romaine — moins le génie militaire des Romains: — Ja race impériale commande les légions, les barbares des provinces remplissent les cadres.
La troisième partie du mémoire traite des principes qui doivent présider “au choix et à l’entrainement des officiers de l'état-major impérial ” (p. 10). Le général Nicholson reconnaît qu'avec le progrès les temps chaque pays d’empire pourra avoir son école d'état-major; mais en attendant, “il devra être accepté en principe que les officiers de l'état-major impérial devront normalement avoir fait leur stage dans les écoles d'état-major ”; c’est-à-dire à Camberley, en Angleterre, ou à Quetta, aux Indes (p. 11).
La quatrième partie traite des moyens d'utiliser, en attendant la formation d’un personnel nouveau et complet, les ressources actuelles des armées de l'Empire, afin de créer un état-major impérial (p. 12).
préparation avant de pouvoir doter l’Empire d’un organisme militaire supérieur, Mais, ajoute-t-i » “il est tellement important de ne pas per- “ mettre aux forces militaires de l'Empire de se développer dans des “directions divergentes et indépendantes, et non selon des principes “communs et approuvés, en tout ce qui regarde l’organisation et l’entrainement, qu’il faut faire dès maintenant une tentative pour organiser “létat-major général avec les moyens à notre disposition ” (p. 13).
En conclusion, le chef d'état-major pose comme points principaux : “10—toutes les forces de l’Empire doiven, être organisées pour la guerre d’après les mêmes principes généraux ”; 20 et 30 l’uniformité la plus complète doit présider à l'entrainement des officiers dans tous les pays de l’Empire, au choix des officiers qui passeront par le collège d’étatmajor, aux examens d’entrée et de sortie et aux cours de ces collèges, au choix des officiers qui seront échangés entre l'état-major impérial et les états-majors des colonies (p. 13 et 14).
À ce document d’une haute importance, lord Crewe demande une réponse télégraphique; et afin que les Souvernants des colonies n’aient pas le temps de méditer trop longtemps, il es
Pace savamment l’envoi de sa dépêche et du mémoire du général Nicholson : il l’expédie à la Nou-
velle-Zélande le 24 décembre 1908; à l’Australie, le 1er janvier 1909; et «u Canada le 15 janvier (p. 3). .
Le gouvernement canadien lâche pied
Le conseil des ministres canadiens se réunit le 9 février et autorise le gouverneur général à télégraphier au ministre des Colonies: “ My Ministers fuliy accept the principles set forth in memorandum by General Staff. Despatch will foltow explaining precise position of Dominion Government” (1).
Les commentaires et les explications sont contencs dans un rapport du ministre de la Milice et de la Défense. Sir Frederick BORDEN cherche à réchapper quelque chose de sa fière attitude d’antan. 1] rappelle le mémoire rédigé par les délégués canadiens, à la Conférence de 1902, pour justifier leur opposition aux projets de lord Selborne et de M. Brodrick (2). Il s'efforce de se convaincre et de persuader ses collègues que le War Office reconnait “le grand principe du contrôle local complet, par les ministres responsables, sur les officiers de chaque section locale de l'état-major impérial” 1] réclame pour le ministre de la Milice le droit de contrôler les communications qui s’échangeront entre le chef de l'état-major canadien et le chef de l'état-major impérial. Mais, ces concessions faites au nationalisme expirant, il exprime “ l'avis qu'après “une étude attentive et complète de l’importante question qui lui a été “ soumise, le gouvernement de Votre Excellence peut en toute sûreté ad- “hérer aux principes généraux posés dans le mémoire de l’état-major; et “il recommande qu’en conformité de la demande du ministre des Colo- ‘“nies, une dépêche soit envoyée par câble exprimant l’assentiment du “cabinet”
Il suggère lui-même le texte de cette dépèche, que l’on vient de lire. Il s'engage à envoyer quatre officiers canadiens à l’école de Camberley et à faire porter par le Canada une part proportionnelle du coût de cet enseignement. Il accepte également le projet d'échange d'officiers entre l'état-major impérial et l'état-major canadien.
Le conseil des ministres approuve sans réserves le rapport du ministre,
C'est la répétition aggravée de la comédie de 1907. Les ministres canadiens invoquent le principe de l’autonomie coloniale; ils en réclament l’application sur un point de détail; puis ils acquiescent d'emblée à tous les “principes généraux” posés par les autorités impériales.
Que l’on compare cette attitude fuyante à la résistance énergique de Sandfield McDonald, en 1862, à l'affirmation rigide, en paroles et en actes, du nationalisme de Macdonald et de Cantier; et l’on se rendra compte de l’immense espace que le Canada a parcouru, en moins d’un demi-siècle, dans la voie révolutionnaire ouverte aux colonies par Chamberlain et ses discipies — parmi lesquels il faut maintenant compter les libéraux impérialistes autant que les torys.
Cette nouvelle poussée de l'impérialisme militaire Passa inaperçue au Canada, Lorsque cette correspondance décisive fut communiquée à
(1) Sessional Papers, No 99, 1909, p. 19.
(2) Pièce justificative 64.
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la Chambre des Communes, l'attention publique était déjà concentrée sur la question navale.
Le “‘péril allemand”’, son origine, sa nature
Dès l’ouverture de la session, en janvier 1909, M. FOSTER (1) avait inscrit au feuilleton de la Chambre ce projet de résolution :
“Vu ses ressources abondantes et variées et sa situation géographi- “que, le Canada, obéissant à ce sentiment de fierté nationale’ et de con- “ fiance en soi qui doit animer yn peuple fort et progressif, ne devrait “pas tarder plus longtemps à prendre sa juste part des responsabilités “et des dépenses qu'entraîne a protection convenable de ses côtes et de ‘ses grands ports maritimes ” (2).
Cette proposition n'avait rien d’insolite. Elle n'allait pas au-delà des termes du traité de 1865, tel qu’interprété par Cartier et Campbell. Elle n’impliquait aucune participation à la défense navale de Empire, ni même à la protection du commerce maritime du Canada, dont l’Angleterre doit, en toute justice, rester responsable tant qu’efle refusera à ses colonies autonomes le pouvoir de légiférer sur la navigation océanique et le commerce en haute mer. Tout au plus pouvait-on s'étonner qu'un impérialiste ardent, comme M. Foster, se fût exclusivement inspiré de la doctrine nationaliste la plus pure. L’explication, c’est que cet “avis de motion” n’était qu’une amorce à l'opinion publique. Inscrit à l’ordre du jour dès le 21 janvier, if resta en suspens jusqu’au moment où des circonstances favorables permettraient à son auteur de dévoiler toute sa pensée, Cette procédure savante avait évidemment été préparée de concert avec lord Grey; et c’est de Londres que devait partir le signal du déclanchement.
Le 12 mars, le premier Lord de l’Amirauté, M. McKENNA, rend public le budget naval de 1909-10. Ce budget accuse une augmentation considérable de la dépense afectée à la construction de nouveaux vaisseaux de guerre. Le programme annoncé l’année précédente est surchargé de quatre vaisseaux du type dreadnought. Grand émoi en Angleterre. Quatre jours plus tard, le ministre donne un nouveau coup d’éperon à l'opinion publique: il explique à la Chambre que cette accélération subite des préparatifs de guerre lui est imposée par l'attitude de l’Allemagne. L’Amirauté allemande, affirme-t-i], a relancé son propre Programme et sera en mesure, dès mars 1912, d’opposer à l’Angleterre un nombre de dreadnoughts et de superdreadnoughts qui suffira à rom-
pre {à proporti-n que l’Amirauté anglaise a toujours jugée nécessaire pour mainie: ° ‘: suprématie de la flotte britannique. Le premier ministre, M. ASQC 1, confirme ces assertions. Le leader de TOpposition, M. BALFOUR, jette le cri d’alarme et reproche au ministère de ne pas demander au parlement et aux contribuables du Royaume-Uni des sacrifices plus considérables encore pour parer à ce danger imminent. C’est le signal de la panique, du “péril allemand”.
(1) Ancien net Borden.
(2) C'est la version française, légèrement modifiée, inscrite aux Procès Verbaux de
In near ha le 21 janvier 1909, page 25. On trouvera le texte anglais à la Pièce justificative 69, >
ministre des Finances, aujourd’hui ministre du Commerce dans le cabi-
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La guerre effroyable qui ravage l’Europe a tellement troublé les intelligences et perverti les mémoires, au Canada, qu’il est bon de rappeler ici un fait essentiel: je seul “péril allemend” qu'ont invoqué les protagonistes de la loi navale et de la contribution dite “d'urgence”, c'est celui de {a supériorité prochaine et certaine de la flotte allemande sur la flotte anglaise; c’est aussi le seul que les nationalistes ont contesté. Cette observation n’a pas pour objet d'établir que les nationalistes voyaient plus clair que les impérialistes. Ces débats rétrospectifs sont puérils. Personne ne peut prétendre au don de prophétie, Les prévisions des plus habiles diplomates sont souvent déroutées. A cette heure, du reste, il était permis de se tromper. Le premier Lord de l’Amirauté, responsable de la sécurité maritime de l’Empire, était censé posséder une connaissance parfaite de la situation et des forces navales des deux pays. Les gouvernants et les hommes publics du Canada, totalement exclus du gouvernement de l’Empire, n'avaient aucun moyen de contrôler l'exactitude des affirmations de M. McKenna. Leur premier mouvement d'alarme était donc tout naturel. Leur culpabilité, c’est d’avoir persisté à affirmer l'existence du péril, quand il fut démontré, nous le verrons dans un instant, qu'il n'existait pas, Leur mauvaise foi, c’est de prétendre aujourd’hui que le “péril alemand” dont les nationalistes, sur la foi des autorités les plus compétentes d’Angleterre, ont nié l’existence, c'était la menace générale et constante d’une guerre européenne, et non pas le danger particulier annoncé par les impérialistes anglais: la menace à la Suprémalic maritime de f’Angleterre.
D'ailleurs, ce n’est pas sur ce terrain que la lutte s’est portée. C’est au nom des libertés garanties par la Constitution, par la tradition nationale et par les accords conclus avec la métropole, que les nationalistes ont combattu la loi navale, la contribution d’urgence, et la participation obligée du Canada à la guerre actuelle. Le “péril allemand” n’a été que le prétexte invoqué par les politiciens des deux partis pour excuser leur capitulation devant les exigences des impérialistes anglais. Il est resté un simple incident du conflit; et il n’est jamais sorti des limites que lui avaient tracées les lanceurs de da panique de 1909: la défaite possible, probable même, disaient-ils, de la flotte anglaise, si les “nationssoeurs” ne viennent pas au secours de la mère patrie. Qui osera prétendre que la guerre et ce qu’elle a révélé de l’étonnante puissance de l'Allemagne dans tous les autres domaines justifient les pronostics des politiciens qui ont voulu imposer au Canada la construction d’une flotte ou la dépense inutile de 835,000,000 pour “accroître les fonces navales de l’Empire”?
Quoi qu’il en soit, les organisateurs de Ja panique de 1909 — nous verrons plus loin à quel mobile secret ils obéissaient — obtinrent un plein succès: fe budget naval de M. McKenna fut voté d'emblée; «t, ce qui nous imtéresse davantage, le 8ouvernement et le parlement du Cavada se jetèrent tête baissée dans le Piège qu’ils avaient évité en 1902 et en 1907.
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