‹ Que devons-nous à l'Angleterre? [microforme]Chapitre 27 sur 120 · PR 2 TO · texte numérisé non relu

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Voeu du 29 mars 1909 — Accord des deux partis

M. FOSTER, qui avait laissé dormir son “avis de motion” plus de deux mois durant sous l’amoncellement des procédures et des paperasses de la session, l’exhibe tout à Coup, à la séance du 29 mars — juste assez près et assez loin des déclarations sensationnelles de M. McKenna pour avoir donné le temps à {a presse jingoe, pistonnée par lord Grey, de fouetter l'opinion publique et d'apeurer les bons Canadiens avec-la perspective toute prochaine de l'apparition d’une flotte allemande dans le golfe Saint-Laurent. Avant de Proposer son voeu, M. Foster prononce un long discours, en partie double. La première partie correspond parfaitement au texte et à l'esprit de sa proposition: elle se borne à démontrer brièvement la nécessité de protéger les ports et les frontières maritimes du Canada. La seconde partie, qui est presque tout le discours, est tout entière consacrée au développement de l’idée impérialiste: le devoir du Canada de soutenir la Grande-Bretagne; la valeur intrinséque de la protection britannique; Ja disparité choquante entre le budget naval du Royaume-Uni et celui du Canada; le désintéressement de l'Angleterre et son amour pour les peuples multiples qu’efle a “adoptés”. (Les impérialistes anglais ant de ces trouvailles uniques pour déguiser sous des mots doux les pires actes de spoliation, de conquête et de tyrannie). Tout ce que Macdonald," Cartier, Campbell, Tupper et tant d’autres ont dépeint comme la contribution la plus utile que le Canada peut donner à l'Empire: — Je développement rapide de son territoire et de ses voies de communications, — l’orateur le représente comme une addition nouvelle au fardeau de la mère patrie. En vérité, toute la substance de son discours est la contre-partie de celui que sir Charles Tupper a prononcé à Winnipeg, en 1893. M. Foster va même jusqu’à dire que l’Angleterre a protégé £e Canada contre les attaques des Féniens et les deux rébellions des Métis du Nord-Ouest. Il suffit de comparer cet exposé fantaisiste aux déclarations et aux dépêches des hommes d'Etat contemporains et acteurs de ces événements pour juger à quel point les anôtres de l'impérialisme font fi de la vérité et des faits. Il en conclut que c’est le devoir du Canada — devoir de reconnaissance et devoir d'intérêt — d’aider l'Angleterre à porter le poids de la défense navale de l’Empire. Afin de rassurer les Canadiens peu enclins à la guerre, il a l'audace d'affirmer à deux reprises que, depuis plus de cinquante ans, l’Angleterre n’a pas fait une seule guerre d’agression et de “conquête injuste” et qu’elle “n’en fera point non plus dans l'avenir”. Du reste, il le confesse avec une cynique franchise, elle “a plus de territoires qu’il ne lui en faut, et son embarras aujourd’hui est d’administrer les pays étendus qu’elle possède ” (1).

Deux modes, à son avis, se présentent naturellement à l’attention du gouvernement pour apporter à l'Angleterre l’aide qu’elle a le droit d’attendre du Canada: la contribution au budget de ja flotte britannique, ou l’organisation d’une flotte canadienne. Il se prononce nettement

(1) Version française des Débats de la Chambre des Communes, 29 mars 1909, col. 3696. Tout le discours couvre les colonnes 3685 à 3707. Les chiffres indiqués par la suite

Le texte anglais des propo-

Cette conclusion était une invite directe au ministère de formuler une proposition concrète, Sir Wilfrid LAURIER ne manque pas de répondre à l'appel. I] y met toute l’habileté sinueuse qui lui est propre. Il commence par nier que le Canada a failli jusqu'ici “ à son devoir envers l’Empire”; mais il tombe “ d'accord avec” M. Foster pour affirmer “ que cette question doit être abordée, non pas au seul point de vue “du Canada, mais au point de vue de l’ensemble de l’Empire britanni- “que” (3708). C'est la contre-partie exacte du sentiment qu’exprimaient M. Pope en 1863 et M. Sanborn en 1868 (1). Il jette un doute sur les causes premières de la panique: “elle peut avoir pour objectif de la “part de quelques-uns de nous engager à renoncer à notre programme “et à contribuer sur-le-champ aux frais du maintien de la marine an- “glaise ” (3709), Il s'empresse de démontrer qu’il a toujours été prèt à se laisser cntrainer dans cette voie. Il cite une partie du mémoire qu’il a présenté à la Conférence de 1902, en opposition au projet de lord Selborne: celle où les ministres canadiens se déclarent “ prêts à étudier

l'aspect naval de la défense ” —— « Prepared to consider the naval side of defence as well” (2).

fait à la Conférence de 1907, en faveur des sous-marins et des torpilleurs (3712-13).

ire qu’il a

Smartt. Après avoir ainsi nagé entre toutes les eaux, il “ n’hésite pas à “affirmer que si l’on venait à disputer un jour à l'Angleterre Ja supré- “ matie sur les mers, le devoir incomberait à toutes les colonies d’entou- “rer la mère patrie et de constituer autour d'elle un rempart contre “lequel toute attaque serait vaine ” (3715). En conclusion, il suggère de substituer au voeu nationaliste de M. Foster une proposition alambiquée et verbeuse. Les érois premiers paragraphes peuvent satisfaire tout le monde. Il y ajoute cette rallonge tout impérialiste :

“La Chambre approuvera cordialement toute dépense nécessaire “destinée à favoriser l’organisation d’un service naval canadien en co- “opération et relation intimes avec la marine impériale, dans le sens “indiqué par l’Amirauté lors de la dernière Conférence Impériale, et en “complet accord avec l’aide (l'idée] que la suprématie navale de la

(1) Pièces justificatives 30 et 39.

(2) Le texte français de la citation porte: “le gouvernement Canadien est dis,

posé à faire des frais lement en vue de l'or, nisation d’une marine”. C'étuit un fau t

M. Laurier ne pe: pas de l'utiliser, dans la ince nr goes Campagne sur la loi navale, afin de prouver em s'était en

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