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“toute la puissance militaire potentielle de l'Empire pour un commun “objet impérial” (p. 36).
La deuxième partie est consacrée aux détails de l’organisation qui devrait être inaugurée par chacun des pays de l'Empire. Tout le plan se rattache à une base commune et dépend de la réponse que les délé.
La troisième partie traite du développement de l'état-major impérial Le général Nicholson fait mention de la correspondance échangée en décembre 1908 — et janvier 1909 — entre le &ouvernement impérial et les autorités des colonies. “ Les propositions [du gouvernement bri- ‘’tannique] sont maintenant acceptées en principe” (p. 39). I] ne tient
vernement canadien (1). Le reste de son travail est consacré à l’énumération des mesures que les colonies doivent prendre pour compléter l’organisation de l'état-major et rendre son travail efficace.
Capitulation des Coloniaux — Triomphe des Impérialistes
A la séance plénière du 29 juillet, les délégués des colonies, y compris ceux du Canada, s'empressent d'exprimer “ leur acquiescement général”’ à la question de fond posée par le chef de l'état-major: “ Chacun “des pays de l'Empire consent-il à faire ses préparatifs [militaires] “ d'après unèe méthode qui lui permettra, s’il le désire, de prendre sa “part de la défense générale de l'Empire? ” (p. 28). Le point principal gagné, l’étude immédiate et la préparation du rapport final sont confiées à un comité composé d'officiers de chacun des pays représentés à Ja Conférence, Ce comité tient trois séances secrètes sous la présidence du général Nicholson qui en rédige le rapport, en date du 10 août. Toutes ses conclusions sont mises à l’abri du consentement donné par les représeritants des colonies au principe général qu’il a posé précédemment. De ces conclusions, il suffit de citer les suivantes :
“1.—L'établissement de guerre (War establishment) de Parmée ré- “ gulière anglaise doit être accepté autant que possible comme Ja base “de Porganisation des forces coloniales.
“5.—Les officiers qui feront partie des divers états-majors de l’Em- “pire seront, quelle que soit l’armée à laquelle ils appartiennent, et tout “en restant soumis à l’autorité de leurs gouvernements respectifs, mem- “bres d’un seul corps: l'état-major impérial.
“12.--De l'avis du comité, les recommandations ci-dessus, fout en “ permettant aux Dominions de participer à la défense de l'Empire, con- “tribueront également à la sécurité territoriale des colonies et à l'effi- “cacité de leurs forces pour la défense locale” (p. 29-30).
Les ministres anglais ne se contentent pas de “ l’acquiescement etnéral ” et collectif des délégués. Ils font rédiger par les représentants de chacune des colonies un résumé de leurs opinions particulières et
() Dans l'arrêté ministériel du 9 février 1909, voir page 185.
des mesures qu'ils promettent ou se proposent d'adopter pour donner suite aux délibérations de la Conférence.
Les représentants du Canada, comme ceux des autres colonies, “acceptent les principes énoncés dans le mémoire de l'état-major impérial”. Cette fois, il n’est plus question des réserves formulées dans le rapport de sir Frederick Borden, du 9 février 1909. Les dernières traces des résistances de 1902 et de 1907 sont disparues. Le reste du document est généralement conforme au rapport du 9 février. L'engagement du gouvernement canad. :n de coopérer à l'oeuvre de l'état-major impérial, d'envoyer ses candidats à cet état-major compléter leurs études
à Camberley, et de partager les dépenses de cet enseignement, est renouvelé (p. 42).
La question navale est réglée non moins prestement. La discussion s'est faite sur un mémoire de l'Amirauté en date du 20 juillet, M. Mc- Kenna rappelle très brièvement les déclarations qu’il a faites à la Chambre le 16 mars. Naturellement, il ne souffle pas mot des réfutations de sir William White et des autres experts qui ont prouvé la fausseté de ses affirmations. J relate les offres des colonies. 1] réitère le principe posé par lord Goschen dès 1897: Ja nécessité d’une seule flotte et d'un commandement unique. 11 tient encore compte des divergences de situation et d’intérêt qui séparent les pays d'empire. “Le devoir prin- “cipal de la Conférence, à l'égard de la défense navale, est donc de dé- “terminer le mode par lequel les gouvernements des Dominions pour- “ront le mieux Participer au soutien du fardeau qu’impose Ja défense “de Empire, en tenant compte des diverses conditions politiques et “géographiques ” (p. 21).
C'est la reprise accentuée du projet de Cardwell, rejeté par Cartier en 1870.
Il reprend le thème de lord Tweedmouth: l'établissement de flottilles locales de torpilleurs et de sous-marins; mais au lieu de voir dans ces flotilles des moyens de défense pour les colonies, il en fait le
“soumises à l'autorité générale de l'Amirauté ” (p. 23). Les délégués du Canada acquiescent tacitement à cette Proposition qu'ils avaient repoussée avec tant d’éclat en 1902 et en 1907.
Comme pour les armées de terre, la question navale fait l’objet de trois délibérations secrètes et d’un rapport particulier des représentants de chacune des colonies. Les Canadiens objectent que la double frontière océanique du Canada interdit ou rend futile l'organisation d’une escadre complète, telle que suggérée par M. McKenna. Ils proposent de s’en tenir Pour l'instant à l’achat ou à la construction de croiseurs et de destroyers qui seront partagés entre les côtes de l'Atlantique et celles du Pacifique (p. 23-24). C'est la base de la loi navale qui sera présentée à la prochaine session. Nous verrons qu’en décembre 1912, sir
Wilfrid LAURIER relancera les suggestions de M. McKenna, infiniment plus onéreuses pourtant que celles de lord Tweedmouth qu’il avait rejetées en 1907, et proposera l’organisation de deux escadres complètes. Sur tout le reste des délibératirs, le voile du secret reste étendu. J1 n’a jamais été levé. Ce qui a transpiré des décisions prises permet d’affirmer que la Conférence de 1909 marque une étape décisive dans l’évolution rapide que l'Empire britannique a subie depuis la guerre d’Afrique. Le principe de l’asservissement des colonies y est posé définitivement, avec l’acquiescement sans réserve des représentants de toutes les colonies autonomes. Dix années ont suffi aux maîtres de l’Empire pour user la résistance des Canadiens et détruire l’oeuvre séculaire qui avait trouvé son couronnement dans l’accord de 1865, base de la Confédération canadienne. N'est-ce pas une sanglante ironie que l’anéantissement de l’oeuvre nationale de Cartier et de Macdonald soit consommée par les chefs du parti libéral, héritiers politiques des hommes qui reprochaient à Cartier et à Macdonald de subordonner les intérêts du Canada à ceux de l'Empire? Et l’oeuvre de destruction s'achève sous l'égide de celui-là même qui s’écriait à Boston, en 1891: Jamais le Canada ne consentira à faire partie d’une Fédération Impériale, même purement commerciale, parce que ce régime nous entraînerait dans la participation aux guerres de l’Angleterre; de l’homme qui clamait en 1902: “ Ce serait un vérita- “ble suicide pour le pays que de se lancer dans le gouffre des dépenses “ où les nations européennes, y compris d'Angleterre, ont été entraînées “par les besoins d’armements formidables; ....ce serait un crime de “ détourner une partie des deniers nécessaires à l’accomplissement des “travaux utiles au pays pour acheter des canons, des fusils et des mu- “mitions de guerre.”
L'importance de la Conférence de 1909 est non moins décisive si l'on tient compte des événements qui se sont déroulés depuis le déchainement de la guerre européenne. C’est à ce congrès qu'ont été arrêtées toutes les mesures préparatoires à la participation du Canada à cette guerre, C’est à sa suite et en conformité de ses décisions que le général FRENCH est venu faire l'inspection de la milice canadienne, en 1910, et préparer les cadres des corps d'expédition du Canada dans la prochaine guerre européenne. :
La question navale a tellement passionné les esprits que l’on a perdu de vue le travail qui s’était fait à Londres en vue de la coopération des armées de terre de Empire, Pendant que partis et factions se disputaient autour de la loi navale et de la contribution d’ rités impériales et leurs complices canadiens préparaient dans l’ombre l’organisation d’où a résulté, pour le Canada, une dépense qui va dépasser quinze ou vingt fois le chiffre de la “ contribution d’urgence” et retarder d’un quart de siècle le progrès du pays. (Ces compromissions,
sans même réclamer les avantages politiques ou économiques que Chamberlain leur avait offerts dès 1897 et qu'il considérait comme la
seule compensation adéquate de la participation des colonies aux guerres