EL
11 lit ensuite l'article 19 (art. 24 de la cation du parlement dans les dix Jours qu ministère, Puis il ajoute:
“La marine de Suerre sera soumise aux ordres de Sa Majesté en “cas d’hostilité.
“L'honorable M. VOSTER:—A ce “mier ministre veut-il nous citer l'a
Loi) qui prescrit la convol suivront la décision du
Propos, le très honorable pre-
rticle qui définit l'expression ““circonstance critique” ?
“Sir Wilfrid LAURIER :—C'est l'article emprunté à la Loi de la “ Milice :
«dons amies ion Pelrsonstance critique” signifie guerre, invasion, émeute ou insarree-
“Je le répète, dans une circonstance critique, le gouverneur en “ conseil est autorisé à m
ettre nos forces navales sous les ordres de Sa “ Majesté, à la seule condition de convoquer immédiatement Jes Cham- “bres.
, doit-on entendre une guerre dans re où au Canada seulement?
“Sir Wilfrid LAURIER :—N'importe où, Lorsque la Grande-Bre- “lagne est en état de guerre, le Canada l’est également: il n’y a pas de “ différence. Si un conflit éclate entre elle et une autre nation, Je Ca- “ nada est exposé à une invasion et, Par conséquent, en état de guerre ” (1831-2) - (1).
Il donne ensuite quelques détails sur l'organisation de la flotte projetée. Il en porte le coût total à 811,000,000 (1834) et l'entretien annuel à 83,000,000 (1833)
Au moment où le premier ministre reprend son siège, M. MONK lui pose cette question :
“Ce Bill a-t-il pour objet de mettre à exécution une entente ou “marché intervenu à Ja conférence des délégués de l’année dernière, “ou y a-t-il quelque partie de ce projet de loi qui change ou tende à “changer d’une façon quelconque les conditions arrêtées à la Confé- “rence?
“Sir Wilfrid LAURIER:—]] n'y a Pas eu d'entente définitive “ (agreement) à la Conférence, mais {a politique proposée par la Con- “férence est celle que nous entendons mettre à exécution” (1835).
Or, ne l’oublions pas, le premier lord de l’Amirauté, M. McKENNA, a déclaré positivement, avec l’assentiment tacite de M. Brodeur et de M. Frederick Borden : “ Les gouvernements coloniaux ont reconnu
à verving in such ships or vessels, or any officers or ee.
seamen belonging to the Naval Ser-
“23—En tem critique le Gouverneur en conseil peut mettre la Mar'ne, ou en
“mettre toute partie e ce soit à la disposition de Sa Maj ce général “dans la Marine Royale, ainsi que tous vaisseaux ou navires de la
“rins servant sur ces vaisseaux ou navires ou tous officiers ou “la Marine.”
er
(1) Voici le texte original, beaucoup plus fort : “War everywhere. VW ,;n Britain “is at war, Canada js at war; there is no distinction. 1£ Great Britain, to w….-! we are “subieet, !s at war with any nation, Canada becomes liable to invasion, ana so Canada “is at war.—“Debates House of Commons”, 1909-10, col. 1735.
“ qu'en temps de guerre les forces navales locales devront être soumises “à l'autorité de l'Amirauté” (1).
M. Borden, ultra-impérialiste
Le leader de l'opposition, M. BORDEN, prend immédiatement Ja parole. Rompant une seconde fois l’entente conclue avec M, Monk, il traite la question à fond et détermine l'attitude de son parti avant d'en avoir conféré avec ses collègues. &
Il félicite le premier ministre d’avoir abandonné sa position du 15 novembre et de s'être décidé à reconnaître qu’en temps de guerre la flotte canadienne sera à la disposition de la mère patrie (1836). I! exalte l'importance des services que la flotte anglaise sera appelée à rendre au Canada:
“Supposons qu'un navire d’une grande puissance navale com- ‘“ mette un acte d'agression sur nos côtes ou attaque un seul de nos “ navires.... toute la puissance de la marine anglaise serait au service “ du Canada pour venger cette insulte ou redresser ce tort” (1837).
Evidemment, M. Borden n'avait pas lu ce passage secret du mémoire du Colonial Defence Committee, de 1896, où les autorités impériales déclarent positivement que l’objet de la flotte anglaise n’est pas de protéger les côtes et les ports des colonies, mais ceux de Ja mère patrie et le commerce britannique (2). Et pourtant, ce programme de charité bien ordonnée, l’un des pontifes de l’impérialisme, le duc de DEVONSHIRE, l'avait proclamé, le 3 décembre 1896, à une réunion plénière de la British Empire League: cet il avait ajouté : * Nous avons officiellement communiqué ce plan aux colonies afin “ qu’elles puissent agir en conséquence.”
Les disciples de l'impérialisme n’ont pas la brutale franchise de leurs maîtres. Cette puérile obstination des coloniaux à déguiser l'objet et la portée véritables des plans impérialistes finira par entrainer des mécomptes et des désaccords sérieux.
M. Borden se défend d'avance contre l'accusation de militarisme. La participation directe du Canada à la défense de l’Empire n’entrainera pas de charges exagérées (1837-38). Il esquisse déjà son attitude au sujet de la représentation des colonies dans le gouvernement de l'Empire:
“Tout d’abord, je ne crois pas qu’à l’avenir Ja Grande-Bretagne “entreprenne une guerre importante, — à moins d'y être engagée de “vive force par ses rivaux — sans consulter au préalable les grandes “provinces de l’Empire... Ma conviction, c’est que, dorénavant, les “ nations autonomes auront leur mot à dire à l'occasion de toute “guerre” (1840).
Il prévoit l'établissement d’un corps représentatif pour tout l’Empire, lequel sera chargé des problèmes de la défense impériale, “ Une “fois cette commission ou cette conférence constituée, il n’est pas pro- “bable que la Grande-Bretagne voudrait dorénavant s'engager dans
(1) Voir page 197.
(2) Voir note au bas de la page 80.
ses
“une guerre importante sans être assurée d'avance de l'appui et du con- “cours de toutes les grandes nations autonomes constituant l’Empire, “Celles-ci dès lors seraient consultées à l'égard de toute guerre, car je “reconnais bien que si nous devons contribuer en permanence à la dé- “ fense de ce grand Empire, il n'est que juste que nous soyons consultés “dans le règlement de ces questions ” (1841).
Il reprend la fastidieuse discussion du “péril allemand” qui a motivé l'adoption du voeu du 29 mars. Il refait loute la thèse des lanceurs de panique. Il rariwite que le premier ministre a consenti, à sa demande, à modifier :: Paragraphe de la résolution qui excluait toute possibilité d’une conti ibution “d'urgence”, Il affirme que “ Ja plus haute autorité “ navale de ’A'igleterre a ‘éclaré que les navires du type dreadnought “seront les sus qui comy .eront dans un avenir très rapproché ” (1855).
C'était bien j1à iügirion de M. McKenna et des autres “politiciens innocents de toute Connaissance technique”; mais cette opinion, on l’a vu, était contredite Par les experts. J'en donnerai de nouvelles preuves dans un instant.
Il taquine le premier ministre sur ses variations d’'attitude depuis 1896 (1845). rl feint de s’effrayer du déloyalisme de certains Canadiens: “Le seul fait qu’il y a des Canadiens qui se croient tenus en
“Je ne puis comprendre qu’un homme qui reçoit et accepte la pro- “tection du drapeau anglais, les avantages attaché “anglais, la défense de notre littoral, la sécurité de nos rives “faits et avantages du service diplomatique et co “le monde entier, puisse concilier tout cela avec le respect de notre “ propre dignité, s’il prétend laisser tout le fardeau peser sur les épaules “ déjà surchargées des contribuables d'Angleterre. Il est en notre pou- “voir de prendre cette Position, si nous le désirons, car les libertés que “nous possédons, [de] droit ou à titre de faveur, sont absolues sous ce “rapport: mais tout en respectant les opinions consciencieuses d’au-
: “trui, je considère qu’une telle attitude ne serait ni digne ni honorable ”
Telle pourtant avait été l'attitude Constante de Macdonald, de Cartier, de Tupper, de tous les conservateurs les plus éminents et même de tous les Canadiens, jusqu'aux jours de Chamberlain, Les Pères de la Confédération et leurs contemporains étaient-ils moins “dignes” ou moins “honorables’” que les politiciens d’aujourd’hui?
M. Borden termine son discours en suggérant au &ouvernement de “mettre à la disposition de l’'Amirauté l'équivalent en d du coût d’un dreadnought (1860),
Première dissidence de M. Monk— Assemblée du Monument National
M. MONK, justement surpris de l'attitude du leader de }
proteste, avec sa discrétion coutumière, contre la “ tournure
a prise... J'avais raison, dit-il, de ne pas m'y att
sion à l'entente conclue précédemment, entre M.
opposition, que le débat endre.” C'est une allu- Borden et lui, pour ne
pas aborder le mérite de la question avant la deuxième lecture du bili. 11 relève avec une dignité un peu dédaigneuse l'accusation de manque ‘“ d'honneur et d’amour-propre ” portée contre ceux qui n’approuvent pas le principe de la zolitique nouvelle (1868-9). 11 explique dans quelles conditions le voeu du 29 mars a été voté, “ Viendra-t-on nous dire aujour- “ d’hui que, dans ces circonstances, après les discussions interminables “ qui eurent lieu lorsque: cette panique — plus voulue qu’on ne le croit “ généralement— fut causée parmi nous,... il n’y a plus lieu de discuter, “ que l'incident du 29 mars dernier nous lie, et que nous n’avons pas à “examiner la ligne de conduite que le bill nous trace, mais ue nous “devons l’approuver si nous sommes des hommes d’honneur” Je nie
“ cette assertion et je déclare que le sujet sera discuté à fond, au moins “par moi” (1871-72). ,
Pour l'instant, il se borne à faire pressentir l'attitude qu’il prendra avant la deuxième lecture du projet de loi. A la prétention que cette inesure “ est absolument nécessaire et inévitable”, il oppose une dénégation formelle (1873). “Si nous adoptons cette politique, nous devien- “ drons responsables conjointement et [solidairement] (1) avec les Iles “Britanniques de toute la politique étrangère de l'Empire ; et, remar- “ quons-le bien, sans avoir aucune voix délibérative dans l'orientation “ de cette politique” (1873). C’est contraire à toute la tradition britannique. On veut réduire les Canadiens au rôle des barbares “ que l’on ‘amenait de la Gaule, de la Germanie et de la Dacie pour les faire entrer “ dans les armées romaines et dans l’arène à Rome, mais qui n’étaient “aucunement représentés dans les conseils de la République romaine ”
Malgré les efforts de la presse servile des deux partis, dans la province de Québec surtout, pour aveugler l'opinion publique sur la portée véritable de la mesure, le discours de M. Monk à Lachine et les préliminaires de la discusion parlementaire avaient suffi à éveiller l'attention. Le Devoir venait de commencer à paraître (2). Il donna une large publicité au discours du député de Jacques-Cartier et entama une lutte vigoureuse et soutenue contre le projet de loi.
Un groupe de nationalistes convoqua une grande réunion populaire au Monument National, le 20 janvier, et m’invita à traiter la question.
Je m’appliquai à développer et à compléter l'excellent plaidoyer de M. Monk à Lachine (3).
Je me borne ici à reproduire le texte du voeu soumis à l’assemblée, qui l’adopta à l’unanimité :
“ Cette assemblée déclare que le parlement n’a pas le droit d’enga- “ger le Canada dans une politique navale entièrement nouvelle sans “avoir au préalable obtenu le consentement du peuple,
“ En conséquence, cette assemblée demande à la Chambre des Com- “ munes et au Sénat de différer l'adoption du projet de loi déposé le 12
1) Le texte anglais porte “jointly and severally” le trad rendu” par “conjointement et séparément.” 7 ucteur a faussement
(2) Le premier numéro est du 10 janvier 1910,
(3) Ce discours a été publié en brochure sous le titre “Le Pr d ve — Imprimerie du Devoir, Montréal, 1910, ojet de Lei Navale
“janvier 1910 jusqu’à ce que le peuple ait manifesté sa volonté par un “ plébiscite.
i re, au leader de l'opposition et “à M. Monk, député de Jacques
M. Laurier et le ‘‘péril allemand’?
Le 3 février, le premier ministr
projet de loi. Inquiet de la résistance qui se manifeste dans je Québec,
ionaliste, Fidèle à sa tactique ha-
“ceux qui estiment que la marine que nous créerons devrait, en cas de guerre, passer automatiquement sous la direction de PAmirauté ” (3122-3), C'est bien Jà
» Sir Frederick Borden et M. Brodeur, ont
nt “reconnu qu'en t-mps de guerre les forces navales locales devront être soumises à l'autorité générale de l'Amirauté.” C’est également l'opinion que M. Fielding exprimera au moment du vote
nage entre deux eaux.
Il se lance dans une longue digression sur le développement du gouvernement responsable aux colonies. I] revient sur sa parole du 12 janvier: ‘“ Lorsque l'Angleterre est en guerre, le Canada est en guerre.” Il tente de s’expliquer: .
“Je n'ai fait au’énoncer un principe de droit international... Jl “ne s’ensuit Pas Cependant que lorsque l’Angleterre fera la guerre aous “ devrons la faire, nous aussi ” (3128-29), n aurait hésité “beaucoup avant de consentir à prendre part à une Buerre” du gen:e de celle de Crimée (3130). I tions de 1902 contre la Participation du Ca rope. Il ne croit plus au “péril allemand”
“ Quant à moi, je n'appréhende aucun péril pour la Grande-Bretagne “à l'heure qu'il est.... Ilest vrai qu
e l'Allemagne est en train de se “créer une marine, mais je ne vois
Pas la moindre raison de supposer “ qu’elle l’organise Pour l'attaque...”
Le leader de l’opposition “a dit “que si la guerre se déclarait entre l’Angleterre et l'Allemagne, elle “éclaterait d'ici à trois ou quatre ans... Quelle raison avons-nous de “supposer que d'ici à trois la guerre avec “l'Allemagne? .. Nul ne sait exactement ce que pense le 8ouvernement “allemand; mais tout le monde sait qu’
“ dans l’histoire moderne, ces deux nations ont toujours été liées d'ami- “tié” (3137-38) - (1).
(1) Le leader libéral, on le voit ne se bornait pas, comme nous, à contester l’existence du 11 allemand” sur mer. ]l niait jusqu'à la poss'hilité d’une erre angi mande. Fée miste n'avait nullement diminu deux S pins qnpo-alle-
Le 27 ET 4 minué, ans plus ta oût 1912, au éjeuner du Canadian Club à p rd. menace
» à Ottawa, Quelqu'un paria de la présente d conflit entre l’A eterre et l’A] leader béral fit entendre la e ultra-optimiste : “LE PERIL 4 q NET re Le 31, je si ais, dans le Devoir, ce débat contrad'ctoire : “Sir Wif Laurier s cru devoir prend
fl PAS!”, s'écriait-il, re la contre-partie absolue et affirmer qu'il
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“Pourquoi demandons-nous au parlement de créer cette marine? “ Tout simplement parce que cela est devemu une nécessité de notre con- “ dition et du rang que nous avons atteint comme nation.”
Les raisons qu’il apporte à l’appui de cette affirmation sont d’une faiblesse inconcevable: “ Le revenu du Canada est aujourd’hui de 8100.- 000,000 et sa population dépasse 7,000,000 d'habitants.” Ses villes du littoral grandissent et se multiplient. On a découvert ‘“ des mines d’or sous le Cercle arctique ” (3140). Rien de cela n’explique pourquoi M. Laurier juge nécessaire en 1910 ce qu’il trouvait inutile et condamnable en 1907. Aux arguments accumulés par M. Monk, dans son discours de Lachine, et par moi au Monument National, il n'apporte pas l’ombre d’une réfuta-
tion.
Quant au coût d'entretien de la flotte, qu’il estimait, le 12 janvier, à $3,000,000 par année, il le porte maintenant à 84,253,000 (3135). Il s’aventure dans cette galère avec le même insouci des précisions qui a
marqué sa mésaventure du Transcontinental,
Rarement, si jamais, chef d’Etat s’est moins préoccupé de justifier, par des arguments piausibles et des données précises, l’adoption d’une
mesure d'importance capitale.
M. Borden veut donner deux dreadnoughts à l’Angleterre
Le leader de l’opposition, M. BORDEN, incline à l'impérialisme dans l’exacte mesure où le premier ministre a fléchi vers le nationalisme. Il rappelle à M. Laurier ses anciennes fugues en faveur de l'indépendance du Canada. Il s’indigne à la pensée que le Canada puisse jamais rester en paix pendant que le reste de l’Empire se battrait. “ Une telle situation est absolument impossible.” (C’est pourtant la seule situation que le Canada a occupée depuis la Conquête jusqu’à la guerre d'Afrique, sauf pendant la Révolution américaine et la guerre de 1812, alors que ie territoire canadien était attaqué. “Tant que le Canada fera partie de
“ n'existe aucune menace de guerre. 11 a eu tort, croyons-nous, de s’avancer si loin.
“ Le danger d’une guerre anglo-allemande nous semble indéniable. Sa principale sour- “ee n’est pas, comme on le prétend, la rivalité économique de l'Allemagne et de la “ Grande-Bretagne. C’est la campagne systématique entrep “ comme le “Mail”, de Lndres, et le “Star”, de Montréal, — volontaires ou incons- “cients des capitalistes anglais et allemands, dont la cupidi
“l'or et du sang.
“ C’est de cette manière,;—je le rappelais l’autre jour “américains provoqua la guerre contre l'Espagne, en dép “ MacKinley.
fe à
par les journaux jaunes, demande à grands cris de
u’une bande de cormorans es résistances du président
“ Si une vaste organisation financière, dont les tentacules s'étendent sur tous les ter- “ ritoires de l’Empire, peut provoquer une guerre, Anglais et Allemands seront aux prises “avant longtemps. Des milliers d'êtres humains périront pour le profit et la gloire des “ êtres hideux dont le “Star”, la “Patrie”, le “News”, et tous les journaux jingos du Ca-
“ nada font si bien l'affaire, en ce moment.
“ Et tous les badauds, titrés ou non, qui reviennent chaque semaine tomber dans les “filets que leur tendent les interviewistes du “Star” et des autres feuilles jaunes, jouent “ dans les mains des sinistres agioteurs qui poussent à la guerre.
“ Mais ce que nous nions et ce que nous persistons à nier, c'est que l’Angleterre ne “soit pas en état de faire face à la situation et de résister victorieusement à l’Allemagne. “Et nous avons, pour nous justifier contre les cris hystériques du “Star” et les faibles “hoquets mal traduits de la “Patrie”, la parole des hommes d'Etat et des autorités nava-
“les les plus compétents de l’Empire.
Ce que nous affirmons, ce que nous persistons à affirmer de uis 1899, c’ “ peuple anglais, seul maître de ses relations internationales, de sa flotte et Le er È “ doit seul porter le poids des guerres qu'il subit comme de celles qu’il provoque ou laisse
“provoquer par ses spéculateurs et ses ji
ngos.
“Ce que nous prétendons, et ce que Laurier prétendait avec nous, t 1909, ce’ dans le “GOUFFRE DU MILITARISME" ie
“ que le Canada doit éviter de se jeter
l'Empire, il sera en Buerre quand l’Empire le sera” (3148). 11 oublie le refus des Canadiens de prendre part aux multiples conflits de l’Angleterre, avant 1899, il oublie surlout Ja rebuffade de sir John Macdonald au gouvernement impérial, lors de la guerre du Soudan.
Avec plus de vérité, il démontre que le principe appliqué jusqu’en 1899 aux opérations de guerre sur terre ne peut s'étendre aux opérations sur mer :
“Ilya beaucoup de continents sur Ja terre, “océan. Cet océan forme une immense route.
“commerce britannique. C’est la route du com
“que la plus grande partie de nos exportations sont destinées à la mer.
“ble, en temps de &uerre, pour les différentes unités de l’Empire, de “coopérer efficacement, si elles ne sont pass “une direction uniques ” (3150).
11 démontre sans peine qu’à Ja Conférence de 1909, l’Amirauté anglaise a réclamé cette unité de direction et que les délégués des colonies, Y compris ceux du Canada, ont acquiescé à ce désir.
Qu'on se rappelle le refus Cassant que Cartier opposait à Cardwell, en 1870, lorsque cet homme d'Etat tentait d’
Les circonstances mêmes que Cartier invoquait pour refuser toute contribution du Canada à sa propre défense navale, M. Borden les allé.
sue pour entrainer le Canada dans toutes les Buerres maritimes de J’Angleterre.
Du reste, pas plus que le premier ministre, ne tente de justifier cette politique nouvelle, “péril allemand” et à la panique déchainée cieuses de M. McKenna. Il y revient pour la à ses partisans de voter contre le projet de loi. dans une motion prolixe dont voici la traduction officielle :
“Les propositions du Gouvernement ne sont “recommandations de l'Amirauté, et, en raison de ce qu'el “Gouvernement Je pouvoir d'empêcher les forces navales d “conjointement avec celles de l'empire en temps de gue “pas judicieuses et présentent des dangers.
“ Aucun projet de cette nature ne peut être accepté sûrement à moins “qu'il n’assure l'unité d'organisation et d'action Sans laquelle i] ne peut “exister de coopération effective dans les efforts communs pour la défense “de l'empire.
“Tout en rendant nécessaire une dépense considérable pour frais “de construction et de mainlien, ledit projet n’apportera à l'empire aucune
(1) Voir pages 60-62 et pièce justificative 45, aussi le discours de sir Alevander CAMPBELL à a Conférence de 188) pages 71 à 77, Pièce justificative 54. On trouvera Par son suc-
plus loin l'opinion de sir Charles TUPPER sur la nouvelle politique suggérée cesseur,
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“aide immédiate ou efficace et ne produira aucuns résultats adéquats “ou satisfaisants pour le Canada.
“L'on ne devrait se lier à aucune entreprise d’un caractère per- “manent et qui entraînerait des dépenses fu:ures considérables, avant “qu’elle ait été soumise au peuple et en ait reçu l’approbation.
“ Entre temps, le meilleur moyen de satisfaire au devoir immédiat “ du Canada et de venir en aide aux nécessités imminentes de l'Empire, est “de mettre sans délai à la disposition des autorités impériales, à titre de “contribution volontaire et loyale de la part du peuple canadién, une som- “me suffisante pour acheler ou construire deux bâtiments de guerre ou “ cuirassés du type Dreadnought le plus moderne, laissant à l’Amirauté “la latitude complète de dépenser cette somme à tels moments et pour “telles fins de défense navale qui, à son avis, pourront le mieux contribuer * à augmenter la force unie de l’Empire, et à en assurer ainsi la paix et “la sécurité” (3156-7) (1).
M. Monk combat les deux politiques-—Le Canada ne “‘doit”” rien à l’Angleterre
Un seul homme pouvait aborder la question de haut et la traiter à fond: c'était M. MONK. fi le fit avec une ampleur et une précision dignes de son discours de Lachine.
Déchirant d’un geste la trame puérile des tactiques parlementaires et des hypocrisies de parti, il établit sans peine que la politique du ministère et celle de l’opposition émanent d’un principe unique et tendent au même but: “ La création d'une marine locale ou le don de navires et d'argent “ont exactement les mêmes conséquences politiques ” (3163).
Fort des révélations partielles du rapport de la Conférence, il démontre que l’objet poursuivi par les autorités impériaies — Ja concentration au bénéfice de l’Angleterre de toutes les forces locales de l’Empire — ne se borne pas aux forces de mer maïs vise également les armées de terre. “II “en résulte clairement qu’avant longtemps, les forces militaires de notre “ pays seront absolument à la disposition des autorités impériales en cas “ de guerre” (3168).
On admettra, je pense, que le député de Jacques-Cartier avait prévu assez clairement la situation actue!le.
“Quelles vont être... .les conséquences de l’adoption de cette mesure? “....Que va-t-il arriver si nous assumons comme notre part légitime du “fardeau [de la défense impériale] de faire plus que défendre nos fron- “tières, devoir auquel les Canadiens n’ont jamais un seul jour cherché à “se soustraire, même lorsqu'ils avaient des griefs très sérieux contre la “ métropole? ” (3171). ‘
La réponse, il la formule par quelques affirmations précises, appuyées de preuves décisives :
“1.—Nous serons plus étroitement liés par la politique étrangère du “gouvernement anglaïs, ses alliances offensives et défensives, pour cette
“raison que nous nous engageons à appuyer par la force l’action exté- “rieure de l’Empire ”.
(1) On trouvera le texte anglais de cette motion à la pièce justificative 70.
“2.—Si le projet émis par le Congrès de Ja Défense Impériale est “approuvé par nous, nous serons tenus de prendre part comme belligérants “à tou:es les guerres de l’Empire,
“3.—Nous devenons solidaires de la Grande-Bretagne à l'égard de ses “engagements envers les nations étrangères ” (3171-2),.
Il énumère ici les principaux traités et conventions par lesquels la Grande-Bretagne s'est liée envers les nations étrangères en garantissant la neutralité de la Belgique, du Luxembourg et de la Suisse; l’indépendance
de la Norvège, de Ja Suède, de la Grèce, de l'Empire ottom:n, du Portugal, etc., etc.
J'assistais à la séance de la Chambre lorsque le député de Jacques-Carlier prononça son discours. Je me rappelle encore les commentaîres de certains députés et journalistes: “ Décidément, disaient-ils, Monk dépasse la mesure. Il veut irop prouver. Qui croira que le Can:da peut se lier à garantir par une action militaire la neutralité de la Belgique ou de tout autre pays étranger ? ” Qu'auraient-ils pensé, si on leur eût a!ors prédit qu'avant cinq ans, le Canada fournirait à l'Angleterre 250 000 soldats et dépenserait un demi-milliard, non-seulement pour défendre la neutralité de la Belgique, mais Pour faire respecter, prétendent les gouvernants britanniques, les conditions du traité de Bucarest ?
Que cette po: ‘ique nouvelle constitue une révolution violente et radicale dans la situation des colonies autonomes et le gouvernement de l'Empire, M. Monk n’a pas de peine à le démontrer. Ces preuves il les trouve dans les archives impériales et canadiennes. 1] rappelle les déclarations de Cartier et de Macdonald. I] cite la Correspondance échangée entre le duc de Newcastle et le ministère Sandfield McDonald. Il emprunte au duc de Devonshire la d#finition des visées de l'école impérialiste. Il prouve à l'évidence que la politique du ministère et celle de l’opposition ne sont
“C'était, dit-il, à mon avis, un projet raisonnable. ...maîs aujourd’hui “nous sommes en présence d’un proiet tout à fait différent qui n’a jamaïs “encore été discuté ni au sein de ce rslement ni devant le peuple. Je puis “donc affirmer sans crainte que c’est là une ‘anovation ; c’est toute une “évolution qu’on a en vue. Et quels sont les initiateurs de ce changement ? “....A mon avis, c’est d'abord en grande partie l'oeuvre de la socié.é de la
“Ce projet, si on le présente bien au peuple, prouvera qu’il porte dans ses flancs la ruine de notre droit au gouvernement autonome, J’affirme en premier lieu, qu’il tend à nous priver de la direction de nos forces mi- “Htaîres et navales. II nous lie aux conséquences de la politique extérieure “du gouvernement de Downing S:reet où nous n'avons pas voix au cha- “pitre.... Il nous laisse pour ainsi dire avec de vastes pouvoirs d'ordre “municipal. Si vous enlevez à un pays, à une nation quelconque, le droit “de diriger, du moins comme le ;ont d'ordinaire les nations libres, ses
“relations avec les autres Pays, vous le privez d'un droit des plus pré- “cieux....” (3181-2-3),
Cette coopération, le Canada la doit-il à l’Angleterre ? “ On nous a “‘taxés d’ingratitude, nous qui professons les opinions que j'ai exprimées “ici; on nous a appelés des misér: bles n'obéissant à d'autre sentiment que “celui de l'égoïsme.... Notre dette est-elle si grande” envers l’Angleterre ? (3183).
A grands traits, il fait le récit des larges entaîlles que les gouvernants et les diplomates de la Grande-Bretagne ont pratiquées dans le territoire canadien afin de s'assurer les faveurs des Américains ou de calmer leur Courroux. Il rappelle que, si le Canada jouit d’une somme considérable de libertés intérieures, il le doit aux efforts persévérants de ses hommes d'Etat bien plus qu'au bon vouloir de l’Angleterre, 11 évoque les jours sombres de 1837 et les actes de cruelle tyrannie des fonctionnaires britanniques (3186-7) — (1).
Il adjure les députés de la province de Québec de secouer leur apathie et leur légèrelé et, avant de voter le projet de loi, d'en peser sérieusement les conséquences et la portée.
Enfin, il propose de substituer à la motion de M. Borden ce sousamendement :
“Tout en protestant de son inaltérable dévouement à la Couronne bri- “ tannique, cette Chambre est d'opinion que le projet de loi qui lui est pré- “senté change les relations du Canada avec l’Empire et devrait en consé- “quence, au préa!able, être soumis au peuple canadien pour en obtenir im- “médiatement son opinion par voix de plébiscite ” (3189).
C’est la solution que j'avais proposée à l'assemblée du Monument National. Je l'avais même suggérée dès 1900, lorsque j'esquissais les premières lignes du plan de résistance à l'impérialisme (2).
(1) Le 20 novembre 1909, sir Charles TUPPER avait écrit d'Angleterre à M. Borden qu'il approuvait avec enthousiasme la politique préconisée par le voeu du 29 mars, c’està-dire la construction d’une flotte canadienne. L'ancien collègue de -Macdonald et de Cartier avait profité de l'occasion pour d'sposer lestement du plaidoyer de “gratitude” dont M. Borden et M. Foster devaient, à quelques semaines de , faire le fond de leur
. {l rappelait son epnsiion constante au principe de la contribution des , € ajoutait :
nada was not only no burden to the mother-country, but
navy. tras progress A “ under imperial management. and since ue relinquished, and it w'll be seen to whom
“ their present importance is due... ” (Cette lettre est reproduite toute entière à la fin du Kingdom Paper no 11: “Contribution . the British Navy.”)
Nous verrons plus loin ce que le vieux leader conservateur pensait du don de dreadnoughts à la flotte anglaise.
loniaux à conscience timorée uraient besoin d’être rassurés sur la nature
actes de tyrannie ou d’injustice commis par l’Angleterre au Cana depuis la Conquête fuequa l’abandon des frontières de l'Alaska. Avec sir Richard Cartwright il conclut que es
nadiens ne doivent guère L è la mère pe que le pardon du mal . en ont 5 s . E
tenues à une gratitude incommensurable envers <elui au protègerait dans le seul but
de s'enrichir à leurs dépens. ( trouvera à la pièce justificative 73 des extraits du Paper no 10).
(2) Voir page 132.
Le débat sur la deuxième lecture se prolongea jusqu’au 9 mars 1910. La motion de M, Monk reçut l’appui de la plupart des députés conservateurs du Québec et de quelques députés des provinces anglaises. Elle fut rejetée par les votes coalisés des deux partis. M. Monk et les dé-
putés conservateurs français votèrent également contre la motion de M. Borden et la deuxième lecture du bill (1).
M.Fielding interprète la Loi: - “La flotte, canadienne en temps de paix, impériale en temps de guerre’
Du débat sur la troisième lecture, il n’y a à relever que les déclarations de M. FiELDING, ministre des Finances. Le premier ministre, évidemment ennuyé des attaques de la presse jingoe et des accusations constante. de “uüéloyalisme” et de “séparatisme”, voulait, avant de clore le débat, donner un nouveau coup de barre vers l'impérialisme. Le principal lieutenant de M. Laurier s’en chargea. Ancien sécessionniste,
il mit toute l’ardeur d’un néophyte à faire profession de foi impérialiste.
“gouvernement (2) qui sera au pouvoir au Canada, il sera de notre de- “voir de préter main-forte à la mère patrie; et je déclare que le gou- “’vernement au pouvoir pendant une telle crise, qu’il soit libéral ou “tory, s’il néglige d’obéir à ce sentiment, sera anéanti et méritera de “l'être ” (7862).
Le lendemain, avant la troisième lecture du bill, il prononce un long discours — j'allais dire le dernier monologue de la comédie, — Il s’applique tout d’abord à démontrer que le projet de loi et la politique ministérielle répondent suffisamment aux vues ultimes des autorités impériales. Il rétorque à M. Borden ses déclarations du 29 mars (à la
“ Nous voulons que chacun de nous et chacun de nos électeurs, lors- “qu’il ira à bord de ces navires canadiens, — canadiens en temps de paix et impériaux en temps de guerre, — puisse sentir qu’il est un des
“Par le Bill que nous proposons, nous aurons une marine cana- “ dienne, qui sera canadienne en temps de paix, mais qui, grâce au “moyen que nous nous Proposons de prendre, deviendra inévitablement
“Canada est en guerre. Le Canada n'aura jamais besoin de défense, “excepté lorsque l'Empire lui-même devra en avoir besoin: c’est pour- “quoi je dis que la marine canadienne, tout en étant en premier lieu
(1) On trouvera à la pièce justificative 70 le texte anglais des intéressantes déclarations - M. DOHERTY et &.
propositions et d'assez inet Borde
de M. NANTEL, futurs minisires dans le (2) “Gouvernement” doit être pris ici dans le sens de “ministère.”
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“ pour la défense de nos côtes, n’est après tout qu'une succursale de la “ marine impériale en temps de paix, et deviendra partie intégrante de “ la Marine Royale lorsque retentira le cri de guerre” (7950).
Il s'efforce de démontrer que le parti libéral peut à bon droit réclamer le mérite de tous les actes positifs d'impérialisme, accomplis au Canada. 11 rappelle, Pour le conspuer, le refus de sir John Macdonald de faire participer le Canada à la guerre du Soudan. Il tire gloire, pour le ministère et le parti libéral, de la contribution du Canada à l'infâme guerre d'Afrique (7953-62). ;
Ce discours fut le dernier mot du ministère, C'était aussi le plus sincère; il donnait la portée exacte de la loi; il dévoilait le fond de la pensée de ceux qui l'avaient co çue et imposée à M. Laurier,
La session fut prorogée le 4 mai. Le discours du Trône contenait ce paragraphe:
“La loi créant un service maritime” —— définition prudemment mitigée de la flotte de guerre — ‘ qui s'est révélé une nécessité urgente “en présence du développement extraordinaire du Canada, devenu du- “’rant ces dernières années une nation au sein de l'Empire britannique, “est le couronnement d’une politique que l’on a toujours eue en vue “ depuis les premiers jours de la Confédération ” (9299).
Il était impossible d’accumuler en si peu de mots plus de faussetés historiques et constitutionnelles et de dénaturer plus audacieusement l'origine et les motifs de cette mesure révolutionnaire. Il n’est guère probable que lord Grey ait éprouvé le moindre scrupule à prendre Ja responsabilité officielle de cette duperie: elle servait trop bien les desseir.: des impérialistes.
Agitation contre la Loi navale
M. Monk, déjà profondément atteint par la cruelle maladie qui devait l'emporter, avait quitté le parlement presque au lendemain du vote sur la deuxième lecture du projet de loi. D'un séjour assez prolongé aux Etats- Unis, il rapporta, avec un regain passager de forces physiques, des renseignements précieux sur le coût d’une flotte de guerre et de l’établissement de bases navales de ce côté-ci de l'océan. Les conservateurs du Québec le
M. Monk détesi:ait d’instinct les luttes publiques et l'agitation populaire. Prosondément dégoûté de la politique, déjà frappé à mort, il hésitait à entreprendre cette lutte ingrate et ardue. D'autre part, ses profondes convictions nationalistes, mûries par l’étude de l’histoire et l'observation des courants contemporains de l'Empire britannique et du monde, le poussaient à tenter cet effort suprême. Il me fit l'honneur de me communi- ‘ Auer ses pensées et ses désirs, et aussi ses hésitations, lesquelles ne tenaient qu’à son défaut d'endurance physique. Il se sentait incapable de poursuivre une campagne, si je n’en assumais la direction effective et la plus large part, Il avait cependant décidé de porter la parole à une
grande assemblée publique, convoquée par ses amis co Saint-Eustache, le dimanche 17 juillet, Il me supplia de et d'y prendre la parole,
Ce fut à mon tour d'éprouver de vives et profondes hésitations — pour d'autres motifs que ceux du dépu:é de Jacques-Cartier. Désillusionné depuis plus longtemps que lui sur la valeur morale des politiciens de parti,
; de la plupart des conservateurs qui m'adjuraient de me joindre à M. Monk Pour mener ja lutte contre l'impérialisme. Cependant, il me paraissait à la fois impoilitique et injus:e de refuser mon concours à un homme public éminemment honorable, au moment où il se préparait à adhérer publiquement et sans réserve à une doctrine politique que j'avais posée dix ans auparavant et à laquelle j'avais consacré tant d'efforts et de luttes. Ceite pensée l’emporta sur toule autre considération, Je consentis à accompagner M. Monk à Saïnt-Eustache et même à poursuivre avec lui une Campagne d'éducation popu'aire, J'y mis tou'efois une condition absolue : combattre avec une égale vigueur la politique impérialiste des deux partis. Ce n'était pas seulement la Joi navale, impowe par les impérialistes au ministère libéral et par celui-ci au pays, ni le projet de contribution suggéré par M. Borden, qu'il fallait détruire; c'était le principe commun de ces deux politiques: l'impérialisme anglais, c'est-à-dire la participalion du Canada, sous une forme quelconque, à la défense générale de l'Empire et aux guerres de la Grande-Bretagne, étrangères au Pays. Je représentai à M. Monk l’impcrtance, la nécessité même de définir nettement, dès le début, le caracière et le terrain de la lutte. M. Monk tomba d'accord avec moi sur tous ces poñnts. À sa demande, je rédigeai, séance tenante, la déclaration de principes qui devait être soumise à la réunion de Saint-Eustache. Nous étions alors au jeudi. M. Monk emporta ce projet de résolutions afin de l’étudier à loisir. Il me le remit le lendemain, sans y avoir apporté aucune modifica-
tion de fond. Il me déclara qu'il Y voyait l'expression exacte et entière de ses propres opinions.
nservateurs, à l'accompagner
Résolutions de Saint-Eustache
Afin d'éviter toute dispute et toute équivoque, je fis publier cette pièce intégralement, dès le samedi soir, dans le Nationaliste qui porte la date du dimanche, 17 juillet 1910 (1). En voici le texte :
“Nous, citoyens du Canada, fidèles sujets de Sa Majesté le Roi Georges “V, nous déclarons prêts à défendre, au prix de no're sang, les “patrie et les droits de la Couronne britannique au Canada, ainsi que os “pères l'ont faït en 1776 contre les sujets Anglais de Sa Majesté, en 1812,
“ Mais, confiants dans la grandeur et l'efficacité des principes de décen- “tralisation et d'autonomie, solennellement proclamés et reconnus, depuis “plus d'un demi-siècle, par les autorités de la Grande-Bretagne et celles du “Canada, nous sommes opposés à toute polilique nouvelle qui nous entrai-
(1) Elle parut aussi dans le Deveir du iundt .; uillet. On voit e le publie a été Monet #verl des mobs ct de Fobjef de in ce upon te 70, que Je publie a dé
“ nerait dans des guerres lointaines, éirangères au Canada, aussi longtemps “ surtout que les colonies autonomes de l'Empire ne partageront pas avec “la mère patrie, et sur un pied d'égalité, l'autorité souveraine dont relèvent “ l'armée et la flotte impériales, les traités de paix et d'alliance, les relations “étrangères, le gouvernement des Indes et des possessions de la Couronne.
“Nous croyons sincèrement que cette polilique de concentration et “ d'apparente unité impériale, dont la nouvelle loi navale n'est qu’un pre- “ mier jalon, produira au sein même de l'Empire, des malentendus, des ri- “ valités et des conflits qui mettront en danger la paix et l'union des pays “ nombreux et des peuples de toutes races qui, aujourd'hui, sont fiers “ d'obéir à la Couronne anglaise.
“N'ayant jamais été pour la Grande-Bretagne et pour l'Empire la “ cause d’aucun conflit, nous croyons qu’une politique de paix et de dé- “veloppement moral et matériel est nécessaire au Canada, à sa crois- “ sance et à sa cohésion, et, par suite, à la gloire et à la sécurité de l’'Em- “pire.
“ Citoyens libres d'un pays démocratique, nous réclamons le droit d’ex- “ primer hautement notre opinion sur ceite question comme sur toute autre “qui affecte le sort et les intérêts du Canada. Nous reconnaissons à la “majorité du peuple canadien le droit de déterminer une orientation nou- “ velle dans nos relations avec les autres parties de l'Empire, pourvu qu’elle “le fasse en toule connaïssance de cause,
“Mais nous protestons contre toute tentative de soustraire ce grave “problème aux libre: délibérations du peuple canadien tout entier et de “chacun des groupes qui le composent.
“ Nous désavouons les déclarations faites à Toronto, en décembre der- “nier, par M. Alexandre Taschereau, ministre provincial des Travaux Pu- “blics, qui a prétendu faussement que le peuple de Québec est prêt à accep- “ter aveuglément toute politique de défense navale de l’Empire et nous “blâmons les membres du gouvernement et de la législatüre de la province “qui ont ratifié ces déclarations par leur vote, le 2 juin dernier.
“Nous b'âmons le ministère fédéral et la majorité parlementaire qui “ont imposé au Canada cette nouvelle loi navale, lancé le pays dans le gouf- “fre du militarisme, dénoncé naguère avec tant d'énergie par sir Wilfrid “Laurier, mis en danger ja paix du Canada et déiourné vers la construc- “tion d’engins meurtriers et la préparation de guerres sanglantes des mil- “ons destinés au développement de notre agriculture et de nos voies de “transport.
“Nous censurons également l'attitude de M. Borden et des députés de “l'opposition qui, à sa suite, ont niclamé l'adoption d’une politique non “moins néfaste.
“Nou affirmons que le parlement n'avait aucun droit d’engager ainsi “ l'avenir du Canada dans une politique qui n’a jamais été soumise au peu- “ple appelé à payer l'impôt du sang et à porter le joug des dépenses militai- “res.
“Nous approuvons sans réserve la conduite courageuse et loyale de “M. Monk et des rares députés fidèles à leur mandat, qui ont démontré les “dangers de cette politique et réclamé pour le peuple du Canada le droit
temps s avec lèvent ions nnne, on et 1 preles ri- | pays fiers
re la le décroisl’'Em-
d’exautre à la
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Ifrid truc-
mil- »s de
s de non
ainsi peulitai-
e de é les iroit
“d'exprimer sa volonté, avant que ses mandataires ne “lourd fardeau.”
Dès le dimanche matin, la plupart es manifestants avaient lu cette déclaration de principes, Quelques-uns se
l'opposition qui, à sa suite, ont réclamé }’ moins néfaste ” que celle du ministère, Ils firent part de leur mécontentement au député de Jacques-Cartier. D'un mot, M. Monk mit fin à la dispute: “ Je considère, dit-il, qu’en tout ceci nous devons agir avec la plus entière franchise” Cette parole est révélatrice : elle dévoile à Ja
fois le caractère de l'homme qui la Prononçait et les calculs de ceux qui l'avaient provoquée,
La manifestation obtint un succès considérable, Les résolutions furent lues et acclamées par ]
a foule, après une demande réitérée de partage des voix.
L'assemblée de Saint-Eustache fut suivie d’une série de réunions populaires dans toutes les parties de la province: Saint-Henri, Saint. Hyacinthe, Vaudreuil, Longue-Pointe, Saint-Jean, Saint-Rémi, Farnham, Grand-Mère, etc., etc.
A chacune de ces assemblées, les résolutio rent lues et acclamées. Au nombre des rent, M. Monk et moi, et qui dénoncèrent Comme nous, souvent avec plus de violence que nous, la loi navale, “ la politique non moins néfaste de M. Borden ” et toute forme de participation à la défens pire, se trouvaient MM. NANTEL
lui imposent ce
cée par ces messieurs ÿ — PAQUET, SEVIGNY, LESPERANCE, RAINservateurs ; — COUSINEAU,
Élection de Drummond. Arthabaska
Cette Campagne aboutit à l'élection de Drummond M. Patenaude, aujourd’hui ministre du Revenu de ] cipal Organisateur, C’est au cours de cette lutte € din, futur vice-président de la Chambre, puis secr si bien — en plagiant Chapleau, du reste “troué par les balles des insurgés de 1837 afin d’ la liberté,”
M. Armand Lavergne fit la lutte avec la belle vaill franchise qui ont marqué toutes ses attitudes.
L'élection se termina par le triom
ance et la loyale
1) Contrairement à e l’on a dit et rfois pensé, je n'avais nullement tenté PA L'étiquette national ste un et issidentà = petours . je crois encore e nationalisme est, comime Tipérialisme, une octrine d'ordre éral ff ne doit pas étre rétrécle D 1e Enorme d' d rester
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accessible aux honnêtes gens de tous les dans la sincérité ou tance pl nullement à les voir arborer notre drapeau
ou avan x fiance n'était pas +
trouvera le texte an is de cette motion et de celle de 70. qui suivent
Cette victoire, remportée dans une circonscription foncièrement libérale, où le prestige et l'influence personnelle du premier ministre étaient plus marqués que partout ailleurs, fut un coup de foudre révélateur pour tout le monde. Elle démontrait que l'opinion publique était nettement opposée aux tendances impérialistes des deux partis. Nous jugeâmes oportun d'en. marquer le caractère et la portée décisive, A une réunion monstre convoquée à Montréal pour célébrer ls triomphe du nationalisme sur l'impérialisme, nous fimes ratifier ce voeu:
“ Cette assemblée acclame le résultat de l'élection de Drummond et “ Arthabaska comme le triomphe du principe de l’autonomie du Canada. “ Cette victoire justifie avec éclat l'attitude de M. Monk, député de Jac- “ ques-Cartier, sur la loi de la marine et celle des députés qui. l'ont “ appuyé.
“ Elle indique qe le peuple veut être consulté avant d'être entrainé “ dans une politique nouvelle de militarisme impérial.
“ Cette assemblée approuve et ratifie le verdict rendu par la cir- “ conscription électorale de Drummond et Arthabaska, réitère la volonté “ du peuple canadien de défendre les droits de la Couronne britannique “au Canada, se déclare prête à approuver toutes les mesures nécessaires “et efficaces pour assurer la défense du territoire canadien, mais con- “ sidère comme contraire au principe de l'autonomie du Canada et à la “ réelle unité de l’Empire, toute politique tendant à imposer au Canada, “ qui n’a aucune voix dans le gouvernement de l'Empire, une part quel- “ conque de ses charges extérieures et de sa défense militaire en dehors “ du territoire canadien — la seule partie de l’Empire sur laquelle le “peuple canadien puisse exercer une action politique et constitution- “nelle” (Longs applaudissements) (1).
M. Borden emboîte le pas à M. Monk
À quelques jours de là, le parlement se réunissait de nouveau. M. MONK eut toute occasion d’allonger la série de ses expériences sur la bassesse et la versatilité des politiciens de parti. Six mois auparavant, les pontifes du torysme l'avaient à peu près excommunié. Vainqueur du miuis.ère, il fut accueilli à bras ouverts par les plus impérialistes d’entre les
torys. Au cours du débat sur l’Adresse, il proposa l'amendement suivant :
“ Cette Chambre regrette que le discours du Trône n'indique en aucune ‘“‘inanière que le gouvernement aît l'intention de consulter le peuple au “ sujet de sa politique navale et de la question générale de la contribution “ du Canada aux armements de l'empire ” (2).
partis. Et puis, je n'avais une foi aveugle usieurs Eh or A: d'oscneien: je ne ir
jusqu'au jour où 1is trouveraient commode de le remettre en poche. La suite des événements a prouvé que cette mé-
(1) Devoir du 10 novembre 1910.
(2) Débats de la Chambre des Communes, 1910-11 d'y française) col. 141. On . Borden à la pièce ficative Les deux cita sont également empruntées à la version
Le leader de l'opposition, M. BORDEN, proposa en sous-amendement:
“Nous prions Votre Excellence de croire à ] “et au parfait dévouement du peuple du Canada “ nique comme aussi de [à] son désir et de “à toutes les justes responsabilités qui inco “tion entre celles qui composent l'Empire, Nous désirons cependant “exprimer notre regret de ce que le gracieux discours de Votre Excel- “lence ne donne aucune indication quelconque d’une intention de ses
“ conseillers de consulter le peuple sur la politique navale du Cana- “ da LL (238).
Lorsque cette motion eut été rejetée par la ma votes de M. Monk et de ses partisans autonomist servateurs, à l’exceplion de MM. Foster et Hughes,
"attachement inaltérable pour la Couronne britan- [à] sa volonté de satisfaire mbent à ce pays comme na-
“On pourra, avec raison, nous demande “grave question si nous étions au pouvoir aujourd’hui,
.. l'administration se rendra compte et saura
squelles se trouve en ce moment l'empire sont “graves ou non en ce qui a trait à la défense navale, Si nous étions “au pouvoir, nous nous efforcer
“ponse simple et claire, et si cette réponse, “vernement de la mère patrie et sur le rapp “comportait, comme je le pense, la nécessité “tive de la part de ce Pays, je demanderais
“.... En supposant que le Canada décide de contribuer à la défense “ de l'empire dans son ensemble, doit-il Je faire
me parat-
Peuple canadien Y consentirait “volontiers... Voilà des questions qu’il serait bon d'étudier sérieuse. : ette politique une ple, le gouverne.
Comme l’année précédente, on le constate, M. Borden veau que les colonies ont le droit d’être représentées da ment de l'Empire avant de Participer à sa défense génér
affirme de nouns le gouverneale. Il se rallie vernement” est évidemment em [
(1) “Gou é ici dans le sens de “ministère.” Le texte anal de cette citation est contenu à la pi etre 76. HN est plus is et pius formel que la version française
nettement à l'opinion de M. Monk que le peuple a le droit d'être consulte avant d'être lié à un mode quelconque de contribution. Ses dernières paroles indiquent même que cette consultation doit prendre la forme plébiscitaire. En effet, comment un ministère pourrait-il ‘obéir aux volontés ” du peuple si sa politique élait condamnée dans une élection générale? Il ne lui resterait alors d’autre alternative que la démission.
qui exclue nécessairement l'exécution par le ministère défaît du verdict populaire.
Ces paroles et ce vote constituent la dernière attitude de M Borden au parlement, sur cette question, avant la dissolution des Chambres.
Le débat dura plus d’une semaine. Il ne contient aucune expression d'opinion remarquable ou nouvelle sur les divers aspects du problème impérialiste, Il est surtout rempli de récriminations aigres ou violentes au sujet de l'élection de Drummond-Arthabaska.
L'atiention fut bientôt détournée de la question navale par la divulgation des termes du traité de réciprocité conclu avec les Etats-Unis. Tout indique que le premier ministre s'était laissé entrainer dans ce guëpier afin d'apporter un dérivatif à l'attention publique. 11 espérait conserver ses positions dans le Québec et gagner assez de sièges dans les provinces de l'Est et de l’Ouest pour compenser ses pertes probables dans l'Ontario. Mais cette question et les débats violents et prolongés qu’elle suscita au parlement et dans tout le pays n’entrent pas dans le cadre de cette étude.
Conférence Impériale de 1911
Le 19 mai, la session fut ajournée au 18 juillet, afin de permettre au premier ministre de prendre part aux délibérations de la Conférence Impériale. Ce seul fait marque à quel point les préoccupations impérialistes ont déplacé en peu d'années, dans l'esprit des politiciens du Canada, le souci des intérêts nationaux. Le parlement canadien était alors saisi de deux questions urgentes et d'importance capitale. Et cependant, il en suspend l'étude et en ajourne la solution à deux mois afin de permettre au chef de l'E:at d’aller à Londres traiter de questions dont la solution n’affecte qu’indirectement les intérêts nationaux. Cartier et Macdonald n’auraïent jamais oublié à ce point leur rôle de chefs de la nation canadienne. M. Laurier et M. Borden eux-mêmes n’y auraient pas songé dix ans plus tôt (1).
Le premier ministre était accompagné du ministre de la Milice, sir Frederick BORDEN, et du ministre de la Marine, M. BRODEUR. C'était la première réunion plénière, depuis la réorganisation décrétée en 1907. Le premier ministre du Canada en était le doyen : de tous les délégués britanniques ou coloniaux, il était le seul qui eût pris part aux délibérations
rier souligne l’impor-
séance d'ouverture de la Conférence, sir Wilfrid Lau lus im put des résultats obtenus a ét de s'étaient
(1) Dès la tance et la rapidité de cette évolution: “ “ substituer au genre de Conférences col les “ demment, un véritable r e impérial de conf. ques entre le pars “ ment de ns ue dans le net me - - vernements de » ur dans les sdrisesniens ’outremer, pour la discussion des in communs.” Imperial Conference 1911, Cd 5745, p. 24.
onsulté rnières ne plér aux lection ission.
verdict
3orden es.
"ession ne imtes au
vulga- Tout uêpier server vinces atario.
ita au aude.
n programme quelconque. I] avait ‘invitation du ministre des Colonies, er aucune opinion sur le programme
; que possible, les lois de “naturalisation des diverses possessions de Sa Majesté ” (3).
mpérament et à la tactique usuelle de M. Laurier, qui a fait de l’opportunisme l'inspiration cons-
tante et le seul fond de toute sa carrière. I] voulait, comme toujours, rester
s sens, au gré des courants populaires et des exigences du moment.
La Conférence s’ouvrit le 23 mai, sous la mier ministre du Royaume Uni, M. ASQUI accueillit les délégués des colonies par quelques paroles dans sa manière habituelle, Sous l’imprécision i langage sans apprêts. il insinue pire. L'union impériale doît reposer sur la reconna
tonomie de chacun des Pays d’Empire. “ ‘his is, here at home and throughout the Dominions, the life
lus stantis aat cadentis Imperii ” (4).
Il écarte d’avance, comme sans y prendre garde, les projets ambitieux des coloniaux sur ja réorganisation politique de l'Empire, 1] concentre
l'attention «1: le problème de la défense impériale. Afin de mettre les représentant, des Colonies à l'aise
discutée en secret, derrière la po Defence Committee, C'est là que
rine et des Affaires Etrangères dévoileront tous leurs secrets aux délégués des Colonies (p. 23).
(1) La réunion de 1909 n'é
cpioyée en 1907 pour désigner les réunions convc ées Cüution immédiate. Comme da res,” qu'on Pourrait appeler ]
permuté au département
(2) Successeur au ministère des Colonies de Lord Crewe, des Indes.
«) Correspendence relating to the Imperial Conference, 1911-Cd 5513, p. 13 et 14.
Proceedings of the Imperial Conference, 191 1—Cd 5745—p, 22 Toutes les autres citations qui suivent sont extraites ou traduites de ce ra port. Le de chaque citation. Les pièces sou
u ume—Cd 5746-1, Le compte rendu des arrangements conclus avec l’Amirauté et le War Office a été pabuié à part:-—Cd 57462. T
‘, “°s es documents ont été éimprimés au Canada : Sessions Papers 208e et 2084. 1911. né -
Au premier de ces mobiles, sir Wilfrid LAURIER était probablement moins accessible que tout autre ; mais le second le hantait. I] se sentait surveillé, au Canada, de plus près qu’il ne l'avait jamais été, et par les nationalistes, et par les impérialistes. Aussi fut-il le premier à intervenir pour faire écraser dans l’oeuf la proposition des délégués de la Nouvelle Zélande d'ouvrir au public les portes de la salle des délibérations. Les premiers ministres de l’Ausiralie, de l'Afrique Sud et de Terreneuve s’unirent à lui; et la proposition fut écartée d'emblée, au grand contentement de M. Asquith (p. 29-32).
Conseil de l’Empire—M. Laurier, mi-nationaliste, mi-impérialiste
La Conférence se met ensuite à l’étude du programme suggéré par ja Nouvelle Zélande. Le premier article est le projet de consiitution d’un “Conseil d'Etat impérial ”, chargé “d’aviser le gouvernement impérial sur toutes les questions affectant les intérêts des possessions d’outremer ” (p. 46).
A l'appui de cette proposilion, le premier ministre de la Nouvelle Zélande, sir Joseph WARD, prononce un interminable discours qui occupe presque deux séances tout entières. D'un pot-pourri d'idées disparates,
de suggestions biscornues et de projets mal conçus, il surnage quelques observations justes :
“Si toutes les possessions d’outremer se meltent en situation de payer “tribut au trésor impérial pour la création et l’entretien d’une flotte im- “périale, elles ont assurément droit à une voix délibérative quelconque “— proporiionnée peut-être à leur importance et au chiffre de leur con- “tribution — sur cette question vitale : Ja paix ou la guerre ” (p. 47).
C’est exactement, l’on s’en souvient, l’attitude prise en 1910 par M. Borden et M. Doherty.
“Le moment est arrivé de former une association (partnership) “pour la gouverne des affaires véritablement impériales. La question “ qui se pose est celle-ci: sur quelle base placer cette association? Elle “ ne peut certainement pas demeurer sur la base des relations actuelles. “ Une association ne mériie Pas ce nom si elle ne donne pas aux associés “une voix délibérative quelconque sur l’objet le plus vital de l’associa- “tion” (p. 48).
M. Asquith, dans son discours d'ouverture, avait insisté sur les avantages de l’élasticité imprécise qui caractérise les institutions britanniques. “ Je reconraïs comme lui ”, dit M. Ward, “ la pleine justesse de cette obser- “vation. Une constitution rigide ne répond pas au génie de notre peuple ; “mais une constitution rigide est une chose et l'entière absence de tout “régime impérial défini en est une autre ” (p. 49).
“Ce que je veux faire comprendre, c'est que si les habitants de la “Nouvelle Zélande doivent assumer une responsabilité dans les matières “ qui touchent à la défense navale de l'Empire tout entier.... {ls ont le “ droit d’être représentés dans un corps quelconque qui aura le pouvoir “de décider quand la Nouvelle Zélande fera la guerre...” (p. 61).
par la | d’un périal
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payer e im- >nque * con- ).
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bseraple ; tout
de la fères nt le avoir
La justesse de ces principes et de ces Propositions est indéniable, M. Ward se donne l'extrême tort de 1
es appuyer d'un projet mal digéré et fort maladroitement présenté. Le texte de sa motion suggère la création d’un Conseil d'Etat Purement consultatif (advisory). Dans son plaidoyer, il réclame et justifie l'établissement d'un véritable parlement de l'Empire. ]len restreint la j
uridiction, il est vrai, aux seuls pouvoirs de direction liés à la défense navale de l'Empire :
sion, il est forcé d'admettre de la défense navale ” devra déierminer la politique étrangère et prélever des impôts sur tous les pays au é
Il ne pouvait mieux prêter Je flanc aux bo plus habiles tacticiens de la Confé tion des impôts. En quelques paroles suggéré par M. Ward se substi:
dans l'exercice de Ja plus précieuse et de la plus antique prérogative des
celle de voter les impôts et d’en déterminer l'emploi (p. 67-68). Cette attitude convenait à merveille à M. Laurier :
elle lui permettait de se placer sur le terrain de l’autonomie coloniale
Pour mieux servir les desseins des impérialistes anglais. C'était faire coup double,
Donnination impériale :—* That authority cannot be shared”
M. ASQUITH s'attache, lui, à la question des affaires étrangères. L'orgueil britaninque lui fait même oublier sa prudence habituelle et les précautions sinueuses de sa dialectique d'avocat. D’un mot brutal et hautain, il écrase toutes les prétentions coloniales Passées, présentes et futures. Cette parole a ét4 maintes fois citée ; elle vaut d’être rappelée et gardée en mémoire, dans toute Ja force et Ja saveur du texte original] :
“What does Sir Joseph Ward's Proposal come to? 1 might describe “the effect of it without going into details in a couple of sentences. jt “ would impair if not altogether destroy th
ment of the United Kingdom in such gra
“ foreign policy, the conclusion of trectis ; “tenance of peace,
“lations with Foreig “which are now in the hands
his proposed body — it does not matter by
— clothed with the functions Ward proposed to invest it with, fatal to our Present system of “responsible government” (p. 71).
Cette fois, il n'y a pas à s’y méprendre. C’est bien l’a tion romaine : Ja race impériale Souverne l’Empire, ] provinces lui fournissent ses légions. Cette la pensée anglaise, C’est la vraie réponse, SX aspirations des impérialistes coloniaux,
nfique concepes barbares des parole décisive révèle toute la seule sineère et compièie, telles que M. Borden les avait
exprimées l’année précédente, Nous verrons que cette équivoque se manifestera de nouveau en 1912 et qu’elle subsiste aujourd’hui.
Les prétentions coloniales écartées, il ne reste plus qu'à faire accepter aux délégués des “nations soeurs ” les mesures propres à accroître les charges impériales qu'ils avaient assumées en 1909. On pourrait croire que la dure rebuffade de M. Asquith a indisposé les premiers ministres des colonies. Tout au contraire, ils n’ont jamais eu l’échine aussi souple. Chacune des délibérations marque un triomphe pour les ministres britanniques. Ils font écarter toutes celles des propositions des colonies
qui pourraient les gêner. Ils font accepter toutes leurs suggestions. Je n'en mentionne qu'une.
Déclaration de Londres — Triomphe de sir Edward Grey
En 1909, le gouvernement britannique a apposé sa signature à la convention internationale désignée sous le nom de Déclaration de Londres. Les Australiens s’en montrent fort indignés. A tort ou à raison, ils croient que les règles nouvelles de droit international, touchant la guerre navale et le commerce maritime, menacent particulièrement leur situation et leurs intérêts. Ils ont fait inscrire au programme de la Conférence un projet de résolution qui comporte une véritable censure du gouvernement britannique. Au moment même où la Conférence se réunit, l’adhésion de la Grande-Bretagne à la Déclaration de Londres fait l’objet d’une dispute violente au parlement et dans tout le Royaume Uni, Plus de deux cents officiers supérieurs de la flotte et la plupart des Chambres de Commerce ont pétitionné au parlement contre la ratification du traité, A qu2lques jours de là, ils obtiendront gain de cause à la Chambre des Lords qui déchirera, sans aucun scrupule, la signature du représentant du Roi (1).
Au moment où la Conférence Impériale est saisie de la question, le parlement britannique n'a Pas encore rendu sa décision. 1] est donc de la plus haute importance, pour les ministres anglaïs, d'empêcher les représentants des colonies de joindre leurs attaques à celles des dénonciateurs de la convention (2). C’est sir Edward GREY, ministre des Affaires Etrangères, qui se charge de parer le coup. 11 le fait avec la merveîlleuse habileté qui a marqué toute sa carrière — habileté faite de franchise et de sangfroid autant que de doigté et d’une profonde connaissance des hommes, si rare chez les Anglo-Saxons. Il remporte un triomphe complet. Nonseulement fait-il écarter la motion de censure des Australiens : il réussit
à faire voter à l’unanimité une proposition nettement approbative: “ The “Conference, after full consideration and debate, approves the rati- “fication of the Declaration of London” (p. 15 (3). Les délégués de l’Australie se font inscrire comme “ abstentionnistes ”, Mais, auparavant,
(1) Depuis que ln guerre est commencée, le Souvernement britannique a tantôt invoqué, tantôt répudié, selon ses besoins, les articles de la Déclaration de Londres. La
“sainteté des traités”, aux yeux des hommes d'Etat anglais, n’est pas un article de consommation nationale. 4
(2) Ce seul fait aide à comprendre l'insistance que les ministres britanniques. ont toujours mise à demander aux Souvernements des colonies de leur envoyer, 1
ps d'avance, le rogramme qu''is se proposent de soumettre à la Conférence Im fale. Ces maîtres politiques savent que “gouverner c’est prévoir.” sai
(3) Le compte rendu de la discussion couvre les pages 97 à 134.
“ You will all, 1 am sure, remember our meeting in the Committee “ of Defence, when Sir Edward Grey presented his survey of the foreign “policy of the Empire, That is a thing which will be stamped upon ull “our recollections, and 1 do not suppose there is one of us — ] speak “for myself, as 1 am sure you will speak for yourselves — who did not “ feel when that exposition of our foreign relations had been concluded “that we realised in a much more intimate and comprehensive sense “than we had ever done before the international position and its bear. “ings upon the problems of Governement in the different parts of the “Empire itself. So, again, our discussions conducted also and neces- “sarily under the same veil of confidence in regard to co-operation for “ naval and military purposes have resulted, I think, in a most satisfac- “tory agreement which, while it recognises our common obligations, at “the same time aknowledges with equal clearness that those obligations “ must be performed in the different parts of the Empire in accordance “with the requirements of local opinion and local need and local ctr- “cumstonces. Those, gentlemen, are matters as to which we cannot “take the world into our confidence; we cannot even take our own fel- “low subjects and our own fellow citizens into our confidence in the “ full sense of the term, buf we, who have gone into it with the frankness “which such confidential discussions admit of, will agree that, even if “ the Conference had done no more than that, it would have been a land “ mark in the development of what 1 may call our Imperial constitu- “ tional history” (p. 440).
M. Laurier se dérobe à la discussion— Dissolution du parlement
M. Laurier et ses collègues reviennent immédiatement au Canada. Le parlement reprend ses séances le 18 juillet, Dès le lendemain, M. MONK interpelle le ministère et demande la production du Rapport de la Conférence. Sir Wilfrid LAURIER réplique qu'il est sous presse (1). A quelques minules de là, M. BORDEN exhibe un exemplaire du “précis” des délibérations de la Conférence et prouve au premier ministre que ce docuee a été produit au parlement britannique entre le 20 et le 30 juin. M.
urier se tire d'affaire en disant que “ ce n’est pas un compte rendu complet des délibérations ” (10131). Le lendemain, 20 juillet, M. MONK revient à la charge et demande au ministère “quand aura lieu le dépôt” du “précis ” ou du rapport complet. M. Laurier réplique que le compte rendu sommaire ne “ satisferaît pas complètement ” Je député de Jacques-Cartier. Il produira bientôt le rapport complet (10224). Le 25 juillet, M. Monk, ne voyant rien venir — ni rapport sommaire ni compte rendu complet — se décide à saisir la Chambre de la question. Il commente brièvement les déclarations de M. Asquith, relatives aux délibérations du Comité de la Défense Impérisle, telles que résumées dans le Précis. Il cite les commentaires de queiques journaux ministériels sur ce qui a transpiré des arrangements conclus au sujet de la défense navale de l'Empire. Il propose une motion de censure :
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(1) Débats de la Chambre des Communes, 1910-11 (version française) Col, 191280
“Cette Chambre croit qu'on aurait déjà dû soum “un compte rendu complet des délibérations de 1a “de 1911” (10553-10561).
M. Laurier riposte avec que'que vivacité.
Il est évidemment Piqué du soupçon de dissimulation qui plane sur Jui, 1] déclare catégoriquee cette Conférence sera ements représentés à cette réunion ”, I} néglige de
bérations relatives à Ja
colonial la responsabilité du retard ” (10562). M. Monk lui demande si] Il avoue que non 5 Mais il promet
du Times du 15 juillet, annonçant que le compte rendu Complet des délibérations a éié publié la veille (10567). Le premier ministre affirme qu'il ne }’
A pas encore reçu (10571) — onze jours après qu'il a été distribué à Londres, Le 27, le premier ministre se
Il annonce que “ cinquante exemplaires sont en sur l’ordre de Ja Chambre,
rte correspondance échangée avec Je mini des Colonies (1) afin d'obtenir Ja p
ermission de publier les «“ résolutions du Comité de la Défense ”, lesquelles ne se trouvent pas dans le rapport (1079234). Le 28, à onze heures de l'a
vant-midi, 51 dépose “les résolutions adoptées par Je Comité de Défense ” (10926). A onze heures du
soir, le même jour, la Chambre s’ajourne au lendemain, comme à l'ordi naire, Le lendemain, le parlement est prorogé et dissous, et le Pays précipité dans la fourmente électorale, avant que les députés aient eu Je temps de lire lé compte rendu des délibérations de la Conférence et le bref rapport des décisions prises au Comité de la Défense,
Or, le 20 juillet, M. Laurier avait déclaré: “ Je désire autant que toute “autre personne que la Chambre discute ma conduite ” à la Conf. RE “Ce sera pour moi un véritable Plaisir d’être en post “ ligne de conduite. +. C’est avec plaisir que je discuterai cette question “avec lui [M. Monk] lorsque
On voit de quelle manière M, Laurier entendait prendre son plaisir et laisser “ discuter sa ligne de conduite
Zones navales —-‘‘Bloated Colonials”
Que contenait le rapport des délibérations de Pmperial Defence Committee? Fort peu de choses; ou plutôt, une indication très incomplète des décisions prises, sans aucune trace de la discussion (2). Ce
port se divise en deux parties : la première détermine da dase de lorgani-
(1) Sessional Papers 208a et 208b, 1911.
(2) “Papers laid before the Imperial Conference: Naval and Military 5746-2, Les élations (] ites et traduit de la page est indi é après chaque citation. Ces pièces
Î Papers > Pétat-major et au
ettre au parlement Conférence Impériale
itaire, 11 rejette sur les “ fonctionnaires du bureau
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sation et le rôle des flottes canadienne et australienne, La seconde renferme les dispositions prises Pour assurer la coopération des armées de terre et l'organisation des étais-majors,
Afin de rassurer les susceptibilités coloniales, on commence par stipuler que “ les flottes (naval services) et les forces navales du Canada et de l'Australie seront sous l'autorité exclusive de leurs gouvernements respectifs ” (Art, I, p. 1).
Les esprits superficiels et légers, qui forment leur jugement d'après les titres et les premiers mots, se sont accrochés à cette magaifique proclamation de l'autonomie coloniale. Les politiciens et les journalisies libéraux du Québec, intéressés à fortifier cette impression, ont pris prétexte de cette stipulation trompeuse pour exalter le triomphe de M. Laurier sur les entreprises impérialistes. Ils ont négligé, les uns par ignorance ou défaut de réflexion, les autres à dessein, de lire et de comprendre la série des dispositifs qui émasculent l'autorité des colonies sur leurs flottes, au point de la rendre absolument illusoire en temps de guerre.
L'article 2 stipule que “la formation et la discipline des forces na- “ vales des Dominions seront généralement conformes à la formation et “ à la discipline de la flotte du Royaume-Uni ; et, par arrangement, les “officiers et les marins de ces forces seront échangeables avec ceux qui “ sont sous l'autorité de l'Amirauté anglaise.”
L'article 4 délimite les bornes des stations navales des deux colonies.
“5.—Au cas où le gouvernement du Canada ou velui de l’Australie “désireraient envoyer des vaisseau:: dans toùte parlie de l’Empire bri- “tannique en dehors de leurs stations respectives, ils devront en avertir “l’Amirauté britannique.”
“7.—Lorsque les vaisseaux des Dominions mouïillent à un port étran- “ ger, l'officier commandant fait rapport de leurs mouvements au com- “ mandant en chef [britannique] de la station ou à l’Amirauté britanni- “que. Aussi longtemps que l'officier commandant le vaisseau d’un Do- “ minion fait escale dans un port étranger, il obéit à toutes les instruc-
“tions qu’il peut recevoir du gouvernement du Royaume-Uni relative- “ ment à l’attitude qu’il doit prendre dans toute situation internationale “ qui peut se présenter, — le Souvernement du Dominion en étant infor- “mé (being informed).
“8—Lorsque l'officier commandant le vaisseau d’un Dominion est “obligé de mouiller dans un port éiranger, à cause d'une tempête, d'une “ avarie ou d'une nécessité imprévue, sans qu'aucun arrangement préala- “ble ait été fait, 51 fait rapport au commandant en chef de la station ou à
“ l’Amirauté de son arrivée et des motifs [qui l'ont forcé de faire escale];
“et aussi longtemps qu’il stationnera dans ce port étranger, il obéira à “toute instruction qu'il recevra du Souvernement du Royaume-Uni tou- “ chant ses relations avec les autorités [du Pays] — le gouvernement du “Dominion en étant informé.
“16.—En temps de guerre, lorsque “ mis leur flotte ou toute partie de cette
on s'en souvient, s'y : il tenait les autorités britanniques respon- C'est dans ce même » Ont prétendu trouver la preuve la
Ils en ont fait honneur à l’habileté énergique déployée par M. Laurier à la Conférence,
pour défendre les droits et les intérêts du Canada, Voici ce qu’en pensait le correspondant particulier de la Presse, à Londres, au moment même où le marché se bâclait, Cdui qui a tracé ces lignes était bien placé pour contrôler ses renseignements et ses déductions :
“Is [les ministres anglais] prêchent donc l'autonomie des colonies, “admirable principe qui fait pâmer d'aise toutes les colonies. Tout le “ monde crie bravo, nous en sommes, nous voulons être maitres chez nous, “etc. La Conférence se trouvant d'accord sur ce principe, ces bons far-
à E PARTIE DE L'ATLANTIme cela, disent-ils, le principe de l’au-
“pretique ; nous allons nous reti
Pourraient se “plaindre, et encore, PEUT-ETRE NE S'APERCEVRONT.ILS PAS TOUT
FAIT. Ces bons
cette opinion ; elle marque à merveille l'emprise des
qu’ils mettent à cacher leurs desseins et à faire croire aux “beastly colonials” qu’en se chargeant à dos, au profit de l'Angleterre, ils se rendent service à euxmêmes et accroissent la somme de leurs libertés,
I n’y a pas licu de reprendre ici Ja discussion sur l'autorité que le 8ouvernement aurait exercée, flotte soi-disant Canadienne, Quoi qu’on puisse dire de la théorie constitutionnelle, Ja suite des événements a démontré qu’ la pensée exprimée par M, Fielding se serait
ée, le texte même de l’arrangement es collègues aurait supprimé, jus-
(1) Voir pages 60 à 62.
) Presse du 16 Juin 1911, Ce
@ Ssagc est reproduit dans ma brochure Le Conférence impériale et le rôle de M. Laur er, page 60.
“rats
nn rs ea a adam ane sé M LUS RE Sagan seau ra sans
DEP ARTERES UNERETN TERRE
cas de guerre, la conjonction des forces navales de l'Australie et du Canada, à l'avantage de l'Angleterre et sous l'aulorité exclusive de l'Anirauté britannique.
États-maÿjors et armées de l'Empire
L'application du même principe aux forces de terre fait l'objet de la deuxième partie du rapport du Comité. La discussion s'est faite le 14 et le 17 juin. Le Canada était représenté par sir Frederick BORDEN, ministre de la Milice, par le général MACKENZIE, chef de l'état-major canadien, et le colonel Sam HUGHES, aujourd'hui ministre de la milice dans le cabinet Borden,
Tous les membres du Comité sont tombés d'accord pour ratifier l’adhésion donnée par la Conférence de 1909 à ja proposition alors émise par le &énéral Nichoïson : “Chaque pays de l'Empire consent à faire ses préparatifs [militaires] d'après une méthode qui lui permettra, s’il le désire, de prendre sa part de la défense générale de l'Empire ” (p. 3 et 4). Tout le reste n'est que l'application de ce principe général,
Le chef de l'état-major impérial, sir William NICHOLSON, présente un très bref rapport des Progrès accomplis en Angleterre. L'état-major impérial a pris pour modèle le grand état-major allemand. Par l’entremise du Colonial Office, il a continué les pourparlers avec les gouvernements des colonies autonomes afin d'assurer l'application de ce système aux colonies, Des arrangements ont été faits afin de permettre un échange régulier entre les officiers supérieurs des divers pays de l’Empire, “Le Canada et la Nouvelle Zélande ont acce sitions ” de l'état-major impérial (p. 4).
Les représentants du Canada font rapport du travail accompli. Leur état-major est constitué (p. 4 et 5). De nombreux échanges d'officiers ont déjà eu lieu, entre l'Angleterre, le Canada et l'Inde (p. 15 et 16).
Les programmes d'études et d'examens pour les grades supérieurs et pour les services des états-majors canadien et impérial ont été arrêtés conformément aux instructions de l'état-major impérial. Ils ont été mis en vigueur depuis le mois de décembre 1909 (p. 7, 8 et 9).
la nature des relations entre l'état-major impérial et les êtats-majors des colonies (p. 7).
théâtre de toute guerre impériale.) Cet officier est toujours à la disposition des gouvernements des colonies (p. 11, 12 et 13).
Les arrangements conclus précédemment pour permettre aux officiers des colonies de suivre les cours de l’école d'état-major de Camberley sont maintenus. La seule modification apportée à ces arrangements, c'est que les colonies devront verser une contribution plus élevée: £200 par année, pour chaque élève (p. 14).
La machine impérialiste, on le voit, a : ctionné, En fait, on peut affirmer que tous les détails du mécan ne necessaire pour assurer la prompte coopération de toutes les armées de l'Empire sur n'importe quel point du globe ont été définitivement arrêtés dans ces séances secrètes du Comité de la Défense Impériale, Tout était prêt pour la prochaine guerre — sauf l'intelligence et la compétence technique des officiers supérieurs de l’armée britannique, à qui cependant les gouvernants des colonies devaient confier le sort de leurs armées. On a fait grand état du défaut de préparation de l'Angleterre et des et de “l'étonnante rapidité” avec laquelle elles ont paré une fois la guerre déclarée. On a prétendu y voir la preu terre ne prévoyait Pas et ne voulait pas la guerre. La vérité, c'est que la plupart des chefs de l’armée anglaise et des hommes d'Etat britanniques prévoyaient la guerre et que plusieurs la souhaitaient, dès l'affaire
à guérir les vices rédhibitoires de l’armée britannique: le snobisme et l'ignorance des officiers, le défaut d'entrainement des soldats pour les grandes guerres, et la répugnance grandissante du peuple anglais à se laisser imposer le joug du service militaire,
Mais, du point de vue où je me place en ce moment, je c-2is avoir démontré sans conteste possible que, dès la Conférence de 1911, le gouvernement canadien avait lâché toutes ses positions de résistance de 1902 et de 1907 et qu’il avait donné son plein consentement et son entier Concours à toutes les mesures prises pour assurer la participation active du Canada à toute guerre que l'Angleterre jugerait à propos d'’entreprendre sur un point quelconque du globe. L'oeuvre de Cartier et de Macdonald était démolie à fond. La révolution impérialiste était consommée. Il ne restait plus qu’à attendre l'événement qui en ferait mesurer toute l’étendue et les conséquences désastreuses pour le Canada.
L'agitation créée autour de la question navale a fait perdre de vue les progrès de l’idée impérialiste en tout ce qui touche aux armées de terre; et le secret dont les délégués canadiens se sont si prudemment
entourés à Londres a singulièrement favorisé les desseins des maîtres de l’Empire,
Élections de 1911— Marine et Réciprocité - Victoire ‘‘autonomiste’’
Dès le retour des ministres, la bataille électorale s'engagea. Dans la plupart des circonscriptions anglai- - elle se fit surtout autour du
nier ue
traité de réciprocité. Là où dominait Je le principel objet de discussion. Dans c oppositionnistes, canadiens-français pour
nettement contre la politique navale des deux partis et prirent l'enga-
» Conservateur ou libéral, qui refuserait de proposer l'abrogation de la loi navale et de soumettre au peuple toute mesure comportant une contribution à la défense de l'Empire (1).
Tout dévoués qu'ils étaient à l'Empire, les chefs du parti tory ne voulaient pas perdre l'avantage de cette situation complexe, Ils donnérent ou firent donner instruction à tous leurs partisans d'appuyer les candidats autonomistes. Dans la région de Québec, les conservateurs se mirent aux ordres de M. Armand LAVERGNE et lui confièrent la direction de la lutte, M, Lavergne se plaça carré tionaliste, ce qui valut aux candidats “ autonomistes ” marqués qu'en toute autre partie de la province. Null sache, un candidat officiel du parti conservateur ne du tiers larron entre un candidat libéral et un cand $ Les bailleurs de fonds du parti tory poussèrent même l'abnégation jusqu’à fournir d’abondantes munitions de guerre à tou çaient la “ loi scélérate ”
tory (2). M. BORDEN Mi-même prit grand soin d'éliminer de
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seul paragraphe de ce volumineux document touche à la question navale et se borne à condamner l'attitude du ministèr
“ Depuis les dernières élections générales, “ une politique toute nouvelle au sujet de la “aucune importance immédiate, La politiqu “ mise au peuple pendant cette élection, e “ programme qui n’a pas été réfléchi et d’ “ de précipitation. D'après moi, il est ; “ voir convenablement et efficacement e
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“l'Empire, Cette marine coûtera a “ maintenir, des sommes énormes.
“ probablement le sacrifice inutile de “ joutera pas un iota à la force armée “ plus il devient évident que tout le pl “une malheureuse étourderie ” (3)
possibilité, 4 ecteu voté 91e - à ts Le rs on en » Pour candidats libéraux, cause du traité de réciprocité qu'ils a tout en condamnant la loi navale. de ogressment, un gs = ru Ce y féraient » rene gt ge À ee opposition, où qui condamnaien es deux, ont appuyé les ca conservateurs parer qu'ils ne voyalent d'autre moyen d'empêcher la ratification du traité, (2) J'ai fait le récit de ces péri et de ces évolutions savantes dans une série à mg À jntituide “Le Nationalisme et les Pertis” et publiés dans le Devoir, du 14 mal au 6 juin
D Este est emprunté à la piètre traduction publiée dans l'Evénoment de bée, le 16 noût 1911, ess gd
EN
Si l'on rattache cette brève expression d'opinion aux paroles proavancées par M. Borden, le 24 novembre 1910, et à son adhésion à la motion de M. Monk ‘en amendement à l'Adresse ", on ne peut arriver qu'à une conclusion: le parti conservateur tout entier a pris, aux dernières élections générales, le double et formel engagement de faire abroger la loi navale et de soumettre au peuple toute mesure dont l'objet ou la conséquence serait d’entrainer le Canada dans la participation à la défense générale de l'Empire.
Ce fut, du reste, l'attitude du ministère conservateur au lendemain de son écrasante victoire. La seule entrée de M. Monk, de M. Nantel et de M. Pelletier dans le Cabinet, en dépit des sourdes menées des conservateurs orthodoxes et du clan impérialiste, suffisait à marquer les intentions du nouveau premier ministre, M. NANTEL n'avait pas cessé un instant, depuis le banquet de Lachine, d'appuyer M. Monk :t de dénoncer toute forme de contribution à la défense impériale, M. PELLETIER, il est vrai, n'avait pris aucune part à l'agitation nationaliste de 1910. Mais à l'élection générale, il avait Proprement renié le parti conserva-
teur officiel. 11 s'était porté candidat comme “disciple d'Armand Lavergne”.
Attitude du nouveau ministère - Le ‘‘péril allemand’ ajourné
Le parlement se réunit le 15 novembre 1911.
Dans son discours sur l'Adresse, le premier ministre, M. BORDEN, cite le passage de son manifeste électoral que l'on vient de lire. 11 réitère sa COf. “nation de la politique inaugurée par son prédécesseur; et il ajoute ;
“ Il ne nous reste pas d'autre alternative que de mettre fin au gas- “ pillage systématique ” — c’est la politique navale qu’il désigne ainsi — “et c’est ce que nous entendons faire, De Plus, il faudra revenir sur le “ projet tout entier; nous n'y manquerons point, En une affaire aussi “importante et aussi grave, dont les effets se feront à jamais sentir sur “ nos relations avec le reste de l'Empire, mieux vaut bien choisir sa voie “ qu'agir avec précipitation. La Permanence de la coopération entre le “ Canada et le reste de l'Empire est une question qui doit être discutée “ devant le peuple et sur laquelle celui-ci doit avoir l'occasion de pou- “ voir se prononcer. Je dois ajouter que nous nous donnerons la peine, “ dans l’intervalle, de nous assurer des conditions auxquelles l’Empire “ doit faire face, et que l’on trouvera tous les députés ministériels prêts “ à faire leur devoir de représentants du peuple canadien et de citoyens “ de ce vaste Empire ” (1).
Le “ péril allemand ” est, pour l'heure, disparu de l'horizon, Du reste, M. Borden en convient, 11 pousse même la bonne grâce jusqu'à dire qu'il n’a jamais. au fond, différé d'opinion avec M. Monk.
Ces déclarations furent généralement interprétées, des deux côtés de la Chambre et dans tout le pays, comme l'abandon total de la loi navale et la promesse de consulter le peuple sur toute mesure nouvelle, Nous avons, sur ce point, un témoignage précieux : celui de l'un des
(1) Débats de la Chambre des Communes 1911-12, (version française) Col. 00 et 61.
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collègues du prentier ministre, M. Pelletier, alors ministre des Postes, aujourd'hui juge à la Cour d’Appel. M. BORDEN avait à peine repris son siège que M. Pelletier envoyait à l’Evénement et à la Patrie — l'or.
&ane officiel et la feuille de &auche du ministère dans la province de Québec — Ja dépêche suivante :
“NIGHT LETTERGRAM “ L'Evénement
“La Patrie”, Quebec. 5
Montreal.
“The Prime-Minister, in his speech on the address to-night, deciared “that the naval policy of the late government was bad, that his govern-
sider a better and more sane policy in the interest of Canada and the “Empire, AND IT WOULD BE SUBMITTED TO THE PEOPLE OF THIS “ COUNTRY.
“ Consequently, it is not Recessary lo have a plebiscite on the Lau- “ rier policy. As Mr, Pelletier put it at Lorette, we have better than the “ plebiscite, since the policy is abondoned without even the necessily of “a plebiscite, AND WE NAVE THE ASSURANCE FROM THE GOVERN.