ACTE 111, SCÈNE V
toi, marie-toi bien vite. On ne sait pas ce que c'est, vois-tu, on ne peut s'en faire une idée. Marie-toi, Hermann, marie-toi.
HERMANN
Tu m'en donnerais Tenvie.
FÉLICIEN
Dis-moi, là, sans rire, est-ce que tu y penses?
HERMANN
Mais quelquefois, quand je suis seul chez moi, le soir.
FÉLICIEN
C'est justementunsoirque j'étais seul que cela m'est venu aussi.
HERMANN
Il est une heure où l'on se sent fatigué de cette vie nomade, ;d|Èi>^ cette existence en l'air d'un garçon; une heure où l'on serait tée^^!^ aise de poser le pied quelque part, d'avoir un chez soi enfin. ^^'
FÉLICIEN
Oui, OÙ on est las de toutes ces aventures de jeunesse et de toutes ces belS|feaventmières. Tiens! tu ne saurais croire quelle différence il y a entre une femme légitime et une maîtresse. Je né parle pas de ces maîtresses de hasard, fui passent de Tun à l'autre. Non, je parle d'ime vraie maîtresse, d'une maîtresse qu'on aime, d'une femme du monde, pftr exemple, qui s'est oubliée... pour^vous. Ces liaisons-là sont, en apparence, ce qui se rapproche le plus du mariage. Eh bien ! mon bon. Ce n'est pas ça, ce n'est pas ça du tout. Imagme-toi une petite jeune fille bien modeste;, bien pure, qui n'a jamais quitté sa mère, qui rougit pour rien,, qui se troiile pour rien; enfin imagine-toi ma femme, et comparelà à ma dernière passion, à la belle < madame de Montbriand.
HERMANN
Une vieille coquette.
FÉLICIEN
Hermann, je ^us prie de respecter mes souvenirs. Madame de Montbriand était un femme aimable.
HERMANN
D'autres s'en étaient aperçus avant toi.
FÉLICIEN
Cela se peuî, mais chacun s'est cru le premier. On se croit
toujours le premier. Après cela, qu'on soit le premier ou le dernier, une maîtresse est toujours une maîtresse.
Je ne suis pas de ton avis.
FÉLICIEN
Tu as tort.
HERMÀNN, vivement.
C'est bien, (se reprenant.) Et, dls-moi, ton bonheur est doublé d'une jolie dot?
FÉLICIEN
Certes ! deux cent oHuiuante mille francs et des espérances, un vieux oncle qui a un catarrhe, trois vieilles tantes, toutes trois demoiselles et sans enfants. Enfin j'ai fait un mariage des dieux, et si tu veux, je t'offre la même chance, je m'engage à te servir auprès de ma petite belle-sœur. Elle est jolie, moins d'espiit que ma femme, mais pleine de cœur. Yeux-tu?
HERMÀNN. r
Tu es^bien bon. Je... je ne me marie pas encore.
• FÉLICIEN
Nous en recauserons. Si tu savais quelle existence je mène! Six mois à la campagne, six mois à Paris, le reste en voyage : Iqs années ont dix-huit mois pour nous. Cette terre est la propriété de ma femme. Ma belle-mère en a encore une qu'elle réserve pour sa seconde fille. Puis nous sommes liés avec tous nos voi- ^s. Nous voyons à Bellevue un sénateur, à Bièvre un conseiller d'État, à Ville-d'Avray madame Bontemps, à Meudon madame la comtesse de VerùeuiL.. i^
HERMANN
Madame la comtesse de Yerneuil? Ta feipne la cornet?
FÉLICIEN
Je la lui ai présentée. — Cela f étonne? ^
HÇRMANN.
Mais non, il n'y a rien oue de très-naturel là-(|edans.
FÉLICIEN
Je sais tout ce qu'on peut dire. Pour une jeune femme comme la mienne on ne saurait prendre trop de précautions, on devrait