ACTE I, SCÈNE IV
MADAME BLONDEAU
Si cet aveu-là doit .renouveler vos peines, je n'ai besoin de rien sa voii*, ne parlez pas.
AVÉLIE.
Tu veux dire que tu sais tout avant que j'aie parlé. Non, tu ne sais rien; du moins, tu sais ce qui me condamne et non ce qui m'excuse. — Assieds- toi là.
A côté de vous, madame?
AMÉLIE
N'es-tu pas ma meilleure, ma plus fidèle amie, celle qui remplace ma mère? Et si ma mère était là, ce n'est point assise à côté d'elle, sa main dans la qiienne, c'est à genoux que je parlerais,
MADAME BLONDEAU
Vous vous faites du mal. Ne me dites#ien, je vous en prie.
AMÉLIE
Mon mari... Tu as connu le conrte. Maître de ma fortune, une fois ma mère morte, il commença far te chasser. -Ah! funeste séparaticH^t'était ma sauvegarde et mon bon ange qui s'éloignait de moi.
MADAME BLONDEAU
Madame, madame, encore unéfois, je ne veux rien entendre. N'ensais-je point assez pour vous excuser, mon Dieu? Le comte était un monstre. Une sainte tût succombée à votre place. Puis, quel contraste! Monsieur de Courtenay, si noble, si généreux, si délicat, si plein d'honneur ! vous l'avez aimé. Eh bien ! après tout,qu'a-t-on à dire? N'êtes-vous pas veuve maintenant? n'êtesvous pas librft Vous seriez bien folle de vous tourmenter, ma foi !
AMÉLIE
Tu ne dis pas ce que tu penses. Toi si sévère, tu affectes cette morale facile pour me réconcilier avec moi même. — Ah ! je suis bien malheureuse!
MADAME BLONDEAU
Mais cela n'a pas le sens commun ; mais je ne vous comprends pas, moi; mais vous perdez l'esprit, ma pauvre enfant. D'abord vous avez Uhki ce qu'il faut pom* être heureuse : indépendante, une grande fortune, et un cœur dévoué (je ne parle pas du
mien)^ un cœur qui vous adore. Pourquoi prendre plaisii* à se désoler ? Une chose qui m'étonne, — me permettez-vous de le dire?— c'est que vous n'épousiez point monsieur Hermann.
AMÉLIE
Il ne veut pas.
MADAME BLONDEAU
11 ne veut pas?
AMÉLIE
Ah ! tu ne te figui^ pas ce que c'est que d'avoir donijé de telf droits sur soi à un homme! Hermann m'aime. Oh! je ne puis douter de son amour. Mais je dépends de lui, vois-tu. Dès que je fus lihre, ma première pensée fut de lui offrir ma main. Je n'écoutais que mon cœur. Hélas ! il me répondit qu'il était pauvre et que j'étais riche, et quil n'entrait pas dans ses principes de devoir sa fortune à une femme.
MADAME BLONDEAU
Mais c'est indigne, cela! Il vous a perdue, déshonorée...
AMJ^LIE, se levam^
Déshonorée! C'est t|i qui l'as dit. Voilà, peut-être le grand obstacle.
MADAME BLONDEAU
Pouvez-vous le penser?
AMÉLIE
^on, je ne veux pas arrêter mon esprit là-dessus. Hermann a une idée exagérée de l'honneur. Je suis riche, en effet, et il a le cœur si haut placé, que> d'abord, je n'eus pas le courage de obercher une autre cause à son refus. Mais depuis...
% MADAIilE BLONDEAU. ^
Eh bien?
AMÉLIE
Depuis, il a fait un héritage, je le sais. A présent il est riche, presque aussi riche que moi, et il ne me parle de rien.
MADAME BLONDEAU
Parlez-lui vous-même.
AMÉLIE
Lui en parler, Blondeau! Mais, je te le répète, je' suis dans la position la plus fausse, la plus cruelle; il a sur moi tous les droits, et sur lui je n'en ai aucun. Si je parle mariage, il peut