ACTE IV, SCÉTÎE XL
AMÉLIE, effrayée*
Hermann !
«KRMANN.
Savez-vous, que éf^is qjiinze jours, il n'est point un seul homme qui, en me parJoDft de vous, n^'ait eu le sourire aux lèvres? '»*-w. ^
AMÉLIE
Vous oubliez...
HERMANN
Savez-vous que, s'flflillattpunir tous ceux qui vous insultent, je me battrais avec tous mes amis?
AMÉLIE
Monsieur!...
HERMANN
Savez-vous enfin que je tiens à votre honneur, moi, madame, si vous en faites si bon marché ?
AMÉLIE, avec fierté,
Assez! Ah! c'est assez m'outrager, je n'en «puis supporter davantage.
(Elle se dirige vers sa cbambre.) HERMANN, la retenant.
Restez, restez ! N'avez-vous donc rien à me répondre? Il serait trop commode de se retrancher îians sa dignité blessée pour éviter toute explication. Reculer n'est pas se défendre. Madame, il faut en finir une fois, il faut qu'une fois au moins vous me parliez à casoi ouvert, et puisque je vous ai dit les doutes qui me déchirent, puisque l'opinion vous condamne, puisque je vous accuse, il faut au moins essayer de vous justifier à mes yeux !
AMÉLIE
Et comment voulez-vous que je me justifie ? Ce n'est plus ime accusation directe, positive que vous me jetez à la face, c'est une accusation universelle. Étrange amour qui ne recule devant rien et ne sait pas se respecter lui-même ! Mais si vous croyez réellement tous les mensonges qu'on vous a débités, si vous me croyez capable d'une pareille dissimulation, d'une telle impudeur, mais vous n'avez qu'une £hose à faire, Hermann, c'est de rompre avec moi, de m'abandonner et de regretter éternellement les deux
années d'amour confiant et sincère que vous avez perdues auprès de moi.
HERMANN
Amélie!..*
AMÉLIE
Ah ! j'expie cruellenjent ma faute. Vous m'apprenez ce que je dois attendre de l'avenir. Je vous ai donné le droit de m'insulter impunément. Seulement je ne croyais pas que œla viendrait si vite, je ne croyais pas que, pour moi, les regrets précéderaient le mariage.
(eUc se laisse tonAorm^ un fauteuil et pleure. ) HE R MANN, assis près d'elle et l'eutourant de ses bras.
Amélie, écoute-moi, pardonne-moi ! J'étais hors de moi-même, j'étais fou. Tout cela m^avait tourné le sang. Pourquoi faut-il que ces deux hommes soient venus tous les deux dans la même pensée? Car je ne doute pas que le prince ne t'ait fait la même injure, je veux dire le même aveu. Pardonne ! aimerais-tu mieux que je gardasse tous ces doutes dans mon cœur ? Vaudrait-il njieux te tromper, feindre une tranquillité que je ne puis avoir, sourire quand des larmes de rage i^ie montent aux yeux?JPrè8 de qui souffrirai-je si ce n'est près de toi ? Qui me calnfewi si ce n'est toi? Quelle autre voix que la tienne peut me rassurer? Aie pitié de ma faiblesse* Que veux-tu ? je suis fait ainsi. Ce que je te demande est-il si difficile? Va, je n'aurai pas de peine à te croire. Deux mots de ta bouche seront plus puissants que toutes leurs calomnies.
AMÉLIE
Leurs calomnies ! Mon Dieu ! n'en devinez-vous point la source ? Pourquoi monsieur de Thérigny se déchaîne-t-il partout contre moi? c'est que monsieur de Thérigny se croyait iiTésistible. Demain, monsieur Legrand dira du mal de moi; s'il ne l'ose à vous, ce sera à d'autres. Quant à lord Nelvil.»»
HERMANN^ se levant vivement, dit à part.
Sa main a tremblé dans la mienne !
AMÉLIE
Qu'avez-vous?
HERMANN
Tenez, Amélie, soyez franthe avec moi. J'ai déjà remarqué plusieurs fois votre émotion, votre.troubie, lorsqu'on prononce ce