‹ Que faut-il entendre par hystérie?Chapitre 16 sur 29 · AR · texte numérisé non relu

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sements âcres et brülants, des douleurs gravidiques à la tête et au col et enfin de la suffocation. Mais quelquefois. le blanc des yeux se renverse, la face devient livide comme dans une attaque d'épilepsie..., il y a de la cardialgie, de l’orthopnée et du refroidissement des jambes. à

Si la matrice n’abandonne pas les hypocondres, la tête et la

langue s'engourdissent, les dents se serrent, la face devient

livide et l'on ne peut faire cesser les accidents qu’en la détachant du foie auquel elle adhère, en la poussant en bas avec la main. »

Nous avons tenu à citer ce passage parce qu'il est caractéristique. Pendant des siècles cette conception d'Hippocrate fut toute puissante. Tous cependant ne la partagèrent pas. Galien, au IT° siècle de notre ère, s’en montra l'adversaire acharné et

démontra que l’utérus ne pouvait pas se déplacer comme le prétendait Hippocrate. Il expliqua les troubles hystériques, par la rétention séminale.

Le Moyen-Age n’ajouta absolument rien à la conception utérine de l’hystérie. Les uns optèrent pour la conception de Galien, d’autres pour celle d'Hippocrate. Toutes les épidémies de convulsions, les stigmates, etc., furent mis sur le compte de la sorcellerie et du diable, et plus d’une malheureuse hystérique

fut sans doute brûlée pour avoir présenté de l’anesthésie par

exemple. Ce.ne fut que plus tard que les médecins reconnurent les relations de ces épidémies avec l’hystérie.

Il nous faut arriver jusqu'au XVIT® siècle pour trouver une nouvelle théorie de l’hystérie. Le Pois, médecin à Pont-à-Mousson, rejette, en effet, l’ancienne conception utérine et fait de l’hystérie une maladie cérébrale, due à une sérosité sécrétée par le cerveau. Il admet une hystérie masculine, une hystérie infantile et une hystérie des vieillards. Pour lui l’hystérie ne consiste pas simplement dans l'attaque, car nous le voyons décrire une anesthésie cutanée, une surdité et une cécité hystériques, per-

sistant en dehors des crises.

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Le Pois eut un successeur en Willis (1667), qui adopta complètement ses idées et les développa. En dehors des symptômes constatés par Le Pois en dehors des crises, il attacha une grand: importance aux troubles gastriques.

Avec Sydenham (1680) cette conception s’accrédite de plus en plus. Il fait de l’hystérie une maladie chronique pouvant se manifester dans les deux sexes, quoique plus spécialement chez les femmes. Elle est capable de simuler n'importe quelle ma- : Jadie dans n'importe quel organe. C’est lui qui écrit: &« Quand j'ai bien examiné une malade, et que je ne trouve en elle, rien qui se rapporte aux maladies connues, je regarde l'affection dont elle est prise comme une hystérie ».

Toutefois la théorie utérine n’a pas dit son dernier mot. Hoffmann, en 1730, la remet un moment en honneur, mais elle esc combattue par Raulin (1758). Elle reparait au XIX® siècle avec Louyer-Villermay. Celui-ci fait de l’hystérie une névrose à point de départ utérin. I dit: & Si l’on cherche à connaître quel est le siège de cette maladie et quels dérangements des organes de la femme produisent les phénomènes de l’hystérie, on est bientôt convaincu que l’utérus est le siège de cette névrose ».

. En 1845, l’Académie de Médecine institua un concours sur l’hystérie qui montra combien on était peu fixé sur cette affection. Le prix fut, en effet, décerné à Brachet, de Lyon, qui

soutenait la théorie cérébrale et à Landouzy, de Reims, qui.

soutenait la théorie utérine.

Il nous faut arriver jusqu'à Briquet (1859) pour voir enfin triompher la théorie cérébrale de l’hystérie. Se basant sur d2 nombreuses observations Briquet démontre que l’hystérie est due à un trouble dynamique fonctionnel des centres cérébraux, mais ayant sa répercussion sur tout l’organisme. & L’hystérie, dit-il, est une névrose de l’encéphale dont les phénomènes apparents consistent principalement dans la perturbation des actes vitaux qui servent à la manifestation des sensations affectives

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et des passions (1). » Il divise les manifestations hystériques en huit classes : les hyperesthésies ; les anesthésies ; les perversions de la sensibilité; les spasmes ; les attaques de spasmes, de convulsions, de catalepsie, de somnambulisme, d’extase, de coma, de léthargie, de syncope; les paralysies; les perversions de la contractilité; les modifications d’exhalation et de sécrétion.

Lorsque Charcot prit son service à la Salpétrière, en 1862, une nouvelle phase commença pour l’hystérie. Tous les travaux de ses devancièrs furent minutieusement fevus et étudiés. On ne se borna plus à étudier ( la crise », mais les malades furent minutieusement observées dans l'intervalle des crises. Et c’est ainsi que l’on s’aperçut du caractère permanent de certains symptômes. Avec Charcot et son école l’hystérie devint ( une maladie mentale à stigmates physiques ».

Ainsi donc pour Charcot l'hystérie se révélait d’une part par des symptômes fonctionnels accidentels (les crises), d’autre part par des symptômes relativement stables et permanents (les stigmates). On connaît les quatre périodes devenues classiques de la grande crise de la Salpêtrière. Les stigmates recherché; par Charcot étaient tout d’abord les anesthésiés, surtout l’hémianesthésie sensitivo-sensorielle, le rétrécissement du champ visuel, la dyschromatopsie, l’amaurose, les fameux points ovariens. Venaient ensuite les contractures, les paralysies. Charcot fit ressortir aussi l’état mental si spécial des hystériques. Il vit dans cet état mental et psychique la cause de presque tous les accidents hystériques. Ses élèves devaient reprendre et dévelop-

per plus tard cette idée.

(1) Briquet. Traité clinique et thérapeutique de l’hystérie 1859, p. 9.

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