‹ Que faut-il entendre par hystérie?Chapitre 21 sur 29 · L'HYSTERIE D'APRES BABINSKI · texte numérisé non relu

L'HYSTERIE D'APRES BABINSKI

Elève de Charcot, Babinski fut pendant de longues années le défenseur de la conception de la Salpêtrière. Comme beau- . coup d’autres il admettait que la grande névrose avait des stigmates fixes qui pouvaient se retrouver en dehors des crises. Lorsque Bernheim vint soutenir que l’hystérie ne réside que dans les crises et que tous les stigmates étaient le produit de l'auto ou de l’hétéro-suggestion, Babinski fut un de ceux qui s’élevèrent le plus fortement contre l’école de Nancy. L’exemple de Nancy ne devait pas rester sans effet sur la Salpêtrière. Quelques années s'étaient à peine écoulées que Babinski à son tour nous révélait l'influence de la suggestion sur la genèse des accidents hystériques. Malheureusement, il en fut à Paris, comme à Nancy avec Bernheim, et la réaction fut excessive. Après avoir reconnu l'existence des stigmates chez tous les hystériques, Babinski ne les trouva plus nulle part. Quand ils existent c’est qu’ils ont été créés artificiellement. Pour M. Babinski le champ de l’hystérie a été beaucoup trop exagéré. Cette extension tient à trois causes principales. (Voir: Démembrement de l’hystérie traditionnelle, Semaine médicale du 6 janvier 1909).

1° On a commis des erreurs de diagnostic en considérant comme hystériques des affections organiques.

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2° On à méconnu l'importance de la supercherie et faut: d'une surveillance suffisante on a rattaché à l’hystérie des phé: nomènes qui relevaient de la simulation.

3° On a confondu des états nerveux qui doivent être distingués les uns des autres. Ces états nerveux peuvent être de trois sortes. |

a) Ils peuvent être pithiatiques, c’est-à-dire capables d’être reproduits par suggestion et guéris par persuasion: b) Ou bien ils sont purement émotifs; c) Ou enfin ce sont des phénomènes réflexes. ” ei

Voyons d'un peu plus près, chacune de ces raisons, et tout d'abord la première, Il est bien certain, que très souvent on a pris pour des manifestations hystériques, des symptômes de lésions organiques. Il est fort probable, qu'un certain nombre des hémiplégies décrites comme hystériques, étaient dues en réal'té, à des hémorragies, ou à des zones de ramollissement méconnues. Il y a des cas, qui ressemblent à s’y méprendre à de l’hystérie, et qui pourtant n’en sont pas. Une hémiplégie peut s'installer brusquement, à la suite d’une émotion, chez un sujet jeune, d’ailleurs ni syphilitique, ni cardiaque. Quelquefois même, il peut arriver qu'il coexiste de l’hémianesthésie, et du rétrécissement du champ visuel. Ces symptômes ne sont pas suffisants, pour porter le diagnostic d'hystérie. On oublie trop souvent, en face d’un nerveux, que pas plus que les autres personnes, il n’est indemne des affections organiques. J'irai même plus loin, et je dirai qu’il y a chez les nerveux, un ensemble de circonstances, favorisant étrangement les lésions organiques les plus diverses.

En particulier, il existe chez eux, des oscillations continuelles de la tension sanguine. Il est fort probable que ces changements si brusques de la pression sanguine, doivent quelquefois être la cause d’hémorragies, soit cérébrales, soit spinales. Maïs je crois que dans tous les cas, il est en général possible, par un examen:

complet et attentif, non seulement de l'état physique, mais encore, de l’état mental du malade, d'éviter d'aussi grossières erreurs. M. Babinski prétend aussi, que les stigmates de l’hystérie, n'existent pas chez les sujets vierges de tout examen médical. Quand ils existent, c’est qu’ils ont été provoqués par suggestion inconsciente durant l’interrogatoire. Il nous dit que sur cent malades qu’il a observés, il n’a plus trouvé une seule fois, les stigmates qu’il constatait autrefois avec tant de facilité, chez toutes les hystériques de la Salpétrière. On ne peut vraiment s'empêcher de se demander, si maintenant M. Babinski ne fait pas sans s’en douter, de la suggestion négative comme il faisait autrefois de la suggestion positive. Sa façon d'interroger les malades, n'exclut pas la suggestion. Pour ma part, j'ai examiné des hystériques, en prenant toutes les précautions recommandées par M. Babinski, mais malgré mon désir, j’ai toujours constaté la persistance de l’anesthésie. J’ai examiné aussi ces mêmes malades à leur insu, ou en les piquant fortement à l’improviste. Dans tous les cas je n'ai obtenu aucune réaction, en piquant une région anesthésieque. Le sujet ignorait même complètement que je l'avais piqué. |

Au contraire, dès que je frôlais une région sensible, la sensation était perçue immédiatement. Il est d’ailleurs des cas, où malades et médecins, ignorent ces troubles de la sensibilité, et où l’anesthésie n'est découverte que par le plus grand des hasards, comme ce cas, par exemple, cité par Cruchet (de Bordeaux). On peut d’ailleurs, pour éviter toute suggestion inconsciente, se contenter d'observer les hystériques. Par exemple, une hystérique anesthésique des deux membres inférieurs, a une façon toute spéciale de marcher. Elle marche, comme si ses pieds étaient deux corps étrangers, -rappelant la marche d’un enfant monté sur des échasses. Quand on vit en contact un peu immédiat avec des hystériques, on est très vite frappé de leur attitude générale, et de leurs gestes. Tous leurs mouvements

«C volontaires » manquent de précision. Ils sont trainants, lourds, plus ou moins ataxiques, et dénotent bien, une anesthésie plus ou moins grande. Ce qui me semble d’ailleurs le meilleur argument contre l'hypothèse de la suggestion, c'est que lorsqu'on veut faire disparaître ces anesthésies, on éprouve parfois, des peines infinies. [1 faut quelquefois lutter, pendant des semaines, quand ce n’est pas des mois. Souvent il arrive, qu'on ramène la sensibilité dans une partie du membre anesthésié, ou bien dans des groupes musculaires. La sensation de piqüre est alors bien perçue dans cette région et non ailleurs.

Certes si la suggestion agissait si facilement sur la sensibilité, on ne verrait pas des anesthésies de: nature manifestement hystériques, durer parfois des années en dépit de tous les traitements. On ne verrait pas non plus dans d’autres cas, ces retours partiels de la sensibilité. Je n’ai pas la prétention d'expliquer la topographie bien spéciale des anesthésies hystériques. Mais ce n’est pas une raison parce que l’on ne trouve pas l'explication d’un. phénomène, pour le nier.

Il est vrai que M. Babinski ne se borne pas à invoquer la suggestion pour expliquer l’hystérie. La simulation joue d’après lui un rôle presque aussi grand. Elle interviendrait constamment dans l’histoire de l’hystérie. Le simulateur simulerait les manifestations pithiatiques, mais il le ferait d’une façon consciente, et non d’une façon inconsciente ou subconsciente, comme le pithiatique. Je reconnais volontiers avec M. Babinski qu'il arrive très souvent que des hystériques, cherchent à se jouer de leur entourage, et en particulier, de l’entourage familial. Les moyens les plus étranges et les plus paradoxaux, ont été employés par ces malades, soit pour exciter la curiosité, soit pour se rendre intéressantes, On verra à notre observation de R. T... comment cette jeune malade, véritable hystérique d’ailleurs, était arrivée à persuader à son médecin traitant, et cela pendant des mois, qu’un grand cercle bleu qu’elle présentait autour des

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yeux était dû à son insomnie, alors qu’en réalité il était dû à de l'encre bleue. Je suis bien convaincu que M. Babinski n’aurait pas hésité une seconde à faire de cette malade une simulatrice. Nous n’en restons pas moins persuadé cependant que nous avons eu affaire à une véritable hystérique, car elle présentait tous les symptômes que nous considérons comme caractéristiques de cette affection. Avant de dire d’un hystérique que c’est un simulateur, il ne faut pas oublier l’état si spécial de la mentalité de ces pauvres malades. Souvent c’est de très bonne foi qu’ils nous racontent les histoires les plus invraisemblables. Ce qui donne à l’homme normal le sentiment du réel dans la “vie, ce qui lui permet de distinguer les fantaisies de son imagination d’avec les choses réelles, c’est précisément son corps et toutes les sensations qui y sont afférentes. Ces sensations ne sont pas simplement éveillées en nous par nos organes des sens, mais par toutes les parties de notre corps. Dès que la sensibilité interne ou périphérique est troublée d’une façon assez intense, la mentalité en subit le contre-coup immédiat et tend à perdre son pouvoir de contrôle. C’est alors que l’hystérique invente les histoires les plus bizarres et souvent les plus naïves. La grande différence avec le mensonge du vrai simulateur, c’est que ce dernier est beaucoup plus coordonné et plus logique, plus adapté aux circonstances extérieures. Le menteur ment en parfaite connaissance de cause, tandis que l’hystérique subit le plus souvent son mensonge. Il le fait sans but, et sans vouloir, en général, en retirer un bénéfice quelconque.

Nous aurons d’ailleurs l’occasion de reprendre cette question à propos de-la mythomanie de Dupré.

Arrivons enfin au pithiatisme. M. Babinski nous dit qu'en dehors des cas organiques méconnus et de la simulation, il faut encore faire des distinctions dans les troubles attribués à l’hystérie. Les uns seraient susceptibles d’être reproduits par suggestion, les autres ne le seraient pas. La caractéristique d’un phéno-

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