‹ Que faut-il entendre par hystérie?Chapitre 24 sur 29 · NOTRE CONCEPTION DEL'HYSTERIE · texte numérisé non relu

NOTRE CONCEPTION DEL'HYSTERIE

Nous avons successivement passé en revue, en les discutant, les principales théories modernes qui ont été proposées pour expliquer les phénomènes hystériques. Nous avons vu qu'actuellement deux groupes de théories sont en présence et semblent s'opposer l’une à l’autre: c’est d’une part, les théories psychologiques représentées surtout par Janet et son école; d’autre part, les théories physiques ou physiologiques représentées, en France, par Sollier. Pour nous, nous croyons que chacune de ces théories n’explique qu'un côté de la question: l’observation des faits nous a appris à voir dans l’hystérie un trouble psycho-physique. Si, d’une part, nous admettons avec Janet qu'il existe dans l’hystérie des troubles plus où moins prononcés de la personnalité, nous croyons, par contre, que la persis tance de ces troubles psychologiques a pour cause un troubl. fonctionnel, non seulement des centres cérébraux, mais encore de tout le système nerveux. Nous sommes persuadé que lorsqu'on connaîtra mieux la physiologie cérébrale on pourra -mettre en évidence pour chaque état psychologique un état cérébral correspondant. Cet état cérébral se révèlera probablement par des variations déterminées dans le pouls cérébral, dans la tension ventriculaire, dans les mouvements des lobes

Ne frontaux (voir: Ectothérapie cérébrale, par À. Bianchi, Revue Hypnotisme, août 1905), -et aussi par des variations dans le chimisme intime de la cellule cérébrale. Mais, pour le moment, nos procédés d'investigation sont beaucoup trop grossiers. En particulier notre méthode d’exploration de la sensibilité est des plus rudimentaires. Aussi, il est indispensable de prendre certaines précautions dans cet examen.

Nous avons examiné attentivement les antécédents de tous les hystériques que nous avons eu l’occasion d'observer (voir nos observations). Dans fous les cas, noûs avons trouvé que ces malades étaient, ou a) des névropathes avérés depuis leur enfance et ayant des antécédents héréditaires, ou b) des névro-

pathes acquis à la suite d’une infection générale (fièvre ty-

phoide, tuberculose, syphilis, paludisme), ou d’une intoxication,

ou d’un traumatisme. Regardons d’un peu plus près chacune

de ces deux grandes causes et esayons de voir en quoi elles peuvent prédisposer à l’hystérie.

a) On sait que le névropathe héréditaire fait partie d’une inimense famille pathologique, appelée par Feré la famille névropathique. Cette, famille ne définit pas une entité morbide, mais bien plutôt un tempérament, un mode de réaction spécial visà-vis des agents extérieurs. Ce qui nous frappe tout d’abord chez le névropathe c’est l'intensité de ses réactions émotives. Alors que chez l’homme normal ces réactions sont de courte

durée et toujours en rapport avec le degré d'intensité de l’exci-

tant extérieur, au contraire, elles sont le plus souvent hors:

de proportion avec cet excitant chez le névropathe, dont tous ses appareils semblent dans un rapport plus étroit avec son émotivité. À la suite d’une émotion un peu forte, on verra le pouls devenir petit, rapide, incomptable même. Souvent 1l y aura syncope. La respiration tantôt deviendra très rapide, tantôt très lente. Les selles seront liquides, fréquentes. L’urine

PR oT sera très abondante. Souvent les jambes fléchiront brusquement et seront parésiées ou même paralysées. L’orage émotif est en même temps un orage fonctionnel. Quelquefois cet orage émotif est déclanché par une simple pensée, par un souvenir,

par une sensation quelconque. Quand on vit au milieu de névro-

pathes on est frappé de la mobilité de leurs expressions, de leurs gestes, de leurs paroles, de leur état mental et psychique.

Le névropathe est aussi très sensible vis-à-vis des excitants. physiques. Il est très sensible aux doses les plus faibles de médicaments. La plus petite intoxication entraîne une répercussion très intense sur son système nerveux. La plus petite infection entraîne quelquefois des désordres sérieux. Une simple grippe pourra chez lui être le point de départ de certains état; dépressifs qui seront ensuite très difficiles à faire disparaître. Les infections générales comme la fièvre typhoïde, le paludisme, la tuberculose, la syphilis, laisseront presque toujours après elles des traces ineffaçables sur tout le système nerveux.

Ainsi donc un mot résume toute la famille névropathique: Instabilité. Pratiquement cette instabilité se révèle surtout par une instabilité de l'appareil cardio-vasculaire et de l'appareil

gastro-intestinal. L’appétit est très fantasque, un jour normal,

lé lendemain nul. Les selles sont irrégulières, avec périodes de diarrhée et de constipation. Le sommeil est mauvais.

Nous avons essayé de définir les grandes lignes de la famille névropathique. Mais il ne faut pas oublier que tous les degrés

peuvent s'y rencontrer depuis la simple nervosité qui n’est pour

ainsi dire pas pathologique tant elle est fréquente, jusqu'aux états les plus graves, confinant presque à la vésanie.

Il serait intéressant pour l’étiologie de l’hystérie, de connaître le substratum physique de ce tempérament névropathique. Malheureuserhent nous ne pouvons faire pour le moment: que des hypothèses. Il est curieux toutefois de constater que

la diathèse névropathique n’évolue presque jamais seule, et que l’on retrouve souvent, soit dans les antécédents personnels, soit dans les antécédents héréditaires, des signes non équivoques d’arthritisme, de rachitisme où de tuberculose. Il est probable que le névropathe héréditaire apporte en naissant une cellule dont la nutrition intime est plus ou moins troublée. La cellule nerveuse, plus sensible encore que les autres, doit être fortement touchée et sinon insuffisante, au moins plus irritable qu'une cellule normale. Il nous parait donc assez logique de supposer que l'instabilité fonctionnelle du névropathe est due à une certaine irritabilité des centres cérébraux et médullaires. Cette irritabilité aboutit à une diminution du pouvoir de contrôle que possède normalement le cerveau sur tous les organes.

b) Ce que nous avons dit pour le névropathe héréditaire peut en grande partie s'appliquer aux sujets, sans tare névropathique, mais ayant été soumis à une infection générale, comme la fièvre typhoide, ou à une intoxication, ou à ün traumatisme. Dans tous ces cas aussi la cellule nerveuse peut être touchée profondément dans son dynamisme fonctionnel et aboutit à de l’irritabilité. Le résultat en est encore une instabilité des centres nerveux et secondairement de tous les appareils. II est vrai que cette instabilité acquise est bien moins profonde que l'instabilité, héréditaire. Naturellement le névropathe né pourra aussi faire de l’infection ou de l’intoxication et nou: avons alors affaire aux cas les plus graves.

Ainsi donc le terrain spécial que nous croyons foujours être à la base de l’hystérie se manifeste par ce que l’on a appelé de la & faiblesse irritable » des centres nerveux directeurs, se traduisant par une diminution du contrôle et du frein cérébral et par une exagération de l’émotivité. Il est très probable de supposer que l'irrigation des divers centres cérébraux doit varier

d’une minute à l’autre, modifiant parallèlement le pouvoir fonc- tionnel correspondant. É

Toutefois tant que cet état de choses. persiste, le névropathe, tant héréditaire qu'acquis, n’est qu’un prédisposé. Il jouit d’un contrôle relatif. Pour qu'il devienne un hystérique, il faut l'intervention d'un autre facteur et celui-ci c'est l'émotion. II n'est d’ailleurs pas nécessaire que cetté émotion soit particulièrement violente. Souvent même elle passe inaperçue à l’en-tourage. Comment agit cette émotion? Ici encore nous en sommes réduits à faire des hypothèses. Nous croyons qu’il se passe pour la cellule nerveuse quelque chose d’analogue à ce qui s: -passe pour la cellule hépatique dans l’ictère émotif. On pourrait aussi parler de ( syncope », & d’inhibition » ou de & choc » cellulaire.

Toutes ces expressions ne font que traduire les troubles de l'irrigation de la cellule cérébrale. Quoi qu'il en soit à partir de ce moment, cette cellule semble entrer dans un état de vie latente, on pourrait presque dire d’hibernation. Il est probable aussi que les neurones subissent de ce fait des modifications dans leurs contacts. L'influx nerveux parti de la zone corticale se trouve considérablement diminué. De même les impressions périphériques sont très mal perçues. Il pourra même arriver que tout un groupe ou un système de sensations ne soient plus perçus du tout. Le sujet peut alors arriver à ne plus avoir conscience de tout un membre par exemple, où un viscère, où même de tout son corps. À partir de ce moment ses relations avec le monde extérieur sont complètement faussées, car son point de repère habituel, son corps, n’est plus stable. Nous sa- ‘vons que ce que nous appelons notre & #01 » a pour fondement l'ensemble des impressions qui partent à tout instant de nos téguments, de nos muqueuses, de nos viscères. Si ces impressions périphériques sont supprimées ou diminuées, il s'ensuit toutes sortes de troubles dans le « moi » psychologique. Nous

ne croyons pas toutefois que les impressions parties d’un otgane ou d’un viscère puissent arriver à disparaître complètement. Il en est comme des sons qui au-dessous de seize vibrations par seconde ne sont plus perçus par notre oreille et qui cependant n’en existent pas moins. Ainsi les sensations élémentaires peuvent très bien ne plus arriver jusqu'à notre conscience, rester ( apersonnelles » suivant le langage de Janet et cependant n’en exister pas moins. Quand la sensibilité redevient normale la conscience retrouve ce stock d’expériences qu’elle ignorait et dont elle se servait pourtant sans le savoir.

En résumé, nous trouvons donc à la base de l'hystérie un terrain névropathique Spécial. Ce terrain ou bien est le résultat. de l’hérédité ou bien est acquis, consécutif le plus souvent à une infection générale, à une intoxication, à un traumatisme. Ce terrain prépare en quelque sorte le lit de l'hystérie. Il le fait en produisant cette irritabilité des centres nerveux, en les rendani plus instables. Mais il faut in second facteur pour déterminer l'hystérie et celui-ci c'est l'émotion. |

Voici donc l’hystérie constituée. Par quels symptômes va-telle se révéler ? Quelquefois le début est brusque, soudain, sans incubation. Brusquement, après une émotion un sujet prédispos aura une crise plus ou moins violente et qui pourra présenter telle ou telle forme suivant le tempérament du sujet. Tantôt elle sera purement motrice avec toutes sortes de mouvements incoordonnés, Ces mouvements débutent le plus souvent par les membres supérieurs et de là s'étendent à tout le corps et à la face. Le sujet pourra présenter les poses les plus étranges et les plus inattendues. Souvent après une minute ou deux, il se roule par terre en criant.s D’autres fois la crise est à forme sensorielle (visuelle ou auditive). Le sujet voit des êtres imaginaires qui lui parlent. La crise peut prendre enfin la forme psychique. Le sujet est alors en proie à des paniques folles et tremble de tous ses membres. Le plus souvent la crise est à la

fois motrice, sensorielle et psychique. Après sa crise le sujet se sent complètement brisé et il s'endort d’un profond sommeil sans se souvenir au réveil de ce qui s'est passé. A partir de ce moment il entre dans la véritable phase de sa maladie.

Il ne faut pas croire toutefois que l’hystérie débute toujours d’une façon aussi bruyante. Souvent le début est insidieux et ia maladie évolue sournoisement pendant des années. On a affaire alors le plus souvent à des malades qui présentent une entérite tenace, résistant à tous les traitements. En même temps on constate un grand changement dans le caractère qui devient facilement irritable. Le sommeil devient de plus en plus mauvais. Lentement le mal s’installe et aboutit progressivement à l’endormissement et à l’hypofonctionnement des centres cérébraux fonctionnels. :

Le malade présente alors un ensemble de symptômes qui nous paraissent caractéristiques. On peut les diviser en symptômes physiques fonctionnels et en symptômes psychiques ou mentaux.

I. Symptômes physiques, fonctionnels. — a) Troubles de la sensibilité et de la cénesthésie. — Ces troubles sont quelquefois très apparents et décelables par le plus petit examen. D'autres fois, au contraire, ils sont très difficiles à mettre en évidence. L’anesthésie pourra intéresser, soit tout un membre, soit une portion de membre, soit un viscère, soit même tout le corps. Cette anesthésie pourra être cutanée ou musculaire ou même intéresser le système osseux. Tous les modes de la sensibilité peuvent être affectés à la fois ou séparément. Il faut les rechercher systématiquement en se mettant à l'abri de toute suggestion. Un bon moyen est d'attirer l'attention du sujet et d’ex- - plorer la sensibilité à l’improviste. On peut aussi se contenter d'observer le sujet surtout dans ses mouvements. On constate

alors très souvent que le membre anesthésié est plus lent et plus 6 L

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