‹ Québec en 1730Chapitre 2 sur 9 · NA DS · texte numérisé non relu

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“Le premier avril 1730, M. le marquis de Beauharnais, gouverneur et lieutenant général pour Sa Majesté, en cette Nouvelle-France.’ eut avis, par la Nouvelle-Angleterre, de l'heureux accouchement de la reine, et de la naissance de M#le Dauphin. Il le fit annoncer au public par une

convalescence du Dauphin, Trois-Rivières, 12 juillet 1753.

2Sa commission est datée de Marly, 11 janvier 1726. (Edits et Ordonnances, t. III, p. 67.)

3 Il y avait une batterie de vingt-deux canons, comme on le verra plus loin.

autres forteresses, et donna des ordres pour le faire savoir dans toutes les villes et forts de cette colonie,

‘ La cathédrale et les communautés ! l'annoncèrent au son de toutes les cloches, et chantèrent le Te Deum. M. le gouverneur général, l’intendant Hocquart, le conseil supérieur, les officiers de la juridiction et les ordres de la ville y assistèrent, Tous les peuples y donnèrent des murques singulières de la reconnais: ance qu'ils avaient de ce que le Seigneur exauçait leurs vœux, en donnant un Dauphin à la France.

“M. le gouverneur général donna le soir un grand repas aux dames et à toute la noblesse : on y but les santés de Leurs Majestés et celle de M" le Dauphin.

“Tous les bourgeois et artisans, justement pénétrés de joie, firent la même chose ; de sorte qu'une partie de la nuit se passa partout dans les plaisirs et les divertissements.

“Le temps de la navigation parvenu, on eut par l'île Royale *? la confirmation de cette heureuse nouvelle ; et le vaisseau du roi étant arrivé le 31 juillet suivant, M. de l'Etenduère qui le commandait remit à M. le gouverneur général et à M. l’intendant les lettres de Sa Majesté à ce sujet, Alors on se prépara pour la fête que l’on méditait.”

“ Le 8 septembre, M. le gouverneur général donna ses ordres pour que tous les bourgeois et artisans eussent à ne point tenir boutique ouverte pendant le temps de Ja réjouissance, et à illuminer leurs maisons

“Toutes choses étant préparées, cette fête fut annoncée la veille au soir par une décharge de toute l'artillerie de la place ; et les troupes de la marine et de milice furent commandées pour prendre les armes.

‘ Le lendemain, onze du dit mois, au lever du soleil, les mêmes décharges se firent. Le chapitre de l'église cathédrale s'’assembla pour chanter une grand’messe en musique: pendant l'élévation, se fit une décharge de l'artillerie, pareille à celle du matin. M. le gouverneur général, l'intendant, M. de l'Etenduère, capitaine du vaisseau du roi, le conseil supérieur, les officiers de la juridiction, la noblesse et tous les corps y assistèrent en cérémonie.

“Sur les trois heures après-midi, cette même assemblée se rendit au château Saint-Louis, et de là en l’église cathélrale.f On fit une procession, à laquelle MX le coadjuteur assista : elle fut chez les RR. PP. ré-

1 Les communautés de Québec, à cette époque, étaient les récollets, les jésuites, le séminaire, les ursulines, l'Hôtel-Dieu, l'hôpital général.

2 Depuis le traité d'Utrecht (1713), l'Acadie et Terreneuve appartenaient à l'Angleterre. L'île Royale ou Cap-Breton était le seul poste avancé, dans le golfe Saint- Laurent, qui fût resté à la France. Les vaisseaux de la mère patrie, en route pour le Canada, arrêtaient à Louisbourg, et l'on dépêchait aussitôt des canots ou autres embarcations légères à Québec pour ceux qui étaient pressés d’arriver.

3 On mit tout le mois d'août à se préparer ; et vraiment ce n'était pas trop, lorsqu'on se rend compte de l'organisation de cette fête dans tous ses détails.

4 La fête commence, le matin, à la cathédrale ; l'après-midi, elle commence au château : et c’est de là que l'on part pour aller à la cathédrale,

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collets.! Lorsqu'elle passa, le château tira du canon. Sortant de cette église pour aller à celle des pères jésuites,” elle eut un pareil salut; ce qui fut également observé lorsqu'elle rentra.*

“ M# le coadjuteur entonna le Te Deum, qui fut chanté en musique, avec le psiume Æxaudiat, pendant lesquels se fit une décharge de plus de cent boëttes et des canons du château et de la citadelle.

“ Après cette cérémonie, M. le gouverneur général, l’intendant, et le lieutenant de roi se rendirent au feu de joie,’ toutes les troupes et les milices en bataille. Ils allumèrent le feu qui avait été préparé, et crièrent à haute voix : “Viveleroi”’! On y répondit si généralement et d'une manière si naturelle, qu'il était aisé de voir que le cœur avait la première part à ces acclamations. Elles ne finirent que par le bruit des boëttes et de toute l'artillerie de la place et des vaisseaux de la rade.

“ Aussitôt toute la ville parut illuminée; et M. le gouverneur général étant rendu au château, avec M. l'intendant et tous les officiers, il donna le signal pour tirer le feu d'artifice, qu'on avait dressé de l’autre côté de la rivière.® 11 faisait face au château. Il parut de son centre une flêche, de laquelle partit nombre de fusées de différents goûts, avec un soleil qui monta du bas en haut, et d’autres à tous les coins. Dans les flancs il y avait un Vive le Roi, formé par des lumières artificielles, qu'on distinguait d’une demi-lieue.

“ À la grande porte du château,’ était un arc de triomphe, formant trois arcades soutenues par des colonnes ; aux deux les plus proches de l'arcade du milieu, à droite, était représentée Ja Religion, la Justice à gauche ; sous l'arcade du côté de la Religion, se voyait un Amour, lui présentant une couronne ; et sous celle du côté de la Justice, un autre Amour qui montrait un sceptre à cétcs divinité: voulant donner à connaître qu'elles-mêmes prendront soin de l'éducation du prince, qu'enfin l’une et l’autre seront toujours couronnées, soutenues et affermies.

“ Sous l’arcade du milieu était un autre Amour, présentant au public

les vers qui suivent :

La fable eint l'Amour dans sa minorité ;

Chez el! cet enfant ne quitte point cet âge : Notre amour, cher BAND a seul cet avantage Qu'il est à votre égard dans sa majorité.

1 Par la rue du Fortet la place d'armes.

2 Par la rue Sainte-Anne, puis la rue des Jardins.

# Par la grande place de la cathédrale.

4 On verra plus loin ce qu'était cette citadelle.

5 Ce feu de joie dut se faire soit au milieu de la grande cour du fort Saint-Louis, soit sur la place d'armes.

6 De l’autre côté du fleuve, l'aspect était encore assez sauvage et primitif, si l’on en croit une lettre de l’intendant Dupuy, de 1727 : ‘‘ Le rivage du sud jusqu’à Saint- François est encore couvert de bois fort épais, et sans chemins praticables... .”

7 Cette porte était au pavillon du milieu de la façade donnant sur la cour intérieure du fort.

8Ilest probable que cet arc de triomphe était, comme ceux de nos jours, une charpente revêtue de branches d’arbres.

“ La lettre L, par où ils commencent, était enfermée dans un quarré, avec cette devise au-dessus: Fœtu clara suo. Il paraissait sortir d'une fusée quatre étoiles, les deux premières jointes ensemble, une seule, et la dernière beaucoup plus grosse que les autres,

‘Au-dessus régnait un arc-en-ciel, au milieu duquel étaient ces mots : Utriusque Franciæ spes et amor. Son centre représentait un cartouche supporté au milieu d'une mer par deux hommes marins, tenant chacun une conque marine, dans laquelle ils soufllaient, et d'où sortait une vapeur épaisse, avec ces mots: Vivat Delphinus! On y voyait, dans une autre mer plus reculée, un dauphin et un soleil levant, qui avaient pour devise : Dominabitur a mari usquè ad mare. Sur le reste des deux colonnes que cet arc-en-ciel n'occupait point, étaient deux grands globes bien ornés. Ce second édifice supportait par son milieu les armes de France et du Dauphin, accompagnées de consoles enrichies de fleurs de lys d’or, autour desquelles étaient écrit d'un côté Vive Le roi, et Vive la reine de l’autre.

“ Sur le point de la couronne des armes paraissait se venir poser une Renommée, couronnée de lauriers, tenant d’une main une palme, ev de l'autre sa trompe, d’où paraissaient sortir ces mots : Sunt munera Divum. A ses côtés, quatre lustres, représentant chacun une étoile, et pour accompagnement un impérial richement orné, dont l'extrémité se terminait par une autre étoile.

“ Cet édifice, garni d’un nombre infini de lampions, joints aux lumières dont toutes les croisées du château étaient remplies, donnait une si grande clarté, qu’on eût cru voir le plus beau jour au milieu de la nuit la plus obscure, Tout le monde en fut si content, que, malgré qu'on eût illuminé trois jours consécutifs, on demanda par des cris de “ Vive le roi ” qu'on donnât encore cette satisfaction : ce que M. le gouverneur général accorda.

“M. le gouverneur général avait invité toutes les dames et les personnes de distinction à cette fête. Sur les dix heures, on servit un magnitique souper : les appartements du château, quoique grands, ne pouvant contenir l'assemblée, on mit des tables jusque sur la galerie, laquelle est située si avantageusement, qu’on découvre de six à sept lieues à la ronde. La somptuosité et la délicatesse se firent sentir partout: on but les santés de” Leurs Majestés et de M" le Dauphin au bruit de toute l'artillerie. Cette fête se termina par un bal qui dura toute la nuit.

“Le 18 du même mois, M. l’intendant donna aussi une fête. Le canon l’annonça la veille; et l'artillerie recommença le lendemain au soleii levant. ‘ Les pères récollets avaient choisi ce jour pour témoigner à Dieu leur reconnaissance, Ils chantèrent une grand’messe en musique, où M. le gouverneur général, l'intendant et toute la noblesse assistèrent. A l'issue des vêpres, le R. P. F.-X. de LaHaye;' religieux de leur ordre,

1 Son nom ne se trouve ni dans la Liste chronologique de M. Noiseux, ni dans le Répertoire de M£# Tanguay.

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prononça un discours à l'occasion de la naissance de M# le Dauphin, qui fut universellement applaudi, Le Te Deum y fut chanté en musique, au bruit de toute l'artillerie.

“M. le gouverneur général étant rendu chez M. l'intendant, avec toutes les dames, les officiers et toutes les personnes de distinction, le signal fut donné pour tirer le feu d'artifice, qui eut une exécution très régunére. Le palais était illuminé, On servit ensuite le souper, tout des plus magnifiques, et où rien n'était épargné : on y but les santés du roi, de la reine et de M# le Dauphin, au bruit de l'artillerie ; ce qui fut suivi d’un bal qui dura jusqu'au lendemain matin.

“Le 9 du mois d'octobre, M. de l’Etenduère,! capitaine du vaisseau du roi, se distingua aussi par la fête qu'il donna à bord du Héros. Elle fut annoncée la veille et le lendemain matin, au bruit de toute l'artillerie de la rade. La grand'messe et le Te Deum y furent chantés au bruit de la même artillerie et de celle du château. 11 y eut ensuite un grand dîner : les santés de Leurs Majestés et de M# Dauphin s'y burent, auxquelles on répondit par plusieurs décharges des canons de la rade * et du château.

“Tous les vaisseaux étaient pavoisés ; et sur les sept heures ‘lu soir il y eut plusieurs décharges de mousqueterie et de canons. Ii y fut tiré nombre de fusées. Le vaisseau du roi et les navires marchands parurent illuminés : ce premier était orné d'une si grande quantité de lumières, qu'on en distinguait parfaitement tout le corps et toutes les manœuvres.’

“Le 15 du même mois, les RR. PP. jésuites firent prononcer par le R. P. de la Chasse,‘ de leur compagnie, un discours sur le naissance de MF le Dauphin, qui eut un applaudissement général. MA le coadjuteur entonna ensuite le Te Deum, qui fut chanté en musique, au bruit de nombre de boëttes et de l'artillerie du château Saint-Louis,

“ Le soir, il firent tirer nombre de fusées des plus belles, et leur maison parut illuminée, aussi bien que le clocher de leur église” (Joint à la lettre de MM. de Beauharnais et Hocquart, du 15 octobre 1*30,)°

1 Le marquis de l'Etenduëre était un marin distingué dont les états de service allaient de pair avec ceux de MM. de Beauharnais, de la Galissonnière, de la Jonquière. (Voyage de Kalm, édit. Marchand, p. 183.)

? Des batteries Dauphine, Royale et Vaudreuil.

3 Cela ne rappelle-t-il pas l’illumination des navires dans le port de Québec aux fêtes jubilaires de S. M. la reine Victoria ?

# Il était supérieur des jésuites de la Nouvelle-France. Confesseur de M£r de Saint-Vallier, il assista à l'enterrement du vénéré prélat, puis prononça son oraison funèbre à l'hôpital général et ensuite dans l’église des jésuites. Avant de venir à Québec, vers 1712, il avait été longtemps missionnaire chez les Abénakis. ‘Le marquis de Vaudreuil, alors gouverneur, s'était opposé à son départ de la mission, le croyant nécessaire à la stabilité de l'alliance des Français avec cette fière et belliqueuse nation.” (Les Ursulines de Québec, t. IX, p. 147.)

5 Archives de la Marine, Canada, Correspondance générale, vol. LII.

“ Tout cela soune gros,” disait en 1663 la mère de l’Incarnation, en voyant que l'on donnait déjà à Québec, qui renfermait à peine soixante-dix maisons,' ‘le nom de ville ”, et au Canada, qui comptait environ 3,000 âmes, celui de “province ou royaume”? Ce mot me revient à l'esprit, lorsque je compare la solennité de ce récit officiel avec le Québec de 1730, lorsque je cherche à mettre dans son vrai cadre le tableau de cette fête patriotique dont on vient de lire le compte-rendu.

Il est vrai que la “ ville capitale de la Nouvelle-France ” avait un pea augmenté: elle comptait en 1730 au moins 7,000 âmes, et cinq cents maisons environ Mais quelle pitié que l'apparence extérieure de la plupart de ces maisons et surtout de leurs £lentours! Le gouverneur et l'intendant écrivent au ministre en 1726 :

“C'est la chose la plus disgracieuse à voir que la ville de Québec, dont les murs des maisons ne sont que de pieux de bois de neuf à dix pieds de hauteur, la plupart renversés et couchés sur le travers des rues, et qui font que cette ville n'est qu'un chantier de bois, les particuliers qui en font de grosses provisions mettant encore leur bois à brûler le long de ces murs... Si le feu, qui est ici plus fréquent qu'ailleurs, courait seulement une rue entière, il ne serait pas possible Ce sauver la ville, à cause de ces

. murailles de pieux.”

La beauté naturelle du site de Québec avait frappé le comte de Frontenac :

“ Rien ne m'a paru si beau et si magnifique, écrivait-il en 1672, que la situation de la ville de Québec, qui ne pourrait pas être mieux postée quand elle devrait devenir un jour la capitale d’un grand empire.”

Mais on n'avait pas, à cette époque, pour la formation d’une ville, les idées d’ordre et de régularité que l’on prône aujourd'hui :

“On a fuit jusques ici, ajoutait Frontenac, une très grande faute, en laissant bâtir les maisons à la fantaisie des particuliers, et sans aucun crdre..... Si l'on veut que la ville s'augmente et s'embellisse, il faut que l'on prenne plus de soin des alignements des maisons qu’on y construira, et que chacun a faites jusques ici selon son caprice et sa fantaisie.”

Pendant longtemps le gros de la population se porta à la basse ville, surtout dans les rues Saut-au-Matelot, Notre-Dame et Sous-le-Fort, C'est là qu'étaient les principales résidences, celles des hommes d’affaires, des citoyens marquants. Au recensement de 1716, on ne voyait guère dans la rue Saint-Louis que deux personnages de la haute société, le doc-

teur Sarrazin et M. de Lotbinière : tous les autres étaient des artisans ou des journaliers.

1 Histoire de l'Hôtel-Dieu, par la sœur Juchereau, p. 172. 2? Lettres de Marie de l'Incarnation, t. II, p. 267.

8 Il y avait, en 1716, quatre cent cinquante-huit familles ou feux. (Recensement de 1716, publié par l'abbé Louis Beaudet.)

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Les communautés religieuses, qui possédaient une grande partie du terrain de la haute ville,! se décidèrent assez tard à concéder des emplacements à bâtir. Frontenac leur supposait même à ce sujet des intentions qui, je crois, étaient étrangères à leurs calculs :

‘ Elles ne se soucient guères, disait-il, et même elles seraient peut-être fâchées que la ville augmentât davantage.”

D'après MM. de Beauharnais et Hocquart, “il n'y avait encore, en 1720, dans le quartier du rempart, que deux ou trois maisons, et autant dans le quartier du palais”. Maisils ajoutaient : “ Le ville s’est bien agranuie depuis ce temps”.

En effet, il y avait, en 1730, ‘ plus de quarante maisons” sur le seul terrain du séminaire. L’'intendant Dupuy écrivait en 1727: ‘“ On a proposé aux communautés de céder des emplacements pour y bâtir des maisons. La plupart en ont accepté le parti. Les jésuites le font. J'y ai fait consentir le séminaire de Québec, qui, par la vente de ses terrains, va tirer de quoi payer une partie de ses dettes.”

L'Hôtel-Dicu avait aussi concédé bon nombre d'emplacements: mais voici ce que l'ingénieur Chaussegros de Léry écrivait au ministre à propos des résidences qui s’y construisaient :

‘ Les ingénieurs sont obligés d'informer la cour de ce qui peut empêcher l'établissement des villes et d'y bâtir de belles maisons. Il arrive dans ce pays que les communautés possèdent des terrains, séparés de l’enceinte qu'elles occupent par leurs monastères, jardins, ‘ours et autres lieux qui leur sont nécessaires, où il se trouve une rue publique entre deux. Ils vendent le terrain entre celui qu'ils occupent et la dite rue, à condition que l'acheteur n'y bâtira que l'étage au rez-de-chaussée, afin de n'être pas vus dans leurs monastères et jardins ; et si l'acheteur fait sa maison à plusieurs étages, ils veulent que l'étage au-dessus du rez-de-chaussée n'ait aucune fenêtre ou ouverture sur la rue: ce qui fait qu'on n'ose acheter de pareils terrains, et ceux qui en ont acheté sont privés de pouvoir faire leurs maisons à plusieurs étages, ce qui nuit à l'établissement et à la décoration des villes. Je n'ai pas vu dans Paris, ni dans les autres villes du Royaume où j'ai été, que les maisons des particuliers ne puissent pas avoir d'ouvertures sur les rues publiques. Cette clause me paraît extraordinaire; et comme elle nuit à l'établissement et à la décoration des villes, je crois qu'elle ne devrait pas avoir lieu, les communautés n'ayant qu'à élever leurs murs de clôture, s'ils ne veulent pas être vus, conime il se pratique

1 Vous verrez par un plan de la ville de Québec que je prends la liberté de vous envoyer, que presque tout son terrain est occupé par les communautés ; j'en ai distingué les terrains par des couleurs différentes, et vous trouverez que, quand on en sépare les emplacements de l’Hôtel-Dieu, du séminaire, de l'évêché, des jésuites, des ursulines, des récollets, de la place de la paroisse, de celle du château et de la citadelle, le terrain à bâtir à Québec se réduit presqu'à rien.” (Lettre de Dupuy au ministre, 727.)

puissent pas faire plusieurs étages à leurs maisons, et n'avoir pas d'ouvertures sur les rues publiques...”

L'enceinte de la haute ville était, d’ailleurs, beaucoup plus restreinte qu’elle n’est aujourd'hui, les fortifications passant, à cette époque, à peu près sur la rue Sainte-Ursule, et allant rejoindre la redoute du cap au Diamant, à l'extrémité est de ce cap.

Cette redoute, c'était la “citadelle” dont parle la Relation, car la citadelle actuelle ne date que du commencement de ce siècle.

Elle était reliée par une courtine au

‘avalier de Dumont, ainsi appelé à cause du moulin Dumont, où il y avait une batterie. Cà et là s’avançaient quelques bastions ; dans l’un d’eux s'élevait une autre redoute, appelée la redoute Royale. Il y avait deux autres redoutes, l’une en dehors des fortifications, la redoute Dauphine, et l’autre au palais.

Tout autour du promontoire de Québec se dressaient des batteries : il y en avait une de vingt-deux embrasures au château ;! la moitié était en dedans du fort, l’autre moitié en dehors. Deux autres batteries se trouvaient sur les remparts, en arrière de l'Hôtel-Dieu : on les appelait batteries de l'Hôpital; deux autres, sur le chemin des Rondes, près du séminaire et de l'évêché : on les appelait batteries du Clergé :

celle de l'évêché avait vingt-et-une pièces de canon et un mortier?

Enfin, trois autres batteries, situées à la basse ville, sur le bord de la rivière, la batterie Dauphine, la batterie Royale et la batterie Vaudreuil, complétaient le nombre de ces “ forteresses ” dont parle la Relation.‘

Les fortifications de Québec, telles qu'elles étaient en 1730, étaient l’euvre de nos gouverneurs Frontenac, Callières, Vaudreuil. Celui-ci, surtout, y avait fait travailler sans relâche, dans le temps qu'il s'était vu menacé d’une invasion anglaise en 1711. Il avait été bien secondé par la générosité des Canadiens. Ecrivant au ministre l’année suivante :

“J'ai tout lieu d’être content, disaitl, de la diligence du sieur de Beaucour, aussi bien que de la bonne volonté des peuples, qui viennent aux corvées sans faire la moindre difficulté... Les marchands de cette ville, sur la représentation que je leur ai faite que nous manquions de fonds, tous ensemble, de la meilleure grâce du monde, nous ont fait prêt de 150 mille livres du pays, et l’auraient fait plus considérable si nous l’avions voulu.”

Tous ces ouvrages militaires formaient un ensemble assez imposant : et cependant ils étaient jugés par les hommes compétents comme absolu-

ment insuffisants. M. de Louvigny, lieutenant de roi, écrivant au ministre en 1724:

1 La Potherie, cité par M. Ernest Gagnon dans le Fort et le Château Saint-Louis, p. 86.

? Lettre de Beauharnais et Hocquart au ministre, 15 octobre 1732. 3 La maison des sœurs de la Congrégation était entre ces deux batteries, 4 Voir le plan de Québec de M. de Léry, 1720,

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