GOSSELIN
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soient, comme ils ne font que d'arriver, —il n'y a qu'un an qu'ils sont en Canada,—et qu'ils ne s'informent pas des usages anciens, mais prétendent établir des règlements beaucoup plus sages que tout ce qui les a précédés, nous nous trouvons si désorientées que nous ne savons où nous en sommes, ., .”
Laissé à lui-même, ou plutôt assisté des conseils, non seulement d'un seul homme ou d’une coterie, mais des principau membres de son chapitre et de son séminaire, il est probable que le prél. . aurait fait du bien. On avait confiance en lui, lorsqu'il arriva à Qué” .ce :
“ Le coadjuteur est un saint homme, qui d'avance avait été fort goûté ici, écrivait M. de Beauharnuis le 5 novembre 1729. Il y était connu pour tel. Il s'occupe à mettre tout en règle. Il est net et précis dans ses décisions. Ainsi, monseigneur, il y a toute apparence que vous n’entendrez plus rien de ce pays-ci que de très agréable, . .
Ce fut le contraire qui arriva. Les prêtres canadiens ne purent se faire aux manières hautes et “cavalières” de M. de Latour, et quelquesuns s'en plaignirent en France. De son côté, l’évêque les traita ‘ d'esprits brouillons, indociles, indépendants, insolents”. Ecrivant à la cour:
“ Si l'on examine, disait-il, la conduite de ces gens qui se plaignent, on verra que ce n’est qu'en vue d'entretenir de la division et du trouble dans le clergé. Ce sont des esprits brouillons qui se plaisent dans le désordre, IIS ne peuvent ni être en paix, ni y luisser les autres”?
“ Je sens, ajoutait-il, combien il est désagréable à un évêque d’être dans ce pays-ci, s'il est obligé d'employer son temps à répondre à tout ce que des esprits oisifs et turbulents peuvent inventer contre lui, comme je sais que l’on à fait l’automne dernier, . . ”°
Il réussit même à se procurer une lettre de cachet pour faire passer en France un prêtre canadien, le chanoine Fornel, qui n'avait pas su gagner les bonnes grâces de son grand vicaire! Heureusement que cet ordre de la cour ne fut pas mis à exécution.
Pendant l'interrègne qui avait suiv: la mort de M de Saint-Vallier, le chapitre, outrepassant ses droits, avait nommé des curés fixes à un certaiu nombre de paroisses, Un des premiers actes de M# Dosquet fut d'exiger de ces curés “qu'ils lui remissent leurs titres”. La plupart le firent, mais ‘non sans beaucoup de répugnance ”, écrivait M. de Beauharnais. L'un d'eux, cependant, M. Voyer, curé de Sainte-Anne-de-la- Pérade, refusa d’obéir à l’évêque et de remettre sa cure:
1 Mer Dosquet avait déjà passé deux ans au Canada comme simple prêtre, de 1721 à 1723. Il était alors sulpicien, et on lui avait confié la direction des sœurs de la Congrégation, à Montréal.
? Lettre de Mer Dosquet au ministre, 29 octobre 1730.
3 Jbid., 19 octobre 1730.
4 Lettre de Beauharnais et Hocquart au ministre, 12 octobre 1731 ; lettre de M. de Maurepas à Beauharnais et Hocquart, Versailles, 27 avril 1731.
5 Lettre de Beauharnais au ministre, 12 octobre 1731.
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[GossELIN] QUÉBEC EN 1730 31
“Le coadjuteur, piqué de ce procédé, fit ôter par son archidiacre, alors en visite sur les lieux, les pouvoirs au sieur Voyer de prêcher et de confesser, Cette punition ne l'ayant pas réduit aux termes de l'obéissance, le dit sieur archidiacre, en conséquence des ordres du coadjuteur, et après trois monitions, rendit son ordonnance qui déclare le sieur Voyer suspens, et commet le P. Luc, récollet, pour desservir Sainte-Anne jusqu'à nouvel ordre.” !
L'affaire fut portée au conseil ; elle fut l'objet d’un procès, et l'on vit se renouveler quelques-unes des scènes qui avaient afiligé l’Egiise du Canada après la mort de M de Saint-Vallier,
Les circonstances qui avaient accompagné la sépulture de ce prélat ? et surtout les actes de rigueur qui l'avaient suivie, entre autres l’interdiction de l’église de l'hôpital général et des religieuses, avaient laissé un grand malaise dans cette communauté. Il aurait fallu beaucoup de douceur et de ménagements pour corriger les abus, s'il y en avait, et faire rentrer tout le monde dans la voie du devoir. Au contraire, M. de Latour paraît avoir été haut la main duns l'exercice de ses fonctions de supérieur de l'hôpital général, C’est ainsi que la supérieure de cette communauté étant morte, il s’y rendit dès le lendemain, et fit procéder immédiatement à l'élection d’une autre supérieure, malgré le protestations d'un certain nombre de religieuses, qui auraient voulu que tout se fit “d'une manière canonique, suivant leurs règles et constitutions ”.°
Ce qui est encore plus grave, c'est qu'il réussit à préjuger affreusement le prélat contre cette communauté. On ne peut croire, en effet, qu’elle fût devenue “décriée par sa mauvaise conduite, la fable du public, un lieu d'amusette ”, comme il la représente dans une de ses lettres à la cour. Il alla même jusqu'à proposer de lui enlever son autonomie, pour la mettre sous la dépendance de l'Hôtel-Dieu :
“J1 me paraîtrait avantageux, écrit-il, de remettre cette communauté sur le pied qu'elle a été établie, savoir, qu’elles ne fussent que douze religieuses, et dépendantes de la supérieure de l’Hôtel-Dieu de Québec, comme elles ont été pendant plusieurs années.” ?
C’est évidemment à l'occasion de toutes les choses regrettables qu’elle
1 Lettre de Beauharnais et Hocquart au ministre, 10 octobre 1730,
2 Voir Garneau, Histoire du Canada, t. IT, p. 116.
3 Lettre de Beauharnais et Hocquart au ministre, 6 octobre 1731. D'après eux, c'est M. de Latour lui-même qui fit l'élection : ‘Les huit religieuses (opposées) s'étant retirées dans leurs cellules, le grand vicaire nomma une supérieure pour deux ans, et fit faire par les neuf vocales restantes l'élection des officières.”
Le gouverneur et l’intendant a;outaient au sujet de l'hôpital général : ‘Nous pouvons vous assurer, monseigneur, que le très grand désordre dont vous avez été informé se réduit à quelques tracasseries assez communes dans les communautés de filles. Elles ont d’ailleurs une conduite régulière, et elles ont continué leurs attentions charitables pour les invalides et les insensés renfermés dans leur maison.”
4 Lettre de Mer Dosquet au ministre, 16 octobre 1730,
5 Jbid,
voyait et entendait, que la bonne sœur Duplessis, de l'Hôtel-Dieu, écrivait en 1730 :
‘‘ Les communautés se ressentent de ces maux: elles sont sans protection : ceux qui devraient en être les appuis, ne se croient pas obligés de les soutenir. , , .”
La cour, suivant son usage de ne donner entièrement gain de cause à personne, adressait des avertissements à tout le monde. écrit de Marly au gouverneur et à l'intendant :
“ J'écris à M. le coadjuteur de continuer à rétablir l’ordre et la règle dans l'Eglise du Canada; mais je lui recommande en même temps de le faire avec la prudence et les ménagements convenables.”
A l'égard du sieur Hazeur,'ajoute-t-il, Sa Majesté souhaite que vous lui expliquiez que s'il ne se conduit pas mieux qu'il n'a fait par le passé, Sa Majesté donnera des ordres pour le mettre en règle.
M. de Maurepas
Elle veut aussi que vous expliquiez aux chanoines en général et en particulier qu'Elle est informée de leur insubordination et de
leur relâchement dans leurs fonctions.
Vous les avertirez d'effacer par une conduite toute différente les mauvaises impressions qu'ils ont données contre eux, et de se comporter de manière qu'il ne revienne plus de plainte à leur sujet.”
Or conçoit combien de pareils avertissements devaient aigrir les prêtres canadiens contre leur évêque et surtout contre son grand vicaire, qui, dans leur opinion, l’indisposait contre eux. De son côté, le prélat les voyait d'un si mauvais œil, qu'il proposait sérieusement à la cour d'envoyer au Canada des prêtres français ‘pour inspirer aux peuples la fidélité, l'amour et le zèle que des sujets doivent à leur roi. Mon idée serait, ajoutait-il, de mettre un curé français entre deux paroisses gouvernées pur des prêtres canadiens.” * Il est évident que toutes ces idées étaient inspirées au prélat flamand par son grand vicaire français, M. de Latour.
M# Dosquet finit par se débarrasser d'un grand vicaire si malencontreux ; Louis-Bertrand de Latour repassa en France en 1731. Mais le
1 L'un des deux frères Hazeur, tous deux chanoines, fils de François Hazeur, ancien conseiller et marchand de Québec. L'autre était à Paris, s'occupant des affaires du chapitre : il adressait à ses amis du Canada des lettres, dont le coadjuteur n’était pas content :
“M. de l’'Orme, dit-il, mande à plusieurs personnes que la cour blâme fort la conduite que j'ai tenue l'automne dernier, et qu'elle m'en fait des réprimandes ..., Il se vante d'avoir gagné plusieurs chapitres de France, qui doivent s'unir à lui pour soutenir sa cause, Vous ne saurieZ croire les mauvais effets que ces discours ont produits. Chacun y fait sa glose à sa manière. On est surpris que je ne sois pas rappelé. ...” (Lettre de M£' Dosquet au ministre, 19 octobre 1730.)
2 Le gouverneur et l’intendant prirent sur eux de n’en admonester que quelquesuns. ‘Nous n'avons pas cru que les autres méritassent l'avertissement que vous nous ordonnez de leur faire : cela les aurait confirmés dans l'opinion où ils sont que M. le coadjuteur ne les aime pas.” (Lettre de Beauharnais et Hocquart au ministre, 12 octobre 1731.)
3 Lettre de M£r Dosquet au ministre, 17 septembre 1731,