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[aoss1i1N] QUÉBEC EN 1730 38
mal était fait; et le prélat ne réussit plus à regagner complètement ‘“ Ia contiance ” qu'il avait perdue.
Son épiscopat, d'ailleurs, fut de courte durée, en tout que quatre ans au Canada, comme évêque: trois ans en qualité de coadjuteur de MS de Mornay, de 1729 à 1732, et une seule année comme évêque en titre de Québec, de 1734 à 1735. Il ne donna sa démission, ou du moins elle ne fut acceptée, qu'en 1739 ; mais repassé en France en 1735, il ne revint plus au Canada.
în temps ordinaire, il aurait pu faire un excellent évêque.
M# Dosquet ne resta
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respondance, que j'ai parcourue, dénote un homme instruit, éclairé, jugeant bien les choses quand la passion ou le préjugé ne faisaient pas dévier son esprit. On constate, par exemple, avec plaisir qu’il apprécie avec justesse l'œuvre de M£' de Laval, et partage ses vues par rapport à la fixation des cures, question éternellement soulevée par la cour et les gouverneurs :
“La manière de desservir les Eglises, écrit-il, est purement de discipline, différant selon les temps, les lieux et les besoins des peuples. C’est donc aux usages et aux besoins du pays qu'il faut s'en rapporter, Jamais il n'a été fait dans l'Eglise de loi générale qui oblige les évêques à fixer tous les curés; mais y en eût-il pour les pays établis, il n'en fut jamais pour les églises naissantes, où il ne serait ni avantageux ni possible de l'exécuter ; en particulier, au Canada, on n’en a jamais observé ni connu de pareille ; et en cela on ne fait que suivre l'usage de la primitive
Eglise ....”
Le prélat partageait également les vues de ses prédécesseurs par rapport à la traite de l’eau-de vie. Son mandement du 26 novembre 1730, par lequel il se réservait l’absolution du péché de ceux ‘qui distribuaient aux sauvages des liqueurs enivrantes ”, en est une preuve.! Les autorités coloniales se récrièrent contre ce mandement et contre le cas réservé, prétendant que ‘les sauvages allaient se détacher insensiblement des Français, pour commercer avec les Anglais ?.?
D'un autre côté, le prélat n'avait donné ce mandement, que parce que ses missionnaires s'étaient plaints ‘de ce qu'il ne marchait pas sur les traces de ses prédécesseurs, qui avaient défendu et condamné publiquement la traite de l’eau-de-vie ”.” Théologien instruit, et enclin à la modération, il disait: ‘“L'évêque ne peut se réserver un péché, qu'il ne soit mortel.” 4 Mais ses opinions modérées ne plaisaient pas aux missionnaires, préjugés contre lui : “ Je suis obligé, disait-il, de modérer leur zèle trop indiscret.” ?
Il eut le malheur de venir ici comme évêque à une époque où l'Eglise du Canada était encore toute troublée par les dissensions qui avaient suivi
1 Mandements des Evêques de Québec, t. I, p. 5 2 Lettre de Beauharnais et Hocquart au ministre, ler octobre 1732, 3 Lettre de M£r Dosquet au ministre, Paris, 23 janvier 1733,
4 Ibid,
5 Ibid.
Sec, I, 1899, 3
la mort de M£' de Saint-Vallier, Pour concilier les esprits et faire régner la paix, il aurait fallu un ensemble de qualités qu'il ne possédait pas à un degré suffisant,
La comparaison entre ce prélat, de vertus réelles, mais ordinaires, et ses prédécesseurs, les Montmorency-Laval et les Saint-Vallier, ces hommes apostoliques, d'un dévouement à toute épreuve, prêts à tous les sacrifices, ne lui était pas favorable : il n'était pas évidemment de leur race, On n'aime guère à l'entendre parler de ses dettes criardes,' ou de la modicité de son revenu, réclamer une indemnité® pour les réparations qu'il a far, faire à ses frais au palais épiscopal, s'assurer d’une bonne abbaye avant de donner sa démission On aime encore moins le voir solliciter une place de lieutenant pour son neveu Louis Jaquet, qu'il emmène avec lui au Canada et fait vivre à même la mense épiscopale.t M de Laval vivant tout simplement dans une cellule de son séminaire ou dans l’humble retraite de Saint-Joachim, M# de Saint-Vallier, dans sa modeste chambre de l'hôpital général, nous apparaissent autrement plus grands que M Dosquet dans sa villa de Samos” Laval et Saint-Vallier se contentaient d'un ou deux serviteurs. En parlant de Laval, la mère de l’Incarnation écrivait : Il n’a qu'un jardinier, qu'il prête aux pauvres gens, quand ils en ont besoin, et un homme de chambre . . .’" Au contraire, le personnel entretenu par M# Dosquet,' et qu'il ramène avec lui du Canada en France,
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paraît bien encombrant, surtout pour un pauvre homme: je n'y compte | pas moins de onze personnes : en voici la liste: “M. Proteau, son aumé- *
nier; M. Mouchard, ecclésiastique“ ; M. Richer, ecclésiastique ; M. de la Croix, secrétaire ; le nommé Le Roy, maître d'hôtel; le nommé Lamine, valet de chambre ; le nommé Falvet, cuisinier ; le nommé Richard, aide
1 Lettres de M£' Dosquet au cardinal Fleury, Paris, 4 mai 1734; au ministre, Paris, 7 février 1733,
? Ayant fait naufrage avant d'arriver à Québec, à quelques lieues de la ville, en 1729, et perdu tous ses effets, il reçut pour cette perte une juste indemnité. (L' Abeille du petit séminaire de Québec.)
3 Lettres de M£r Dosquet au ministre, Rome, 24 avril 1737; 16 juillet 1738 ; 25 août 1738; 6 février 1739 ; 13 mars 1739,
4 Lettre de M 8r Dosquet au ministre, Paris, 11 mai 1734.
5 Ma campagne, près de la ville, où j'ai fait bâtir une maison.” (Nosquet au ministre, 6 février 1739.)—Magnifique résidence située à l'endroit où est aujourd'hui À le cimetière de Saint-Patrice : ‘ C'est sous les pins murm urants de Samos, écrit sir James LeMoine, que les fils de Saint-Patrice, transplantés sur nos rives, vont maintenant goûter le long sommeil et l'oubli de leurs nombreux griefs, réels ou imaginaires, en la verte Erin. Que la terre leur soit légère !” (Monographies et Esquisses.)
Lettres de Marie de l'Incarnation, t. II, p.169.
7 L'évêque écrivait en 1738: ‘Il faut faire venir les domestiques de France, à qui l'on donne de gros gages, et qui se marient dès qu'ils ont fait des connaissances 3 dans le pays.” 8 M. Jacques Viger dit quelque part, en plaisantant, qu'il n’y eut jamais qu'un seul mouchard parmi les ecclésiastiques da Canada. (Répertoire du Clergé canadien, p. 98.)
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6 juillet 1738 ;
” (Dosquet au t aujourd'hui Amos, écrit sir S, vont mainels où imagiel Esquisses.)
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de cuisine; le nommé Pouzain, cocher; le nommé Parisien, laquais ; le nommé Dominique, nègre.” !
M# Dosquet avait apporté de son pays natal, la Belgique, un vif amour de l'agriculture et des aptitudes toutes spéciales pour l'exploitation d'une ferme, Aussi ne faut-il pas être surpris, si, à peine arrivé au Janada, il sollicite de la cour une seigneurie, afin de l'utiliser à son profit, et d'y établir une espèce de ferme expérimentale pour l'instruction de la classe agricole :
# Je vois, disait-il, plusieurs seigneuries accordées depuis longtemps, où les terres sont bonnes, et où il n'y a rien de défriché, J'en ai recherché la cause : on m'a dit que c’est qu'il n'y avait pas de moulins. Il me paraît cependant que les blés et les bestiaux sont les fruits les plus solides qu'on puisse espérer, dans la suite, de ce pays-ci. Le paysan élève plus volontiers des chevaux que des bœufs, ce qui les a rendus si rares qu'on a manqué de viande ce printemps. J'ai dessein de leur faire voir par l'expérience l'avantage qu'ils retireraient d'élever plus de bêtes à cornes. Je vous prie de m'obtenir de Sa Majesté une seigneurie pour cet effet, J'y ferai toutes les dépenses nécessaires pour les moulins et la culture des terres, quoique je sache qu'elle me coûtera plus que je n'en retirerai pendant ma vie; mais je regarde comme une aumône bien placée l'argent qu'on emploie à faire travailler les pauvres ; et il y en a beaucoup aux environs des Trois-Rivières.
“ La seigneurie que je demande en est éloignée de dix à douze lieues, sur la rivière Yamaska, Je souhaiterais quatre lieues de front sur quatre lieues de profondeur des deux côtés de cette rivière, sur les terres non concédées, ensuite de la seigneurie accordée autrefois (1695) à M. de
Bourchemin ... J'espère que la cour m'accordera cette grâce, en vue des avantages qui en reviendront à la colonie, puisque c’est un fonds que je vetirerai d’un pays étranger pour l’établir dans celui-ci... .?
Il ajoutait quelques jours plus tard : ‘Comme j'espère que vous aurez la bonté de m'obtenir la concession d’une seigneurie, dont j'ai eu l'honneur de vous parler, j'écris à Rochefort que l'on m'achète une moulange, Je vous prie de vouloir bien ordonner qu'on la charge dans le vaisseau du roi pour y servir de lest, .. .” 5
M# Dosquet obtint en effet l’année suivante la seigneurie qu'il avait sollicitée.f Mais son départ du Canada, quelques années plus tard, l'empêcha sans doute d'en tirer le parti qu'il avait en vue, et dérangea ses plans.
1 l'ous ces personnages, ainsi que l’évêque, étaient ‘à la table ou à l'office du capitaine ” ; le laquais et le nègre, seuls, étaient ‘* à la ration du munitionnaire ”.
2 Lettre de M£r Dosquet au ministre, 14 octobre 1730,
3 Ibid., 23 octobre 1730.
4 Lettre de Beauharnais et Hocquart au ministre, 15 octobre 1731.
Il y avait, dans le clergé canadien, une véritable épidémie d'entreprises commerciales et industrielles, que l'exemple de l'évêque n'était pas de nature à enrayer, M. Lepage, surtout, paraît avoir été le M# Labelle de l'époque : il avait acquis la seigneurie de Terrebonne, et y faisait de grands travaux d'exploitation :! il y avait des moulins à farine et des scieries ; il en avait aussi à l'île Jésus® C'était un des grands fournisseurs de bois de construction pour les vaisseaux de l'Etat : !
“ Le sieur abbé Lepage, écrit M, Hocquart, a livré au commencement d'octobre les bordages et planches qu'il est tenu de fournir en exécution de son marché, .,, Il vient d'augmenter le moulin qu'il a fait construire sur sa terre, de deux nouvelles moulanges, de manière qu'il s'y en trouve quatre aujourd'hui, outre les deux roues à scie qui y sont, C’est le plus bel établissement de cette espèce qui soit dans la colonie.” #
Il était lui-même constructeur de navires : ‘Je vous ai rendu compte de l'intelligence du sieur abbé Lepage pour de solides établissements en ce pays. [1 m'a fait des propositions pour parvenir à construire des bâti-
ments de mer pour le compte du roi... .”° M. Lepage entreprit même d'établir des forges, et forma à vet effet une société en opposition à celle de Saint-Maurice, Mais la cour | À
dans cette entreprise. M. de Beauharnais écrivait à ce sujet au min
‘* Cet ecclésiastique m'est venu représenter le tort considérab lui faisait cette interruption, qu'il se voyait à la veille d'être réduit à la dernière misère,—et cela est véritable, —après avoir bien travaillé pour l'augmentation de la colonie et avoir sacrifié ce qu'il avait, ses terres ayant été mises en décret pour 45 à 50,000 livres qu'il doit, Il y a lieu de craindre que les intéressés aux forges de Saint-Maurice ne sollicitent ses créanciers à le poursuivre, ou ne fassent l'acquisition de leurs créances, Pour lors, ses établissements, qui valent plus de 150,000 livres, seraient adjugés à vil prix, n’y ayant personne en ce pays en état de les acheter leur valeur.”
M. de Beauharnais proposait que l'on permît à M. Lepage de continuer son établissement de forges, pourvu qu'il ne fit rien qui empêchât la société de Saint-Maurice de payer ce qu'elle devait à l'Etat :
“Pour ne donner aucune atteinte au remboursement des deniers de Sa Majesté, si vous jugez à propos d'accorder au sieur Lepage la permis-
1 Edits et Ordonnances, t. III, p. 256.
? Histoire manuscrite du séminaire de Québec.
# En 1731, il obtient la permission ‘de faire exploiter, dans les seigneuries de Berthier et Dautray, 2,000 pieds cubes de bois de chêne, pour la construction d'une flûte de 500 tonneaux que le roi veut faire construire à Québec”. (Edits et Ordonnances, t. III, p. 348.)
4 Lettre de M. Hocquart au ministre, 12 octobre 1731.
5 Jbid., 25 octobre 1730,
6En 1745, il y avait ‘‘ un nouveau seigneur à Terrebonne”, M. de la Corne. (Edits et Ordonnances, t. III, p. 362.)
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sion qu'il demande, vous pourrez lui défendre de vendre du fer dans la colonie, jusqu'au parfait paiement des deniers dus au roi, et de ne se servir d'aucun ouvrier des forges de Saint-Maurice, Pour lors, ils ne pourront se plaindre qu'on leur ôte les moyens de s'acquitter.” !
On se demande qui administrait la paroisse de Terrebonne, pendant
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que le curé s'occupuait ainsi de forges, de moulins, de construction de navires, L'évêque lui avait sans doute procuré un suppléant, Mais il n'en avait pas au chapitre de Québec, dont il faisait partie ; et M. Plante, un de ses confrères, se lamentait :
“M. Lepage «a sa terre et ses moulins à faire valoir; M, Leclair a d'autres vues, Cependant, les chanoines ne remplissent pas leur bénéfice ; et le service divin en souffre, . , "
Aussi M. de Maurepas, écrivant un jour au gouverneur et à l'intendant du Canada, leur disait :
“ Le roi a été informé que la plupart des chanoines du chapitre de Québec s'abstiennent du service, sous prétexte de maladie ou des voyages qu'ils font sans aucune nécessité, en sorte qu'ils ne sont jamais que trois au plus au Chœur, et presque toujours les mêmes, Sa Majesté, qui a été maléditiée d'une pareille conduite, m'a ordonné de vous écrire de leur expliquer de sa part d'être plus réguliers, à l'avenir, à remplir leurs devoirs.”
Le gouverneur et l'intendant transmirent à l’évêque ces recommandations de la cour ; puis ils répondirent au ministre l'année suivante :
“ L'évêque a expliqué aux sieurs Lepage et Leclair qu'il fallait résider, ou se démettre de leurs canonicats, dont ils lui ont donné l’un et l'autre leur démission. Le premier s'y est porté de lui-même, et l’a assuré qu'aussitôt qu'il aura acquitté ses dettes, il ne s'occupera plus qu'aux fonctions ecclésiastiques.” ©
M. Leclair, l'émule de M. Lepage en fait d'entreprises et de travaux, était curé de Saint-Vallier ; mais il savait concilier ses occupations extérieures avec l'exercice de son ministère pastoral, Un document authentique nous atteste ‘“ son attachement bien connu pour ses paroissiens ?,'
Il y avait aussi le chanoine Fornel, frère d'un marchand de Québec, et les deux abbés Hazeur, seigneurs de la Malbaie, qui se distinguaient par leur esprit de négoce et d'entreprise. Ceux-ci avaient même demandé
! Lettre de Beauharnais au ministre, 28 octobre 1739,
? L'un des directeurs du séminaire de Québec,
3 Documents de Paris, Eglise du Canada,
+ On est porté à rire en songeant que celui qui était ainsi ‘‘ malédifié” n'était autre que Louis XV,
5 Lettre de M, de Maurepas à Beauharnais et Hocquart, 24 mai 1728.
6 Documents de Paris, Eglise du Canada,
7 Lettre de M. de Vaudreuil, dernier gouverneur français du Canada, communiquée à l'Abeille par M. l'abbé Blais, aujourd'hui évêque de Saint-Germain-de- Rimouski ; vol. XII, p. 60,
à la cour “le droit de traite et de chasse dans leur terre”; mais ce privilège leur fut refusé.
Enfin, l'abbé Martin? ‘“ desservant au Labrador”, voulait fonder sur cette côte lointaine et désolée ‘ un établissement pour la pêche du loup marin”. Ilavait envoyé un mémoire à la cour à ce sujet; mais le gouverneur et l’intendant du Canada paraissaient per. favorables à son projet :
“Nous ne pouvons répondre de suite, disaient-ils, au sujet de la demande du sieur Martin pour un établissement au Labrador,
“ Cet endroit n’en paraît guère susceptible pour un bomme de cette robe, n’y ayant que rochers en ce lieu: la dissipation que cause un établissement à conduire ne convient guère à un missionnaire,
“Ces propositions marquent de la bonne intention; nous croyons qu'il n’y «a rien de plus. Mais les matières qu'il propose sont trop délicates pour ne vous pas demander le temps d'y répondre plus au long.” *
[ls écrivaient de nouveau l’année suivante :
‘ Nous ne pouvons vous envoyer encore cette année les éclaircissements que vous attendez sur le mémoire du sieur Martin, prétre, desser-
ant à Labrador, concernant la concession qu'il a demandée, à cette côte, pour y faire la pêche du loup marin. Nous avons seulement été informés qu'entre la concession du sieur de Brouague t et celle de Constantin, il y a un espace de terre de douze lieues de longueur, qui ne sont point concédées. Ki vous jugez à propos d'accorder la demande du sieur Martin, on pourra le placer dans cet endroit.”
Nul doute que si bon nombre de prêtres canadiens se livraient ainsi à des entreprises plus ou moins incompatibles avec leur ministère sacerdotal, c'est qu'ils n'avaient pas de quoi vivre. On en a la preuve dans certains mémoires que les principaux curés du Canada adressèrent à la cour en 1730 et 1734, avec l'approbation de M Dosquet, pour faire augmenter le taux de la dîme. Le prélat écrivait au ministre en 1730 :
“Je lus hier à MM. de Beauharnais et Hocquart la requête que les curés du Canada ont l'honneur de vous présenter pour obtenir de percevoir les dîmes sur le pied qu’elles se perçoivent en France. Ils ont jugé comme moi que leur exposé est vrai, et que ce sera un grand avantage pour la colonie. , , .”
Les curés renouvelèrent leur demande en 1734, et écrivirent en même
1 Lettre de Vaudreuil et Begon au ministre, 12 novembre 1712.
? Encore un dont le nom ne se trouve pas dans le Répertoire du Clergé canadien.
3 Lettre de Beauharnais et Dupuy au ministre, 20 octobre 1727.
4 François Martel de Brouague, ‘‘ propriétaire et commandant de la côte du Labrador”. Il épousa, en secondes noces, le 15 septembre 1732, Louise-Madeleine Mariauchau-d'Esglis, sœur du huitième évêque de Québec, Leur fille Louise Martel de Brouague, qui se maria en 1753 au fils de l'ingénieur Chaussegros de Léry, est cette beauté dont parle Garneau, qui remplit, dit-on, d'admiration, le jeune roi Louis XVI, lorsqu'elie lui fut présentée un jour à Versailles, (Dictionnaire généalogique de Tanguay ; Garneau, ÆZistoire du Canada, t. II, p. 395.)
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temps à M# Dosquet, qui venait d'arriver de France avec le titre d'évêque de Québec :
‘“ Monseigneur, l'insigne faveur que le ciel vient de nous faire en nous rendant Votre Grandeur est une preuve incontestable de sa singulière protection sur nous : sans cette assurance si consolante, nous tom-
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berions à coup sûr dans le dernier abattement.
“ Les trois quarts de vos curés n'ont pas de quoi vivre : cela est vrai à la lettre. Nous vous en avions informé avant votre départ pour la France ; mais vos sollicitations pour nous à la cour n’ont rien opéré: le mal a même empiré par un autre endroit : les nouveaux ouvriers évangéliques ‘ que vous avez amenés avec vous augmentent notre misère temporelle, prenant pour eux quelque partie d’une subsistance céjà insuffisante pour les anciens. Mais à quoi nous réduit-on ? Faut-il que nous paraissions nous plaindre de gens qui se sont arrachés généreusement aux douceurs de l’ancienne France, leur patrie, pour venir nous prêter la main dans un travail auquel nous ne pouvions fournir ?
“Quoi qu'il en soit, nous vous importunons aujourd'hui, monseigneur, encore une fois; mais comme nous rougissons de parler si souvent le langage des mercenaires, c’est ici la dernière supplique qui vous sera présentée de notre part, et que nous renfermons dans une alternative :
“Ou que l'on ait la bonté de nous procurer le nécessaire, ce qui semble ne pouvoir se faire qu’en nous accordant la dîme sur le pied de la coutume de Paris, ou que l’on consente que, pour ne plus vivre aux dépens d'autrui, et ne pas mourir insolvables, nous nous fassions à nousmêmes la violence d'abandonner nos missions, et allions chercher notre nécessaire ailleurs.”
Cette lettre à M# Dosquet et le mémoire à la cour étaient signés par “Chartier de Lotbinière, archidiacre de Québec, Lyon de Saint-Féréol, curé de Québec, Levasseur, missionnaire de Lotbinière, Joseph Gaillard, missionnaire à Berthier, Dupont, curé de Neuville, Le Boulanger, curé de Charlesbourg, Chardon, curé de Saint-Laurent, Nicolas Boucher, curé de la paroisse de Saint-Jean-Baptiste, Augustin Mercier, curé du Cap-la- Madeleine, Girard de Vorlay,’ curé de la Sainte-Famille, Lelièvre, mission-
1 Mr Dosquet avait amené avec lui onze ecclésiastiques, qu’il voulait ‘‘entretenir jusqu’à ce qu'ils fussent prêtres” (Lettre au cardinal Fleury, Paris, 4 mai 1734) ; sans doute pour exécuter le projet dont j'ai parlé plus haut, ‘ de mettre un curé français entre deux curés canadiens ”.
2 Fils du conseiller Gaillard, qui fut exilé sur ses terres de l’île d'Orléans par M de Beauharnais, durant la guerre du conseil contre le chapitre. Voir Ædits et Ordonnances, t. III, p. 387.
3 Reconnu pour un saint srêtre ”, écrivait de lui Mgr Dosquet. Il était fils de Pierre Boucher, et frère de Philippe.
411 y avait deux frères Mercier, prêtres, l'un ‘l'aîné ”, l'autre ‘‘le jeune ”. Celui-ci était le jeune, Ils étaient fils de Louis Mercier, serrurier, de Québec, et petit-fils de Julien Mercier, venu de Tourouvre au Canada, l'ancêtre de feu Honoré Mercier, premier ministre de la province de Québec,
5 M. Girard de Vorlay, ‘‘ prêtre, chanoine de l'église cathédrale de Québec”, com-
naire de Saint-Pierre et Saint-Thomas, Denoyers, prêtre, Angers, missionnaire, Jacrau, prêtre de Lorette, Rouillard, curé de Saint-Nicolas, J. Chasle, curé de Beaumont, Delignery, missionnaire de Champlain.”
Mr Dosquet, consulté par le ministre d'Etat sur la réponse à faire au mémoire des curés, écrivit :
‘J'ai reçu votre lettre au sujet d’un mémoire présenté à la cour pour demander la permission de lever sur le champ la dîme de toutes sortes de grains, J'en ai conféré avec MM. de Beauharnais et Hocquart. Ils pensent que le temps n’est nas encore venu de faire ce changement. Mais ils sont persuadés qu'il est nécessaire d’avoir 2,000 livres de plus pour les suppléments, parce qu'ils se trouvent courts tous les ans, ce qui empêche l'établissement de nouvelles paroisses, et en même temps celui du pays.
“Ilne faut pas croire, monsieur, que plus nous irons en avant, moins il faudra de suppléments : au contraire, plus les paroisses se multiplieront, plus il faudra les augmenter, jusqu'à ce que le pays soit bien établi. [1 y a même des paroisses qui autrefois n'avaient pas de supplément, et qui en ont grand besoin aujourd'hui, comme Lachine, Batiscan, Champlain, etc., et cela, ou parce que les terres ne valent rien et sont usées, ou parce qu’au lieu de bled on y fait venir le chanvre et le tabac.
‘A en juger par la France, on pensera qu'il faut peu pour faire subsister un curé de campagne, Il leur faut ici au moins 800 francs pour vivre, Un missionnaire ne peut se passer d’un cheval, ni d'un valet pour en prendre soin et pour faire la cuisine. Les fourrages et les hommes sont chers ; les habits coûtent ici le double ; il leur en faut plus qu'ailleurs à cause des grands froids; s'ils tombent malades, il en coûte beaucoup pour les remèdes ; et ainsi de suite, Toutes ces raisons m’avaient porté à croire qu'il était à propos d'augmenter les dîmes, afin que la cour pât dans quelques années retrancher une partie de ce qu'elle donne pour leur subsistance, . , .”
On temporisa cependant et en France et au Canada. Rien ne fut changé par rapport au taux et au mode de perception de la dîme!: elle resta sur le pied où l'avaient mise MA de Laval et M, de Tracy (1667) ; et elle y est encore,
paraît un jour (1715) au Conseil supérieur comme ‘‘ procureur de M. René Boullay, seigneur de la Roche Saint-Jean, conseiller et procureur du roi aux eaux et forêts de la ville de Loches, syndic des pères capucins de Loches, legataire par forme d'aumône 4e défunte dame Hazeur”. Cette dame Hazeur (Elisabeth Barbe), originaire de Loches, avait légué aux capucins de cette ville une aumône de 300 livres, Son gendre, le D' Sarrazin, voulait bien s'acquitter et leur payer cette somme, mais en monnaie de cartes : eux exigeaient de la monnaie de France ; ils furent déboutés de leur demande,
1 £a Majesté n’a pas jugé à propos de rien changer à ce qui se pratique au Canaña par rapport aux dîmes, et il est inutile d'en parler davantage.” (Lettre de M. de Maurepas à Beauharnais et Hocquart, Versailles, 11 mui 1728.)
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L'archidiacre Chartier de Lotbinière, dont le nom figure le premier au bas du mémoire cité tout à l'heure, était le personnage ecclésiastique le plus en vue après l’évêque et le grand vicaire, On peut même dire qu'il les éclipsait un peu par l'éclat de son nom, ses alliances de famille, sa popularité et ses états de service au Canada.
Il appartenait à une famille de robe, son père, René-Louis, ayant été lieutenant général civil et criminel, à Québec, son grand-père, Louis- Théandre,! lieutenant général de la prévôté. Il n'était pas encore en âge de majorité, lorsqu'il fut nommé par le roi conseiller au conseil supérieur” Il entra au conseil le lundi 13 avril 1711, “avec voix consultative seulement, attendu sa minorité, sans y avoir voix délibérative ” ;* et le lendemain même il épousait à Québec Marie-Françoise Renaud-Davenne des Meloises, qui lui donna plusieurs enfants,
Devenu veuf, le 25 avril 1723, il embrassa l’état ecclésiastique, fit sa théologie au séminaire de Québec, et fut ordonné par M de Saint-Vallier le 14 avril 1726, quinze ans jour pour jour après son mariage.
C'était un homme d’un caractère élevé, jouissant de l'estime et de la confiance générales, Homme du monde, à la fois, et homme d'église, il faisait honneur à son ancienne et à sa nouvelle profession, Aussi M“ de Saint-Vallier n’hésita-t-il pas à lui confier les fonctions importantes de grand vicaire et d'archidiacre six mois seulement après son ordination.f Il l'eût même nommé doyen du chapitre, n’eût été son titre de ‘ Canadien ”. Ecoutons plutôt le prélat :
“M, de Lotbinière, dit-il, conseiller du conseil supérieur de Québec, plein de vertu et de mérite, ayant pris le parti de se faire prêtre, je lui ai donné la dignité d'archidiacre, que feu M. de Varennes? possédait. Il mériterait mieux qu'un autre la dignité de doyen ; mais selon les lumières de M. Begon, qui nous quitte, et selon les miennes, il ne faudrait point ici de doyen canadien, pour plusieurs raisons importantes, qui cessent cependant si l'on n’en trouve point d’un mérite qui veuille venir. Ainsi mon dit sieur de Lotbinière l'emportant sur tous par ses excellentes
1 C'est chez lui, à Québec, rue Saint-Louis, qu'eut lieu, le 4 février 1667, le premier bal donné au Canada, (Journal des jésuites.)
2 Sa commission était datée du 5 mai 1710,
3 Jugements du Conseil supérieur, t. VI, pp. 201, 209.
4 Mur de Saint-Vallier avait d'autant plus d'estime pour M. de botbinière, que le sacrifice qu'il avait fait en quittant le monde lui rappelait celui de son propre aïeul, qui, lui aussi, devenu veuf, avait embrassé la carrière ecclésiastique, et était devenu évêque de Grenoble.
5J,-Bte Gauthier de Varennes, fils de René, gouverneur de Trois-Rivieres, frère du célèbre Gauthier de' la Vérendrye, qui fit la découverte des montagnes Rocheuses en 1743, et petit-fils de Pierre Boucher; grand archidiacre et vicaire général de Québee: décédé le 30 mars 1726. Il était en 1712 procureur du séminaire de Québec, (Jugements du Conseil supérieur, t. VI, p. 374.)
ë Cette dignité était vacante depuis la mort de M. Glandelet en juin 1725.
7 Michel Begon, intendant du Canada de 1712 à 1726.
qualités et expérience, doit être choisi préférablement aux autres, Je l'ai fait mon grand vicaire à cause des grands services qu'il rend à ce diocèse He
M. de Latour s'étant démis de son doyenné en 1733, le gouverneur et l’intendant proposèrent, en effet, à la cour de lui donner pour successeur M. de Lotbinière :
“Vous savez, écrivaient-ils au ministre, qu'il est des meilleures familles de ce pays. Il a cinq enfants à élever, et les services qu'il rend depuis vingt-trois ans dans le Conseil supérieur parlent en sa faveur. M. de Samos et nous ne pouvons vous rendre que les témoignages les plus avantageux de sa conduite et de sa régularité,”
Ce ne fut cependant qu'en 1738 que M. de Lotbinière fut promu au doyenné du chapitre: il en prit possession le 4 septembre et le garda jusqu'à sa mort en 1749.
En entrant dans l'état ecclésiastique, il n'avait pas cessé pour cela de faire partie du conseil ; ! il y fut toujours un des plus assidus, comme il en était un des plus compétents. [Il devint en 1738 doyen des conseillers, chargé par conséquent de présider l'assemblée, de recueillir les suffrages et de prononcer les arrêts, en l'absence de l'intendant, Comme il était instruit et laborieux, c'est à lui qu'il incombait souvent d'être rapporteur dans les différentes causes, ce qui lui donnait un surcroît d'ouvrage entre les séances,
Accablé de travaux, il était cependant un des plus assidus au chœur. Mis, malgré sa bonne volonté, il ne pouvait assister au chœur et au Conseil en même temps. S'il manquait l’office, ses confrères chanoines, jaloux peut-être de ses dignité et de son importance, le marquaient absent, afin de lui retrancher une partie de ses émoluments, Il fut obligé de s’en plaindre au gouverneur, d'abord, puis à la cour :
‘M, de Lotbinière nous a dit, écrit M. de Beauharnais au ministre, qu'il vous ferait des représentations sur ce qui se pratique dans le chapitre de Québec à son égard, Il est piqué pour ses absences du chœur toutes les fois qu'il est obligé de venir au conseil, ce qui le prive d'une partie du revenu de son bénéfice. Il est vrai qu'en France les conseillersclercs des cours souveraines, et qui sont chanoines, jouissent du revenu de leurs prébendes, sans qu'ils soient tenus de l'assistance à l'office. Le sieur de Lotbinière n'est pas cependant tout à fait dans ce cas, quoiqu'il soit ecclésiastique, sa commission de conseiller ayant resté la même depuis qu'il a changé d'état, . . .”
Voici d’ailleurs ce que M. de Lotbinière écrivit lui-même à ce sujet à M. de Maurepas, ministre et secrétaire d'Etat: ces documents nous font saisir sur le vif les mœurs de l'époque :
“ Eustache Chartier de Lotbinière, doyen du chapitre de Québec, et
1 11 pouvait donc arriver qu'il y eût trois ecclésiastiques présents au conseil: l'évêque, qui en faisait partie de droit, le conseiller-clerc, et M. de Lotbinière,
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conseiller du conseil supérieur, à l'honneur de représenter à Mu Grandeur que depuis trois ans le chapitre de Québec lui fait perdre P de s 60 livres de son revenu, pour les absences dont il est piqué, lorsqu il assiste au conseil pour y rendre la justice, Il est vrai que le dit Es binière est un des plus assidus au chœur pour y chanter ou pour j be ci 0 l'office, tous les chanoines en conviennent, Cependant, à la fin de] Ge quand il s'agit de partager le revenu du chapitre, il se trouve que le dk sieur de Lotbinière est un des plus piqués, et que, quoique les our connaissent parfaitement que cela ne devrait point être, de A S. de ceux qui assistent le plus scrupuleusement aux pente" : e de matin, cependant ils ne veulent point le passer comme présent, lorsq a au conseil. e ; É r Le sieur de Lotbinière, qui demandait ci-devant à Votre (rrandeur la grâce qu'elle a eu la bonté de lui accorder, cette année, n'a pee tie l'interrompre pour lui rendre justice sur ce fait ; ns a à d aujourd'hui doyen du chapitre, ses absences so voient très 107 . lui ferait perdre l'augmentation du revenu qu'il doit avoir en da ce bénéfice, puisque les piqures sont du double, ayant double portio hapitre en qualité de doyen, a 3 \ a dons de vous représenter, monseiæneur, que le goyenné ne lui donnera pas plus de 300 livres d'augmentation, Shane . sn serait pas piqué lorsqu'il va au conseil, parce que M. 1 évêque Jui c pans à étant archidiacre, 200 livres tous les ans pour ses visites, qui, JOIAseR a revenu de Parchidiacre, faisait, à 300 livres près, ce qu'il pour ra SU dans la suite comme doyen; et s’il était piqué toutes les fois qu L ane è au conseil, les piqures iraient, en qualité de Doyen, à près de 300 Die qui est la même somme qu’il reçoit en qualité de QUAI au Rare supérieur, et que la grâce que Votre Grandeur lui vient d'accorder ne mettrait pas plus en état de se soutenir et sa Frnile RS
‘ C’est pour cela qu'il a l'honneur de vous représenter, ee ie qu'il y a vingt-huit ans qu'ii est conseiller au 7 conseil nee : qu'il en à passé sept sans recevoir d'appointements,! pendant lesquels il & travaillé comme il fait aujourd’hui. | |
“ D'ailleurs, il peut dire, sans craindre d'être accusé de RRÉARENens que s'il y a quelques affaires un peu difficiles et embar a EX A porter au conseil, M. l'intendant lui fait l'honneur de le prier de . charger, soit qu'il le juge plus en état de le faire qu’un Jane doyen des conseillers, soit qu'il pense que le dit sieur de RL Li « Fa un devoir de ne pas laisser languir les parties, et de les M Le | pe promptement qu'il lui est possible. Cependant, si en tra ailane À a naire aux affaires du publie, le chapitre le pique comme il a fait ci devant,
un traitement : ce traitement était de 300 livres,
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plus grande partie des fruits attachés à cette dignité, puisqu'il perdra par ses absences au chapitre, en travaillant gratis pour le public, ce que le roi lui donne au conseil pour appointements, Cela paraît d'autant plus injuste que le chapitre sait parfaitement que le conseil supérieur rend la justice sans prendre aucuns émoluments pour les vacations et conseils extraordinaires.
“ D'ailleurs tous les casuistes sont d'accord que le prébendier qui est absent pour les affaires publiques est censé présent au chœur, et doit être payé comme s'il l'était en effet, Cependant jusqu’à présent le chapitre m'a fait perdre tous les ans mes absences, lorsque j'ai été occupé aux affaires du public, soit en assistant au conseil, soit en travaillant gratuitement chez moi pour faire rendre justice aux particuliers qui ont des procès.
“Le dit sieur de Lotbinière ose espérer, inonseigneur, que Votre Grandeur voudra bien ordonner qu'il sera censé présent et payé comme tel au chapitre, les jours qu'il ira au conseil, et travaillera aux affaires du public, d'autant plus que le revenu du chapitre est presque tout composé des bienfaits de Sa Majesté,! recevant peu de chose de l'abbaye de Maubec.—Québec, le 16 octobre 1738."
En plusieurs occasions, M, de Lotbinière joua un rôle important dans nos affaires ecclésiastiques. Deux fois, il prit possession du siège épiscopal, comm: procureur des évêques absents, une première fois en 1728, au nom de M#de Mornay, une deuxième fois en 1734, au nom de M# Dosquet. Plusieurs années de suite, durant l’épiscopat de ce prélat, il eut à faire la visite du diocèse, en qualité d’archidiacre. Muis l'événement principal auquel il attacha son nom, ce fut la sépulture de ME de Saint-Vallier,
En sa qualité d’archidiacre, il prétendait que c'était à lui à présider aux funérailles du prélat, non seulement à l'hôpital général, où il était décédé et devait être enterré, mais à la cathédrale et dans les églises de la ville où le cercueil, porté processionnellement, devait entrer : et il semble que, d'après les anciennes prérogatives des archidiacres, il avait raison, Or, voici que les chanoines, ses confrères, dans leur assemblée du 31 décembre 1727. lui contestent ce privilège, et décident que le service à la cathédrale sera chanté par le vicaire capitulaire, M. Boulard. [len appelle au conscil; mais le chapitre récuse cette autorité,
De son côté, l’intendant Dupuy, exécuteur testamentaire du défunt, est informé que l'on veut inhumer ses restes mortels à la cathédrale, malgré sa volonté expresse d’être enterré à l'hôpital général, Pour éviter de pénibles altercations, tous deux s'entendent pour procéder à la sépulture sans cérémonie et sans bruit, le soir, dans l’église paroissiale de
1 Le roi donnait au chapitre 3,000 livres par année, ‘ à prendre sur son domaine de la Nouvelle-France”, (Ædits et Ordonnances, t. 1, p. 339.)—Mar de Saint-Vallier écrivait le 9 octobre 1727 : ‘‘ Je vois peu de corps plus à son aise que ce chapitre, quoiqu’ils aient voulu écrire et persuader le contraire.” (Dosuments de Paris, Elise du Canada.)