I. Dr Dioiine, Notre-Dame des Vinoires, p
Mais une brume épaisse enveloppa les navires, et un grand nombre allèrent se briser sur Tîle aux CEufs. Les Québecquois y virent une nouvelle intervention de la Providence, et le pèlerinage annuel qu'ils faisaient depuis vingt ans à Notre-Dame de la Viéloire prit des proportions plus solennelles et plus imposantes cette année-là (1711).
On modifia encore le titre de Péglise en remplaçant **de la Viéloire'^ par ^^des Viéloires/' et elle a toujours porté depuis lors le nom de Notre-Dame des Viéloires. La date (17 11) et l'événement sont rappelés dans un second petit tableau du même genre que le premier, au-dessus de Tautel, à droite de la statue de la sainte Vierge. Les vaisseaux de T amiral Walker y sont représentés, ballottés et à demi-submergés par les vagues en furie, au milieu d'une nuit sombre, et Tange gardien de la Nouvelle-France, planant au-dessus, semble les foudroyer. Inscription : Deus providebat. L'église de 1688 subsista jusqu'en 1759, mais alors les bombes de Wolfe l'incendièrent Ce fut une vraie désolation pour les citoyens de la basse ville. Le temps des viéloires était passé.
Mais les murs étaient restés debout, et, quand la guerre fut terminée, on se mit à l'œuvre pour reconstruire le temple aimé. En 1765, il était rouvert au culte.
Quelques années après, on termina l'intérieur ; et depuis lors, ce sanctuaire, qui rappelle de si glorieux souvenirs, a été témoin de bien des fêtes, et est un lieu de pèlerinage très fréquenté. On a célébré son deuxième centenaire, en 1888, avec une grande solennité.
Le trésor de l'église comprend de précieuses reliques et de nombreux ex-voto. L'un de ces derniers est un tableau placé près de la porte ; il est bien loin de faire honneur à l'artiste, mais il témoigne de la foi du donateur, qui avait sans doute été sauvé d'un naufrage.
Il représente la mer agitée, où voguent plusieurs navires dont l'un arrive au quai, et sur le quai même on lit cette inscription : ^^ Ex-voto. — \S Aimable Marthe, commandée par le capitaine Maurice Simonin, 1747."
Chapelle du Séminaire
On sait que Tancienne chapelle du Séminaire a été détruite par un incendie en 1888. Elle n'avait rien de remarquable au point de vue architeélural ; mais elle contenait des tableaux de grande valeur artistique, que le feu a malheureusement consumés.
La nouvelle chapelle est fort modeste à Textérieur ; mais la décoration intérieure en fait un des sanéluaires les plus élégants et les plus agréables à Tceil que Ton puisse voir. Par le style, elle est entièrement romane ; mais la matière première employée dans la décoration constitue une innovation.
En effet, tous les revêtements des murs, des voûtes, des pilastres, des colonnes, ainsi que les moulures et les sculptures, sont en zinc bosselé et peint. Les autels seuls, au nombre de dix, sont en marbre ; et les boiseries qui recouvrent les murs jusqu'à la hauteur des fenêtres, sont en cerisier rouge. Le balustre est en cuivre doré et marbre blanc.
Elle est partagée en trois nefs sans transept ; et le chœur, formant un rond-point, est un peu plus élevé et beaucoup moins large que les nefs.
Un jubé presque entièrement occupé par un grand et bel orgue, et deux galeries latérales, sont supportés par des arcs à plein cintre et par des piliers massifs qui séparent la grande nef des petites.
Au-dessus des galeries est alignée la colonnade qui soutient les voûtes à caissons richement décorés. Toutes les colonnes sont de même style, avec des chapiteaux très fouillés, qui naturellement n'ont pas la perfection de la véritable sculpture.
Certains connaisseurs prétendent que les petites colonnes au-dessus des galeries n'ont pas de raison d'être, et sont des hors-d'œuvre ; mais on soutient, d'autre part, qu'elles étaient nécessaires pour la régularité des arcs à plein cintre, et pour donner plus de relief aux petites voûtes.
La balustrade du jubé et des galeries paraîtrait trop massive sans les décorations. Mais elle est si richement décorée et si brillamment peinte, qu'elle est très élégante et semble légère.
La principale richesse de cette chapelle consiste dans sa belle colleélion de reliques, et dans ses dix autels, qui sont tous en marbre. Le maître-autel, dédié à la sainte Famille, est monumental et de belles proportions. Il remplit bien le chevet du sanéluaire ; et au-dessus de ses jolies colonnettes et de ses panneaux en marbre de couleur, il porte un groupe superbe en stuc, représentant la sainte Famille. Les neuf autres autels rangés dans les nefs latérales sont dédiés au Sacré-Cœur, à sainte Anne, à saint François de Sales, à saint Antoine de Padoue, à saint Charles Borromée, à saint Thomas d'Aquin, à saint Louis de Gonzague, à saint Jean-Baptiste et aux saints Anges.
La décoration sculpturale et la peinture de la nef sont tout ce qu'il y a de plus brillant et de plus conforme au goût moderne. Il est impossible de ne pas admirer la fraîcheur du coloris et le mélange harmonieux des carnations et des ors.
Les piliers sont imités en malachite, et les colonnes en marbre de Sienne ou en albâtre oriental.
Au moyen âge, on voulait que le temple inspirât la tristesse et le sentiment de la misère humaine. Mais le goût moderne demande des églises pleines de lumière, et ornées comme des palais. On veut que le chrétien qui entre dans la maison de Dieu s'y plaise, que ses yeux soient charmés, que les effets d'art, les jeux de lumière et de couleur le réjouissent, et qu'il s'y trouve heureux.
Le temple protestant a gardé le caractère austère du moyen âge. Il est plein d'obscurités, comme la Bible. Mais le temple catholique étincelle de cristaux, de fleurs, de dorures, de décors et de lumière. Le premier inspire plutôt la crainte du Seigneur, et le second plutôt l'amour.
Tel est le caraélère de la décoration de la chapelle du séminaire. Elle ne nous rappelle ni le Sinaï, ni le Calvaire, mais le Thabor, et l'on y est tenté de s'écrier comme Pierre: "Dressons-y des tentes." Comme la cathédrale, elle est peuplée de saints personnages.
Les vitraux coloriés n'ont pas de clartés douteuses. Ils ont des tons chauds, animés, radieux. Le soleil entre en triompha-
teur par la rosace du portail, qui représente une sainte Cécile jouant l'orgue d'un air inspiré. Dans les verrières du chœur rayonnent les figures vivantes de saint Thomas d'Aquin, de saint Charles Borromée, de saint François de Sales, et de saint Jean- Baptiste. Des six autres vitraux, deux représentent le Sacré- Cœur de Jésus et sainte Anne avec la Vierge Marie enfant, et les quatre autres reproduisent les armes du Séminaire et de rUniversité, celles de Léon XIII et d'Alexandre VII, sous le pontificat duquel le Séminaire fut fondé, et celles de M*' de Laval et du cardinal Taschereau.
Le rond-point de l'abside est destiné à recevoir plus tard une grande peinture qui représentera l'apothéose de M^' de Laval ; et deux grands tableaux ornent les murs du chœur: l'Immaculée Conception, qui est l'œuvre d'un peintre italien contemporain ; et l'admirable saint Jérôme de Philippe de Champagne.
De nombreuses lampes éleélriques répandent leur éclat et leurs rayons coloriés sur tous les détails de sculpture et de peinture, de manière à leur donner plus de relief et de perspeélive.
L'inauguration de cette chapelle a été faite le 15 mars 1900, avec une grande solennité, au milieu d'un immense concours d'évêques, de prêtres et de laïques, la plupart anciens élèves du séminaire.
Église Saint-Jean-Baptiste
C'est une des plus vastes et des plus monumentales de Québec. Elle a plus de deux cents pieds de longueur, et le clocher a la même mesure en hauteur.
Perchée au sommet de la montagne dont le faubourg Saint- Jean couvre le versant nord, elle s'élève à près de quatre cents pieds au-dessus des faubourgs Saint-Roch et Saint-Sauveur.
Sa façade, qui regarde l'ouest, se compose à sa base d'un large perron de pierre, sur lequel savance un spacieux portique, formé de trois arcades romanes, qui supportent une plate-forme. Les piliers de ces arcades sont massifs et sans ornements ; mais le premier et le dernier sont creusés en niches, et portent les
statues des deux évangélistes qui n'étaient pas apôtres, saint Luc et saint Marc.
Au-dessus de la plate-forme, s'allonge, en guise de frise, toute une galerie de statues, logées dans treize niches, et représentant Jésus-Christ au milieu de ses douze apôtres. Puis vient un étage de fenêtres, style renaissance. Au-dessus s'ouvre un grand œil-de-bœuf; et du fronton triangulaire qui le domine, s'élance un clocher roman d'une hardiesse et d'une sveltesse rares. .Aux angles supérieurs de ce portail, aux lignes sévères mais élégantes, se creusent encore deux niches, où se tiennent samt Jean Baptiste et saint Joseph.
L église d la forme d'une croix latine, dont l'extrémité supérieure et les bras se terminent par des ronds points, de façon qu'à l'extérieur, l'abside et les transepts ont l'aspeét d'un donjon colossal, flanqué de deux tours. Deux autres tourelles brisent l'uniformité des murs, et contiennent à l'intérieur les escaliers qui conduisent aux galeries.
La décoration intérieure est de romain. La grande nef centrale est séparée des nefs latérales, en bas, par des piliers qui soutiennent les galeries, et en haut, par des colonnes fuselées. Les colonnes du sanctuaire sont carrées. Les trois voûtes sont romanes, avec des arcs surhaussés.
Au-dessus des galeries, des arcades s'arrondissent entre les colonnes et soutiennent les voûtes latérales.
Les murs, les pilastres, les colonnes avec leurs chapiteaux, les balustrades du
jubé et des galeries, et tous les ornements n'ont que deux couleurs : blanc et or. Il en est de même des autels temporaires, qui sont en bois.
C'est l'extérieur de cette église qui est surtout remarquable. Il est imité des églises de Saint-Augustin et de la Trinité, à Paris ; et son arehiteéle, M. Peachy, a droit d'être fier de son œuvre.
Le couvent et l'église des Franciscaines
L'architeéte auquel nous devons ces deux édifices nouveaux, s'est trouvé en présence de grandes difficultés, quand on lui a confié l'exécution de cette entreprise.
Le couvent existait déjà, et il formait „,!, l'I /M ■'?^'^y\ f^^^Wx'i iff: une grande boîte car- , .1^ UU/ÎM^^» 3é Ê i'^&» ' Wi\// rée en brique rouge, ' *' •■C' "■ » ^màW L^n.. ■ ii^l ., f.
à quatre étages, avec un toit plat. Il n'avait pas la moindre prétention architecturale, et il ressembait
moins à une résidence qu'à un hangar. En y arrêtant ses regards, le passant éprouvait l'irrésistible désir de le voir démolir. Or, cette démolition n'était pas possible : les dames franciscaines y étaient installées, et ne pouvaient pas aller vivre ailleurs. Mais ce n'est pas tout.
Non seulement cette construélion sans style ne pouvait pas disparaître, mais il fallait en faire le portail de l'église à bâtir. Il fallait que l'église fût placée en arrière du couvent et y fût attenante, de telle façon que les religieuses y pussent pénétrer aux divers étages de leur habitation, sans communiquer avec le public, et que le public lui-même pût y entrer par la façade, sans passer par le couvent.
Tel était le problème ; et, ce qui le compliquait encore, c'est que l'argent manquait, et qu'il fallait tout faire dans les plus bas
prix. Notre éminent architedle, M. F.-X. Berlinguet, ne recula pas devant ces difficultés, et il se mit courageusement à T œuvre.
Bientôt on vit sortir de terre, en arrière du pauvre et disgracieux couvent, une église en brique rouge, qui sembla tout d'abord disproportionnée et sans raccord possible avec le monastère. Les passants hochaient la tête, et disaient: ''Qui donc bâtit cette vaste grange en arrière de ce hangar?''
Mais, sur ces grands murs de brique, percés d'élégantes fenêtres à plein cintre, on vit bientôt s'élancer dans les airs un dôme majestueux, surmonté d'une gracieuse lanterne dorée, por tant une croix qui étincelle au soleil.
Puis on vit le couvent s'allonger, se couvrir d'un élégant toit mansard, et projeter, à chaque extrémité, de petits avantcorps, qui se couronnèrent de clochetons.
Enfin, un porche colossal le traversa par le milieu de part en part, formant une entrée spacieuse et dans la crypte et dans la nef de l'église ; puis ce porche s'encadra d'un portique monumental en saillie, dont le fronton, orné d'une grande statue de saint Antoine de Padoue, patron de cette église, se couronna d'un clocher à coupoles, qui domine à la fois tout l'édifice et la ville.
Le problème était résolu, et l'œuvre exécutée de main de maître. La matière première restait pauvre, mais l'aspedl de l'édifice était complètement changé. Le dôme, le portique, le clocher et les clochetons donnaient à l'ensemble une rare élégance de formes, et une parfaite harmonie de proportions. Tout étonné de cette métamorphose, le passant s'arrêtait et disait : "Eh bien! ma foi, c'est maintenant très beau!"
Mais, lorsqu'il entrait, il déplorait la pauvreté et la nudité de l'intérieur. Il songeait à la grotte de Bethléem, et il se demandait quand les rois mages apporteraient de l'or pour métamorphoser l'église en palais.
Les rois ne sont pas venus et ne viendront probablement pas. Ils sont si rares, les rois de la finance qui s'occupent de loger convenablement Jésus-Christ.
Mais, 'il y a toujours des bergers prêts à payer la dîme de
leurs troupeaux, et les pasteurs comptent toujours parmi leurs ouailles, des âmes généreuses.
Donc, l'intérieur de cette église sera terminé, et ceux qui sont à la tête de l'entreprise, escomptant l'avenir, veulent que l'intérieur soit riche et beau.
Hélas ! le marbre authentique n'est pas à la portée de leurs ressources pécuniaires ; mais, il y a aujourd'hui des marbres de fabrication industrielle, qui sont aussi durs aussi polis, que les
SAINT ANTOINE Dii l-ADOUE -
marbres véritables; et ce sont ces marbres qui seront employés dans la décoration de Téglise du Très-Saint-Sacrement.
L'architeéle est à Tœuvre, et ses plans nous semblent très beaux. Le style adopté est celui de la renaissance française.
Il n'y aura qu'une seule nef, spacieuse et imposante ; car les galeries sont trop étroites pour que Tespace compris entre les piliers qui les soutiennent et les murs, puisse prendre le nom de nefs latérales : ce ne sont vraiment que des couloirs, et c'était aussi leur destination première. Les dames religieuses voulaient en faire des passages grillés, pour communiquer de leur couvent au sanéluaire ; mais, aujourd'hui, elles ont décidé de les laisser ouverts au public, parce qu'elles ont fait construire un passage à l'extérieur.
Une grande voûte à plein cintre, avec caissons enfoncés, couvrira donc la nef unique. Elle sera soutenue par deux rangées de grandes colonnes, complètement détachées des piliers-pilastres qui supportent les galeries latérales. Des ornements, de formes diverses, décoreront les angles de la voûte et les arcs-doubleaux au-dessus du sanéluaire.
Seize colonnes, supportées par des anges en guise de consoles, seront rangées autour du dôme, lequel sera appuyé sur quatre pendentifs composés de colonnes et de pilastres. Le baldaquin, s'élevant au-dessus de l'autel, à quarante pieds de hauteur, sera soutenu par six autres colonnes. Tous les chapiteaux, de proportions et de formes variées, seront artistement fouillés et sculptés.
Les tribunes formeront d'élégantes arcades, supportées par des colonnettes, avec archivoltes et balustrades. Entre les grandes colonnes s'avanceront des balcons arrondis.
Il n'y aura pas de corniche générale, mais des entablements spéciaux à chaque colonne, supporteront les nervures des petites voûtes et les arcs-doubleaux.
Au-dessus des galeries, et dans le dôme, les caissons enfoncés des petites voûtes seront ornés de rosaces sculptées, placées au centre ; mais les caissons de la grande voûte seront destinés à recevoir des peintures.
L'encadrement des fenêtres sera composé de pilastres et de colonnes détachées, appuyés sur culots, et portant des archivoltes dont les clefs seront sculptées avec art.
Comme on le voit, les colonnes et les pilastres entreront pour une très grande part dans la décoration de cette église, et la matière employée sera ce marbre fabriqué qu'on appelle scagoglia ou maresso. Il y aura, en tout, six séries de colonnes, de dimensions et de couleurs différentes.
Les murs seront plus tard revêtus de marbre au-dessus des boiseries, et les autels et les balustrades seront en harmonie avec
l'ensemble de cette riche décoration.
Ajoutons que la lumière électrique sera abondamment distribuée dans tout l'édifice, de manière à en faire ressortir les beautés. J'ai assez de confiance en l'architeéle qui a présidé aux travaux, pour croire qu'ils seront exécutés avec goût, et que les visiteurs du Très-Saint-Sacrement, dans l'an de grâce 1900, ne pourront retenir ce cri de David : Quant dileéhi tabernacttla tita^ Domine! "Qu'ils sont aimés, grand Dieu, tes tabernacles!"
Notre-Dame du Chemin
Quand vous la regardez du chemin Saint-Louis, cette petite église vous paraît plus que modeste. Elle semble manquer d'élévation, et le clocher, presque carré, qui la couronne, n'a pas l'élancement qu'on lui voudrait.
Mais, si vous y arrivez par le chemin Sainte-Foye, vous lui trouverez un aspe(51; tout autre. Le terrain s'élève, le perron
s'élève, le portail s'élève, et le clocher, en forme de tour carrée, s'élance comme une âme éprise d'amour au-dessus de toutes ces élévations, dans la verdure des grands arbres rangés autour du temple, comme de muets adorateurs.
Cette vue seule élève l'âme, et vous éprouvez le désir d'entrer ; car il semble que l'intérieur va vous ouvrir soudainement une échappée vers le ciel bleu. Gravissez donc les degrés, et vous serez charmé. Vous n'y verrez rien de ténébreux, rien de terrible, rien d'austère. Tout est riant, lumineux, reposant, plein de grâce.
Elle est vraiment bien nommée, cette petite église. Placée au bord du chemin, elle semble inviter les voyageurs de cette vie à s'y reposer ; et, sur le perron même, une haute statue de la sainte Vierge se tient debout, et présente aux passants son divin
Fils, qui les bénit.
Cette statue est copiée d'une image très antique et miraculeuse, que l'on vénère à Rome sous le vocable de Notre-Dame du Chemin : Ltr Madoinia délia strada.
On soutient qu'elle remonte au V* siècle, et qu'elle était peinte sur un pan de muraille, dans une de ces niches qu'on voit souvent à Rome au coin des rues.
Elle était en grande vénération, à cause des miracles qu'on lui attribuait ; et un jour on la détacha du mur en sciant le ciment qui la portait, et on la transporta dans l'église
du Gésu, où elle est encore et où les Jésuites l'honorent d'un culte spécial. L'église de Notre-Dame du Chemin ne contient qu'une seule nef, traversée par un transept peu profond, qui lui donne la forme d'une croix latine.
Pas de galeries latérales, ni de colonnades, mais sur les murs des demi -colonnes fuselées, formant autant de pilastres, couronnées d'élégants chapiteaux, soutiennent des arcs à plein cintre, et servent de cadres ^''"'* Manrèae.
aux stations du chemin de la croix en peinture, en même temps qu'elles font une ornementation des plus gracieuses.
Un étage de fenêtres, divisées par de nombreux meneaux, s'élève au-dessus des arcs; et, à partir de la corniche qui les domine, les colonnes fuselées se ramifient, et leurs ramifications forment toute une série d'arcs qui semblent soutenir la large voûte à plein cintre.
La chaire en bois sculpté, peinte et dorée, est très élégante, et clouée au mur. Le prédicateur y arrive par une porte percée dans la muraille même, et cachée par un rideau. C'est une nouveauté en Canada, mais plusieurs églises d'Italie ont des chaires ainsi placées.
Les deux transepts forment des chapelles latérales, dont l'une est dédiée à saint Joseph et l'autre à la sainte Vierge. En résumé, l'église de Notre-Dame du Chemin est un charmant petit sanctuaire qui fait honneur à l'architefte, M. George Tanguay.
A côté de l'église, s'étend un jardin orné d'une statue de saint Ignace de Loyola. Au fond, une élégante villa, qui se nomme Manrèse, sert à la fois de presbytère et de lieu de retraite ouvert à tous ceux qui veulent se convertir ou se perfectionner.
Église du Patronage
Voilà un joli petit temple qui a vraiment du style et du caractère. Le portail surtout est original et lui donne l'aspeét d'un château. Il se compose de deux grosses tours rondes percées de fenêtres rectangulaires, entre lesquelles s'ouvre un large portique à trois arcades supportées par quatre piliers carrés.
Au-dessus du portique sont pratiquées trois larges baies romanes, et dans le fronton triangulaire aigu trois œils-de-bœuf forment eux-mêmes un triangle.
L'intérieur se partage en trois nefs avec galeries latérales et jubé. De grosses colonnes soutiennent les galeries et les voûtes ; mais au-dessous des galeries elles sont flanquées chacune de colonnettes qui font un joli effet.
Dans le chœur, les colonnes sont remplacées par des pilastres du même style. La voûte centrale est bien plus élevée que celle des nefs latérales, et elle reçoit d'un second étage de fenêtres des flots de lumière qu'elle reflète uniquement dans la grande nef. Les grands arcs à cintre surbaissé de cette voûte reposent sur une corniche générale qui fait le tour de la nef et du sandtuaire. Le tout est à la fois agréable à l'œil, artistique et religieux.
Église Saint-Roch
Elle est très vaste, mais elle n'a rien de bien remarquable.
A l'extérieur, un grand portail plat, sans autres saillies que des
mt
Iv^list paroissiale île Saiut-Rocli (sous le vocable de saint Rocti).
pilastres, et un large fronton à angle obtus, surmonté d'un piédestal qui porte la statue de saint Roch, avec son chien légendaire. Des angles latéraux du fronton s'élèvent deux clochers polygones avec lanternes et flèches.
La façade est percée de cinq portes et de trois étages de fenêtres, sans compter les œils-de-bœuf.
A rintérieur, trois nefs très larges, et trois voûtes à cintre surbaissé, deux étages de galeries et deux jubés supportés par des piliers carrés, avec des balustrades peintes en blanc et décorées d'or ; trois autels en bois doré, et du côté nord une riche chapelle du Sacré-Cœur; chaire en bois sculpté ; au-dessus de l'autel, un petit jubé portant l'orgue.
Une inscription m'a impressionné. Elle est gravée dans une pierre tombale en marbre blanc, encadrée de marbre noir, et elle rappelle que le cœur de M" Plessis, fondateur
j . , . Eglise paroissiale de Saint-Sauveur
de cette église, y est conserve. (sous le vocalile de la TmnsliKuration de Notre-Seigu,
Èguse de Saint-S.'iuveur
C'est à l'intérieur une des plus belles églises de Québec. L'extérieur en est simple et austère, et le portail n'a de remarquable qu'une large tour carrée qui fait avant-corps au centre, et qui porte un clocher très élevé.
Au-dessus du fronton triangulaire de la façade, cette tour carrée s'éclaire d'un étage de fenêtres, et plus haut sont super-
8o QUÉBEC MONUMENTAL
posées deux lanternes polygones, surmontées d'une flèche.
L'entrée latérale est étroite, obscure et basse. Mais, si vous entrez par la façade, les belles proportions du vaisseau, divisé en trois grandes nefs, la belle colonnade formée de dix-huit grandes colonnes fuselées, les fresques et les immenses toiles de la voûte produiront sur vous une impression saisissante.
Irrésistiblement vos yeux se lèveront vers la voûte, et vous admirerez les cinq grands tableaux qui s'y déroulent et C33 qui sont dus au pinceau de notre artiste québecquois, M.
Charles Huot. Ils sont d'une Eglise <ie saim-Maio
grande vigueur de coloris, (»„ i= voc.w. * „!„« Angsi.).
mouvementés et dramatiques. La variété des physionomies et des attitudes, le contraste des scènes, la puissance de l'expression, font de l'ensemble de ces tableaux une oeuvre remarquable qui a sufii à bien établir la réputation de l'artiste.
Vos regards s'abaisseront ensuite vers les vitraux coloriés, qui sont au nombre de vingt-huit. Comme des verres de couleur auraient trop intercepté la lumière et nui à l'effet des grands tableaux de la voûte, ces vitraux ne sont que des grisailles représentant les principaux personnages de l'Ancien Testament, les apôtres, et plusieurs saints et saintes. C'est tout un cours d'hagiographie.
Les stations du chemin de la croix sont des bas-reliefs de belle dimension, qui se détachent des murs et qui donnent de la vie aux nefs latérales, au-dessous des galeries.
Ajoutons, pour compléter cette description, que la voûte de la grande nef est à plein cintre, que la chaire est en bois sculpté, qu'il y a trois autels et deux jubés, avec un grand orgue dans le jubé supérieur.
AUTRES MONUMENTS
Notre esquisse de Québec monumental dépasse déjà les limites que je m'étais tracées ; mais elle serait incomplète si je n'y ajoutais pas encore quelques pages pour indiquer au moins les autres monuments qui méritent l'attention.
Ainsi, il y a d'autres églises et chapelles catholiques que je ne puis pas décrire — faute d'espace — mais qui sont bien dignes d'une visite.
Les Irlandais ont leur église Saint-Patrice, à trois nefs, avec jubé et galeries latérales, spacieuse et cependant trop étroite pour la foule des fidèles qui la fréquentent.
Les Jésuites dirigent deux congrégations d'hommes, l'une à la haute ville et l'autre à Saint-Roch, et chacune a son église, modeste et simplement peinte à fresque.
A quelques pas de la congrégation des Oblats, et sous leur direction, s'élève la jolie petite église du Tiers-Ordre, consacrée à Notre- Dame de Lourdes, et dont le campanile porte, bien haut dans les airs, une statue dorée de l'Immaculée Conception.
Enfin, à l'extrémité de Saint- Sauveur, dans la nouvelle paroisse de Saint-Malo, qui sera bientôt un centre des classes ouvrières, vient de s'élever une jolie église, en brique blanche, avec tour et clocher, connue sous le vocable de sainte Angèle.
J'allais oublier Notre-Dame de la Egii« ««tiKHiijte. Egiiœ s.mt-M.tu,ieu.
Garde, jolie petite église bâtie sur les quais, au pied du cap Diamant, non loin de l'endroit où fut tué le malheureux général Montgomery.
Les communautés de femmes ont leurs chapelles, dont plusieurs sont remarquables. Celle des Ursulines est des plus intéressantes par ses souvenirs, ses vieux tableaux et ses pierres tumulaires. Celle de l'Hôtel-Dieu a le même caraélère. Les Sœurs de la Charité ont une petite chapelle gothique, dont l'intérieur est ravissant. Celle des Dames du Bon-Pasteur, style roman, a deux étages de galeries, un bel autel en bois doré, et une voûte d'une rare élévation.
Toutes ces chapelles sont ouvertes au public, et ont des portails sur rue plus ou moins dignes d'attention, surmontés de clochers et de coupoles.
Les protestants ont aussi leurs églises, dont plusieurs appartiennent au style gothique. Ils sont presque les seuls, à Québec, à manifester par des monuments, leur goût de l'ogive. C'est ainsi que r.- -dw :!Hi m-wB / f\ ^^"^ église de Saint-Matthieu, dans Kmi \ At'V^uïk.L y >] ^^ faubourg Saint-Jean, celle du
D' Chalmers, le grand théologien de l'église d'Ecosse, dans la rue Sainte- Ursule, l'église méthodiste, à côté du collège Morrin, relèvent de l'architeéture ogivale primitive, sans ornementation.
La cathédrale anglicane est plutôt romane. Elle est voisine de la cathédrale catholique, et toutes deux vivent en bonne intelligence, mais séparées. Elles se regardent de côté, par-dessus un pâté de maisons, toutes deux faisant face à l'occident lointain qu'elles rêvent de conquérir.
Les deux clochers, qui planent dans les hauteurs, semblent fraterniser, et
AUTRES MONUMENTS
sonnent souvent ensemble. Cependant, leurs cloches n'ont pas le même son, et ne chantent pas le même air. Qui sait, si ces deux sœurs séparées ne finiront pas par se réunir, et s'ils ne reviendront pas, ces temps lointains, où l'on disait : la catholique Angleterre !
A côté des églises, les maisons d'éducation ont naturellement leur place, et il est juste de commencer par le séminaire des Missions étrangères : à tout seigneur tout honneur.
L'institution remonte à 1663, et H6.ei-Di=u du «*„, s.ng.
fut fondée par M" de Laval, le premier évêque de Québec. Pendant le premier siècle de son existence, c'était exclusivement un grand séminaire, ouvert à ceux qui se destinaient à la prêtrise, après avoir fait un cours d'études classiques dans le collège des Jésuites, qui s'élevait tout auprès. Mais, lorsque celui-ci fut fermé, un petit séminaire fut adjoint au grand séminaire, et l'on y institua des facultés des lettres, des sciences et de théologie.
La maison a rendu d'immenses services à la religion et à la patrie, et elle a grandi, malgré bien des épreuves. En 1852, on crut que le jour était venu de compléter son développement, en fondant l'Université Laval. Québec était bien le centre qui convenait pour un pareil établissement. Ville historique, peu mouvementée, dont le calme convient aux études, et dont le passé est plein de leçons, elle aurait pu être pour le Canada français ce que furent et sont encore Oxford pour l'Angleterre, Heidelberg pour l'Allemagne, Bologne pour l'Italie, et Harvard pour les Etats-Unis; Montréal ne l'a pas voulu. Montréal, qui avait déjà tant d'avantages sur la vieille capitale, lui a disputé l'honneur de grouper et former la jeunesse studieuse, et il a réussi à fractionner notre belle
institution. Je ne dis pas cela pour récriminer, mais je regrette que les brillantes destinées que nous rêvions pour elle ne soient plus guère réalisables.
Le Séminaire et T Université forment tout un monde de construélions anciennes et nouvelles, dont on ne saurait mesurer rétendue qu'en en parcourant les longs corridors. Le nouveau grand séminaire, construit il y a quelques années, est vraiment monumental. C'est un palais d'architeélure sévère, bâti pour les siècles, et digne de la grande famille qui Thabite. Il est fait à sa taille. La pierre, la brique et le fer, les seuls matériaux qui entrent dans sa construélion, en font un édifice aussi durable que rinstitution elle-même, qui, après plus de deux cents ans d'existence, est plus jeune et plus forte que jamais.
Il est spacieux, d'une hauteur bien proportionnée, largement aéré, inondé de soleil le jour, et de lumière éleélrique le soir. Il fournira dans l'avenir, comme il a fourni dans le passé, des princes à l'Eglise, des apôtres à l'Evangile, des orateurs à la chaire catholique, des savants à la science, des gloires au barreau, à la tribune et à la magistrature.
A côté du Séminaire, s'élève l'Université Laval, immense construélion en pierre de taille à six étages. Edifice solide, mais sans prétention architeélurale, il date d'une époque où l'on ne croyait applicable qu'à la littérature cet axiome de Boileau : '* L'ennui naquit un jour de l'uniformité."
C'est pour remédier à cette ennuyeuse uniformité, qu'on a remplacé, il y quelques années, son toit plat, ou plutôt sa terrasse primitive, par un toit mansard, couronné d'une coupole très élancée et de deux clochetons. Ces flèches, qui s'élèvent hardiment vers le ciel, suffisent à faire comprendre au touriste que ce n'est pas une manufaélure de machines quelconques, mais un établissement où l'on fait des hommes.
Il en sera plus convaincu encore s'il a l'esprit d'y entrer. Car il y trouvera une riche bibliothèque de plus de cent mille volumes, des musées considérables, une galerie de peinture, des salles de conférences, et des chaires appartenant à toutes les facultés.