MONTMENT DE CHAMPI.AIN
les provisions, et de trois corps de logis à deux étages ; le tout entouré d'un large fossé et d'une enceinte de pieux.
Tel fut le germe de la colonie française en Canada. Il en sortit un plant vivace. Mais que d'orages l'assaillirent ! et que d'années il lui fallut pour devenir un arbre !
En 1615, Champlain, qui était déjà retourné en France deux fois, ramena avec lui quatre Récollets et quelques colons. Il fit
Preiuière habitation de Québec, résidence de Samuel de Chantpli
bâtir tout auprès de l'habitation, une chapelle que les Récollets furent chargés de desservir. Ce fut le premier temple érigé en l'honneur du Très-Haut sur les bords du Saint-Laurent, et la première messe y fut célébrée le 25 juin 1615.
L'année suivante, Champlain dut retourner en France, et, quand il revint à Québec, en 161 7, il était accompagné de Louis Hébert, qui fut en réalité le premier agriculteur du Canada.
Jusque-là, les compagnies successives qui s'étaient formées pour y fonder des établissements, n'avaient guère en vue que le commerce des pelleteries. Mais Louis Hébert avait amené avec lui toute sa famille, dans l'intention de s'y fixer définitivement, et de s'y livrer à la culture du sol.
C'est le véritable ancêtre de nos Imbitaiits : Dieu l'a béni et lui a donné, comme à Abraham, une nombreuse postérité. La rue Couillard, qui tient son nom de son gendre ou de quelqu'un de ses descendants, longeait probablement ou traversait la terre qu'il cultiva.
En 1620, Champlain commença la construétion d'un fort, sur la montagne au pied de laquelle était bâtie son "Abitation," à l'endroit même où se dresse aujourd'hui sa statue. Les travaux marchèrent lentement et furent souvent interrompus. Il n'était pas encore achevé, quand Champlain, le jugeant absolument insuffisant, en fit commencer un plus grand, flanqué de deux demibastions.
C'est ainsi qu'en 1626, Québec contenait en germe tous les éléments qui entrent dans la composition d'un peuple nouveauné : des foyers domestiques, un fort, une église, des marins, des soldats, des religieux et une famille d'agriculteurs. L'ange de la terre, descendant du ciel, apportait un nouveau-né à la grande famille des nations !
Champlai'n contemplait son œuvre avec d'autant plus d'affection qu'elle lui avait coûté plus cher, et il était plein de foi dans son avenir, lorsque la guerre éclata entre la France et l'Angleterre.
Il n'y avait alors à Québec qu'environ cinquante personnes, menacées de famine, lorsque Champlain apprit que des vaisseaux anglais, commandés par David Kertk, remontaient le fleuve.
Au commencement de juillet 1628, une patache et deux chaloupes arrivèrent au cap Tourmente, montées par des Anglais qui brûlèrent les deux petites maisons et les étables qui s'y trouvaient, et pillèrent et détruisirent le mobilier et le bétail.
L'une des chaloupes se rendit jusqu'à Québec le 10 juillet ; et l'officier qui la montait remit à Champlain une lettre de l'amiral Kertk, resté à Tadousac avec ses navires, le sommant de se rendre avec le fort et ^^l'Abitation" de Québec.
Champlain était absolument incapable de résister à un siège. Mais il fit bonne contenance, et il répondit à la sommation sur le ton d'un homme sûr de vaincre, et avec toute la dignité d'un représentant du roi de France : ^^ qu'il avait des vivres en abondance, qu'il se considérerait indigne de paraître devant son roi, s'il se rendait quand il était en état de se défendre ; qu'il voulait voir l'essai des canons anglais, et qu'il était prêt à le recevoir et à résister à ses prétentions."
La vérité était que, depuis trois ans, Québec n'avait reçu de France ni vivres ni munitions ; que la ration de chaque homme était réduite à sept onces de pois par jour, et que l'on attendait avec impatience des vaisseaux de France, commandés par Roquemont.
Malheureusement, ces vaisseaux n'arrivèrent jamais, car Roquemont eut l'imprudence d'aller attaquer l'amiral anglais, et fut défait.
Toutefois, David Kertk ajourna son projet de s'emparer de Québec, et redescendit le fleuve. Mais l'année suivante (1629) il revint; et comme Champlain n'avait reçu, dans l'intervalle, aucun secours de France, il lui était impossible d'offrir la moindre résistance aux nouvelles sommations de Kertk.
Les conditions de la capitulation furent d'ailleurs très honorables et avantageuses : les Anglais . garantissaient liberté entière et protection aux Français qui resteraient à Québec.
Louis Kertk, frère de l'amiral, prit ainsi possession de Québec, et Champlain s'embarqua pour la France à bord des navires anglais.
L'épreuve était dure pour lui ; car sa nouvelle patrie lui
était déjà trois fois chère. Mais il était plein d'espoir qu'elle lui serait rendue.
Il ne fit que passer en Angleterre, et se rendit à Rouen, puis à Paris, dans l'intention de faire ses représentations au roi de France, en personne.
Louis XIII Taccueillit avec la bienveillance qu'il méritait ; et Champlain lui représenta : ^* que Québec avait été pris par les frères Kertk, après que la paix avait été conclue entre les deux couronnes, mais alors que les Kertk et Champlain ignoraient cette conclusion de la paix; que, dans ces circonstances, la capitulation était contraire aux lois de la guerre, et nulle ; que le roi d'Angleterre était, en conséquence, tenu de rendre Québec à la couronne de France." Convaincu de la parfaite justice de ces représentations, Louis XIII fit demander au roi d'Angleterre la remise de Québec, et Charles i" fit immédiatement droit à cette demande.
Il donna l'ordre de remettre le fort et l'habitation de Québec aux mains des Français. Mais l'exécution de cet ordre traîna en longueur, et Kertk resta en possession de Québec jusqu'en 1632. Alors fut conclu, entre les deux couronnes, le traité de Saint-Germain-en-Laye, par lequel le roi d'Angleterre promettait de rendre à Sa Majesté très chrétienne tous les lieux occupés par les Anglais dans la Nouvelle-France, l'Acadie et le Canada.
Pour des raisons qu' il serait trop long d'énumérer, ce fut Emery de Caen, et non Champlain, qui fut chargé de venir reprendre possession de Québec.
Il y arriva le 13 juillet 1632 ; mais, au mois de mai suivant (1633), Champlain fut réinstallé dans ses droits, et reprit le commandement dans son cher Québec, où la population le reçut avec de grandes démonstrations de joie.
Hélas ! il eut le regret de n'y retrouver ni son ** Abitation," ni sa chapelle, qui avaient été incendiées pendant son absence. Des murailles noircies et à moitié démolies étaient seules restées. La maison des Jésuites et le couvent des Récollets étaient aussi dans un lamentable état de délabrement. Mais tout le monde se remit à l'œuvre avec courage pour réparer les désastres de l'occupation étrangère.
Pendant son séjour à Paris, Champlain avait promis, s'il rentrait à Québec, d'ériger une chapelle sous le vocable de Notre-Dame de la Recouvrance. Dans l'année même de son retour, il accomplit son vœu, et la chapelle fut bâtie auprès du fort Saint-Louis, à l'endroit où s'élève aujourd'hui le rond-point de la basilique adtuelle.
Cette chapelle devint la première église paroissiale de Québec, et fut desservie par les Jésuites, qui avaient leur résidence principale à Notre-Dame des Anges, au confluent de la rivière Saint-Charles et du ruisseau Lairet.
Cette chapelle de la Recouvrance fut malheureusement détruite par un incendie sept ans après sa fondation, c'est-à-dire en 1640. Champlain n'eut pas le chagrin de la voir disparaître, car il mourut en 1635, après quelques mois de maladie.
Hélas ! l'œuvre qu'il avait rêvée n'était qu'ébauchée. Mais enfin, Québec était fondé ; une France nouvelle avait inscrit son nom sur la carte de l'Amérique du Nord ; un petit peuple était né sur les bords du Saint-Laurent ; et le fondateur de Québec pouvait mourir, plein d'espoir que son œuvre lui survivrait et grandirait sous la proteélion de cette Providence des nations à laquelle il croyait si fermement.
On était arrivé aux derniers jours de décembre 1635, les jours les plus courts de l'année. Sur le promontoire, alors couvert de neige, le soleil se montrait à peine, rasant l'horizon et ne jetant qu'une lueur pâle et fugitive aux fenêtres de la pauvre habitation où le fondateur de Québec agonisait. Hélas ! sur l'ombre grandissante des soirs d'hiver, l'ombre étemelle descendait lentement.
Champlain vit venir la mort, et ce fut le grand déchirement de son cœur de rompre tous les liens qui l'attachaient à la terre, et de dire adieu à la vie et à ceux qui lui étaient chers, à la vieille France qu'il ne reverrait plus, et surtout à sa chère Nouvelle- France, dont les futures destinées lui causaient tant d'anxiété.
Mais il était un grand chrétien ; et le joyeux carillon des cloches de Noël, annonçant la venue du Messie, lui apporta de douces consolations. C'était le jour où le ciel promet la paix aux hommes de bonne volonté, et toute sa vie n'avait-elle pas prouvé sa bonne volonté? C'était le jour oti son Dieu, qu'il avait aimé et servi fidèlement, descendait sur terre ; ne venait-il pas recevoir son œuvre comme un patron reçoit l'ouvrage de son ouvrier, et lui payer son salaire?
Tels fiirent vraisemblablement les sentiments dans lesquels Champlain quitta la terre, le jour de Noël 1635.
Parmi les astres qui brillent sur nos têtes, il en est peu qui soient sans taches, et les astronomes n'en exemptent pas même le soleil.
Or, il en est de même du firmament de la gloire, et les grands hommes immaculés sont bien rares. Mais Champlain est
un de ces rarissimes diamants dont la pureté est entière. Dans sa vie privée, comme dans sa vie publique, il brille de toutes les vertus.
Il a écrit qu41 venait au Canada pour y faire fleurir le lis ; or, il était lui-même un lis immaculé qu'on a vu fleurir sous tous les climats.
C'est cette pureté du fondateur qui a mérité à son œuvre la vitalité au milieu de toutes les tempêtes qui Tout assaillie et qui nous la montre encore pleine de force et de promesses.
O fondateur de Québec, sois fier de ton œuvre, et contemple ta ville avec admiration. Elle est la plus belle du continent américain ! Elle est la bien-aimée, la glorieuse, Tinoubliable ! Et lorsque, . saluant l'étranger du haut de ton piédestal, tu lui crieras : '^ Vive Québec !" la vieille cité te répondra : ** Vive Champlain !
De Champlain à Frontenac
Au chagrin de la petite colonie dont Champlain avait été le père, se joignaient de vives inquiétudes sur l'avenir de Québec; car la France, toujours engagée dans quelque guerre européenne, négligeait d'envoyer des secours et des colons.
La joie publique fut donc grande, lorsque, le 11 juin 1636, arriva dans le port de Québec toute une flotte de vaisseaux venant de France, chargés de provisions, d'armes, de munitions, de soldats et de colons.
A bord était Charles Huault de Montmagny, qui venait remplacer Champlain.
Le nouveau gouverneur était un digne successeur du fondateur de Québec. Il était chevalier de Tordre de Malte, profondément religieux, d'une intelligence remarquable et plein de zèle pour l'agrandissement de la Nouvelle-France.
Ferland raconte qu'en montant du port à la haute ville, il s'agenouilla, avec toute sa suite, au pied d'une croix dressée sur le chemin, et fit une prière pour demander la protection de Dieu sur l'œuvre confiée à ses soins. Puis il entra dans l'église, où un
Te Deum fut chanté, et où les clefs du fort Saint- Louis lui furent remises par M. de Chateaufort, qui avait rempli les fonctions de gouverneur pendant l'interrègne.
C'est sous son administration que Québec prit des développements remarquables. Dans l'année même de son arrivée (1636), il commença la construélion en pierre du fort Saint-Louis.
Il fit tracer aussi les rues de Québec ; et, pendant qu'il s'occupait aélivement de divers travaux publics, les familles de gentilshommes qui l'avaient accompagné, et d'autres qui le suivirent de près, se construisirent des maisons.
C'est à cette époque que remonte l'établissement, en Canada, des familles Le Gardeur de Repentigny, Le Gardeur de Tilly, Le Neuf de la Potherie, du Hérisson, et d'autres.
Un établissement d'éducation manquait à Québec, et le besoin s'en faisait sentir. Grâce à la générosité du marquis de Gamache, les Jésuites purent enfin commencer à bâtir leur collège en 1638, à l'endroit où s'élève aujourd'hui notre hôtel de ville.
a Vénérable Mère Mjrie de l'iiicariialioii, fondatrice et première
supérieure du couvent des Ursulines de Québec, d'après
un portrait peint par Bottoni, conservé à Rome.
11 fut le premier dans l'Amérique du Nord ; car celui d'Harvard, près de Boston, date de 1639.
Un autre élément de progrès manquait encore : un couvent pour l'éducation des jeunes filles, et un hôpital pour les malades et les infirmes.
Le i" août 1639, arrivèrent dans la colonie, la Mère Marie Guyai-t de l'Incarnation et deux autres religieuses Ursulines, avec M'"' de la Peltrie ; puis trois religieuses hospitalières, envoyées par la duchesse d'Aiguillon. Ces deux groupes de. saintes femmes étaient accompagnés de trois missionnaires Jésuites.
On ne saurait se rendre compte aujourd'hui du bonheur qu'apportait au berceau de la colonie française un événement de ce genre. Il faut lire, dans l'histoire des Ursulines, la description des manifestations de joie qui éclataient alors, et auxquelles toute la population prenait part, le gouverneur en tête.
C'est ainsi que le collège des Jésuites, le couvent des aeunéMc.
Ursulines et l'Hôtel-Dieu allaient apporter à la ville naissante les compléments nécessaires de civilisation.
En 1647, fut commencée la construélion de la grande église qui s'appela plus tard la " cathédrale." En même temps le gouverneur, qui avait continué d'agrandir le fort Saint-Louis, y adjoignit un corps de logis, qui prit le nom de château Saint-Louis.
Il ne fut terminé qu'en 1648, par M. d'Ailleboust, qui venait de succéder à M. de Montmagny rappelé en France, et M"" d'Ailleboust en fut la première châtelaine.
^ de la Peltrie, fondatrice di
Il n'y avait encore, à cette époque, que très peu de femmes à Québec. Mais Anne d'Autriche et plusieurs dames de la cour, qui s'intéressaient à l'accroissement du Canada, y envoyaient de temps en temps d'honnêtes jeunes tilles, appartenant aux meilleures familles.
Il en arriva un bon nombre en 1654, et les aétes de mariage des registres de Québec, à cette époque, mentionnent quelques noms de haute noblesse.
Ainsi se formait peu à peu la société canadienne, et bientôt une partie considérable de la population se composa d'enfants nés dans le pays. Mais les progrès étaient lents, à cause du chiffre restreint de l'immigration.
L'arrivée de M" de Laval, en 1663, et celle de MM. de Tracy, de Courcelles, Talon, et du régiment de Carignan, en 1665, donnèrent entin un grand élan de développement à la colonie.
" Le nombre des personnes venues de France, pendant cette année," dit M. Ferland, "était
. , , , Mgf de Laval.
presque aussi considérable que
toute la population déjà résidante au Canada. Soldats, marchands, colons, tous comptés, formaient plus de deux mille âmes, et les vingt-quatre compagnies de Carignan, renfermant en moyenne un peu plus de cinquante hommes chacune, donnaient en tout douze à treize cents soldats."
Avec ces personnages importants était venu un nouveau contingent de jeunes filles, au nombre de quatre-vingt-deux.
Québec reçut alors officiellement le nom de ville, et les contemporains parlent avec admiration de la belle apparence et de l'aspeét pittoresque que la petite ville présentait à cette époque.
Le collège des Jésuites était florissant, et M^ de Laval avait établi un grand séminaire, qui se développait et donnait des promesses qui se sont réalisées.
La colonie était donc en bonne voie et prospère, lorsque MM. de Tracy, de Courcelles et Talon rentrèrent en France. Ce fut Louis de Buade, comte de Frontenac, qui remplaça M. de Courcelles. On sait qu'il fut deux fois gouverneur de la Nouvelle- France, de 1672 à 1682, et de 1689 à 1698.
Il arriva à Québec dans les premiers jours de septembre, qui sont peut-être les plus beaux jours de Tannée, et il s'éprit d'une vive adiniration pour la ville naissante.
'' Rien ne m'a paru si beau et si magnifique," écrivait-il au ministre, le 2 novembre 1672, "que la situation de la ville de Québec, qui ne peut être mieux postée quand elle devrait devenir un jour la capitale d'un grand empire."
"Le comte de Frontenac," dit le Père Charlevoix, "avait le cœur encore plus grand que la naissance, l'esprit vif, pénétrant, ferme, fécond et fort cultivé ; mais il était susceptible des plus injustes préventions, et capable de les porter fort loin. Il voulait dominer seul, et il n'est rien qu'il ne fit pour écarter ceux qu'il craignait de trouver en son chemin. Sa valeur et sa capacité étaient égales ; personne ne sut mieux prendre sur les peuples qu'il gouverna, ou avec qui il eut à traiter, cet ascendant si nécessaire pour les retenir dans le devoir et le respeél. Il gagna, quand il le voulut, l'amitié des Français et de leurs alliés; et jamais général n'a traité ses ennemis avec plus de hauteur et de noblesse. Ses vues pour l'agrandissement de la colonie étaient grandes et justes....; mais ses préjugés empêchèrent quelquefois l'exécution de projets qui dépendaient de lui.... Il donna lieu de juger, dans une des plus importantes circonstances de sa vie, que son ambition et le désir de conserver son autorité, avaient plus de pouvoir sur lui que le zèle du bien public. C'est qu'il n'est point de vertu qui ne se démente, quand on a laissé prendre le dessus à une passion dominante. Le comte de Frontenac eût pu être un grand prince si le ciel l'avait placé sur un trône ; mais il avait des défauts dangereux dans un sujet qui ne s'est
pas bien persuadé que sa gloire consiste à tout sacrifier pour le service de son souverain et l'utilité publique."
Ce jugement nous semble un peu sévère, mais il contient beaucoup de vrai.
Ces défauts du nouveau gouverneur, qui n'admettait pas la contradiftion, et qui ne comprenait que le gouvernement personnel, lui occasionnèrent de malheureux différends avec le gouverneur de Montréal, avec l'abbé de Fénelon et avec M"' de Laval, et l'empêchèrent d'employer exclusivement au service de la colonie, les brillantes facultés dont il était doué.
Aussi sa première administration ne fut-elle pas aussi fructueuse qu'elle aurait pu l'être.
M. de la Barre le remplaça, et fut bientôt remplacé lui-même par Jacques René de Brisay, marquis de Denonville, qui amena avec lui sa femme et ses deux filles.
Il y avait à peine six semaines que M"" de Denonville était installée au château Saint- Louis lorsqu'elle mit au monde une troisième fille, baptisée sous le nom d'Anne-Marie. Elle était aussi mère de deux fils qui étaient restés en France.
M. de Denonville ne fut pas heureux dans ses entreprises contre les Iroquois, et laissa la réputation d'un homme bon et vertueux, mais peu habile.
Premier convent des Ursulines, bali en l brûlé le 13 décembn: 1652.
M, de Frontenac lui succéda en 1688, et son arrivée à Québec donna lieu à de grandes démonstrations de joie. Après les revers de M. de Denonville, les succès des Iroquois et les menaces d'invasion des Anglais, il était Thomme qu'il fallait, et Ton comptait sur son énergie, son expérience et son habileté pour sauver la colonie menacée.
Ces espérances ne furent pas trompées, et M. de Frontenac eut le rare bonheur d'être secondé dans ses projets par M. d'Iberville, dont les exploits furent vraiment prodigieux.
Brave jusqu'à la témérité, audacieux jusqu'à Tinvraisemblance, ardent et infatigable, il conduisait ses expéditions avec une célérité qui faisait croire à son ubiquité, et avec un bonheur qui tenait de l'insolence.
A Québec, à la baie d'Hudson, à Terre-Neuve, à la Louisiane, partout il obtint des succès qui firent l'étonneraent de ses contemporains.
D'Iberville avait des frères aussi braves que lui-même. Ils se nommaient de Longueuil, de Sainte-Hélène et de Maricourt, et prirent part à presque toutes ses expéditions aventureuses.
A peine arrivé à Québec, Frontenac travailla à se concilier les sauvages et à s'en faire des alliés. En même temps, il organisa et lança contre les Anglais de la Nouvelle-Angleterre trois partis de guerre qui obtinrent des succès incontestables.
Mais la rivalité et la guerre entre les deux races, anglaise et française, n'en devinrent que plus ardentes, et le 16 oélobre 1690, les habitants de Québec eurent sous les yeux un speélacle qui n'avait rien de rassurant.
Quatre gros navires et un grand nombre de moindre tonnage, en tout trente-quatre voiles, sous le commandement de l'amiral Phipps, étaient à l'ancre dans le large bassin qui sépare Québec de l'île d'Orléans.
Frontenac les attendait, et il avait fortifié Québec du mieux qu'il pouvait. **Huit pièces de canon," dit Ferland, '* avaient été plantées sur la montagne qui s'élève au-dessus du fort Saint- Louis, et sur laquelle est aujourd'hui la citadelle ; au-dessous de cette batterie commençait une enceinte fortifiée, qui, partant du mont Carmel, descendait jusqu'à la rivière Saint-Charles, et ren-
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fermait dans la ville le palais de l'intendant. Le long de ce dernier bâtiment, on avait établi une palissade qui était continuée sur la grève jusqu'à des rochers escarpés au-dessus du lieu alors nommé la Canoterie ; une autre palissade courait sur la cime du cap, depuis THôtel-Dieu jusqu'au Sault-au- Matelot, où trois canons avaient été placés. Quelques petites pièces avaient été disposées près d'un moulin à vent qui était sur la hauteur du mont Carmel.
" A la basse ville, l'on avait établi deux autres batteries, chacune de trois canons ; la rue de la Montagne, conduisant du port à la haute ville, était coupée par trois retranchements, formés de barriques et de sacs de terre. En un mot, toutes les précautions compatibles avec les moyens que l'on possédait avaient été prises pour inquiéter l'ennemi, et pour l'arrêter s'il parvenait à s'approcher de la ville."
Je n'ai pas l'intention de raconter ce siège, qui est l'un des événements les plus mémorables et les plus glorieux de notre histoire. Tous nos historiens en ont dit les détails, et M. Ernest Myrand a consacré à ce récit tout un volume de quatre cents pages, des plus intéressants et des plus documentés.
Tout le ra<mde connaît la sommation pleine de morgue de l'amiral anglais à Frontenac, et la chevaleresque réponse de celui-ci : " C'est par la bouche de mes canons et à coups de fusil que je répondrai à votre général."
FRO.NTF.N.AC, par Philippe Ilélwrl.
eslaurë en 1687 après un sccot i 1717. — Chapelle cotistniile de 1717 ue ilu jardin en 1839. — Vieux iversé par le vent en 1868.
DE CHAMPLAIN A FRONTENAC i6i
Cette parole est plus grande que la viétoire ellemême. Elle est peut-être la plus éloquente et la plus fière de toute notre histoire.
Il suffirait à Frontenac de l'avoir prononcée, et d'avoir après cela repoussé l'agresseur, pour lui mériter d'être placé au premier rang parmi nos grands hommes.
Mais toute son administration fait son éloge.
Nul n'apporta plus d'a(5tivité à repousser toutes les attaques, à attaquer même quand il le fallait pour affaiblir les ennemis, à fortifier Québec, et à faire du fort Saint-Louis une véritable citadelle. Il se montra aussi habile homme d'Etat que courageux homme de guerre, et Québec grandit et s'embellit pendant qu'il le gouverna. C'est durant cette période que M''' de Saint- Vallier, coadjuteur de M*' de Laval, administra les affaires ecclésiastiques du Canada ; que les Récollets bâtirent leur belle église, à l'endroit où sont aujourd'hui la Place d'armes et le bout est du palais de Justice ; que l'Hôpital général fut construit, et que les Sœurs de la Congrégation s'établirent à Québec.
La paix régnait enfin entre la France et l'Angleterre, grâce au traité de Ryswick, conclu en 1697, lorsque Frontenac mourut, le 28 novembre 1698, dans les sentiments les plus chrétiens.
Il fut enterré dans l'église des Récollets ; et plus tard, trois autres gouverneurs, de Callières, de Vaudreuil et de la Jonquière vinrent dormir à ses côtés. Mais, après l'incen-
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die de l'église, en 1796, les restes de ces quatre gouverneurs furent transportés dans la cathédrale, aujourd'hui la basilique, où ils reposent encore.
Frontenac laissait une veuve très facile à consoler, et les consolations qu'elle appréciait ne manquaient pas alors à la cour de Louis XIV, Très mondaine et belle, elle préférait les délices de Versailles aux rudes beautés de Québec, et n'avait jamais voulu venir habiter le château Saint-Louis.
Les Récollets crurent toucher son cœur en lui envoyant le cœur de son mari, dans un petit coffret de plomb. Mais l'orgueilleuse comtesse le refusa, en disant qu'elle n'avait nul besoin d'un cœur mort, qui, vivant, ne lui avait pas appartenu.
Première moitié du XVI IT siècle
Le XVir siècle, qui avait élevé à son zénith la gloire de la mère patrie, avait, en finissant, jeté de vifs reflets sur sa fille.
Trois hommes remarquables avaient contribué, chacun dans sa sphère d'aélion, à affermir sa puissance en Amérique : Frontenac, homme d'Etat, qui savait porter l'épée ; M^' de Laval, grand évêque, aussi puissant auprès du roi qu'auprès du pape, aussi remarquable par son humilité et son dévouement que par la noblesse de son origine ; et Talon, homme de loi et économiste des plus distingués. Malgré leurs conflits, les deux premiers avaient donné à la colonie une impulsion généreuse et patriotique, et créé dans la population un mouvement national. Le troisième, par son administration habile et son intégrité, avait largement favorisé le développement matériel du pays.
L'organisation de la colonie se complétait graduellement, mais beaucoup plus lentement que celle de la Nouvel le- Angleterre.
UNE l'AGE Dl' VIEUX QUEBEC.
Second couvent des Rêcolleta, dont la première pierre fut posée par Talon.
Palaia de l'Intendant.
Eglise et collège des Jésuites.
Cathédrale en 176a.
(Vu« priH» lur 1» lieux pur Richard Short)
La population du Canada, en 1701, ne s'élevait qu'à vingt mille âmes environ, tandis que celle de la colonie voisine était déjà de deux cent soixante mille âmes.
M. de Callières avait succédé à M. de Frontenac, et il avait réussi à conclure avec les sauvages un grand traité de paix, grâce au concours du fameux chef des Hurons (Kondiaronk, Le Rat). Mais la France et TAngleterre étaient des rivales irréconciliables, et la paix entre elles ne durait jamais longtemps.
Quand M. de Callières, qui était un homme remarquable, mourut, en 1703, la guerre était déjà recommencée entre les deux puissances. Son successeur, M. de Vaudreuil, crut qu'il était de sage politique de porter les hostilités dans la Nouvelle-Angleterre ; et c'est alors qu'eurent lieu plusieurs expéditions dans lesquelles se distinguèrent les Hertel de Rouville et les Hertel de Chambly, les de Verchères, de Saint-Ours, et d'autres.
Ces guérillas furent heureuses, mais elles suscitèrent des représailles, et les Anglais résolurent d'en finir avec la Nouvelle- France. Une armée de terre, composée de quatre mille six cents hommes, et une flotte commandée par l'amiral Walker et montée par six mille cinq cents hommes, envahirent notre pays. On sait que le naufrage de Walker sauva la colonie de ce grand péril auquel elle n'aurait pu échapper.
Mais une autre épreuve avait jeté le deuil dans Québec, trois ans auparavant. Le fondateur de l'église canadienne, M^' de Laval, était mort en 1708; et, si l'on veut savoir de quelle vénération les habitants de Québec l'entouraient, il faut lire le récit de ses funérailles dans l'histoire des Ursulines.
En 1720, la population de Québec était d'environ sept mille âmes. Le Père Charlevoix fait un joli tableau de notre ville à cette époque, de sa population et de sa vie sociale : '* On y trouve un petit monde choisi où il ne manque rien de ce qui peut former une société agréable : un gouverneur général avec un état-major, de la noblesse, des officiers et des troupes ; un intendant, avec un conseil supérieur et les juridiélions subalternes ; un commissaire de marine, un grand prévôt, un grand voyer, et un grand maître des eaux et des forêts dont la juridiélion est assurément
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la plus étendue de tout Tunivers ; des marchands aisés ou qui vivent comme s'ils Tétaient, un évêque et un séminaire nombreux ; des Récollets et des Jésuites, trois communautés de filles bien composées ; des cercles aussi brillants qu'il y en ait ailleurs ; voilà ce me semble pour toutes sortes de personnes de quoi passer le temps fort agréablement.
^' Ainsi fait-on, et chacun y contribue de son mieux. On joue, on fait des parties de promenades. Tété en calèche ou en canot, Thiver, sur la neige ou en patins sur la glace. On chasse beaucoup ; quantité de gentilshommes n'ont guère que cette ressource pour vivre à leur aise. Les nouvelles courantes se réduisent à bien peu de chose, parce que le pays n'en fournit presque point, et que celles de l'Europe arrivent toutes à la fois ; mais elles occupent une bonne partie de l'année. On politique sur le passé, on conjeélure sur l'avenir ; les sciences et les beauxarts ont leur tour, et la conversation ne tombe point. Les Canadiens, c'est-à-dire les créoles du Canada, respirent en naissant un air de liberté qui les rend fort agréables dans le commerce de la vie, et nulle part ailleurs on ne parle plus purement notre langue. On ne remarque ici aucun accent.
'' On ne voit point en ce pays des personnes riches ; et c'est bien dommage, car on y aime à se faire honneur de son bien et personne ne s'amuse à thésauriser. On fait bonne chère, si avec cela on peut avoir de quoi se mettre, sinon on se retranche sur la table pour être bien vêtu. Aussi faut-il avouer que les ajustements font bien à nos créoles. Tout est ici de belle taille, et le plus beau sang du monde dans les deux sexes ; l'esprit enjoué, les manières douces et polies communes à tous ; et la rusticité soit dans le langage, soit dans les façons, n'est pas même connue dans les campagnes les plus écartées."
En 1721, furent organisées les postes et les messageries pour le transport des lettres et des voyageurs. L'année suivante (1722) se firent la division et l'organisation des paroisses, qui se trouvèrent alors au nombre de quatre-vingt-deux.
Les développements de la Nouvelle-France suivaient une gradation un peu lente, mais régulière ; et, si l'on ajoute que
Péducation se perfeélionnait et se complétait par rétablissement de nouvelles maisons et communautés religieuses, on reconnaîtra que le progrès était incontestable.
En même temps, Tagriculture, le commerce, Pindustrie, prenaient de Pextension. La construélion des navires, qui fut pendant longtemps la principale industrie de Québec, fournissait, dès cette époque, des ressources inappréciables aux travailleurs.
Les intendants Bégon et Hocquart continuèrent successivement Tœuvre commencée par Talon, et rencontrèrent des protecteurs dans les gouverneurs de ce temps, M. de Vaudreuil et M. de Beauharnois.
Pourquoi donc les colonies anglaises se développèrent-elles dans des proportions si supérieures à côté de la Nouvelle-France ?
La chose s'explique aisément : c'est que l'émigration des Anglais, aux colonies était très considérable, tandis que celle des Français était très restreinte et peu nombreuse.
Par suite des guerres civiles et religieuses qui désolèrent alors l'Angleterre, des milliers de mécontents, catholiques, puritains, royalistes, fuyaient ces îles britanniques où ils ne trouvaient plus les libertés religieuses et politiques qui leur étaient chères, et venaient fonder une nouvelle patrie dans la terre libre d'Amérique. L'Angleterre, d'ailleurs, favorisait cette émigration dans le double but d'éloigner ceux qu'elle considérait comme des fauteurs de désordre, et de donner une expansion plus rapide à la colonisation d'outre-mer.
La France était dans des conditions toutes diiférentes. Les mécontents chez elle étaient les huguenots, et c'était précisément cet élément de population que le gouvernement ne voulait pas diriger vers le Canada.
Des motifs différents inspiraient les projets de colonisation des deux pays. La France ne poursuivait pas seulement une entreprise commerciale dans ses établissements au Canada. Elle avait en vue une œuvre d'évangélisation et d'expansion religieuse. La Nouvelle-France qu'elle rêvait, était une colonie agricole, féodale, militaire, et, par-dessus tout, catholique. C'est pourquoi elle choisissait les émigrants qu'elle envoyait au Canada.
i68 QUÉBEC HISTORIQUE
Il entrait moins d^déal chevaleresque et de désintéressement dans les fondations de la Nouvelle-Angleterre ; et, dès qu'on se place à leur point de vue, on comprend leurs calculs. Le pays que les Anglais voulaient coloniser possédait d'immenses ressources i
inexploitées, et pour arriver à des progrès matériels rapides, c'était sur le nombre qu'il fallait compter avant tout.
Pour développer leur riche domaine et réaliser au plus tôt la fortune et la puissance, il fallait des millions de bras ; et la condition morale et les croyances religieuses des immigrants importait peu.
Voilà ce qui explique l'énorme disproportion numérique qui se manifesta bientôt entre les deux colonies rivales; et voilà comment il se fait qu'à l'époque où commença la guerre de sept ans (1754), la population du Canada n'était que de quatre-vingt mille âmes, tandis que celle des colonies anglaises comptait déjà un million deux cent mille âmes.
Si le Canada ne fit pas de plus rapides progrès pendant ce demi-siècle, ce ne fut pas la faute des gouverneurs. M. de Vaudreuil et M. de Beauharnois étaient des hommes qui ne manquaient ni de capacité, ni de bon vouloir. Mais les ressources manquaient et les secours de France étaient très lents à venir, et toujours moindres que ceux qu'on attendait.
M. de la Galissonnière, qui succéda à M. de Beauharnois, était aussi un homme éminent et un savant ; et il proposa au roi de France plusieurs projets utiles et même nécessaires. Mais, tout en les approuvant, la cour en ajournait l'exécution, comme elle avait fait pour ceux de ses devanciers.
Ce qui manquait aussi à la classe dirigeante de la colonie, c'était plus de dévouement à la chose publique, et surtout l'union et la concorde. On ne rivalisait pas de zèle, mais d'ambition et de vanité, et les querelles se prolongeaient indéfiniment, trop souvent pour des misères qui nous paraissent aujourd'hui bien puériles.
Tantôt c'était le gouverneur et l'évêque qui ne pouvaient s'entendre. Tantôt il y avait lutte secrète entre le gouverneur et l'intendant D'autres fois, la zizanie semait son ivraie parmi les divers représentants de l'autorité religieuse. ; •
Ces dissensions intestines, commencées sous l'administration de M" de Saint- Vallier, se continuèrent sous ses successeurs.
M"^ Têtu a fait le récit succinét de ces luttes, dans son bel ouvrage intitulé les Evêqties de Québec. Comme toutes les histoires, il donne à penser que la vérité historique n'est pas toujours édifiante, et que les hommes les plus vertueux commettent parfois de graves erreurs. Mais il démontre surtout que l'Eglise du Canada, placée dans la dépendance du roi de France, rencontrait alors plus de difficultés qu'elle n'en éprouve depuis
son union plus étroite avec Rome.
Ce furent les calamités publiques qui mirent fin aux procès pendants devant le bureau des affaires ecclésiastiques, à Paris.
" La voix du canon," dit M'' Têtu, " couvrit pour toujours celle des plai-
Défense de Québec en 1690. ■* . ^ ,
deurs. Le siège de Québec dispersa les prêtres du séminaire et du chapitre, l'incendie détruisit les stalles des chanoines, et, au milieu des malheurs si lamentables de l'Eglise, ces ecclésiastiques, vertueux d'ailleurs, ne pensèrent plus à leurs querelles de Normands, qui restèrent à jamais ensevelies sous les cendres."
Pendant que quelques dignitaires ecclésiastiques se faisaient ainsi toutes sortes de misères, les laïques dirigeants se faisaient la vie trop douce, et se livraient à toutes les joies que peuvent donner le luxe et le plaisir.
Entre deux expéditions et deux batailles, les militaires, alors très nombreux à Québec, se ruinaient en festins qui finissaient par des orgies. Puis, l'intendant Bigot, qui arriva à Québec en 1749, commençait, avec ses complices, cette série de déprédations
et de brigandages qui se prolongèrent jusqu'à la cession du pays, et qui rappelèrent les concussions fameuses du préteur romain Verres.
En ce qui concerne les chefs militaires de cette époque, il est juste de dire qu'il y avait de nobles exceptions, et que ceux même qui s'adonnaient trop au plaisir, se montraient braves et infatigables sur le champ de bataille.
Que de brillants faits d'armes ils accomplirent dans les cinq années qui précédèrent le siège de Québec. Les raconter me
Couvent (les l'rsul
après le siège, servait
1759, dont la chapelle restaurée par le général Murray, ''. alteniati veinent pour dire la messe paroissiale, ,rvk« .ngUcan,
ferait sortir du cadre que je me suis tracé, et il me suffira d'en rappeler le souvenir. Dans l'Ohio, sur les bords de la Monongahéla, M. de Beaujeu remportait, sur le général Braddock, une victoire que l'ennemi lui-même reconnut et admira.
" Nous avons été battus par une poignée de Français," écrivait le colonel Washington, qui devait s'illustrer plus tard. " Quelques instants avant l'aélion, nous croyions nos forces presque égales à toutes celles du Canada ; et cependant, contre toute probabilité, nous avons été complètement défaits, et nous avons tout perdu."
L'année suivante, c'était Montcalm qui, avec trois mille hommes, s'emparait du fort Oswégo, forçait dix-huit cents hommes à capituler, prenait sept bâtiments, deux cents bateaux, cent trente et une pièces d'artillerie, sept cents fusils, une immense quantité de munitions et cinq drapeaux
Quelques mois après, il prenait le fort William-Henry, défendu par deux mille trois cents hommes, et il en rasait les fortifications, comme il avait fait pour celles d'Oswégo.
Mais l'Angleterre envoyait sans cesse de nouveaux renforts à ses colonies; et, en 1758, ses forces de terre et de mer chargées d'envahir le Canada, dépassaient quarante mille hommes. A Carillon, Montcalm, à la tête de trois mille six cents hommes, se trouva en face du général Abercromby, qui avait plus de quinze mille hommes sous ses ordres. La bataille fut terrible et longue, et la petite armée française y remporta Tune de ses plus brillantes viéloires. Les pertes des Anglais furent évaluées par eux-mêmes à plus de deux mille tués et blessés, dont cent vingt-six officiers.
Toutes ces luttes glorieuses se poursuivaient loin de Québec ; mais Québec était l'objeélif principal des expéditions anglaises, et l'Angleterre s'opiniâtrait dans ses projets de conquête. Avec la ténacité qui distingue cette nation, elle ne reculait devant aucun sacrifice, et chaque soldat tué était remplacé par deux autres. C'était comme un inépuisable vomitoire qui lançait constamment de nouveaux lions dans l'arène.
De son côté, la France semblait se désintéresser de ses colonies d'Amérique ; et Bougainville, délégué à Versailles pour demander des secours, était revenu chargé d'éloges et de compliments aux '^ braves soldats du Canada." Mais c'était tout ce qu'il avait obtenu ; et, pour se débarrasser de ses instances, le ministre Berryer lui avait adressé cette brutale parole : '^ Monsieur, quand le feu est à la maison, on ne s'occupe pas des écuries. — On ne dira pas, du moins, que vous parlez comme un cheval," avait riposté Bougainville.'
Mais cette spirituelle et sanglante repartie n'avait pas réveillé la cour de sa torpeur, et n'avait pu l'arracher à ses plaisirs.
» L/'abbé Casgrain, Montcalm et Lévis^ vol. I, p. 39.
On sent d'irrésistibles mouvements d'indignation, quand on songe que ^^les écuries" de France, c'était Québec, le siège de la puissance française en Amérique, la tête d'une colonie plus grande que l'Europe entière !
Sa conquête comportait celle du Canada tout entier. Louisbourg, en tombant, n'avait entraîné que l'Acadie dans sa chute. Mais la perte de Québec était la perte de toutes ces immenses possessions de l'Ouest, qu'on aurait pu appeler les Frances d'Amérique, comme on appelait 'Mes Espagnes," les vastes colonies espagnoles.
Et comme elle était déjà chère à nos ancêtres, la ville sacrée, où refluait le sang de toute une race, comme vers son cœur !
C'était le berceau de la Nouvelle-France, le sol natal de la patrie d'adoption, le foyer de la famille canadienne, le tombeau de son fondateur et de son père.
Hélas ! à Québec même, ceux qui connaissaient le mieux les dangers qui l'entouraient, et l'immensité de la perte que la France allait faire, se montraient d'une légèreté impardonnable.
Ils sentaient venir la catastrophe, et, sous le prétexte qu'ils ne pouvaient l'empêcher, ils s'étourdissaient dans le tourbillon des plaisirs et des fêtes. Le jeu, le luxe et l'immoralité joignaient leurs désordres aux déprédations administratives, et l'évêque de Québec disait à ses ouailles : '' Dieu est irrité ; sa main est levée pour nous frapper."
Cette prédiélion allait s'accomplir : le fer et le feu allaient opérer la purification nécessaire.
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Mon intention n'est pas de faire un récit détaillé ni une description minutieuse de ces batailles dont les proportions n'étaient pas énormes, mais dont les conséquences immenses n'ont échappé qu'aux hommes à courte vue.
Tous nos historiens ont fait et refait ce récit avant moi ; et, dans son magnii&que ouvrage Monfcahn et Lévis, publié en 1891, M. l'abbé Casgrain l'a repris et complété d'une façon magistrale.
Plus heureux que ses devanciers, il était en possession d'une foule de documents nouveaux, et il a su s'en servir avec la patience d'un bénédiélin et l'habileté d'un esprit supérieur.
Après cet ouvrage plein d'érudition, et du plus puissant intérêt, l'histoire de la guerre de 1756 à 1760 n'est plus à faire.
D'ailleurs je ne suis pas un historien, et ce livre n'a pas la prétention d'être une histoire. C'est un tableau graphique de Québec, présenté à des points de vue très variés, et dont la partie historique n'est qu'une esquisse.
Le cadre même de mon travail ne me permet pas de longs développements, et je ne ferai que résumer les faits principaux et en envisager les conséquences dans un coup d'oeil rapide.
Bataille de Montmorency
C'est dans les derniers jours de juin 1759 que la flotte anglaise fit son apparition au-dessous de la pointe Lévis, vis-à-vis de l'extrémité est de l'île d'Orléans. Elle se composait de vingt vaisseaux, dix frégates et dix-huit bâtiments inférieurs. Elle était montée par dix-huit mille marins et soldats.
Le 31 juin, une moitié de ces troupes débarqua à la côte sud, et l'autre moitié sur l'île d'Orléans.
Le 9 juillet, les troupes de l'île traversèrent au nord du fleuve, et s'établirent avec une artillerie considérable au-dessous, c'està-dire au nord-est de la rivière Montmorency.
Légende du plan de Québec en 1759.