L. Nouvelle batterie : sept canons
^I. Norvelle batterie : trois canons.
i8o QUÉBEC HISTORIQUE
soldats débarquèrent, protégés par les canons des transports, qui continuaient de commander les retranchements.
Les grenadiers prirent la tête de la colonne d'attaque, et s'avancèrent hardiment vers les tranchées défendues par les Canadiens. Ceux-ci, qui étaient pour la plupart d'excellents tireurs, ouvrirent sur eux un feu meurtrier qui abattit les premiers rangs. Les assaillants, un instant arrêtés, s'élancèrent de nouveau et commencèrent à gravir la côte ; mais ils n'étaient pas arrivés à mi-hauteur qu'ils furent fauchés par les balles, et tombèrent sur ceux qui les suivaient, en les entraînant dans leur chute.
En même temps, le corps d'armée de Townshend, qui avait traversé le gué, s'élançait à l'assaut de la redoute de l'est, pendant qu'un orage effroyable, accompagné de tonnerre, éclatait sur la tête des combattants. En un instant, la terre fut détrempée, et les flancs de la falaise, déjà jonchés de cadavres, devinrent bien difficiles à escalader. Décimés par la fusillade, les assaillants reculèrent en désordre, puis se reformèrent pour tenter un nouvel assaut.
Mais Wolfe, qui avait observé le combat, jugea une nouvelle attaque inutile, et fit sonner la retraite. S'il faut en croire leur rapport officiel, les Anglais avaient perdu quatre cent quarantetrois hommes tués ou blessés, huit capitaines, vingt et un lieutenants et trois enseignes.
Lévis estima leurs pertes bien plus considérables, et de son côté, il comptait soixante-dix hommes tués ou blessés. L'amiral Saunders abandonna les deux transports, après y avoir mis le feu.
^^ Wolfe," dit l'abbé Casgrain, ''se vengea de sa défaite en accablant de projeéliles ce qui restait de Québec, et en ordonnant d'incendier les campagnes. On calcule que du 13 juillet au 5 d'août la ville ne reçut pas moins de neuf mille bombes ou potsà-feu et dix mille boulets."
Les généraux anglais qui envahissaient en même temps le Canada du côté ouest, étaient plus heureux que Wolfe, et les nouvelles que reçurent Vaudreuil et Montcalm, dans la soirée du 9 août, les jetèrent dans la consternation.
LES DERNIÈRES BATAILLES i8i
Bourlamaque avait évacué Carillon et le fort Saint-Frédéric. Niagara avait capitulé. Le chevalier de la Corne-Saint-Luc se disait incapable de résister à Tarmée viélorieuse de Johnston.
Montcalm et Vaudreuil furent du même avis, cette fois : un seul homme pouvait sauver la situation, le chevalier de Lévis ; et dans la nuit même il dut partir en chaise de poste, avec la promesse que huit cents hommes le suivraient dans les vingtquatre heures.
Cet éloignement de Lévis, à ce moment de péril suprême, était un grand malheur. Entre Vaudreuil et Montcalm, qui étaient toujours aux prises, Lévis, très estimé par les deux, aurait pu faire prévaloir ses sages conseils, et empêcher les dernières fautes qui furent la cause du désastre j&nal.
Bataille des Plaines d'Abraham
Plus d'un mois s'écoula, pendant lequel il fut souvent question, dans Tétat-major de Wolfe, de lever le siège. Mais celui-ci, presque seul de son avis, s'opiniâtrait à vouloir faire une nouvelle tentative ; et, en attendant l'occasion propice, il envoyait des bandes ravager les campagnes du bas du fleuve, promener partout le fer et le feu, et prendre les femmes et les enfants comme prisonniers. Ces cruelles dévastations n'étaient pas dignes du général anglais.
Enfin, le mois de septembre arriva, et ce fut dans la nuit du 12 au 13 que Wolfe put effeéluer une descente dans une petite anse dérobée, où il ne rencontra aucune résistance.
Entre Spencer- Wood, à l'ouest, et Wolfesfield, résidence de la famille Price, à l'est, un ruisseau ombragé de grands arbres creuse la haute falaise qui borde le fleuve, et y forme un ravin profond, dont les pentes s'étendent jusqu'au rivage.
C'était le seul endroit, du côté du fleuve, où l'armée anglaise pouvait gravir, avec assez de facilité, les hauteurs de Québec. Montcalm le savait, sans doute, et il y avait établi un corps de garde, sous les ordres du capitaine de Vergor de Simolin. Mais les gens du pays devaient seuls connaître cet accès comparative-
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ment facile, et les arbres touffus du rivage le cachaient sous un voile épais.
Comment Wolfe le découvrit-il ? On ne le sut jamais d'une manière certaine, mais on soupçonna qu'un traître l'avait révélé à l'ennemi. Quel fut ce traître ? Les uns ont nommé Denis de Vitré, qui avait auparavant vécu à Québec, qui avait été fait prisonnier de guerre et amené à Londres, et qui était revenu comme soldat stipendié dans l'armée de Wolfe. D'autres ont désigné de Vergor, qui était un favori de Bigot, qui avait déjà été accusé d'un acte de trahison dans l'Acadie, mais qui avait été acquitté par un conseil de guerre où siégeait Bigot.
Sir James LeMoine mentionne aussi un nommé Chinic, qui était maître du havre à Québec.
En réalité, on ne peut invoquer contre ces divers accusés que des présomptions, dont plusieurs sont graves. Mais, quel qu'ait été le coupable, c'est une opinion probable et fort accréditée, que c'est la trahison qui a conduit l'armée de Wolfe sur les plaines d'Abraham, à l'aube du 13 septembre 1759.
Tout le monde connaît cet endroit solitaire, pittoresque et plein de charme. C'est un paysage ravissant dans un cadre idéal, un théâtre trop beau pour le lugubre drame que de grands a6teurs allaient y jouer.
Septembre est à Québec le plus
beau mois de l'année ; et le firma-
J^uC^^r^,™'.:!,,, ment généralement bleu est plein
de soleil et de joie. Mais, ce jour-là, le ciel était gris et nuageux ; et c'était un treize ! Date néfaste, disent les superstitieux. Néfaste pour qui ? Pour Montcalm ou pour Wolfe ? Pour les deux peutêtre. Dans les jours précédents, tous deux avaient été obsédés de lugubres pressentiments. Tous deux avaient senti l'approche de quelque sombre et tragique dénouement : et au-devant de leurs rêves d'ambition et de gloire, ils avaient entrevu vaguement je ne sais quel effondrement mystérieux.
En face du présent, les hommes ne sont pas toujours impuissant.s.
Mais, en présence de l'avenir, c|iie peuvent-ils ? Qui sait, le matin, uù il sera le soir?
Une bataille décisive allait s'engager entre les deux héros représentant deux grandes races, et dans quelques heures allaient se décider les destinées futures d'un petit peuple et d'un grand pays.
Tous deux jouaient leur \ ie 1^ dans cette tragédie réaliste, et tous' 'ttl deux allaient la perdre. C'est sur leurs tombeaux que la gloire rê\ée allait se lever.
Bougainville, qui avait son camp à l'embouchure de la rivière du Cap-Rouge, et qui, suivant les instructions reçues, faisait suiMe les navires anglais, quand ils nKnitaient et redescendaient avec la marée, la nuit, s'était lassé de cejeu qui lui semblait puéril ; et il crut inutile de les suivre, dans cette nnit du 13 septembre. Or, c'était précisément à cette heure-là que Wolfe