JUGES DE LA COUR DU BANC DE LA REINE
s'en emparent d'autant plus facilement que la plupart des Québecquois Tabandonnent.
Depuis la construélion du château Frontenac surtout, le cosmopolitisme gagne ; et les rues de notre ville, si mornes dans les étés d'autrefois, sont aujourd'hui pleines de mouvement. Des suites d'équipages défilent tout le jour, visitant les lieux historiques et les perspectives inattendues de nos paysages ; et, quand vient le soir, des groupes élégants circulent dans toute la longueur de la terrasse Dufferin, aux sons de l'orchestre du château, ou se prélassent à la terrasse du café, en écoutant les conversations animées et les éclats de rire des Canadiens-Français.
Mais voici venir le mois de septembre. Les Québecquois rentrent en ville, et le nombre des touristes américains diminue. Un nouveau réveil mondain se produit alors. Jonathan fait place à John Bull. Le vice-roi et sa suite s'installent à la citadelle, et une escadre anglaise vient jeter l'ancre en face de notre ville. Au moment où j'écris, ce sont lord et lady Minto qui rehaussent par leur présence l'éclat de notre Québec social, et qui en font les honneurs.
Les canons du fort et ceux des frégates tonnent. Les saints d'artillerie s'échangent. Le drapeau britannique flotte partout, et le God save the Queen retentit sur terre et sur mer, au milieu des fanfares des trompettes guerrières. Les bateaux marchands continuent de passer devant Québec, souvent sans s'y arrêter, mais les vaisseaux de guerre y restent, et ils donnent à notre port la vie et le mouvement qui lui manquent d'ordinaire.
On fête partout les marins, et leurs brillants uniformes font un décor dans nos rues et sur nos places publiques. De toutes les terrasses, les citoyens admirent les brillantes et massives carapaces des grands meurtriers de la mer, qui, le soir, apparaissent tantôt sombres et tantôt illuminés.
Mais l'attention se concentre sur la citadelle, où logent Leurs Excellences, et où s'établit une véritable cour. Tout rayonne autour d'elle, et tout converge vers elle. C'est elle qui fait la loi en matière d'étiquette, de convenances et d'élégance. Toute innovation qui part de là a toujours grande chance d'être adoptée.
Leurs Excellences donnent des fêtes superbes de jour et de nuit, qu'embellit T incomparable beauté du site, et auxquelles apportent leur éclat les brillants uniformes des amiraux, des généraux et des autres officiers de la marine et de T armée.
Le lieutenant-gouverneur reçoit aussi dans sa résidence princière de Spencer Wood ; et les citoyens donnent des at home^ soit au parlement, soit à Thôtel de ville. Les marins et les militaires font des parades et des revues sur les plaines d'Abraham, et leurs fanfares nous donnent des concerts sur la terrasse.
Après tout cela vient Je tour du club de turf de Québec. Il n'est pas en état de rivaliser avec les institutions du même genre qui sont très florissantes dans d'autres villes, à Toronto par exemple. Mais enfin, il nous donne chaque année des courses qui sont très appréciées par les hommes du sport.
Comme on le voit, Québec n'est pas une ville morte, et il a bien sa part d'amusements. Mais il est incontestable que ceux qui s'amusent le plus à Québec sont les enfants. Québec est, à mon avis, le paradis des enfants. Au centre de la ville, presque sous les yeux de leurs parents, ils ont l'Esplanade, la Terrasse et les Glacis comme lieux d'amusements. Ils peuvent se livrer çà et là à presque tous les jeux sans danger, et pendant l'hiver ils y possèdent les plus belles glissoires du monde, à la porte de leur logis ; et les patinoirs sont ouverts et le jour et le soir.
Mais alors, me dira-t-on, Québec, que Montréal croit être une ville qui s'ennuie, est donc une ville qui s'amuse trop? Peut-être. Ce qui me paraît certain, c'est que le mouvement intellectuel est au moins stationnaire à Québec.
La littérature y chôme, en dépit du réveil que l'Institut canadien a tenté de créer cette année. Le journalisme y est absorbé par les luttes de partis. L'art, sans critique et sans école, ne manifeste aucun progrès ; et il semble bien loin le temps où nous aurons un art national. La musique ne rencontre que des admirateurs platoniques, et tous les effi)rts pour créer une école ont avorté. Les rares concerts qui nous apportent quelques échos du monde idéal, nous sont donnés dans les églises. Les plus belles partitions des auteurs de musique sacrée y sont
Jl'Gta Dli LA COITR SUPERIEURE DE QUEBEC.
■ adoi-fhe-Basilb ROUTHIER.
t PrIidBbic-Williah ANDREWS.
exécutées, aux grandes fêtes de l'année, par quelques amateurs de mérite, avec accompagnement d'orgue et d'orchestre.
Je ne parle pas du théâtre : il est nul.
Devenons-nous trop Anglais et hommes d'affaires? La soif de l'or et des jouissances qu'il apporte, s'est-elle emparée de nous? Est-ce la fièvre de l'agiotage, ou seulement la paresse qui nous éloigne du travail intelleduel?
Je pose ces questions, sans les résoudre Mais il me semble que le développement matériel de notre ville, que je trouve louable et que j'admire, ne devrait pas arrêter chez nous tout mouvement intelle(5luel et artistique, et je m'afSige de constater que l'amour de l'idéal et le goût des choses de l'esprit diminuent parmi nous.
Puisque les Canadiens-Français ne sont en Canada ni le nombre, ni la richesse, ni l'influence politique, ni la force matérielle, il faut qu'ils deviennent la puissance intelleâuelle. Les dons naturels ne leur font pas défaut, et j'en conclus que c'est le travail qui manque.
Oui, la génération actuelle aime la vie facile, le far nicnte; et elle se désintéresse trop, à la fois, de la "lutte pour la vie" et du culte de l'idéal.
Suis-je pessimiste? Ou suis-je arrivé à l'âge oii l'on devient liîttifnfor tcmporis iitlif Peut-être, et je serais heureux d'en être convaincu.
^ÊME avant son dernier soupir, la voix de l'homme s'éteint et meurt. Mais sa pensée et ses œuvres lui survivent ; et c'est un des traits principaux par lesquels il ressemble à son Créateur. Que d'hommes illustres, morts depuis des siècles, parlent encore! Et quand leurs œuvres sont tombées en ruines, ce sont les pierres elles-mêmes qui parlent à leur place. Toutes ne sont pas éloquentes, sans doute. Il est des villes dont les pierres ne disent rien ; mais Québec est de celles où tout garde la mémoire du passé, et prend une voix pour le raconter.
Dans une de ses visions merveilleuses, le prophète Ezéchiel voyait les os des générations mortes s'entre-choquer, et se lever. Mais il n'est pas besoin d'être prophète pour entendre vibrer et parler les pierres de Québec. Elles répondent d'elles-mêmes au voyageur qui veut les interroger, et elles racontent l'histoire des choses et des hommes qui ne sont plus.
Le monument Jacques-Cartier
Le touriste veut-il savoir quel découvreur célèbre est venu le premier prendre possession, au nom de la civilisation chrétienne, de ce coin de terre alors sauvage, où s'élève aujourd'hui notre ville ? Qu'il descende sur les bords de la rivière Saint-Charles, à l'endroit où le ruisseau Lairet vient s'y jeter, et il y trouvera un modeste monument qui lui apprendra cette histoire, gravée dans un bloc de granit des Laurentides. C'est là que, il y a
près de quatre siècles, un marin breton est venu pour la première fois arborer le pavillon de France. C'est là que pour la première fois le signe de la croix a baptisé notre terre jusqu'alors païenne.
C'est là que Jacques Cartier et ses hardis marins passèrent rhiver de 1535-1536; qu'ils y bâtirent un petit fort (dont Champlain retrouva les restes en 1608) et que vingt-cinq d'entre eux moururent et furent enterrés. Un cimetière ! telle fut la première fondation de la France sur les bords du Saint-Laurent. Telle est la première semence de vie que l'on trouve à l'origine de presque tous les peuples.
C'est là que, près d'un siècle plus tard, en 1625, les premiers missionnaires Jésuites se construisirent une résidence et une chapelle, sous le vocable de Notre-Dame des Anges. Parmi eux étaient les Pères de Brébœuf et Lalemant, qui furent plus tard martyrisés au pays des Hurons.
C'est tout près de là, sur la rive sud de la rivière Saint- Charles, que s'élevait le couvent des Récollets, connu sous le même nom de Notre-Dame des Anges.
Rien n'est resté de ces anciens établissements, et le monument qui les rappelle est en pleine solitude et de construélion récente. Grâce à l'initiative du Cercle catholique de Québec, il fut érigé et solennellement inauguré en 1889.
Le touriste qui va le visiter est payé de sa peine. C'est une jolie promenade, et il n'est pas facile de trouver en Amérique un lieu où revivent de plus antiques souvenirs d'une authenticité aussi incontestable.
Ce monument a d'ailleurs son enseignement, d'un symbolisme frappant. Comme je l'ai dit dans un de mes discours: " Cartier, prenant possession de ce pays et y plantant une croix, et de Brébœuf, fils de Loyola, arrosant cette croix de son sang, c'est la patrie et la religion scellant un pa6le sacré. Ces deux noms glorieux, gravés sur le même bloc de granit, accolés dans le même mémorial d'honneur, c'est l'Eglise et l'Etat se tenant embrassés et vivant dans l'harmonie."
les pierres qui parlent 243
Le monumknt Champlain
Mais c'est particulièrement l'histoire du fondateur de Québec que le touriste voudra connaître, et c'est un autre monument qui la lui apprendra.
Des fenêtres mêmes de son hôtel, s'il est descendu au Frontenac, il apercevra la statue de Champlain dressée en plein azur, au sommet d'un haut piédestal, dans l'attitude d'un fondateur d'Etat qui a tourné le dos à l'ancien continent, et qui, saluant le nouveau, prend possession d'une terre dont il fera la Nouvelle-
vue prise du château Frontenac.
France. Il s'empressera d'aller admirer de plus près cette oeuvre d'art, avec son groupe allégorique en haut relief, et son superbe piédestal formé de pierres envoyées par la vieille France.
Et quand il aura lu le résumé historique gravé sur le socle du monument, il s'intéressera à ce lieu qui est sacré pour nous. Il apprendra, pour peu qu'il interroge, que Champlain a bâti un fort en ce même endroit, qu'il y a vécu, qu'il y est mort, et que ce sommet, qui fut pour lui un calvaire, est aujourd'hui son Thabor oii il apparaît, transfiguré par la gloire, aux générations qui passent.
Sans doute, on peut dire que le plus beau monument du grand homme est la cité même qu'il a fondée, et qu'elle forme le plus gigantesque piédestal de sa gloire. Mais c'est plus particulièrement sur ce sommet où nous sommes que son souvenir est vivant, et qu'il se mêle avec celui des gloires nationales qui ont continué son œuvre.
Le Château et la place d'Armes
Au point de vue archéologique, c'est ici l'endroit le plus intéressant de notre ville ; et, quand nous venons y rêver, il nous semble qu'il doit être pour nous ce qu'étaient pour les anciens peuples le mont Sion de Jérusalem, l'Acropole d'Athènes, le Palatin, le Forum et le Capitole de Rome. C'est ici que nos gouverneurs ont vécu, et que fut le siège de la puissance publique pendant plus de deux siècles. C'est sur ce rocher que le drapeau de la France a flotté, de 1620 à 1759, et qu'un soldat heureux lui a alors substitué l'étendard d'Albion. Il est vrai qu'il n'y reste rien des édifices érigés par les ancêtres, et il est peu d'endroits à Québec où l'on ait plus souvent démoli, reconstruit et rasé pour reconstruire encore. Mais ce sol, que les boulets ont labouré, que ses possesseurs successifs ont creusé en tous sens, est resté le même, et les pierres qui ont formé ici les premières fortifications ont dû entrer dans les construélions subséquentes.
Le château Frontenac est de construélion récente, sans doute ; mais, parmi les pierres de ses murailles, il en est qui faisaient partie de l'ancien château Haldimand, et qui avaient appartenu aux édifices antérieurs. Au-dessus de la porte qui fait face à la rue des Carrières, vous remarquerez une pierre originale qui a dû appartenir au premier château Saint-Louis, bâti sous M. de Montmagny, successeur de Champlain ; car on y voit gravée une croix de Malte avec le millésime 1647 5 ^^^ ^ cette date, M. de Montmagny, chevalier de Malte, était encore gouverneur de Québec ; il avait fait reconstruire en pierre le fort de '' fascines, terres, gazons et bois," bâti par Champlain en 1626, et il y faisait
ajouter un *^ corps de logis/' auquel on donna bientôt le nom de château Saint-Louis.
Cette pierre a été trouvée en faisant les excavations requises pour la constru6lion du château Haldimand, en 1784; mais depuis quand gisait-elle dans le sol? **Très vraisemblablement/' dit M. Ernest Gagnon, ^'depuis la démolition du premier château Saint-Louis par Frontenac, en 1694."
Comme on voit, cette pierre nous reporte à une époque bien éloignée, au vrai berceau de la colonie. Si elle ne peut nous parler de Champlain, elle garde le souvenir de son successeur immédiat, et porte les insignes de l'ordre de chevalerie auquel il appartenait. Elle pourrait nous parler de M. d'Ailleboust de Coulonge, troisième gouverneur de la Nouvelle-France, et de M'""" d'Ailleboust, la première châtelaine du château Saint- Louis.'
Ici donc vécurent successivement, au moins pendant plusieurs années, les gouverneurs de Montmagny, d'Ailleboust, de Lauzon, d'Argenson, d'Avaugour, de Mésy, de Courcelles, de Frontenac, de La Barre, de Denonville, de Callières, Philippe de Vaudreuil, de Beauhamois, de la Galissonnière, de la Jonquière, Duquesne de Menneville et Pierre de Vaudreuil (fils du premier gouverneur de ce nom). Tous n'étaient pas des grands hommes, mais tous appartenaient à la meilleure noblesse de France, et la plupart portaient des titres de comtes et de marquis.
Le château Saint-Louis eut aussi ses châtelaines, et parmi elles des femmes remarquables et charmantes. Leur présence y embellissait la vie des hommes de guerre, et donnait aux fêtes du château un cachet particulier de bonne éducation et de distinélion.
Ici, enfin, moururent M. de Mésy, Frontenac, de Callières, le premier marquis de Vaudreuil et le marquis de la Jonquière. Les quatre derniers furent enterrés dans l'église des Récollets qui, comme nous l'avons déjà écrit, se trouvait à quelques pas à l'ouest du fort, dont elle n'était séparée que par la place d'Armes. Mais cette place était alors moins étendue qu'aujourd'hui. Le
I Voir le Fort et le château Saint-Louis^ par Ernest Gagnon, passif n.
QUEBEC ARCHEOLOGIQUE
portail de l'église faisait face à la porte du fort, le chevet occupait l'endroit où se trouve aujourd'hui le portique du palais de justice, et le mur latéral de gauche longeait la rue Saint-Louis. Le
couvent y attenait et
formait un grand carré au nord, avec cour intérieure ou promenoir.
Après l'incendie de l'église, le 6 septembre 1796, on recueillit les restes des gouverneurs et on les transporta dans la crypte de la cathédrale où ils dorment encore.
Que sont devenues les pierres de cette église des Récollets et du couvent adjacent, qui couvraient une grande partie de la place d'Armes et la rue voisine jusqu'au palais de justice et à la cathédrale anglaise? Il me semble assez vraisemblable de croire qu'un grand nombre sont entrées dans la construction de la cathédrale anglaise. Car à l'époque de l'incendie, en 1796, le gouvernement était déjà en possession de l'église et du couvent des Récollets, dont l'ordre avait été supprimé ; et, en bâtissant la cathédrale quelques années après, en 1804, il a dû démolir les ruines et en utiliser les pierres.
Elles ont changé de croyance religieuse, mais c'est encore à Dieu qu'elles sont consacrées.
" Les Récollets, dont la place d'Armes rappelle le souvenir, étaient chéris et aimés de toute la population canadienne-française," dit M. de Gaspé dans ses Mémoires. " Ils distribuaient des aumônes
abondantes aux pan- «^p'T — -.jy^ -v^ — 5= ^^ — "^ '^i
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leurs quêtes. Ils ' /^J^ïi.^ iltrvly - '--^*& 'T '^' j » exerçaient une large ■»-' *-*^s*« ^* Vil- >v> i\ \jyihospitalité,veillaient et soignaient les malades, ensevelis-
saient les morts, faisaient l'école et enseignaient le catéchisme aux enfants des pauvres/'
D'autres souvenirs, plus anciens encore, s'attachent à cette place d'Armes où les gouverneurs faisaient la revue de leurs troupçs- Sur le côté nord, dans le voisinage de la rue du Trésor, la compagnie des Cent-Associés avait bâti une maison assez spacieuse à deux étages, et c'est là que furent logées d'abord les Hospitalières, lorsqu'elles arrivèrent à Québec avec les premières Ursulines, en 1639. Elles étaient trois, et, suivant l'usage de leur institut, elles portaient trois noms de saints : Saint-Ignace, Saint-Bernard et Saint-Bonaventure de Jésus, A peine étaientelles installées, que leur maison fut remplie de sauvages atteints de la petite vérole. Pendant de longs mois, elles furent accablées de travaux et de misères sans nom, et leurs malades moururent en si grand nombre que les sauvages épouvantés s'enfuirent de la ville et se retirèrent dans les bois. Mais, quand ils eurent constaté que les autres tribus n'avaient pas moins souffert de l'épidémie, ils revinrent au bord du fleuve, et se fixèrent à Sillery, Revenus de leurs préventions contre les Hospitalières, ils les pressèrent d'aller se fixer au milieu d'eux/
C'est encore dans un coin de cette place d'Armes, du côté nord-est, qu'il y eut pendant longtemps un campement de Hurons. Ces bons sauvages, amis fidèles des Français, s'y trouvaient en sécurité, à l'abri des canons du fort, et fournissaient leur contingent aux expéditions militaires.
L'Obélisque
A quelques pas au sud de la place d'Armes, existait à une date fort ancienne, et subsiste encore, le jardin dans lequel les anciens gouverneurs et leurs châtelaines ont dû bien souvent promener leurs rêveries, ou épancher leurs confidences.
A l'entrée s'élève aujourd'hui un obélisque monumental dont le langage est à la fois éloquent et clair. Deux noms y sont inscrits.
I Elles y allèrent en effet en 1640, et y demeurèrent jusqu'en 1644, alors qu'elles revinrent à Québec. Après deux ans passés dans une pauvre masure de la basse ville, elles purent enfin s'installer dans le monastère que la duchesse d'Aiguillon leur avait fait bâtir, et qui est devenu l'Hôtel-Dieu adluel.
personifiant deux races ennemies, et partageant cependant aujourd'hui les mêmes honneurs et la même gloire. Séparés dans la vie, unis dans la mort, l'un vainqueur, l'autre vaincu, tous deux immortels. Que ce monument symbolise bien notre dualisme national, et l'union des deux races qui composent la nation canadienne ! Leurs deux grands hommes de guerre sont là, côte à côte. Plus de rivalité, plus de lutte : un sort commun les a réunis pour toujours. De son
bras tout-puissant Dieu a arraché de leurs mains les épées sanglantes; il les a terrassés tous les deux, et les étendant l'un à côté de l'autre dans la tombe, il leur a dit:
vous serez frères dans la mort, et vos deux peuples seront des frères dans la vie. La- même gloire vous couronnera, et la même paix étemelle vous enveloppera, vous et vos descendants !
Le nom de Wolfe est sur le côté sud du monument, et celui de Montcalm sur le côté nord, sans doute parce qu'ils venaient de ces deux direélions opposées lorsqu'ils se sont rencontrés sur les plaines d'Abraham. La face du monument regarde le fleuve qui, comme le temps, emporte tout dans son cours; mais lui-même reste debout, tourné vers l'aurore, attendant l'avenir, répétant aux générations qui passent ces belles paroles gravées sur le piédestal :
MORTEM VIRTUB COMMUNEM,
KAMAM, HISTORIA,
MONUMENTlïM, POSTKRITAS