‹ Québec et Lévis à l'aurore du XXe siècleChapitre 7 sur 35 · VUE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

VUE GÉNÉRALE

Où il n'y avait rien, elle a élevé un manège monumental. Où il y avait des bicoques et des broussailles, elle a érigé son Palais législatif.

Sur tous les terrains vacants, elle a tracé des jardins ; et les mauvaises herbes ont fait place à des massifs de fleurs qui s'épanouissent et embaument.

Des églises et des maisons nouvelles ont surgi ça et là ; et la passion de bâtir et de renouveler s'est emparée de notre vieille cité au point d'alarmer tous les antiquaires.

Je ne suis ni antiquaire, ni très enthousiaste du progrès. J'aime les ruines, et je me réjouis en même temps de voir surgir de beaux édifices modernes. Les embellissements de Québec ont toute mon admiration, et cependant je m'afflige de voir disparaître les choses du passé. Explique qui voudra ces sentiments opposés : je ne puis moi-même que les constater.

Quand je vois que les vieilles maisons s'en vont, j'en éprouve des impressions contradiéloires. Je me réjouis de les voir remplacer par de belles boutiques ou de somptueuses résidences. Mais en même temps je les regrette, les chères vieilles.

J'aimais les contempler avec leur unique étage, leur toit pointu et leurs épaisses murailles. ** C'est bâti du temps des Français, me disait un vieux Canadien, et voyez comme c'est raide de comble."

Oui, je regrette ces vieilles demeures d'autrefois, en me disant qu'on n'en verra plus jamais de semblables. C'est un aspeél du passé qui ne reviendra plus, un genre de construélion qui a fait son temps, et qui semble maintenant ridicule, sans doute.

Mais nous aussi, nous sommes de vieilles charpentes qui seront bientôt démolies et remplacées par des jeunes. Seulement les jeunes nous ressembleront. Il en est autrement des maisons : les nouvelles seront différentes des anciennes.

L'œuvre de Dieu est immuable ; mais les œuvres humaines sont essentiellement variables. Le changement est un besoin de notre nature, et, si nous en avions le pouvoir, nous ferions aujourd'hui des hommes tout différents de ce qu'ils étaient dans les siècles passés.

Oh ! que nous aurions défiguré l'œuvre de Dieu, s'il nous l'avait permis.

En septembre dernier, je voyais des artistes américains, ou plutôt américaines — car c'étaient des femmes — qui s'étaient échelonnées dans la côte de la rue d'Auteuil, qui descend de l'Esplanade à la rue Saint-Jean, et qui peignaient à l'aquarelle la vieille boulangerie qui forme le coin des deux rues ; et je me disais : " Ces femmes ont du goût, voilà une relique du vieux Québec qui va bientôt disparaître, et dont nous ne verrons plus jamais la semblable."

Que de souvenirs elle porte sur ses épaules ! Elle en est tellement chargée qu'elle s'est enfoncée sous le sol ; et c'est en descendant deux degrés qu'on arrive du trottoir à son plancher. Que d'histoires elle pourrait nous conter du temps des Français ! Mais elle ne parle guère, et bientôt elle ne sera plus même un souvenir ; car, le sort en est jeté, Québec est en pleine renaissance, et sera bientôt une belle ville moderne.

Mais, en dépit du renouveau, Québec gardera son originalité et son cachet particulier. Elle ne sera jamais une ville comme une autre.

L'archite61:ure de certaines maisons, et le langage que vous y entendrez si vous en franchissez le seuil, vous feront croire

Il avant la démolition de la porte, r la ^'ieille boulaii){erie.

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