‹ Quelques âmes d'éliteChapitre 18 sur 26 · I. La perte de sa fille aînée, puis de sa femme · texte numérisé non relu

I. La perte de sa fille aînée, puis de sa femme

l/|8 nUELQUrS AMES J)'Él>ITR ^

ALLOCi riON ' 1 UIXAUGURATION DU MËDAIimL LOND'A. LEROY-BBAULIEU A L'ÉCOLE LIBRk\ DES SCIEXCES POLITIQUES, ^

Messieurs,

Voici notre dernier et regretté directeur bien à sa place près dn fondateur illustre de l'Ecole. Emile Boutmy. à cùté de Taine, qui fut un (l(^s inspirateurs et des soutiens de Boutmy, en lïice;^ d'Albert Sorel, l'un des collaborateurs de la première heure, resté fidèle jusqu'à l'éjDuisement de ses forces, qui fit vivre dans son enseignement l'histoire qu'il condensait ensuite dans ses admirables livres. Anatole Leroy-Beaulieu, par son culte de In vérilé ]iisluri(|ue reeliercliée dans ses sources, observée dans les faits réels, conlrùléc par le contact de tous les jours avec les virtualités viA^antes des races et des peuples,^ était de la mém(^ famille c|ue ceux auprès desquels l'initial i m dt' la Société des Anciens Élèves, la générosité reconnaissante de ses admirateurs et de ses amis, et enfin le 2 rond talent de M. Patey, ont j^lacé son

I. A titre clf jirf'sîdo!'! «lu Coii'joil de VT-^("<^lc (i ' ni:»'- ' 'iV

ANATOLE LEROY-BEAUTIEU 1 ^f)

image. Celle-ci n'était pas indispensable pour faire A ivre devant nos yeux celui que nous avons perdu, ([lie notre mémoire revoit fidèlement avec sa stahire frêle mais Aive. parfois même pétulante, ses \cr/x perçants, son imimalion de visage et de parole, curieux de tout, bienveillant < I attentif pour tous, sachant écouter aussi bien que parler, dévoué à nos professeurs, à nos élèves, à notre îiseignement, à Ta venir de l'Ecole qui jusqu'au Icrnier moment préoccupait sa pensée, trouvant les forces nouvelles pour continuer sa tâche, idors même que de cruelles épreu\os. puis l'affaiblissement de sa santé l'atteignaientprofondément « t tarissaient en lui peu à peu les sources de I existence. Mais nous ne devons pas songer à nous seuls : le temps passe vite, el il est hon qu'un lémoignage matériel consacre les tiaits et comme ! apparence physique de ceux que nous avons aimés, que les jeunes qui nous suivent auront moins connus ou n'auront pas connus. Entendant parler par leurs aînés de notre directeur, ou lisant ses ouvrages, ils seront heureux d'associer à son nom une vision réelle, ils aimeront à le voir r evivre dans ce charmant et fin profil, antique par le contour, un peu germanique par la chevelure et la barbe, qui faisait du visage d'Anatole Leroy-

l5o QUELQUES AMES r>'ÉLITE

Beaulieu jeune, quelque chose d'unique parmi ses contemporains, une sorte de création d'Albert Durer après son contact avec l'Italie.

L'Italie î Elle avait été en quelque façon la nourrice de notre ami. Je le revois encore dans sa jeunesse, après des séjours prolongés dans la Péninsule, initié à tous ses problèmes politiques, religieux et artistiques, et initiant volontiers (avec quelle admirable possession de son sujet !) ses camarades (dont j'étais) à ce qu'il connaissait si bien. Il a trouvé en Italie, à Rome surtout, la fermentation et comme un résumé vivant de tout ce qui devait le préoccuper pendant sa vie, les (questions de nationalités, d'églises, d'évolution politique, intellectuelle et artistique. Lorsque, plus tard, il porta son ardente curiosité d'abord en Russie, qu'il fut un des premiers à connaître et à révéler sous tous ses traits, puis dans tous les pays de l'Europe, puis enfin dans plusieurs parties d'Afrique, d'Amérique et d'Asie, lorsqu'il approfondit sur notre propre sol les sujets moraux et sociaux qui ont été la vie intense de la deuxième moitié du xix® et du début du xx** siècles, il était préparé par son premier apprentissage italien à tout pénétrer, à tout comprendre, à tout saisir dans les combinaisons les plus com-

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