I. Il m'écrivait (octobre 1899) ' ^ remué et excité tant
de mauvaises passions qu'il faudra bien du temps pour qu'elles s'apaisent,... si elles ne nous amènent pas quelque malheur terrible... Il est malheureux d'avoir une fin de vie condamnée à de telles anxiétés. » Je me souviens fjue G. Monod m'écrivit dans le même sens.
u. Il avait épousé en premières noces, et déjà relativement âgé,
public le connaissait eniin et l'admirait grâce à î la publication cVœuvres plus à sa portée, et oùèi l'écrivain, le fin lettré, le clairvoyant appréciateur a des hommes et des œuvres, en même temps que iei cœur affectueux et chaud de l'ami, se révélaient fi en pages inoubliables. Je retrouve sur les premiers feuillets de son volume qu'il m'offrit Penseurs et poètes , écrites de sa main ces lignes qui le peignent en quelques mots :
C( Il m'a semblé qu'en parlant d'eux (c'étaient J.Darmeste ter, Mistral, Sully Prudhomme, Renan, Albert Sorel), en essayant de les faire comprendre et aimer, je les comprenais mieux et je les aimais mieui moi-même. Je voudrais que cette impression fût partagée par les lecteurs de ce livre. » \
Il fut très lu. Le grand public fut étonné de trouver tant de grâce, de diversité, de nuances d'esprit et de sensibilité, de chaleur d'images et d'expression chez celui dont il aurait plutôt attendu de l'érudition austère et aride, et des formes scientifiques peu faites pour plaire. En attendant ni sur Renan, ni sur Taine qui venaient de mourir, il ne faisait aucune concession aux ennemis
la veuve de Philippe Delaroche-Vcrnet, qu'il perdit en 1889. H épousa en secondes noces M™* veuve Savary et eut une fille de ce second mariage.
c la critique dont il maintenait les droits univerels. A propos de Sully Prudliomme, il abordait es plus vastes et les plus délicats problèmes de
i philosophie, de la religion, de la morale et les rapports des sexes, et faisait sentir, pour 1 avoir
prouvé lui-même, le tragique des luttes que soucvent dans les âmes tout à fait sincères vis-à-vis l'elles-mèmes les mystères de l'inconnu peut-
tre de l'inconnaissable. Il avait profondément )énétré la nature esthétique et morale de l'auteur les Solitudes auquel le liait une profonde intiiiité, et il fut son meilleur commentateur après ivoir été l'un de ses révélateurs auprès du public ettré.
Je ne crois pas que la mort d un homme ait ouvent suscité une émotion aussi profonde que elle qui, dans un cercle étendu, étreignitle cœur !e ses amis, de ses élèves, de ses admirateurs orsqu'ils apprirent qu'il venait de disparaître )resque subitement à Cannes (5 mars igo3).
)rous pleurèrent en lui le maître incomparable, o cœur généreux \ l'esprit auquel rien de ce qui
I". ( î . Monod dit de lui avec justesse à ses obsèques : « 11 y u iti mot qui vient involontairement aux lèvres quand on pense à li, c'est le mot générosité. Générosité de cœur, de caractère de mpérament, d'esprll, tout était généreux en lui. «
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est digne d'oceuj>er la pensée n'était étranger.]! Plusieurs dirent qu'ils avaient perdu leur pèrej intellectuel : parmi ceux-là figuraient des étudiants et des savants de tous les pays qui, à ses obsèques au Collège de France, vinrent, après tant de Fiançais, exprimer leur douleur cl le ur reconnaissance. Elles ont pris figure en quelquq^ sorte matérielle dans la fondation Gaston Paris,fc qui, groupant Français et étrangers en une mémeif association, a réuni tlans une salle de l'École des>2 Chartes sa bibliothèque rachetée par une géné-H) reuse bienfaitrice, ses notes, ses travaux manuscrils, qui a édité ou réédité plusieurs de ses écrits \ et qui par une réunion annuelle perpétue ( son souvenir. Quelle autre immortalité terrestre souhaiter pour un servant de la science ?
I. La bibliographie de ses travaux publiée par la Société ami cale comprend i igS numéros et forme un vol. in-8 (igo4)-