I. C'est à lui qu'est dédié le « Vase brisé
SULLY l»llUDlIOMMK -y 3
\lraordinaire, et comme avide de pénétrer la orme, la pensée, la cause. Il marchait la tôle un >eu penchée, et le corps un peu soullreteux. Nous lous retrouvâmes un certain nomhre de jeunes ^^rançais, v enus à Uome surtout pour se pénétrer le ses monuments et de ses collections d'art, et e pus mettre mes compagnons, parmi lesquels e nie rappelle notamment Lafenestre, Anatole ^eroy-Beaulieu et Gabriel Monod, en relation ivec des élèves de la Villa Médicis auprès desquels l'avais été introduit par Ton\ lloberl-Fleury , fils lu directeur d'alors. Quelles interminables caueries nous eûmes dans les galeries, les ruines, es églises ou les tvattorie d'alors, sur les sujets es plus divers d ai t, de religion, de philosophie, l'histoire! Sully Prudhomme écoulait beaucoup : puis il intervenait pour réclamer de la rigueur la 11 s les définitions et dans les raisonnements, iionli ant déjà à cette époque que les préoccupalions philosophiques et les habitudes de l'esprit scientifique^ s'alliaient étroitement chez lui à la finesse et à la vivacité extrême de la sensibilité. Il jouissait beaucoup de ce qu'il voyait, mais je crois qu'il a toujours cherché pourquoi il épj.'OU-
1. Il s'était préparé pour l'École Polytechniq^ic. Un mal d'yeux. L'en déto\irna.
vait OU 11 éprouvait pas celte jouissance, que lieaucoup d entre nous se contentaient de savourei sans la creuser dans ses racines. Il était déjà ce qu'il est lesté toute su vie, l'homme du scrupule. INoii seulement il l'a rigoursusement respecté dans son ai t où il ne se permettait aucune concession, aucime faiblesse de facture : mais il a fini par asseoii surle scrupule, source delà dignité, lonle une philosophie de la liberté : il se l'était posé comme règle de son oeuvre et de son existence Elle a quelqnt fois limité et comme refi oidi ^i ii génie : elle a grandi l'homme tel que nous l avons aimé et admn é, en le plaignant parfois des souffrances de conscience qu'il s'infligeait à lui-même par défiance du mouvement instinctif de la vie et et de l'action.
(( Je n'ai jamais orné le désert de ma vie », a-t-il dit dans nn sonnet posthume, en faisant allusion à la compagne qu'il s'était refusée. C'est le même sentiment qui lui a inspiré la terrible abdication volontaire du Vœu, la résolution solennelle de mourir sans enfant :
Je lais vœu d'arracher au malheur cette proie : Nul n'aura de mon cœur faible et sombre hérité. ... Pour léguer son soufïle et sa chair sans scrupule jl laul rtro enhardi par un espoir puissant...
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... Demeure dans l'empire innomé du possible ! O fils le plus aimé, qui ne naîtras jamais, . . Tu ne sortiras pas de l'éternelle paix !
C'était là chez lui un sentiment beaucoup plus profond que celui (jui dans Stances et poèmes lui avait inspiré ces deux vers :
Vous n'avez pas de bru, mon père :
On m'a blessé, je n'aime plus.
(Un songe.^
Il m'écrivait (en 1867.^) ' suis toujours
haletant, ]>ousculé, en retard avec mes amis et en somme je ne fais pas grand chose. . . J. . . m'apprend 8'>n mariage. Ils se marient tous î Ils ont raison : mais en cela la raison est difficile à suivre comme en toutes choses, et je ne les imiterai pas : peutêtre au'-isi les raisins sont-ils trop verts... »
Quelques lettres ou billets que je retrouve de lui le montreront en raccourci dans certaines étapes de son existence. On jugera par ces brefs extraits de sa correspondance ^ combien celle-ci, si ses amis voulaient la réunir et la publier, révélerait de trésors de pensée, de sensibilité et de forme.
On y saisirait pai- le menu le travail d'un cer-