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vpiri et peu à peu'onseremit à les cràiodre. L'hydre n'avait point péri dans cette latte violente , relevant ses tètes abaissées^ elle reparut alors pleine de vigueur et de vengeance.
Il existait une loi qui ordonnait aux pères des émigrés de se i*endre danls le domicile qu'ils habitaient en 1792/ pour y rester en état de surveillance. Mon père, qui avait habité le faubourg de Vaise depuis le commencement du mois d*août de la inémé année, espéra satisfaire aux exigeances de celte loi, en y restant. De son côté, la ville de Moulins somma mon père de venir se mettre sous sa surveillance. Mon père se fit fort de son domicile de Vaise : Moulins n'entendit pas raison, un procès fut intenté contre lui ^ et, pour prix de sa résistance, il fut condamné à deux ans de réclusion et de fers. Plusieurs mandats d*arrét décernés contre lui ^e suivirent bientôt, mais sans succès, mon père ayant su leur échapper toujours. C'est ainsi que pour nous commença une ère nouvelle de souffrances et de persécutions.
M. Guichard, dont l'amitié courageuse ne s'est jamab démentie, nous en donna une preuve bien touchante. Il souffrait depuis plusieurs années d*un asthme très fort, auquel se joignait une hydropisie dont les progrès assez rapides s'opposaient à toute espèce d'occupation, et rendaient son existence très
dolilolirèii^. Cependant^ le désir d'être Utile à liiOD père lai fit sormonter la noiènce de ses maux. Il rechercha et accepta utie place de la coimniine de Yaise, qui le mettait k même de prérenir les surprises; car c'est à Itti que l'on s'adressait pour les mesures d'arrestatioD. C'est ainsi que beaucoup de ces mandats d'amearer restèrent sans exécution , et j'ignore quel compte il m rendit. C'est au déTouement génêreoï de M. Guichard que nous avons dû la sécurité dans laipKHe nous técûmes tranquilles et cachés, à l'abri de sa protection. Mon frère cadet , qui avait repris son domicile & Rive-de-Gier, chez M. Mazuyer, venait souvent notis voir. Son arrivée^ douce à nos coeurs, y répandait une joie pure, de sorte qu'au milieu de nos alarmes continuelles, nous etimes quelques journées heureuses
Cependant^ la santé de M. Guichard devenait de plus en plus languissante; il ne pouvait sortir de sa chambre , et bientôt nous le perdîmes» Il ne s'attendait pas à une mort si prompte, car la veille encore, respirant avec délices un bouquet de violettes que je lui apportai, il rêvait, en savourant leur frais parfum, au lieu de sa naissance, et m'entretint du voyage qu'il comptait y faire aussitôt qu'il serait guéri. Le lendemain matin, il tomba en agonie. Rassemblés autour de son lit, pour nous consoler
par la prière , il devint notre unique pensée; ab$oii)ès que nous étions dans ce malheur, pénétrés de celle immense perte , le rçste fut oublié et les précautions de sûreté négligées. Mon père vit tout-à-coup venir à lui un petit garçon qui avait pénétré sans difficulté dans la maison , et qui lui remit une lettre de la municipalité de Lyon, adressée à M. Guichard«^^ Il se meure, répondit mon père; porte cette lettre à la municipalité dti faubourg. •'^ F^u après, le pelit garçon revint encore. — ' Je n'ai trouvé là-bas qu'un seul membre, qui a ouvert le paquet et m'a dit : pela ne me regarde pas, retourne dans la maison Guichard, et dit qu'il faut qu'on y prenne cette lettre, f— Mon père l'ouvrit et la lut, c'était un nouveau mandat d'arrêt décerné contre lui* On griffonna un reçu au messager, qui s'en retourna. Nous avons toujours ignoré la personne qui sut si généreusement nous avertir de ce nouveau danger et nous ménager le temps de l'éviter. Je ne saurais trop reconnaître et bénir les soins de la Providence , qui plaça sur notre route tant d'ames bienveillantes, tant d'amis sincères et vigilants, attentifs au salut d'une tète si chère.
Nous ne quittâmes point la maison après la mort de M. Guichard, sa veuve nous témoignant la même bonté. Où eussions-nous été mieux? Quelle autre
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retraité aurait pu nous ofTrir les avantagea dé telleci? Asile sûr^ amitié sincère^ tout se réunissait pour nous y fixer. Mais nous restâmes seuls ^ les personnes qui s'y trouvaient i^vec nous étant parties. Des visites nouvelles furent faites pour arrêter ce cher proscrit y que nos soins assidus dérobèrent toujours à leurs recherches; et le bonheur d'y réussir, nous ayant, malgré tant de périls^ inspiré une sécurité dangereuse, il fut sur le point d'en être la victime, un jour qu'il se promenait dans une allée couverte du beau jardin attenant à la maison. Ce jardin, entouré de mtars et de rochers, n'était accessible aux regards des voisins que dans une partie, qu'il évitait avec soin ; et croyant ainsi accorder assez à la prudence, il se livrait souvent au plaisir de la promenade , plaisir contre lequel je murmurais beaucoup par inquiétude pour lui. Le malheur voulut qu'un commissaire qui était à sa recherche entrât par une porte du jardin et sci trouvftt inopinément en face de mon père, un peu surpris de cette visite. Le commissaire lui signifie l'ordre dont il est porteur; madame Guichard ne perd pas la tète elle rentre chez elle en les priant tous deux de la suivre^ et là , ouvrant son secrétaire : — Vous êtes père de famille, citoyen , dit-elle à cet homme , sauvez la vie d'un père de famille; Cet argent est à Vous, prenez; vous êtes entré seul, personne n'a vu Monsieur, et
vous pensez bien qne nous vous garderons le secret. — * Cet homme seJaissa toucher et partit. Il fut résolu que mon père ne sortirait plus que la nuit dans le jardin^ et mes ferventes prières , mes supplications en obtinrent la promesse.
C'est ainsi que nos journées se passaient dans les alarmes continuelles que faisait nattre une persécution aussi acharnée. Heureusement mon père trouva dans Tamitië , dans la. générosité de ses amis une puissante sauve-garde. Il le reconnaissait de tout son cœur; mais la vie lui devenait odieuse et la contrainte irri-* tait son ame; il voyait un beau jardin devant lui, et n'osait y faire un pas : c'était le supplice de Tantale. Privé d'exercice^ son sang s'agitait^ la véhémence de son caractère s'eialtait par tant de contrariétés; son esprit s'aigrissait/ et plein d'amertume et d'impatience^ il appelait à grands cris la liberté ou la mort. Que de fois il m'a répété — : J'aime mieux mourir que de vivre comme je vis ; que l'on me prenne , que l'on me guillottine, ce sera fini; je ne puis supporter une semblable existence, mieux vaut mourir. — Et moi , mon père^ et moi ! que deviendrais-je? — Que de peines n*avais-je pas pour le calmer, pour lui inspirer un peu de résignation et d'espérance ; et lorsque j y avais réussi^ je voyais bientôt une nouvelle irritation détruire mon ouvrage. Enfin, ne pouvant plus
résister à Ini-^méme, et répétant j'aime mieux moarir que de vivre ainsi prisonnier , il sortit dans le jardin; on Pépiait encore^ il fut aperça.
Le snccessenr de M. Gnichard, fameux Jacobin, et fort zélé pour son parti , donne aussitôt des ordres |)Our qu'on se transporte chez madame Guichard; car y & son grand déplaisir, et très heureusement pour nous, il se trouvait forcé de partir à Tinstant même pour une mission importante. Le soin d'exécuter ses ordres fut donc remis à un commissaire, plus honnête homme qu'il ne le croyait. Celui-ci court aussitôt chez une dame de notre connaissance, lui explique l'affaire dont il est chargé, et la prie de nous en avertir. — Je suis sûr qu'il est chez madame Guichard; je demande qu'il parle ou que l'on me dise où il sera caché, afin que je n'y cherche pas; — et il s'éloigne en fixant l'heure de sa visite. Aussitôt que nous apprîmes cette nouvelle, toutes les mesures furent prises pour cacher mon père à tous les regards, et nous attendions, avec de grands battements de cœur, ce moment dangereux, lorsqu on sonna violemment à la porte : c'était un grand homme enveloppé dans son manteau. Il demande mon père. La bonne Jeanne*-Marie répond qu'il n'y est pas; l'autre assure qu'il y est. -— Je suis son ami^ ne craignez point; je me nomme Rostaing; allez lui
dire qM e'68( moi. — A ce nom, déjà la porte s'était ouverte et refermée sur lui.
M. de Rostaing ^ revenait d'un voyage assez long, et venant d'apprendre les nouvelles persécutions suscitées à mon père^ il accourait lui offrir ses secours. Bientôt instruit de nos inquiétudes^ il engagea mon père à partir sur-le-champ. — Venez aVéc moi> lui dit4l^ quittez une maison où Ton soupçonne toujours votre présence. — Comment, en plein jour? — ^ Dieu nous prot^era; ce n'est pas vivre que d'exister comme vous le laites. «*— Cette résolution , une fois prise, devait être exécutée promptement. Jeanne- Marie court s'assurer d'une batelière sûre , qui vient attendre avec son bateau au bout d'une petite ruelle qui donnait vis-^à-vis de la porte de la maison. On guette le moment où personne ne passe, mon père saisit cet instant favorable ; enveloppé d'un manteau comme son ami, il franchit rapidement la rue avec lui, monte dans la petite barque , et les voilà voguant. Ils passèrent la Saône et furent en peu de temps à l'abri. Nous restâmes livrées à de grandes inquiétudes, mais espérant son salut de la justice de sa
1 Je ne sais si J'ai déjà parlé de lui. C'était nnandeD officier qui avait servi peadanC le siège. Il était aussi distingué par sa bravoure et ses oonnaissaDces militaires que par son noble caractère et ses grandes vertus.
Càase. Le commissaire vint à l'heure qu'il avait. fixée, levant à peine les yeux dans la crainte de voir ; nous aurions pu lui dire de les lever , mais il était bon maintenant que Ton crût mon père près de nous.
Sans le procès intenté contre mon père par les autorités de la ville de Moulins, nous aurions joui de la liberté rendue à tous les Lyonnais, qui avaient élé rayés en masse. Mais loin de là^ poursuivi avec un acharnement infatigable, chassé de toutes les retraites qui Tabritaient, mon pauvre père se voyait seul, privé dé tant de biens précieux ; et l'amertume dont son cœur était inondé lui donnait ce dégoût de la vie qui lui fit commettre tant d'imprudences. Il n'en supportait plus les inquiétudes ; mieux vaut mourir, disait-il toujours^ et je répétais tristement : et moi| mon père, et moi!
M. de Rostaing le conduisit tout bonnement chez lui. Il y resta quelque temps, et trouva par ses soins un asile nouveau et sûr. Jouissant souvent de la société de son ami, vieux militaire comme lui, il trouva dans sa conversation d'anciens souvenirs qui leur étaient communs , et les angoisses du présent perdaient de leur âpreté devant les récils vifs et animés de leurs vieilles batailles.
Le procès de mon père traînait en longueur. Ne pouvant m'avoir près de lui, il crut sage de me ren-
voyer anx Écherolles pour ses aflaires. D'ailleurs , . rëconomie exigeait notre séparation. J'y revins donc accompagnée d'une femme qui repartit ensuite. Tout y était dans le même état ; mais cette fois-ci je me logeai dans l'appartement de ma mère, et j'y restai bien décidée à né le céder à personne.