CHAPITRE V
Mvti éd ma seeor. — Je fMie ifoelqne lemiMi chei Madame Grimeald, Réaction qui ramène un goaTernement plus doux. ~ Mon père me rappelle près de lui, à Lyon, où m^n frère aîné vient nous rejoindre, et mon firère cadet, rentré dans les équipages d'artillerie , vient nous 7 voir de Grenoble , où il est en garnison, rr 18 frattidor. — Tous les émigrés, rentrés doivent quitter Ja France. — Je dis adieu à mon père et retourne aui ÉcheroUes.— On m*y traite en émigrée.— J*en repars la nnltpoor Lnrcy et l'Ombre. — Bonté dé lafémille Leblanc, — La terre des Écherolles vendue par la Nation.
' AI dit dans le chapitre précédent que mon I père ne poovanl me garder près de hii dans
f^^i^^ Tasile que Famitië lui avait oflert, crut ^prudent de me renvoyer aux Écherolles ^ pour y terminer quelques afTaires et y raviver son souvenir dans des cœurs bien près de Toublier. J'y
retrouvai les fermiers continuant leur fortune et leurs banquets. Leur luxé s'était accru avec leurs richesses; on aurait pu les croire heureux, si Tinquiëtude qui naît de l'instabilité des spéculations n'avait jeté des craintes à travers leurs joies'. Une peine d'un autre genre vint y mêler ses alarmes. Une bande de voleurs, formée dans le sein même de la province, menaçait tous ces nouveaux riches; et tandis que, presque seule dans le château, j'y dormais du sommeil le plus paisible, M. Alix et sa famille ne reposaient pas. Ce n'était plu3 à chanter des chansons joyeuses que les heures de la nuit s'écoulaient pour eux. Veiller à leur sûreté, songer & se défendre^ trembler au moindre bruit, redouter pour eux-mêmes le sort de quelques voisins qui avaient été assassinés, toutes ces alarmes enfin répandirent des ombres sur leur prospérité. Soit vérité) soit envie d'un bonheur que l'on se réjouissait de troubler, il circulait que le nom de M. Alix avs^it été vu sur la liste fatale, et dës-lors plus de sommeil pour lui.
Ma sœur existait encoure, loais sa vie touchait à sa fin. Elle s'affaiblissait de jour en jour, et elle mourut
^ Cette rapide fortune s'écoula vite entre leurs mains ; lis se trouvèrent un jour plus pauvres quMls ne Tavaient été avan^ d'être ricbes , et bien piusfBaUieureux.
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de vieillesse & vingt ans. Le mercure pris par sa nonr* rice, pendant quelle Tailaitait/ détruisit ses forces vitales et altéra sa raison : exemple funeste des dangers aniquéls une mère expose son enfant, lorsqu'elle est obligée de recourir au sein d'une étrangère pour le nourrir. La mienne ne s'en consola jamais^ et jusqu'à sa mort s'en fit les plus vifs reproches. Cependant, elle avait pris très scrupuleusement des informations sur cette nourrice; mais sa prudence fut endormie ou satisfaite par les témoignages qu'elle reçut de la conduite d'une femme assez adroite pour en imposer à tous*.
La courte existence d'Odille n'avait été que souffrance ; née pour être forte et belle, ces avantages disparurent peu à peu et cédèrent & l'excès de ses maux. Je la trouvai heureuse d'en atteindre la fia. Néanmoins, quoique je n'eusse jamais rencontré en elle ce charme qu'offre un retour d'affection, sa perte m'aflligea, me laissa seule ; un vide nouveau se fit autour de moi ; c'était la mort, encore une mort daqs ce que j'aimais, et je sentis le besoin de fuir la solir^ tude où elle me laissait.
J'allai passer quelque temps chez madame Grimaulci.
1 Ayant Qoe santé très délicate , ma mère n*avatt pu nourrir ellemême aucun de ses enfants.
Près d'dle, je retrouvai une société douée et protec-^ trice. Elle babitail à Lurcy^ terre fti^elle âyatt adietée, dans le Nivernais, des débris d'une beUe fortone que &on mari avait presque entièrement dissipée. Il avait été fort bel homme, et s'était rendu fameux par de grands désordres. Sa femme, fort jeune encore, l'épousa par inclination, et tut à peine heureuse un jour. Le reste de sa vie appartint à l'infortune, nonseulement par la conduite licenoieQse et les prodiga-^ Utés de son mari, mais encore par son humeur taquine, par un esprit de contradiction et d'ironie comme je n'en ai vu à personne, et qui n'était surpassé que par la patience de madame Grimauld à supporter ce supplice de toutes les minutes. Jamais une plainte n'échappa de sa bouche ; jamais l'amie la plus intime de son cœur ne reçut la confidence de ses douleurs, pile mourut avec son secret.
L'aspect d'une pareille souffrance fit époque dans ma vie. Je n'avais pas eu le temps d'en apercevoir de ce genre ; ballottée dans les tourmentes qui bouleversaient la France, j'avais été, comme tant d'autres, atteinte et frappée par ces grandes catastrophes qui brisaient tout sur leur passage ; comme eux, du moins, je pouvais en parler et m'en plaindre. Mais ce malheur-là je rtgnorais, je n'avais point encore vu ces douleurs cuisantes et silencieuses, qui 4ëç)iir^nt le
coeÉr où eJHes régnent^ et minent les deurcés dé la yié dans Torabré et le mystère. Ce malbenr^à^ c'était la durée entière d'une existence qui se déroulait sans bitik comme sans murmure sur des pointes acérées > se joignant toutes ainsi qtie les minutes de l'heure.
Forcée de quitter bientôt cette amie vertueuse^ je recueillis et gardai soigneusement les hautes instructions dont ses conseils et son exemple a?aient enricbi Tbon ame. Il y avait une puissante leçon dans ce Malheur siréel, si peu mérité, si patiemment supporté.
Je revis, en passant à Moulins, les parents que ma position intéresisaient, et je Retournai aux Écherolles attendre les ordres de mon père. Le temps s'était écoulé; ayant gagné son procès contre la yiNe de Moulins, il pouvait reparaître sans crainte et reprendre son domicile à Yaise^ où il m'appela près de lui; et je piirtis suivie de Babet.
Le gouvernement se montrant chaque jour plus lolérant^ beaucoup d'émigrés hasardèrent de revenir sur le sol français. Il en affluait un grand nombre A Lyon, où ils trouvaient des sympathies. Mon frère atné ' , suivant leur exemple, vint nous y rejoindre ;
1 Lora du llcendement de son corps , après Talblre de Liège , il s*était dirigé vers la Hollande., où H se soutint en donnant des leçons de français. Après avoir séjourné long- temps à Amsterdam , il avait été a Hambourg, d*où il se rendit près de nous.
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quelques-uns de ces nouveaux venus étaient rayés pro^ visoirementy d'autres aspiraient à fétre. Plusieofli mêlés dans la foule, pressés par Timpérieui désir de respirer Tair de la patrie, bravaient les dangers pour lui seul, et n'avaient fait aucune démarche pour se mettre à fabri des rigueurs de la loi ; ils étafeot là^ avec les autres, tous remplis d'espoir et de sécurité, rêvant les douces réunions de famille et les causeries du foyer domestique. Ils racontaient, trop haut peutr étre, les vicissitudes et les aventures de leur pénible vie. On avait beaucoup vu^ beaucoup souffert^ beaucoup à dire; on tenait ensemble par ses malheurs et par les espérances dont l'avenir de chacun semblait riche, enfin tous se croyaient assurés de la félicité, objet de leurs vœux. Les esprits les plus mesurés, entraînés par cette multitude joyeuse^ subissaient son pouvoir, et comme elle, se laissaient entraîner par ce doux rêve.
Mon frère cadet, replacé dans l'artillerie par la constante bonté de M. de Gueriot, était en garnison à Grenoble, ce qui lui permettait de venir nous voir quelquefois. Nous nous retrouvions en famille, et l'espoir de rentrer dans la jouissance de sa fortune, ajoutait au bonheur que mon père éprouvait de voir ses enfants réunis près de lui. Nous vivions presque sans soucis, tant nous avions d'espérances ! Nous
vivions vile. J'aspirais avec bonheur à ce bien-être inconnu; je savourais cette existence si neuve et si belle^ sans me croire si près de la perdre. Trois mois à peine suffirent pour Tépuiser; une nouvelle réaction brisa tant d'illusions chéries^ détruisit nos espérances et compléta notre ruine.
C'était le 18 fructidor. Je ne connus de l'histoire de cette époque funeste que la triste nécessité de fuir encore, de m'arracher des bras d'un père que je chérissais, et de recommencer cette vie isolée, errante et décousue, le plus insupportable de mes malheurs.
Les émigrés qui n'étaient pas rayés définitivement, reçurent l'ordre de quitter le territoire français ob l'on avait toléré leur présence. Des passeports leur furent délivrés pour la frontière la plus proche du lieu où ils se trouvaient au moment de cette nouvelle mesure révolutionnaire. Mon père et mon frère a|né en demandèrent pour la Suisse. Quant i moi, bien que je fusse inscrite aussi sur la liste des émigrés, il était si notoire que je n'avais point quitté la France, que mon père se flatta que ce décret ue m'atteindrait point. II fut donc décidé que je regagnerais ma pro-^ vince, dans le vain espoir que ma présence sauverait peut-être quelques parcelles d'une fortune que nous allions perdre sans retour. Nos préparatifs furent
proBnptei car <>n ne bous aecorda qn^tin très court délais ÂusâiMl qae l^on put trower des places à la diligence^ mon père m^ycofiduisit IninnOme; et, «ityie de ma fidèle Babet, je quittai Lyon peu dlienres avant Itii. Mon.fi^ère cadet ëcha^, je erois^ à cette noo-* velle proscription, à Tabri da nom d'emprunt qn'il avait longtemps potlë dans le cérps où il servait , et il dnt plus encore son saint à la génërense affection de M. de Gueriot.
Ce changement d'existence avait toute la rapidité d'nn songe qui s'èvanomt à Taspect de la plus dure réalité. Les voilures publiques ne pouvaient suffire au grand nombre de personnes qui s'éloignaient de Lyon. Ce n'étaiecit jpas seulement les éorigrés qui prenaient la fuite. Leur danger suscitant bien des craintes, des parents, des amis venus pour les voir, regagnaient au plus tét leurs retraites. Mais tous les proscrits ne repassaient pas la frontière; il est s» difficile, lorsque les pieds ont touché le sol natal, de leur faire parcourir encore la terre de Texil ! Beaucoup restèrent donc en dépit des nouvelles rigueurs.
Adieu mon pèrel Adieu mes douces espérances et mes rapides plaisirs, mes joies si pures et si belles! Adieu, mon père!... mes frères, adieu! adieu!
La voiture partit... Excepté Babet, je ne vis autour de moi que des hommes à figure pensive, chacun
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ld*euXy sans doute ^ regreltait aussi des parents, des a«is et de cbëres ilkisbos; chacBii de nous se renfermait dans un silence obserMtenr, en cherchant à dëcou?rir la couleur poUlique de ses conopagoons de voyage; et bientôt , s'abandeoaant & la force de ses pensées, on en suivit le cours sans s'occuper de son voisin. Moi-même^ j'oubliai long-temps oii je me trouvais, pour rqpas^r dans mou esprit les éton^ nantes vicissitudes dont nous étions victimes. Je ne fus tirée de cette profonde rêverie que par les plaisanteries d'un bon vieillard, dont la franche gaieté devint Qommunicative, et nous arracha à Télat de stupeur où nous étions tous plongés. Il s'établit peu à peu une conversation qui nous donna lieu rëcipro-^ quement de tâter je terrain. Nous siïmes bientôt i quoi nous en tenir; sans se confier rien, on se devina. Nous portions tous la même livrée; nous le reconnûmes surtout par la gène qui s'établît dan$ la voiture à l'arrivée d'un nouveau venu sentant le Jacobin d'une Keue , et que nous rencontrâmes à quelques postes de Lyon.
Les diligences d'alors, très différentes de celles d'à-présent, n'étaient ni promptes ni commodes; on faisait de très petites journées, on mangeait très régulièrement deux fois par jour, sans compter le déjeûner : c'était le boA temps des aubergistes* La per-
feclibilité ne s'était point encore mise en toutes choseâ, et Ton ignorait I*art de se passer de dtnër pour mieut fêter le souper au gtle, au bout de dou2e ou quinze heures de route. Il existait une telle régularité^ qu'à midi^ la voix de Thôte vous criait avec tine obligeance impérative : La soupe est servie. A huit heures du soir, égal empressement. Tout l'attelage , bétes et gens étaient admirables d'exactitude. Â môind qu'un rare accident né troublât leur marche prudente, ils arrivaient à la minute, et très rarement aussi un voyageur, même sans appétit, osait résister à cette pressante invitation : la soupe est servie.
C'est ainsi qil'à la première dtnée, nous fdmes reçus par l'aubergiste , muni d'un drgunîent irrésistible , je veux dire la soupière ; il la posa liii-méme sur la table , en nous répétant là phrase d'usage. A peine le premier entrain passé, nous nous aperçûmes qu'il manquait un voyageur : c'était un jeune homme de fort bon air , à figure fraîche et d'une tournure distinguée. Est-il souffrant, malade? On ne le trouva point. La voiture le rejoignit sur la routé, où il marchait à grands pas. Le soir il soilpa bien, et Uous fûmes rassurés sur l'état de sa santé. Le lendemain , à dîner , même disparition ; et chacun pensa |)eut-être ainsi que moi qu'il allait manger sans doute tin morceau de pain sec au bord d'un clair ruisseau; qui
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sait même s'il était clair? pauvre, jeune homme ! car cela n'est bon que dans les romans! rr- Permettez , dit alors notre digne vieillard^ en se levant de la place qu'il occupait dëjà^ et tenant à la main son chapeau 9 d'un air presque respectueux; permettez que je vous fasse une observation :: Nous avons sans doute parmi nous un infortuné ; m'antorisez-^vous à l'inviter^ au nom de la société > heureuse de le revoir au milieu d'elle > à venir partager un diner qu'elle ne saurait trouver bon s'il en est privé? — Il parlait d'une voix pleine d'onction et de prière. Notre consentement n'attendit pas sa dernière parole. Il nous quitta aussitôt, chercha vainement et revint sans l'avoir trouvé. Il est en avant , dit le conducteur, nous le rejoindrons.
Nous nous séparions le lendemain, Babel et moi, du reste des voyageurs , et deux Messieurs qui prenaient la route de l'Auvergne^ ainsi que notre jeune homme, nous promirent de ne plus le laisser s'échapper ainsi. Il remonta dans la diligence. Je n'avais pas eu faim à diner, mais j'avais fait des provisions; j'en offris à tout le monde, en riant de mon caprice : on me refusa, et même celui qui n'avait pas diné n'accepta rien. Nous arrivâmes le soir à Roanne; il sonpa de bon appétit, et je me séparai presque trisle de tous ces voyageurs , pour n'en revoir
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jamais mi setih^ mais solMaile db satoir qae ce jedoé homme dtaerak lé lendemain.
. J'avais pris une Toitare particulière ponr mé rendre aux Écherolles« Au point du jour et déjà prête & y monter, je tîb entrer chez moi la maîtres§e de l'auberge* •^^ Vous aviez hier parmi vous, madanoe, on être qtii est bien malbeareuz, et je viens solliciter quelques secours pour lui. — * Ce pauvre jeune homme l je m*en doutais, il ne dînait pas! — Ce n'est point un jeune homme, madame, c'est un vieillard. -^-^ Quoi! ce brave homme qui s'est douté le premier db la misère de Tautrël Mais il était si gai! — C'est un prêtre, reprit Thètesse; forcé de quitter Lyon, il ne sait où aller; il n'a rien, rien. Dans cette pro^ fonde détresse, il s'est ouvert à moi hier soir; il ne sait où se réfugier et n'a auctln moyen de pousser plus loin sa route. Je tais m'occuper de lui trouver un asile sûr, où il puisse attendre un meilleur temps. Déjà j'ai reçu quelque chose des étrangers venus avec vous; ils m'ont paru bons. — Ah ! pênsai-je , il comprenait la misère d'autrui par là sienne^ et celui que nous croyions le plus à plaindre n'était pas le plus infortuné.
Le jour suivant, j'arrivai aux Écherollés. A peine en avais-je touché le seuil et dit bonjour à ma bonne, que le maire me fit avertv secrètement d'en repartir
aa plus vite , parce que mon nom ëtenl sur la liste des émigrés^ j'éAais comprise dans la loi qni n'admettait aàcnne exception. II me suppliait de lai épar* gner la donleor de le forcer à la mettre en exëcntion et de me faire transporter^ de brigade en brigade, hors du territoire de la rëpnbliqae. mon père! poorqaoi ai*je dû yoos quitter ! Je dis encore nne fois odmi i ma Bdèie bonne; et> laissant Babet ani Écberolles, j'en repartis seule, dans là nuit même, en patache, conduite par le jardinier Yernière; et je quittai pour toùjoàrs le toit paternel.
Je me rendis à Lurcj, diez madame Grimaidd.
Je croyais pouToir le foire sans danger pour elle conmie pour moi, parce que cette terre était dans un autre département que les Écherolles, et qu'on m'y ayaît ¥U souYont. Son accueil (ut toujours le même, amical et iMenTolknt; Joséphine me reçut comme une SGdur chérie; mais M. Grimauld ne parut pas satisfait de ma préseoce. Je ne pouyais guère lui en Touloir, j'étais un être suspect; et bien que je n'eusse jamais respiré que l'air de France, mon nom imcrit sur la liste des émigrés , en attachait le caractère incom« mode i ma personne, et peofait, malgré mes jeunes années, compromettre ceux qui ne receraient chez eux. J'avais rimportance d*no proscrit et conme une petite tmimure de pestiCèrèe qui faisait ne fuir, ainsi
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qu^au lazaret de Livoarne on s'éloigne da Brntlo^ de peur qne son souffle ou le plus léger contact de ses vêtements ne communiquent la contagion & ceux qui le rencontrent.
Il faut dire la yérité : le temps était chanceux ; la terreur brûlait de reparaître. Ses adhérents, revenus au pouvoir^ se. relevaient menaçants. Il circulait des bruits alarmants ; un projet de loi portait l'effroi dans les esprits les plus fermes : il s'agissait de l'exportation de tous les parents d'émigrés. Ce projet, devenu loi, eût donné une latitude immense à nos persécu* teurs. Cette loi était la terreur elle-même ^ et chacun, ainsi que moi, se voyait déjà, dans sa pensée^ traversante France de brigade en brigade, pour aller porter sa misère au-delà des mers peut-être! On n'expliquait point encore si l'on pourrait choisir le lieu de son exilé J'avoue que, malgré le calme que je devais à tant de pertes déjà subies et qui melab^ fiaient peu à redouter de l'avenir, j'aurais trouvé fort dur d'être déportée en Amérique au lieu d'aller rejoindre mon père en Suisse. Cette loi, lancée au milieu de nous comme un épouvantail, ne passa point; on en fut quitte pour la peur et pour les innombrables conjectures où chacun s'était perdu.
Comprenant très bien les craintes que j'inspirais, j'annonçai, sur-le-champ mon intention de me rendre
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chez mademoiselle Melon. Je lui écrivis aussitôt pour lui en demander la permission et la prier de m'en- Voyer des chevaux. Je pouvais rester quelques jours & Lurcy sans risques pour personne : sa situation écartée des grandes routes m*y mettant à l'abri de toute recherche inquiétante. Je suis même certaine (|ue si ma respectiA>le amie eût " été seule, jamais elle n'eût consenti à mon départ. M. Grimauld, satisfait de ne point avoir à redouter un séjour de longue durée, consentit de très bonne grâce à ma présence chez lui; et peu après, il partit pour Nevers, où il voulait voir une maison, et près de là une petite habitation qu'il avait l'intention de troquer contre Lurcy. Cette hiA>itation, que j'ai vue depuis, n'était qu'une jolie maison au milieu d'un beau jardin. Il assurait gagner prodigieusement à ce troc. C'est par ce système d'enrichissement qu'il avait mangé trente mille livres de rente ^ et qu'il conduisait sa femme et sa fille à une ruine complète, système auquel madame Grimauld n'opposait aucune résistance, n'en ayant plus la force. Joséphine avait accompagné son père, et nous restâmes seules.
Un jour que nous avions à peine dîné, oh vint annoncer à ma cousine qu'un Monsieur qui ne se nomme point demande à lui parler. Elle s'avance vers cet étranger qui lui dit quelques mots à voix basse, et
qui voudrait voir M. Grimaulcl qa'il connati beaucoup. Il regrette qu'il soit absent; il dit se nommer le Bruiiy et parait attendre qu'on l'invite. Madame Grimauld ne se hâtait point, restait froide, et son regard scruta'* teur tournait vers le soupçon; enfin elle l'engage à s'asseoir, lui demande s'il a dtné| et, sur sa réponse négative, elle lui fait servir quelque chose. Il mange beaucoup, parle humblement, cite les Ueux où il a vu M. Grimaflid, y joint des détails, des anecdotes. Mon amie conserve son air froid et ses doutes. Uilisait être un émigré sans asile, dénué de tout^ et obligé de recourir à la charité des personnes bien pensantes. Un émigré ! mon cceur fut aussitôt de la partie; mon |)ëre, mes frères alors même sollicitaient |)eut-étre «usai des. secours ! .
Il portail une redingote de drap bleu clair, à demilaséé; son ton, quoique réservé, était presque sup*pliant. Il raconta ses malheurs, les dangers qu'il avait courus ; tout cela vainement. Mon amie n'en fut point émue. Pleine d'étonnement, je ne reconnaissais pas sa bonté ordinaire, je la trouvais presque dure, et cet étranger, qui pensait comme moi, se leva pour prendre congé d'elle. En partant, il lui demanda par quelle •route reviendrait M. Grimauld* EJle lui en indiqiui une toute opposée et le congédia. J'avais été l'attendre à la porle, et lui remettant deux écus de six frao^,
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sans le regardef; de pôar de l'humilier : — Veuillez, lui di»^je , Monsieur, accepter la moitié de ce qm me reste ; je ne possède qu'tin louis^ -^ Il s'inclina profondément en signe de remerciement, et s'tiôigta. Je rentrai dans le salon, tl*ès henrense de ma bonAe action, et j'osai demadder à madame Grimanld la raison d'un accueil si peu hospitalier.
— ^Cet hoinmé, médit^le> h'est point oe qu'il yeut paraître ; un émigré ne se montrerait pas en redingote de la couleui' de l'arcbée de Condé» Il est proprement mis, ses bas sont bien raccommodés^ son linge est blanc; rien en lui rie révèle un homme qm fuit et se cache. Cet émigré-là In'a tout l'air d'un intrigant ou d'un espion qui met à 'profit nos malheurs pour vivre de notre pitiés Ausdi ne lui ai-je pas dit la route que prendra mon mari à son retour ^
Je n'avais ried remarqué de tout Cela, cet homme m'ayant persuadée» Je trouvai la prudence de mon amie him sèche^ sa raison froide, et son calcul bien dépourvu de charité. J'oubliais son expérience. Un grand nombre de chevaliers d'industrie, profitant des circonstances, les exploitaient avec une rare adresse. Tous, porteur de grands noms, ou accablés de
1 Je crol^ maiiitÊDatft (ttril s'en était înfonné , pour ne pas la pMDére tuiHnteie.
grandes inforlones, ils étaient sûrs de tronver secours et discrétion dans les maisons nobles et persécutées* Un talent exquis de ruses et d'artifices leur rendait le succès facile : munis de renseignements parfaits sur les relations les plus intimés des familles où ils se présentaient^ donnant des détails sur leurs parents exilés, rapportant leurs discours, leurs confidences, et tout cela tellement d'après lé caractère de chacun, qu'il était impossible de douter de leur véracité. Aussi firentils beaucoup de dupes. Plus tard, je reconnus la siagesse de mon amie, mais alors il m'en coûtait de croire à cette profonde hypocrisie.
Feu après, j'étais à l'Ombre tout établie dans la chambre des nièces. Ma tante me reçut avec une grande bonté. Ayant parlé de sa manière de vivre, je n'y reviendrai plus. Mais un grand changement s'était opéré pendant mon absence ; la modération du gouvernement avait fait rouvrir les églises en faveur des prêtres assermentés; ils jouissaient encore de cet avantage, et le curé de la paroisse de l'Ombre pouvait dire publiquement la messe, les dimanches et les fêtes. Je profitai des bonnes dispositions dans lesquelles se lùontrait mademoiselle Melon, [pour la prier de me dispenser d y aller, l'opinioû de mon père et la mienne nous séparant de ceux qui avaient cessé d'obéir à Rome. Elle m'assura que je jouirais d'une liberté
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parfaite d'agir à mon gré, trouvant juste qae chacun suivit la Yoix de sa conscience. Ce point gagné, je me sentis fort à Taise et presque heureuse chez ma tante, qui pour tout le reste me traita avec une afTabilitë qui excite encore toute ma reconnaissance. Elle poussa la bonté jusqu'à me permettre de faire quelques visites^ chez' plusieurs de mes parents; personne, dans ces campagnes reculées, ne pensant & me trouver suspecte ^ Elle m'accorda même la permission d'aller chez M. Leblanc de Lespinasse^ près de La Charité. Sa fille atnée n'existait plus, mais elle ayait légué son amitié pour moi à sa sœur cadette. Je la connaissais déjà, et je dois regarder mon séjour dans cette pieuse famille comme un de ces bienfaits signalés dont la Providence daigna m'enrichir.
Cette maison était une demeure de paix; on y voyait des vertus toutes patriarcales, exercées comme une chose toute simple. Lç père et la fille, tous deux d'une piété exemplaire, ne croyant pas pouvoir être autrement, ne songeaient point à s'en faire un mérite» Je n'ai vu nulle part tant d'amour pour le bien, uni à tant d'indulgence pour ceux qui ne pensaient pas
Ayant été sous la surTeillaDce de la municipalité du lieu , ces bonnes gens ne me soupçonnèrent polat d'être inscrite sur la liste des émigrés, que peut-être n*ont-ils Jamais lue.
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comme eux. Ils avaîent appris de Dieu à espérer, à attendre le retour du pécheur.
Mademoiselle de Lespinasse, pieuse comme une sœur grise, eu avait presque l'extérieur; son éloignement pour le monde et ses modes lui avait fait conserver un costume aussi sfimple qu^elle, sa mise ne frappait pas parce qu^elle était en harmonie avec son être : on n'aurait pu se la représenter autrement. Occupée à diriger la maison de son père, elle consacrait les heures qui lui restaient au service des malheureux et à la prière. Une égalité d'humeur inaltérable ne laissait jamais apercevoir ses peines, ses craintes ou ses souffrances; et si elle était forcée d'en parier, c'était avec calme et douceur qu'elle le faisait. Sa piété était telle, que les afflictions n'abattaient point son ame; cette ame, forte en Dieu, souffrait sai^s doute mais ne faiblissait pas.
Gommé un humble ruisseau fuyant sans bruit et sans murmure à travers les fleurs ou les plantes épi-neuses qui bordent ses rivages, ainsi s'écoulait sa vie, ignorant le bien qu'elle faisait, et se croyant audessous de tous ; son humilité sincère ne voyait que ses propres défauts et les vertus des autres ^
^ En parlant des vertus modestes de mes parents et de mes amis ^ en publiant les bienfaits dont ils me oomblèrent, les doux soins dont Je fus l'objet^ J'offense sans doute Irar délkatesse ; qu'ils me pardonnent,
Je n'ai pas besoin de répéter qu'une piélë fervente régnait au Battoné. Ainsi se nommait la terre que M. Leblanc habitait à quelques kilomètres de Nevers; ce que j'ai dit de ses vertus et de celles de sa fille le font assez présumer. Une grande exactitude à remplir ses devoirs religieux s^y fanait remarquer. Ranimée^ instruite par l'exemple de ma cousine^ fortifiée par elle, je trouvai dans cette pieuse demeure les secours dont j'étais privée depuis long-temps» Mon ame y recul mie nourriture céleste; des paroles divines vinrent l'éclairer ; et dans cette famille où l'Écriture-Sainte était le livre de tous les jours , mon jeune esprit se forma à des pensées vraies, grandes, et surtout simples^ J'ai reconnu depuis que cette dernière qualité est tou-^jours attachée à la vérité.
J'eus le bonheur de revenir quelquefois habiter sous ce toit hospitalier, j^y fus toujours reçue avec cette amitié franche qui vous rend aussitôt membre de la famille, et se montre reconnaissante du bienfait que vous en recevez ; et malgré le courroux de ma cousine, dont la modestie s'alarme sans doute, je continue h être indiscrète.
1% n*ai (pie ee moyen de leur en témoigner ma reconntissancejetn'ai qa*un regret : eeini de ne pouvoir les nommer tons ; mais aucun d'eui n*est oublié.
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M. Leblanc avait eu les honneurs de la prison. Après la inort de Robespierre^ rendu k la liberté^ il revint habiter sa campagne. La bienfaisance et l'hospitalité y rentrant avec lui^ les malbeuréiix en trou^ vèrent bientôt la route.
Nevers en contenait beaucoup sur lesquels les lois portaient toutes leurs rigueurs. Un grand nombre de prêtres non sermentés, n'ayant pas voulu abandonner les fidèles, y avaient traversé la terreur cachés dans de profondes retraites , d'où ils ne sortaient que la nuit pour porter dés consolations aux malades. Quelques-uns^ surpris dans l'exercice de leurs fondions apostoliques, d'autres trahis par d'infidèles amis, payèrent de leur vie leur pieux dévouement ; mais Dieu en conserva pour le soutien des âmes chrétiennes.
La vie de ces hommes de Dieu était dure & supporter : Ensevelis dans d'étroites demeures , privés de mouvement et parfois d'air et de jour, ils succombaient à leurs souffrances. M. Leblanc, plein de compassion pour eux, sut y trouver remède, et bientôt ils vinrent tour-à-tour au Battoné, respirer un air pur et refaire leur santé détruite par cette longue réclusion. Ils arrivaient et repartaient la nuit. Leur présence était un secret pour une partie des domestiques; et comme la maison était petite, il en résultait une surveillance d'une continuité pleine d'intérêt et
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M« C^bbèélaoifM^ard, U a'eo tint ancùn compte^ et contioaa comme un sourd. L'étranger continua aussi sa promenade ; n'entendit rien ou ne youlut rien entendre et s'éloigna sans toucher à cette porte qu'il eût pu si fucilement ouvrir» Oh! j'aurais beaucoup à dire sur ces journées ^ fertiles en émotions! au milieu de nos alarmes, il y avait parfois des détails très amusants^ Uu jour que, pour distraire notre pauvre sourd, nous faision3 une partie de reversis, mademoiselle de Lespinasse, une cousine qui demeurait chez elle, et moi» une servante afBdée accourt pour nous avertir qu'une dame du voisinage airive à pied d'un côté par lequel d'ordinaire on ne vient points qu^eile est sur ses pas.
— La curieuse, dit ma cousine, elle veut nous sur-^ prendre; vite, vite, monsieur l'abbé, levez^vous.-^ Hein? qu'y a*t-il? — Paix donc, partez doucement et vite. — Âhl je comprends , reprit-il de sa grosse voix, il vient quelqu'un; — et reculant sa diaise avec grand bruit, marchant de même, il eut à peine le temps de sortir avec fracas par une porte, que l'antre s'ouvrait. — Cachons vite ce panier de fiches , oon*^ tinuons, on ne remarquera pas les quatre couleurs;
— et nous levant à Tentréè de la dame, nous eûmes soin de renverser les paniers et de mêler les cartes, qui furent emportées bioi vite pour faire place aui rafratchissements d'usage.
Oq conçoit que de pareilles surprises ârrifaiént joarDellement. Parfois des visites qai demandaient à dîner ; forçaient nos gens à rester dans leur chambre^ sans pouvoir se remuer , car leurs appartenaenls étaient censés inhabités. Nous leur portions nousmêmes à dîner ; il fallait mille ruses pour éviter les nouveaux venus; le sans gêne de la campagne nous exposait à les rencontrer à tous moments. Nos reclus, qui jouissaient d une liberté d'autant plus chère que long-temps ils en avaient été privés, murmuraient de cette courte détention, et brûlaient du désir d'aller au fond du bois respirer et.se mouvoir sans -contrainte. Aussitôt TafTaire était entreprise : M. Leblanc faisait une partie, la cousine de Lespinasse entretenait le reste; momentanément on fermait une porte, et les chemins libres, nos prisonniers gagnaient le bois, s y enfonçaient et restaient dans un fourré jusqu'au signal qui leur annonçait le départ des fâcheux. Leurs voi^ tures éloignées 9 j'allais donc renfermer ma petite chienne dans ma chambre, puis je courais l'appeler à grands cris dans le bois ; à ma voix retentissante, nos bons vieux prêtres sortaient de leur cachette. Le drôle de la chose était que ma chienne s'appelait Coquette, et nous avons souvent ri des graves figures qui répondaient à ce nom. Mille petits incidents amenaient la gaieté; j'en profitais vite, car étant rieuse de mon
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naturel y un certain besoin de compensation se faisait sentir en moi. Tout ce rire du jeune âge, étouffé par tant de larmes, me sortait par les pores, il me suffoquait, et souvent je faisais rire aussi nos vieux abbés. La gaieté est contagieuse quand elle est de bon aloi, et d'ailleurs nous y gagnions tous.
Un soir, il arriva un de ces Messieurs ayant une vue si basse qu'il pouvait à peine se conduire. Son guide Pavait laissé à la porte du Batloné ; il venait demander à souper seulement, devant repartir ensuite pour le lieu où il était atlendu. — Mais comment faire? nous dit-il , j'y vois peu le jour, la nuit je n'y vois pas du tout; je ne connais pas les chemins de traverse. Si du moins j'étais sur la grande route, je saurais m'en tirer, je n'aurais plus qu'à marcher tout droit.
— Il prendra chaque buisson pour un homme, me dit mademoiselle de Lespinasse, et tombera à chaque motte de terre qu'il trouvera sous son pied. Je n'ai pas de guide sûr à lui donner; Âlexandrine^ te sens^tu le courage de l'accompagner avec moi jusqu'à la grande route, il y a à peine trois kilomètres? — Certainement, répondis-je ; c'est partie faîte. — En partant, j'appellerai le jardinier, ajouta ma cousine, pour que nous ne soyons pas seules. Je ne lui dirai rien d'avance, il est brave homme, mais faible et bavard.
Nous partîmes par une nuit fort noire. En passant
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devaiit la maison dii jardinier JarëUe^ nétis Tappé* lames ^ et il nous suivit sans soupçonnernotre entre* prise. Nous voyant gagner au loin, il s'étonna, puis s'effraya; car Javelle n'était point tan brave. — - Ail moins, Mademoiselle, si vous m'aviez prévenu, j'aurais pris des armes.— Nous ne courons aucun danger, Javelle. -^ Mais si, Mademoiselle, noiis pouvons rencontrer des gens, des chiens, et je n'ai pas même tin bâton. — Il s'abandonna à de triâtes sûpposilioné, dont il ne sortit qu'en remarquant ma robe blanche, et s'écria : -^ A présent, Mademoiselle, je n'ai plus peur, on vous prendra pour un esprit, et tous cent 'qui nous rencontreront s'enfuiront au jplus vite. -— A merveille. Javelle, repris-je en riant : je dirai qiie je viens du purgatoire pour prêcher la pénitence aui pécheurs. — Nous gagnâmes la grande roule sans encombre et nous revînmes de même, après aVoir liussé uotre brave bomme sàr le droit chemin.
Quelquefois nous accompagmoàs un de ces dignes prêtres chez un malade auquel il portait le viali^iue. Nous marchions à la suite du serviteur de Dieu, répétant à voix basse les litanies des saints et de ferventes prières. Lés bois nous couvraient de leur ombre et ces Voûtes de Verdure nous gardèrent le secret. Nul échd ne redit nos chants mystérieux; nul traître jamais n'y mêla sa voix perfide. Lé Saint des saints, n'ayant pour
escorte que des enfants et de faibles femmes, traversait paisiblement les sentiers solitaires pour aller enrichir et consoler le paavre qai l'appelait. A genoox et prosternées devant lai, nos voii timides répondaient au prêtre, et le mystère s'accomplissait. Nous laissions dans cette humble demeure la vie et la lumière; et revenant tout ravis de joie et d'admiration, bous mur^ murions doucement encore nos chants d'amour.