‹ Quelques Applications Dermiques et Transdermiques De L'InsulineChapitre 19 sur 20 · FIGURE 7 FIGURE · texte numérisé non relu

FIGURE 7 FIGURE

OBSERVATION IV. — M.E.B., femme de 52 ans. La malade vient pour la première fois à la consultation de l’Institut le 26 novembre 1928. Elle raconte qu'il y a six ans, elle a eu, sur la partie droite du nez, une petite écorchure qui, depuis peu de temps, s’est transformée en ulcération, celle-ei ayant ensuite augmenté progressivement de dimensions.

La malade présente effectivement, sur la partie droite du nez, une ulcération d'environ 1 em. 5, arrondie, saignant très facilement et de bords un peu saillants. La biopsie montre un carcinôme baso-cellulaire.

On lui fit le traitement par les rayons X (filtre 1/2 mm. Pt. durée : 30 heures) ; la lésion se cicatrisa (fig. 9).

La femme vint consulter de nouveau le 4 octobre 1930, avec une récidive, une nouvelle ulcération de 1 em. 5 de diamètre, recouverte d’une croûte épaisse.

On lui fit uen nouvelle série d'application de radium (filtre : 1/2 mm. Pt, durée 30 heures). La lésion cicatrisa de nouveau mais se reproduisit le 19 décembre 1931.

À cette date, la malade présentait, sur la partie droite du nez, une ulcération mrégulière, de forme triangulaire de 1 em. de côté environ, légèrement saillante, saignant facilement.

L'application locale d'insuline en solution concentrée à 400 u.c. par 5 ce. préparée avee de l'insuline Schering-Kahlbaum, fut commencée le 15 janvier 1952:

Le 29 janvier, l'ulcération était complètement cicatrisée mais, sous la couche épithéliale Ce néoformation de la cicatrice qui, chez cette malade, était très mince, se voyait parfaitement, par transparence, le tissu néoplasique du fond de l’ulcération primitive.

La lésion de cette malade resta cicatrisée jusqu'au début de mai, date à laquelle la cicatrice commença à s’ulcérer. On lui fit alors une application locale d'insuline (à la même concentration), et le 14 septembre, on lui fit un traitement par rayons X à la dose totale de 1.500 r. (en doses fractionnées de 100 x.; distance foyer-peau : 50 em.; filtre : 1/2 mm. Cu; voltage : 155 kv; intensité : 4 mA).

Ayant ainsi réalisé une prolongation d'action de l'insuline et une augmentation de la dose des rayons X, l’ulcération s’est en partie cicatrisée.

OBSERVATION V. —— F.D., femme de 67 ans. La malade vint consulter pour la première fois À l’Institut en 1928. Elle présentait alors un careinôme baso-cellulaire de la face gauche du nez, presque à la pointe. On lui fit une apphcation de radium (filtre 1/2 mm. Pt., durée 30 heures, mgh 394, med 3,9).

En mars 1929, la lésion était cicatrisée, mais elle se reproduisit le mois suivant. Nouvelle application de radium (filtre 1/2 mm. Pt., mgh 477,5, med. 3,8, durée 36 h. 30).

La lésion cicatrisa de nouveau, mais nouvelle récidive en août. Une nouvelle application de radium (filtre 1 mm. Pt., mgh 399,60, med. 3, durée 20 h.) ne réussit pas à cicatriser la lésion.

En janvier 1930, la malade présente, dans la même région, une uleération de 1 em. 5 de diamètre, à bords irréguliers et couverte d’une croûte très adhérente. Nouvelle application de radium en mars 1930 (filtre 1/2 mm. Pt., mgh 399,60, med. 3, durée 20 heures). En mai, toute l’ulcération était de nouveau eicatrisée.

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En septembre 1931, nouvelle apparition : ulcération irrégulièrement ovoide de 4 à 5 mm. de longueur sur 3 mm. de hauteur, couverte d’une croûte irrégulière et saignant facilement au toucher, à bords durs.

La malade commence alors une application locale d’insuline Schering- Kahlbaum concentrée à 400 u.cl. pour 5 ec., par périodes de deux mois avec intervalles d’un mois. L’ulcération ne cicatrise pas, continue à s’élargir, assez lentement, avec des saignements.

En septembre 1932, on note, presque à la pointe du nez, une ulcération ovoide de 1 em. de longueur sur 1/2 em. de largeur. La malade est alors soumise à un traitement par les rayons X à la dose totale de 1.500 r. (dose quotidienne de 100 r.; distance foyer-peau : 50 em.; filtre : 1/2 mm. Cu; voltage : 155 kv; intensité : 4 mA).

À la fin d'octobre, l’aspect de la lésion était absolument le même. Nouvelle application d'insuline, mais à la concentration de 100 u. el. pour 5 ce.

En décembre, l’aspect de la lésion était le même. Nouvelle application de rayons X, mais à une dose totale inférieure (environ 900 r.), dans les mêmes conditions d'irradiation. Cette application, avec une solution moins concentrée d'insuline et une dose plus faible de rayons X, contribua à cicatriser une partie de l’ulcération (fig. 10).

Cette observation montre bien la différence des résultats obtenus en employant des doses plus ou moins fortes d'insuline et de rayons X sur les cancers ulcérés de la peau. Nous continuons cette étude dont nous publierons plus tard les résultats définitifs. Nous pouvons provisoirement dire que l'insuline n’augmente pas l’action des radiations sur les néoplasies cutanées mais fait plutôt disparaître, comme nous le vimes, la résistance du tissu néoplasique aux radiations.

Notre dernier cas corrobore cette opinion :

OBSERVATION VI. — J.N., femme de 53 ans. La malade vient pour la première fois à la consultation de l’Institut en mai 1932. Elle raconte que depuis quatre ans, il lui est apparu sur le versant gauche du nez, un petit nodule dur, indolore, proéminent, semblable à un grain de blé. Ce nodule s’est ensuite ulcéré progressivement, en formant une croûte facilement cétachable.

Au jour de la consultation, l’on notait, sur le côté gauche du nez, une alcération irrégulièrement circulaire, à bords proéminents, durs, indolore et saignant facilement au toucher. Une biopsie montra qu'il s'agissait d’un carcinôme plano-cellulaire.

Conformément aux travaux de Jesionnek et de Pappeiner, l’on fit d’abord à la malade une application d’une solution d’éosine à 1 % et, plus tard, conformément à notre hypothèse, une application d’une pommade mixte d’éosine et d'insuline aux doses respectives de 1 % et de 20 u.c. par gramme; cette pommade.nous fut aimablement préparée pour ces études par le Docteur Fornet.

Quoique l’application de cette pommade fût continuée pendant deux mois, l’ulcération ne fut pas modifiée. Peut-être que l’éosine empêcha l’action eicatrisante de l'insuline.

La malade fut alors soumise à un traitement journalier de rayons ultraviolets (1-3 m., à la distance de 50 em., pendant un mois). Les résultats obtenus furent nuls et plus tard, pour cicatriser l’ulcération néoplasique dont, entre temps, les dimensions s'étaient beaucoup augmentées, nous avons fait une application de rayons X dans les mêmes conditions d'irradiation que précédemment, en deux séries, l’une de 1.500 r., l’autre de 1.800 r., avec, dans l'intervalle, applications de la pommade Fornet, ce qui amena la cicatrisation (fig. 11).

À remarquer que dans ce cas, nous avons été obligés d'employer des doses de rayons X supérieures à la dose limite de 1.200 r. que nous avons utilisée pour ces études.

Peut-être que dans ce cas, l'application préalable d’imsuline-éosime, rayons ultra-violets, a gêné le pouvoir habituel d'action des rayons X avec application préalable d'insuline seule.

Quelques autres auteurs ont étudié le traitement des cancroïdes et des tumeurs soupçonnées de malignité de la peau, par de la pommade à l’insuline. Le Docteur Ernest Totzauer, de Stuttgart, a publié en 1933 une série d'observations démonstratives à ce sujet.

Après avoir pris connaissance des travaux du Professeur Gomès Da Costa sur la question, l’auteur se fit préparer par le Docteur Fornet, pour ses essais, de la pommade à l’insuline dosée à 5 unités par gramme. I] l’employa dans les cas suivants :

CAS N° III. — Femme d'environ 50 ans, à qui, deux ans auparavant, l’on avait enlevé le sein gauche parce que présentant des nodules cancéreux. Au cours de l’année précédente, il s'était formé dans l’importante cicatrice, de petits nodules qui s'étaient ulcérés sans tendance à la guérison. Par l’application régulière pendant trois semaines de la pommade à l'insuline préparée par le Docteur Fornet, ces uleérations, d'un rouge intense et légèrement saignantes, disparurent complètement.

Deux mois plus tard, à d’autres points de la cicatrice, apparurent deux nouvelles ulcérations qui guérirent complètement, et plus vite que les précédentes, par l'emploi de la même pommade. Depuis, l’on ne nota aucune récidive.

CAS N° IV. — Chez une femme de 70 ans, complètement aveugle, était apparue dix ans auparavant, sur la joue droite, une petite ulcération dont son médecin avait diagnostiqué la malignité. La malade avait toujours refusé toute intervention et l’ulcération avait constamment grandi, saignant au moindre contact. L'auteur fit des applications de pommade à l’insuline qui, en einq mois, du 25 mars au 8 septembre 1933, amenèrent la formation d’une cicatrice souple et durable. |

CAS N° V. — Le 19 juin 1933, un homme de 75 ans vint consulter pour une ulcération datant de longtemps sans qu’il en pût préciser le début. Cette ulcération siégeait à la partie gauche du nez. Elle avait environ 1 em. 5 de diamètre et saignait au moindre contact. Totzauer traita la plaie pendant un mois avec de la pommade à l’insuline du Docteur Fornet, sans résultats considérables. Après un repos d’une semaine, il reprit le traitement avec la même pommade à l'insuline et, le 14 août 1933, le patient était complètement guéri avec une cicatrisation de bon aloi.

En ce qui concerne les plaies cancroïdes, voici une observation qui nous fut aimablement communiquée par le Docteur Augé, de Lorient :

J'ai obtenu, en 1937, la cicatrisation d’une plaie caneroïde de la lèvre supérieure chez une femme de 72 ans. Cette plaie, d’une largeur de 4 em. environ, anfractueuse et toujours suintante, eausait de vives douleurs à la malade; ces douleurs s’irradiaient dans la moitié gauche de la face et lui rendaient la vie intolérable.

Elle était en outre sujette à des hémorragies en nappe, assez fréquentes, relativement abondantes et parfois difficiles à arrêter.

L’affection datait de deux ans environ. J’eus l’heureuse idée, après lecture de la littérature relative au traitement des caneroïdes de la face par l’insulme Fornet, d'utiliser ce produit à la fois sous forme de pommade et sous forme de pilules. Le résultat fut remarquable par sa rapidité et sa perfection.

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J'eus l’occasion de revoir cette malade presque tous les jours. Elle est absolument guérie et il faut savoir qu’elle a été atteinte pour deviner la trace de cette affection terrible au point de vue social autant qu’au point de vue pathologique, cette malade étant en effet devenue un objet de répulsion pour tout son entourage.

Ce sont des résultats semblables qu'ont obtenus le Docteur Bayet, de Fouras et Pomerais, de Deauville, que nous remercions ici des renseiegnements qu'ils ont bien voulu nous communiquer.

Le Docteur Bayet, après avoir été opéré d’un épithélium de la face à l’Institut de Villejuif n’avait obtenu la cicatrisation de sa plaie qu'après des applications répétées de pommade à l’insuline.

Le Docteur Pomerais traitant un cancroïde du nez, avait l’intention d’y faire des applications de radium, ce que refusa son malade. Pomerais employa alors de la pommade à l'insuline qui fit disparaître la tumeur en une huitaine de jours.

Nous rappellerons pour terminer, la communication qui a été faite, avec photographies à l’appui, (fig. 12) par J. Cholewa, au Congrès des Radiologues Yougoslaves qui s’est tenu en 1935, à Belgrade.

Pour conclure ce chapitre, nous nous croyons fondés à écrire que la pommade à l’insuline, sans préjuger en rien de son mode d'action, ni de la durée de ses effets bienfaisants, améliore presque toujours et fait souvent même disparaître les cancroïdes de la face qui font place à des cicatrices roses, souples et de bon aloi.

Nous n’avons pas encore un recul de temps suffisant pour pouvoir porter un jugement définitif, mais les résultats dès à présent obtenus, sont hautement encourageants.

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