‹ Quelques Aspects Cliniques De L'Acrodynie InfantileChapitre 7 sur 21 · LA FORME TYPIQUE DE L'ACRODYNIE · texte numérisé non relu

LA FORME TYPIQUE DE L'ACRODYNIE

« L’acrodynie infantile est caractérisée par l’asso- « ciation clinique de troubles nerveux, cutanés, et « cardio-vasculaires où dominent, dans la forme ha- « bituelle, les troubles psychiques et les altérations « localisées au niveau des extrémités » (Servel de Cosmi).

A cette forme classique et complète, qui réunit tous les symptômes de la maladie, M. Debré a donné le nom de forme psycho-acro-pathologique auquel M. Rocaz préfère celui de forme neuro-cutanée.

Nous publions une série de cas qui rentrent tout à fait dans le cadre de cette forme classique. Nos observations sont, à quelques nuances près, calquées les unes sur les autres, et dans les observations par nous rassemblées, l'affection se ressemble chaque fois à elle-même, nous offrant avec une assez grande précision une physionomie identique.

Obs. 1! (Docteur LE CALVÉ)

Enfant de 2 ans qui présenta le type classique de l’acrodynie : troubles psychiques, fatigabilité, crises de douleurs, prurit au niveau des extrémités qui étaient rouges et boudinées, troubles vaso-moteurs et hypersécrétion sudorale qui firent penser à la suette.

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Tous les traitements employés demeurèrent sans résultat, mais la guérison survint spontanément au bout de trois mois.

Ce cas est très ancien, il fut observé avant la Guerre et, naturellement, ne fut pas diagnostiqué à l’époque, aucune description ne pouvant alors lui convenir. Setter, de Sollingen, avait bien rapporté en 1903 plusieurs cas semblables sous le nom de trophodermato-neuroses ; sa communication était passée inaperçue et le silence se fit sur cette nouvelle maladie jusqu’en 1914, date à laquelle les Australiens en premier, puis les Américains, les Anglais publient des cas de plus en plus nombreux d’acrodynie sur lesquels M. Comby attire l’attention.

C’est pendant cette période intercalaire de silence, entre 1903 et 1914, que se place notre observation. Nous croyons qu'aucun autre cas n’a été signalé alors. Cette particularité chronologique nous a semblé intéressante.

Obs. 11 (Docteur Fernand LERAT)

Le 14 juin 1924 je fus appelé auprès d’un enfant, Yves B..., 3 ans 1/2, dont les parents me racontent l’histoire suivante :

Il y a 6 mois environ, cet enfant, jusque-là bien portant, se trouvait à la campagne, il fut pris alors d’une maladie étrange et qui laissa fort embarrassé le médecin appelé. Les symptômes qui dominent la scène sont les suivants : faiblesse des jambes, éruption de taches rouges, douleurs arrachant des plaintes continuelles à l’enfant, perte d’appétit, amaigrissement. Cet état se prolon-

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gea 3 mois environ et rétrocéda peu à peu. Revenu à l’état normal l’enfant retourne chez ses parents à Nantes, mais, dès les premiers jours de juin, il devient maussade, refuse les aliments et les parents alarmés m'’appellent auprès de lui. Je me trouve devant un enfant amaigri, d'aspect dolent, indifférent, insensible aux caresses de sa mère ; tout l’agace, il geint souvent, parfois reste prostré, immobile pendant de longues heures; la nuit se passe en agitations et plaintes; le jour, si l’on veut mettre l’enfant debout ses jambes semblent à peine pouvoir le porter.

A l’examen, l’attention est attirée par une atrophie musculaire accentuée des membres inférieurs et surtout par un aspect tout à fait particulier des deux jambes qui sont humides, violacées, œdématiées, couvertes d’une sueur abondante et qui présentent des papules rougeätres, tranchant par leur couleur sur le fond violacé des téguments. À noter une inappétence à peu près complète, quelques vomissements, une tachycardie à 115-120. La température était normale : 36°8, 37°3.

Embarrassé devant ce cas étrange et qui ne me rappelait rien de ce que j'avais vu, je fis appel aux lumières de mon ami le Docteur Sébilleau, qui fit aussitôt le diagnostic d’acrodynie, maladie dont on commençait à peine à parler dans la presse médicale.

L'évolution de cette rechute (car à n’en pas douter la maladie faite 6 mois plus tôt était une première atteinte) dura encore deux mois ; puis les phénomènes s’amendèrent peu à peu et l’enfant retrouva sa belle santé habituelle.

A noter que la sœur aînée n’a pas été atteinte. »

Dans cette observation, deux points sont intéressants à souligner :

__ la date à laquelle le cas fut observé : en effet,

ce n’est que quelques mois plus tard, à la fin de 1924, que fut relaté par M. Debré et Mlle Petot, à la Société de Pédiatrie de Paris, sous le nom de syndrome de Morvan, le premier cas observé en France.

— son caractère récidivant : à vrai dire, il s’est agi plutôt d’une rechute puisque la première atteinte remontait à 6 mois seulement. On sait du reste que les véritables récidives sont une rareté : MM. Weill- Hallé et Kiotz ont observé une récidive après 4 ans. Dans un cas, publié par MM. Debré et Cléret, une nouvelle atteinte survint après 7 années d’intervalle.

Obs. 11 (Docteur ARONDEL)

Enfant B..., garçon, 2 ans, né à terme, a recu du B. C. G., père et mère bien portants, 2 frères ou sœurs en bonne santé. En octobre 1934 a fait une coqueluche. Il y a 4 à 5 semaines a présenté un épisode grippal. Depuis lors, l’enfant présente un changement appréciable de son caractère, il est devenu grognon, ne joue plus, refuse de marcher, ne dort plus la nuit ; il présente dans son lit des attitudes bizarres : il tient la tête entre ses jambes ; les fonctions digestives sont troublées, l'enfant vomit et maigrit. On note en même temps un prurit généralisé avec éruption urticarienne. Du côté des extrémités, on observe une cyanose peu accentuée, sans desquamation.

Pouls : 160. T. A.: 14-7 (Pachon).

Traitement : stérogyl, rayons U. V., acétylcholine. Un mois plus tard on constate que, malgré le traitement, les troubles sont tous plus accentués : les rayons U. V. ont dû être interrompus, à cause de l'agitation très marquée.

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Cette observation rentre tout à fait dans le cadre de la forme fruste, presque exclusivement psychique de l’acrodynie, par l'intensité des phénomènes nerveux et leur prédominance sur les manifestations discrètes et tardives du syndrome acro-pathologique. En face de ces formes de diagnostic difficile, on comprend toute l'importance de la recherche de la tachycardie et de l’hypertension, signes quasi-constants et qui, dans l’observation que nous rapportons, ne faisaient pas défaut.

Obs. IV (Docteur ARONDEL)

D... Solange, de Savenay, 1 an. Née à terme, nourrie au sein pendant 3 mois puis à l'allaitement artificiel, premières dents à 7 mois, aucune maladie jusqu’en février 1935 ; père et mère bien portants, n’a ni frère ni sœur. L'enfant est vue à la fin de mars 1935, elle est malade depuis 15 jours et présente au niveau de son poumon droit des signes de broncho-pneumonie pseudo-lobaire. La température est à 39°-40°, depuis le début ; les signes fonctionnels, physiques et généraux sont au complet. L'enfant est atteinte en même temps, depuis le mois de novembre, d’une acrodynie typique avec suppuration des doigts, des orteils, desquamation, éruption miliaire généralisée, déchaussement d’une dent. Pas d’insomnie, tachycardie incomptable, réflexes normaux. En plus du traitement de la broncho-pneumonie, on donne du stérogyl. Un mois et demi après, l’enfant est revue, elle n’a plus de température, les lésions d’acrodynie sont guéries, il n’existe plus que quelques râles dans le poumont droit.

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