What are the laws of nature, not to bend
If the Ghurch bid them ? — brother Newman asks. Up with the Iramaculate Conception, tben — On to the rack wilh faith I — is my ad vice.
Will not that hurry us upon our knees, Knocking our breasts : « It can't be — yet it shall I oc Who am I, the worm, to argue with my Pope ? »
{Bishop BlougranVs Apology.)
du sang, et on finit par nier Texistence de Dieu. Gardons-nous d'ébranler cette foi qui nous sert si bien dans ce monde. Et ce monde n'est pas négligeable. Il ne faut pas, sous prétexte qu'il va vers le Sud, qu'un voyageur ôte ses fourrures en Russie parce qu'il n'en aura pas besoin en France, et qu'il se déshabille en Espagne parce qu'il aura chaud à Tombouctou. Agissons dans cette vie d'après les lois de cette vie, et attendons l'autre. C'est ce que fait Blougram.
Ainsi il complète largumentation pascalienne des paris. Il vaut mieux parier oui, parce qu'on a un infini à gagner et qu'on ne peut perdre qu'une seule vie. Mais*c'était encore là ce qui pouvait retenir les incrédules : une vie réelle vaut mieux que des infinités de vies problématiques, par suite on hésite àla sacrifier. Or Blougram montre que, par la foi, la vie de cette terre est gagnée, elle aussi, pour lui du moins. II est impossible de résister. Pourquoi donc, néanmoins, cette argumentation de Père de FEglise moderne ne nous attire-t-elle pas ? qu'y a-t-il en elle qui nous répugne ? C'est que la foi sincère et ses fondations sont autre chose qu^un petit calcul de profits et pertes ; c'est que rien, dans ces arguments, ne parle au cœur, qu'on n'y sent que le dilettantisme du logicien jouant avec les syllogismes, aujourd'hui prouvant ceci et capable de prouver le contraire demain. Ce n'était point ainsi que parlait le Christ, et pourtant, sans aucune argumentation, sa parole était une source de foi plus lumineuse que tous les sophismes et ^utes les philosophies. Chercher des motifs de foi en i'Évangile et tomber dans Blougram, quelle chute I Est-ce donc là l'Église actuelle ?
On serait bien tenté de le croire. Quelle religion ferme peut donner une foi fondée sur ces petits calculs, où l'intérêt de ce monde est au moins aussi important que celui du royaume de Dieu ? Browning le montre dans l'esquisse des prêtres, des moines et des religieuses de notre temps, et de l'éducation qu'ils donnent au riche bourgqpis Miranda, le triste héros de Tunf and Towers {or Red Coiton-Night'Cap Coiintry), Ils entourent de tous leurs soins l'âme délicate de ce jeune honjme, riche, prodigue et à l'esprit faible. Mais tous ces gens à religion creuse semblent n'être qu'à l'affût de quelque gain pour leurs églises ou leurs couvents. Avoir la foi, c'est donner beaucoup pour leur chapelle, revêtir d'or une madone, lui dresser un autel de marbre orné de pierres précieuses, ou rendre éblouissante de richesse la châsse d'un saint. Le jeune Miranda le fait, et on lui persuade qu'il est le favori de Dieu. Il est vrai qu'il vit avec une
maîtresse. Cela est regrettable, mais la mansuétude divine est si grande, et la madone est si prête à pardonner à ceux qui sont généreux. Ainsi se forme une âme de jeune homme pleine de principes instables, vacillant d'un mysticisme fou à'une pauvreté de conscience incompréhensible, se brûlant les mains pour se punir d'avoir écrit des lettres d'amour, mais quelques jours après reprenant son ancienne maîtresse, femme habile, sans religion ni moralité, et s'en allant avec elle dans son château de Normandie vivre d'une vie qu'il appelle pieuse et sainte, et qui n'est faite que d'indolence et de pratiques mesquines de religion. Le résultat final d'une telle éducation, demi-sentimentale, demi-superstitieuse, est un accès de folie qui le mène à la mort. Il se croit un être privilégié du Ciel, destiné à restaurer la toute-puissance du pape et de l'Église (on est en 1871) et à changer la face du monde. Il demande à la Vierge un miracle qu'elle ne peut lui refuser, puisqu'il lui a érigé une statue d'or. Puis il monte au sommet d'une tour de son château, regarde au loin sur la cathédrale la madone qu'il y a élevée, appelle les anges pour le soutenir, et s'élance vers elle dans le vide. Aussitôt qu'il est mort, moines et religieuses ne pensent qu'à s'emparer de son héritage et à en dépouiller la femme qui a été au moins pendant quelques années sa compagne dévouée. Elle n'est point son épouse légitime et ses richesses seront bien mieux employées par eux pour la plus grande gloire de Dieu. Ils sont bien les mêmes que ces religieuses qui (dans the Ring and the Book)y après avoir reçu Pompilia dans leur couvent et proclamé bien haut sa sainteté, s'aperçoivent après sa mort qu'elles hériteront d'elle si elles peuvent prouver qu'elle a été une femme publique, et qui noircissent sa mémoire d'autant de calomnies qu'elles lui avaient auparavant accordé de louanges. Les princes et les prêtres de l'Église n'ont donc pas changé depuis des siècles ; ce n'est pas à eux qu'il faut aller pour que leur autorité raffermisse notre foi.
Nous devrions au moins voir la Vérité et la Justice sur le trône de saint Pierre. Il n'en est rien. Tels étaient les prêtres elles évêques, tels ont été les papes, et Browning voit dans l'occupation de Rome par Victor-Emmanuel et dans la perte du pouvoir temporel de la papauté un signe de la justice infaillible de Dieu (Cenciajd). Il y a dans son œuvre quelques esquisses légères de papes, et un portrait plus soigneusement étudié. Les esquisses disent peu. L'une (Beanfeast) nous montre le pape Sixte-Quint visitant les quartiers pauvres
de Rome et mangeant avec plaisir un plat de haricots. L'autre (the Pope and the Net) a été écrite pour le mot de la fin : un fils de pêcheur, devenu prêtre, puis évêque, a gardé dans son palais, au lieu d*armoiries, une peinture du filet de son père. Cette humilité le fait remarquer par d'autres prélats, et il est élu pape. Aussitôt il fait enlever le filet, et, comme on lui en demande la raison, sa réponse est concluante : « Mon fils, il a pris le poisson. y>
Pour trouver l'autorité qui impose la foi, il faut s'arrêter devant Innocent XII, dont Browning nous a tracé le portrait, pape « simple, sagace, à la fois doux et résolu, plein de prudence et de probité, avec les impulsions qu'il sent parfois venir à lui de l'autre monde ». Ces impulsions lui viennent, non parce qu'il est pape, mais parce qu'il a atteint l'âge de quatre-vingt-six ans. C'est lui qui prononce sur Guido criminel la sentence de mort, en dépit des intrigues et des cabales qui s'agitent pour le sauver. (The Ring and the Book : the Pope,) Il n*y a peut-être pas, dans la foule multiple et variée des créations de Browning, de figure plus sainte et plus majestueuse. Dans le long monologue qui précède la sentence finale, alors que son esprit clairvoyant démêle l'écheveau embrouillé d'une affaire obscure, prononçant sur chacun des acteurs du drame la louange ou le blâme, comme si vraiment il parlait avec la voix impassible de Dieu, comprenant et jugeant tout, il est à peine un mot dans lequel on ne sente pas l'homme qui est au-dessus de la terre, ne craignant et n'espérant rien de ce monde, débarrassé de toutes les passions et de tous les désirs humains, ne gardant de sa vie terrestre qu'une immense pitié pour tout ce qui souffre, ayant le pouvoir clair de vision d'un mourant, l'autorité consciente d'un pontife suprême, et déjà la sérénité d'un dieu. Voilà enfin celui qu on pourrait suivre les yeux fermés, sans crainte de marcher vers l'abîme, sûr que s'il est quelque part une source de lumière éternelle, il nous y conduira. A lui on peut dire : « Ta foi sera ma foi, et ton Dieu sera mon Dieu. » Mais quels sont ce Dieu et cette foi ? Innocent n'a rien de la papauté, si ce n'est le pouvoir temporel d'un juge suprême. Aucun des dogmes de l'Église ne paraît dans son discours ; le nom du Christ lui-même en est absent. On ne voit en lui qu'un vieillard auguste, seul, sentant s'approcher la grande lumière delà mort, et déjà face à face avec Dieu. L'histoire de ses prédécesseurs n'est pour lui qu'une mine de leçons morales. Chaque jour il se fait lire une page des annales de la papauté, et ce n'est sou-
vent qu'un récit confus de crimes et d'erreurs, de jugements iniques ou contradictoires commis ou prononcés par des papes anciens. Ce n'est donc pas la tiare qui est le signe de l'autorité ou le symbole à suivre. L'autorité réside dans l'homme même, dépouillé de tous se&^ insignes sacerdotaux, et n'ayant sur sa tête que ses cheveux blancs. Ici donc encore, comme avec le moine Lippi ou l'abbé Caponsacchi, nous sortons de l'enceinte de TÉglise, et. ce n'est pas elle qui nous donne la vérité. Prêtres, moines, évêques, papes, n'ont que leur simple valeur d'hommes, tout comme le grand rabbin philosophe Ben Ezra (Ràbbi Ben Ezrd) ou le sage persan Ferishtah (Ferishtah's Fondes) ou même le vieux pope russe qui absout le crime d'Ivan Ivanovitch (Ivan luanovitch). L'homme et sa conscience se trouvent seuls, au-dessus de toute autorité de dogmes ou de toute organisation ecclésiastique.
Accusera-t-on Browning de n'avoir vu que les côtés mauvais et mesquins de cette Église romaine dans laquelle il n'était point né et que tant d'âmes protestantes comprennent si diflScilement ? Peutêtre. Cependant il en a bien senti la grandeur, et il lui a marqué sa sympathie en vers inoubliables. Le dogme central du catholicisme, la présence réelle dans Thostie au moment de la consécration, a été célébré par lui en un langage qu'aucun prêtre ne désavouerait. Il est à Rome, la nuit de Noél, et la grande basilique de Saint-Pierre fourmille de fidèles.
Des hommes dans le chœur, au centre, dans la nef, des hommes sur l'archîtrave des colonnes, des hommes sur les statues, des hommes sur les tombes dont les flancs de porphyre renferment des rois et des papes ! Et tous sont affamés, dans l'attente delà consommation du sacrifice sur le grand autel. Car voyez, voyez, le moment de l'extase approche ; les meilleurs dons de la terre se mêlent à ceux du ciel ; les flammes des cierges s*élancent, palpitantes ; les colonnes torses de bronze élèvent plus haut encore leurs baldaquins ; les soupirs haletants de Tencens, longtemps contenus, montent en nuages ; l'orgue retentissant retient son souffle et se prosterne silencieux, comme si le doigt de Dieu Tavait touché, de même qu'il effleura Behemoth chantant ses louanges, et le clair tintement de la clochette d'argent asperge de gouttes de terreur rapides et froides le pavé soudainement jonché des visages de la multitude. La terre se brise ; le temps s'aflaisse et disparaît; voilà le ciel qui s'avance, avec son jour nouveau de la Vie infinie, jour ou Celui qui, véritablement Dieu et homme, foula de ses pieds notre terre dans la faiblesse, l'ignominie et la douleur, mourant de la mort dont les signes nous restent là-haut, sur l'arbre maudit, reviendra pour n'être plus l'esclave captif, mais le Dieu unique, le Tout de tout, le Roi des rois, le
Seigneur des seigneurs, ainsi qu'il l'a confié à Jean par ces paroles : « Je suis mort et je vis à tout jamais ^ )>
Et lui, Browning, resté dehors sur les degrés de l'église immense, seul, voit passer la grande forme lumineuse de THomme-Dieu, allant réconforter de sa présence ses adorateurs, et ne lui laissant à lui que l'extrême frange de son vêtement, qu'il étreint désespérément sur son cœur. Alors il comprend la foi catholique ; il voit la vérité luire à travers les erreurs de Rome. Il sent que le Christ a vu une grande flamme là où lui, aveugle, n'apercevait qu'une petite étincelle. Il reconnaît que tous ces fidèles ont sacrifié leur raison, leur science, leur art, leurs richesses, pour tout donner à l'amour de