It loathe to give it thee
In mère respect for any good man's famé.
(And after ail, our patient Lazarus
Is stark mad ; should we count on what he says ?
Perhaps not : though in writing to a leech ,
Tis well to keep back nothing of a case.)
This man so cured regards the curer, then,
AsGod forgive me I who but God himself,
Creator and sustainer of the world,
That came and dwelt in flesh on it awhile I
— 'Sayeth that such an one was born and lived,
Taught, healed the sick, broke bread at his own bouse,
Then died, with Lazarus by, for aught I know.
And yet was. . what I said nor choose repeat.
And must bave so avouched himself, in fact,
In hearing of this very Lazarus
Who saith, — but why ail this of what he saith ?
Why Write of trivial matters, things of price
Calling at every moment for remark ?
I noticed on the margin of a pool
Blue-flowering borage, the Aleppo sort,
Aboundeth, very nitrous. It is strange !
Thy pardon for this long and tedious case.
(An Episile.)
2. The very God ! think, Abib ; dost thou think ? So, the All-Great, were the AIl-Lovîng too — So, through the thunder comes n humain voice Saying : c O heart I made, a heart beats hère ! « Face, my hands fashioned, see it in myself I
« Thou hast no power nor may'st conçoive of mine, « But love I gave thee, with myself to love, « And thou must love me who bave died for thee ! » The madman saith he said so : it is strange.
{An Epiitle.)
Ce morceau, si souvent cité et capital dans Tétude de la religion de Browning, a été pris par certains comme une preuve de sa foi au récit évangélique. II est impossible d'aller aussi loin. Nous trouvons là l'enthousiasme, le désir, l'amour, mais non l'acquiescement intellectuel. Le dernier mot donne l'impression finale. La chose est étrange. Or, tant qu'elle restera étrange pour l'esprit, la foi com- V ^ plète ne sera point vep "^ ^
Il faudra faire un pas de plus. La vérité de l'Évangile n'est point prouvée, mais elle n'est pas absolument impossible. C'est ce que Browning montre dans un assez long poème pseudo-dramatique qui n'est en réalité qu'une dissertation philosophique ou théologique intitulée Une Mort au désert (A Death in the Désert). Cette mort est celle de Jean, le disciple bien-aimé, le dernier de ceux qui avaient vu le Christ face à face. Comme tous les personnages de Browning, il pense et disserte. Il est si vieux que déjà l'histoire du Sauveur est devenue de la légende, et que l'on se demande s'il est bien vrai qu'il l'ait vu. Il va mourir et prévoit que, bientôt, une génération viendra, demandant : « Jean a-t-il existé du tout, et a-t-il dit qu'il avait vu ? » Il indique à ses disciples les réponses à faire à ces questionneurs, qui ressemblent si bien à ceux du xix^ siècle. Il expose ainsi en réalité les théories de Browning lui-même, telles que nous les verrons plus loin. Mais en même temps il nous dit les raisons que nous pouvons avoir de croire à l'autorité de l'Evangile, ou plutôt de ne point la nier. « Il y a, lui dit-on, des récits de miracle, or le miracle est impossible. Si le miracle était possible, pourquoi n'y en aurait-il plus maintenant? Nous en avons autant besoin qu'alors. Pourquoi Dieu ne parle-t-il pas ? C'est qu'il n'a jamais parlé, et que cette histoire de merveilles est une fiction. » Telle est la première objection. Elle a sa réponsç. Le miracle était nécessaire alors pour ouvrir les yeux des hommes, qui ne pouvaient comprendre l'amour dans la divinité, et en faire le fondement de leur foi. C^était le grillage que l'on met autour de la jeune plante pour empêcher les animaux de la renverser. Mais maintenant la plante a poussé et ne risque rien. La foi peut entrer dans les âmes sans le secours des miracles, et les miracles ne se font plus. Déjà Jean avait cessé d'en accomplir pendant ses dernières années. Bien plus, le miracle actuel serait une faute. II nous forcerait à croire, tout comme l'évidence des sens ou comme une démonstration mathématique. Ce n'est pas là ce que demande Dieu : ce qu'il veut, c'est la foi fondée sur l'amour.
Quelle est au juste la valeur de tels arguments? Ils ne convertissent que ceux qui sont déjà convertis. Browning le sent bien, et n'insiste pas sur ce point. Il lui faut aller plus avant et répondre à une objection plus sérieuse, celle de la critique hislorique. Les textes sacrés fourmillent de faits qui ne sont pas prouvés; d'autres sont des erreurs manifestes. Comment croire à toutes ces fables ? — Il y a la réponse des sages : « Ne vous inquiétez point des circonstances ; voyez le fait principal qu'elles entourent ; elles peuvent être fausses, mais le fait est vrai. C'est une fable que l'histoire de Prométhée arrachant à Zeus le feu du ciel Est-ce une raison pour douter de la découverte du feu ? » Ainsi, avec tant d'autres esprits profondément religieux. Browning arrive à laisser de côté tous les menus faits, comme des excroissances que la fantaisie des hommes ou les besoins des temps sont venus greffer sur le grand fait fondamental : la divinité du Christ. Qu'importe alors leur valeur ? Fussent-ils tous faux, le fond de la doctrine n'en serait point changé. Matthew Arnold ne faisait pas autre chose lorsqu'il fondait l'autorité de la foi non sur des miracles évidemment faux, mais sur la valeur de la doctrine en ellemême. (Literature and Dogma.) Browning, qui n'est ni historien, ni exégète, ni critique littéraire, ne montre pas, comme Arnold, comment on est arrivé à fausser des textes ou à créer des légendes. Il se contente d'en expliquer la légitimité. Il faut, d'après lui, que l'homme marche toujours vers la Vérité, sans jamais pouvoir Tatteindre, car, s'il l'atteignait, ce serait la fin de tout progrès, l'arrêt et la mort éternelle. Il faut donc qu'il aille vers elle à travers les erreurs successives, ne faisant que concevoir le Vrai et étreignant toujours le Faux. Il est comme le statuaire modelant grossièrement son argile^ cherchant à travers la masse informe l'idéal de beauté qu il a rêvé, s'écriant à tout moment : « Le voilà ! » et cependant changeant toujours les formes qu'il vient de créer.
Que résulte-t-il de cette argumentation ? Aucune certitude ; rien qui puisse nous faire accepter l'Évangile comme une autorité. Il serait bien simple de répondre à Browning : « Nous ne croyons pas à Prométhée et nous croyons au feu, mais c'est parce que nous l'avons. Si le feu n'avait fait que paraître, si nous n'en avions que le souvenir légendaire, croirions-nous donc tant à son existence ? Comme à celle de la boîte de Pandore ou aux sirènes ou aux centaures. Que l'on nous montre donc la trace palpable et indiscutable du Christ Dieu. Belle légende, mais rien de plus. » Telle est, dans une très large
mesure, l'opinion de Browning lui-même. Les dogmes chrétiens ne se prouvent ni par des preuves historiques ni par des théorèmes. Il suJBt de montrer que la destruction de ces légendes n'en détruit point nécessairement l'essence, et que même ces légendes sont légitimes. Mais l'autorité devant laquelle nous nous courberons ne devra pas être cherchée en elles. La preuve du feu, nous l'avons en le touchant, par notre expérience personnelle. Ce sera cette même expérience qui, dans l'ordre psychologique, devra servir de fondement à la foi nouvelle. Browning aussi aurait pu répéter à ce point de vue la parole fameuse : « Le royaume de Dieu est en vous, et c'est là qu'il faut le chercher. »
Ainsi, comme le pape Innocent, le moine Lippi, l'abbé Caponsacchi, comme, tant d'autres de ses héros, il écarte toute autorité des hommes et des livres ; il part seul, face à face avec sa conscience et Dieu, à la recherche de la vérité Pour tout ce que les Églises ont cru ou enseigné, il ne garde au fond quune grande sympathie humaine, une admiration éclairée et respectueuse, et parfois un enthousiasme que l'on pourrait prendre pour celui d'un disciple fervent, mais qui n'est que celui d'un poète passionné pour tout ce qui est noble et beau dans le domaine de l'âme.
les grands principes d'édification. — la science.
— l'examen de l'ame.
Dans sa marche à la recherche de la vérité religieuse, l'âme ne peut guère être aidée par les données de la science. Les sciences ne font point autorité dans le monde de lesprit. Elles sont muettes sur tout ce qui touche à Tinfini immatériel, et elles le seront proba* blement'à tout jamais. Il importe d'abord de se débarrasser de toute illusion à ce sujet.
Une première illusion, très répandue vers le milieu du siècle dernier, et qui semble encore à de certains moments reprendre une nouvelle vie, est celle des sciences psychiques semi-occultes, toujours très à la mode en Angleterre, et que Ton résumait alors sous le nom général de spiritisme. L'attitude de Browning est très remarquable à ce sujet. On sait combien de grands esprits croyaient en son temps aux tables tournantes, aux esprits frappeurs et aux médiums. Mrs. Browning elle-même, avec sa nature impulsive, imaginative et nerveuse, en était enthousiasmée presque jusqu'à la manie. Browning, avec son bon sens calme et fort, échappa à la contagion générale. Sa confession de M. Sludge le médium est peutêtre l'analyse la pluscomplète et la plus fine qui ait été écrite jusqu'ici de l'état d'âme des médiums professionnels et de leurs dupes. Sludge, qui transmettait les communications des esprits dans le salon d'un millionnaire américain, a été pris par celui-ci en .flagrant délit de tricherie. Il se voit obligé de confesser sa faute, mais ses aveux ne sont qu'un long plaidoyer en sa faveur. Il faut le lire tout entier pour voir avec quel art sont devinés les mobiles qui l'ont poussé d'abord ; comment lui est venue la première tentation de dire qu'il avait vu un fantôme ; comment cela a fait de lui un personnage important et choyé ; comment il n'a pu reculer ensuite et s'est vu obligé, pour satisfaire ses patrons, d'ajouter mensonge à mensonge;
comment on lui a suggéré inconsciemment ce qu'il fallait faire et dire ; comment les spectateurs de ses séances n'ont pas été assez maladroits pour douter de sa bonne foi chez un hôte qui y croyait, et comment ils étaient reçus s'ils se permettaient de douter ; comment rhôte lui-même, par vanité satisfaite, a senti grandir en lui cette foi qui lui donne tant d'importance ; comment enfin le médium a appris les petits secrets qui lui donnaient de l'autorité, les petits stratagèmes et les tours d'es(tamotage qui rendaient palpable la présence des esprits. Voilà pour la part de la supercherie^ Un savant d'aujourd'hui n'en dirait pas davantage, et les esprits les plus positifs reconnaissent ces explications comme les plus exactes qu'on ait écrites sur ce sujet. Mais Browning n'a pas négligé non plus la part de vérité, quelque petite et problématique qu'elle soit. Le premier cri : « J'ai vu un fantôme ! » pouvait n'être pas un mensonge absolu. Quand on ferme les yeux, on voit souvent des points brillants et des formes vagues. D'ailleurs Sludge est une nature spéciale. Il a des communications avec Tinfini, ou au moins croit en avoir. Il est pétri de toutes les superstitions qu'on puisse rêver. Puisqu'il est enfant et héritier de Dieu, pourquoi Dieu ne le protégerait-il pas, même dans les petites choses ? et toutes choses sont grandes pour Sludge, qui est petit. Pourquoi admettre que Dieu envoie des pressentiments à Washington et refuser de croire qu'il fait démanger le coude de Sludge lorsqu^îl faut jouer atout au whist ? Par suite, notre médium voit partout des faits spirituels, dans un oiseau qui s'envole, dans le nombre pair ou impair des lettres d'un nom, dans une' idée qui lui vient soudainement. Tout phénomène est pour lui un avertissement du ciel. C'est en cela que réside la communication réelle des esprits. S'il y ajoute quelques mensonges pour mieux faire croire à la vérité, il ne faut pas l'en blâmer. Blâme-t-on les fictions des poètes ou les hypothèses des historiens ?et combien ne faut-il pas de mensonges pour constituer une vérité ? Les coups des esprits frappeurs, voilà la poésie de Sludge, mais il y a de la réalité par-dessous. C'est là au moins ce que diraient les médiums eux-mêmes. Mais Browning fait pousser à Sludge resté seul une dernière exclamation, où il dévoile sa fourberie, et il le montre à la recherche de quelque autre imbécile à duper. Cela indique nettement son opinion sur le sujet. Si on laisse là cette fausse science pour s'adresser à la science réelle de .la nature, on n*aura point de supercherie, mais on n'aura guère plus de vérité. Comme beaucoup de philosophes qui se con-
finent dans le domaine de la pensée pure, Browning a été très peu pénétré par l'esprit scientifique. On peut même se demander s'il a eu pleine conscience de la valeur de la science moderne. Il n'apporte pour ou contre elle aucun argument nouveau. Il la laisse plutôt de côté, comme n'étant pas de son domaine. Son Paracelse n'est pas un chimiste, mais un philosophe, beaucoup plus occupé de ses rêves sur la nature et les destinées de Tânie que de ses études sur les propriétés des substances. Quant aux savants actuels, ils ne paraissent point dans l'œuvre de Browning, et leur influence ne s'y fait guère sentir. Lui, qui fait preuve de tant de connaissances techniques, parfois très minutieuses, dans des arts comme la peinture ou la musique, semble complètement ignorant des sciences physiques ou naturelles. Un tout petit poème d'une dizaine de vers parle des contradictions de la médecine, qui est si ignorante du corp vivants et qui voudrait disserter sur l'âme. (Dramatic Idylsy Second séries, n? 1.) Deux autres tout petits également sont une condamnation sommaire de la vivisection (Tray dans Dramatic Idyls et Arcades Ambo dans Asolando) ^ et c'est tout. La grande théorie de l'évolution, qui renversait tant d'erreurs, édifiait une conception nouvelle du monde, et s'emparait de tant d*esprits autour de lui, ne l'a point conquis. Tennyson, encore plusignorant delascience que Browning, avait répondu au darwinisme par une exclamation indignée tenant lieu de tout argument et n'avait rien voulu entendre. Browning est moins dédaigneux. Son esprit, plus large et plus curieux de toutes choses, examine cette théorie comme il avait examiné celles de Paracelse ou de Bernard de Mandeville, lu les traités de peinture oubliés de Bartoli ou joué la musique archaïque et inconnue d'A vison. (Parleyings With certain people of importance in their day.) Pour lui, de même que ces choses du passé ont disparu, échelons de la .vérité^ rejetés après qu'on s'en est servi pour monter plus haut, de même là théorie de l'évolution disparaîtra, remplacée à son tour par des conceptions nouvelles et également passagères.
On peut à peine le blâmer de cette attitude. Ce n'est ni aux découvertes ni aux inventions pratiques qu'il s'attache ; son esprit est trop bien pondéré pour en discuter la vérité ou l'importance. Mais, au delà des sciences, il regarde la science et lui demande l'explication de la vie. La théorie évolutionniste ne lui répond pas d'une façon plus satisfaisante qu'aucune autre doctrine scientifique. Lorsqu'il la discute, en un morceau assez diffus, il ne trouve contre
elle aucun argument bien concluant que nous ne connaissions . pas :
Evolutionnistes ! Je regarde la vérité du fond de l'abîme ; vous, vous vous mettez sur les hauteurs ; nos points d'observation étant si opposés, comment pourrions-nous nous entendre ? Je m'explique : C'est le sommet du sommet des choses vers lequel vous dirigez votre vision, jusqu'à ce que vous soyez arrêtés net par les atomes, le protoplasme, et par cette première convulsion qui a mis tout en mouvement, ce qu'elle est, d'où et comment. Maintenant, il faut que votre observation prenne un cours descendant, puisque vous ne pouvez plus monter. De chaînon en chaînon vous tombez jusqu'au point où, de quelque façon, les atomes pensent, sentent, savent qu'ils existent. Le monde a commencé tel que nous le reconnaissons. Âvez-vous fini de descendre ? Voici notre personnalité, l'Homme, connu aujourd'hui, résultat final d'une évolution dûment faite, et, dans cette mesure, dites-vous^ somme et sceau final des progrés de l'être. Bien ^ !
D'après ceci, la doctrine évolutionniste ne nous apprend rien sur la cause première. Nous le savions, et elle n'a jamais eu cette prétention. Mais on voit moins bien quel est ce mouvement descendant de Tobservation, qui revient jusqu'à l'atome conscient. Sans doute Browning a voulu dire qu'à la source inexpliquée de la vie on ne peut trouver autre chose que l'atome ayant conscience de soi. C'est là le fait primordial que n'explique pas la théorie de l'évolution En quoi consiste la conscience de l'existence ? Et nous voici immédiatement à l'autre question : « Qu'est-ce que l'âme ? » que Huxley luimême a définie « une série ininterrompue d'états conscients ».