I at the boUom. Evolutionîsts
Advise beginning, rather. I profess
To know just one fact — my self consciousness, —
'Twixt ignorance and ignorance enisled,
Knowledge : before me was my Cause — that's styled
God : after, in due course succeeds the rest, —
Ail that my knowledge comprehends — at best —
Atworst, conceives about in mild despair.
{Francis Furini. — Pcarlegings.)
que les hommes, n'a pris dans son âme, pour fonder sa philosophie, que les faits d'ordre intellectuel les plus vastes, les plus indiscutables de la pensée. Il n'a fait paraître ni ses sentiments, ni ses rêves, ni ses conceptions individuelles de la vie. Nous n'avons que le sommet de son intelligence, l'essence même de sa raison. Nous ne voyons rien intervenir de toute la vie profonde de Tâme, des passions et des désirs qui constituent un homme, en font un être vivant, au lieu d'une machine dont tous les mouvements seraient déterminés par des calculs exacts. Il y a à cela un grand avantage. Tout ce que Descartes voit en lui, nous pouvons le trouver en nous. Sa raison est celle de l'humanité pensante tout entière, non celle de tel ou tel individu, et par suite son système s'impose en dehors de toute personnalité, comme une science. La philosophie et la religion ainsi entendues deviennent quelque chose d'impersonnel et d'indiscutable, comme les mathématiques. Mais, pas plus que les mathématiques, elles ne parlent au cœur ou ne déterminent la volonté. Elles s'imposent à la contemplation intellectuelle, calmes et lumineuses comme les cimes éloignées couvertes de neige, vers lesquelles nous n'allons point. De telles démonstrations ou de tels systèmes n'ont guère de puissance sur les âmes. Encore moins convertiraient-ils les âmes modernes, si complexes, sur lesquelles les sentiments et les émotions ont une telle force, et pour qui les vérités intellectuelles ne sont souvent qu'un amusement de l'esprit, sans action sur la vie intérieure. Le dogme de Texistence de Dieu, prouvé géométriquement, n'aura guère plus d'influence sur nous que le théorème des trois perpendiculaires. Est-ce parce que nous avons vu s'effondrer peu à peu tous les dogmes intellectuels, parce que tout ce que nous prenions pour des vérités s'est trouvé faux, parce que le scepticisme s'est glissé dans nos esprits, et que nous nous défions de tout argument qui pourrait n'être qu'un sophisme ? Quoi qu'il en soit, nous ne sommes plus des hommes capables de nous créer par un raisonnement abstrait une règle de conduite et de la suivre jusqu'au bout. La passion ou l'intérêt viennent-ils en travers ? Voilà que nous trouvons des arguments nouveaux pour détrulfre les anciens, que nos vieux raisonnements chancellent sur leurs bases, que l'édifice si solidement bâti par notre intelligence nous paraît plein de fissures et de lézardes, et que la moindre tempête de l'âme n'en laisse plus rien debout. Aussi ce ne sera plus une religion purement intellectuelle qu^il nous faudra, même si elle
pouvait nous donner la certitude géométrique. L'homme tout entier devra être pris par elle. Ses fondements ne seront point les idées abstraites de Tesprit, mais tous les faits profonds et puissants de la vie de Tâme.
Où sera donc alors la religion faite pour tous, acceptable à tous, dans sa vérité immuable et universelle ? Quelle est Tâme qui ressemble à une autre âme, avec les mêmes besoins, les mêmes amours, et les mêmes idéals à poursuivre ? Quel est donc celui qui pourra dire à son voisin : « Ton âme sera mon âme et ton Dieu sera mon Dieu ? » De quelque côté que nous'examinions les choses, nous nous trouvons de plus en plus nettement face à face avec le grand précepte de saint Paul, déjà cité plus haut : « Que chacun fasse son propre salut. »
Browning a fait le sien d'après Texamen de son âme à lui. Â âme différente religion différente. C'^st pour cela que personne ne peut, en exposant ses doctrines, les donner comme un modèle à suivre ou un credo acceptable à tous. Il n'y en a plus de tels. Tout, ce qu'il nous est permis de faire, c'est de montrer ce credo, de suivre la marche d'une belle âme vers les hauteurs où elle a trouvé la paix. Sa route ne sera peut-être point la nôtre, mais si les sommets nous attirent, son exemple ne peut que nous fortifier ; il nous sufiBt de ceindre nos reins et de marcher après lui.
Comme s'il avait prévu de telles objections, il a montré lui-même combien mesquines sont les conceptions d'un esprit faible qui s'examine et crée Dieu à son image, fondant sa philosophie sur Tétat de son âme rudimentaire. C'est la religion naturelle de Caliban sur son île, où il n'a vu que Sycorax, Ariel, Prospero et Miranda. (Caliban upon Setebos,) Un jour d'été, pendant que Prospero dort et qu'Âriel est loin, Caliban, vautré dans la fange rafraîchissante, couché sur le ventre, les deux pieds en Tair, rêve sur Sétebos, le dieu de son île. Ce Sétebos, qui demeure dans le froid de la lune, a fait un jour le monde par dépit, parce qu'il se sentait mal à l'aise et voulait du changement. Il aurait désiré le faire tel que lui, Sétebos, voudrait être ; mais il n'a pas pu. Aussi bien se faire lui-même. Il en a donc fait une espèce de jouet, bon par ici, mauvais par là, qu'il caresse ou brise à volonté, selon son caprice. Lui-même, Caliban, ne rêve-t-il pas quelquefois, quand il a bu des choses fermentées, de faire un Caliban qui ait des ailes ? Si en volant son Caliban se cassait une jambe et le suppliait de la réparer, qui sait ce qu'il
ferait ? Peut-être lui en donnerait-jl trois pour une, peut-être lui briserait-il l'autre : « lui aussi ». Tel serait Caliban, tel est Sétebos. En ceci, Sétebos n'est bon ni mauvais, tendre ni cruel : « Il est fort et il est le maître. » Il écrase qui il lui plaît, sans raison^ de même que Caliban laisse passer vingt crabes et arrache les pattes au vingt et unième. Tout doit se soumettre. D'ailleurs Sétebos lui-même a quelqu'un au-dessus de lui, le Quelquechose qui la créé ou qui l'a vaincu, qui est bien haut, hors de son atteinte, sans joie ni chagrin, puisque l'un ou Tautre viennent de quelque faiblesse. Sétebos joue aussi au Dieu suprême, mais sans succès. De même Caliban joue quelquefois à être un Prospero ; il a une baguette, une peau d'animal comme robe d'enchanteur ; il a un serpent qu'il appelle Miranda, une grue qui .est un Ariel et une bête marine qu'il, maltraite et qui est son' Caliban. Sétebos agit de la même façon. Peu lui importe que son mondé soit heureux : il ne l'a créé que pour passer le temp$. Caliban. aussi s'est amusé à faire un petit monde avec du gazon.
Il a équarri des blocs de chaux blanche, il a gravé une lune dessus avec une dent de poisson ; i)a planté, dedans des branches d'arbre pointues ; il a couronné tout cela du crâne d'un paresseu:?, qu'il a trouvé mort dans les bois et qui jurait été trop dtir à tuer. Aucune utilité dans ce travail, fait uniquement pour le plaisir "de le faire. Quelque jour il le démolira. Sétebos aussi ^
Comme Prospero, Sétebos est terrible. Il déchaîne des tempêtes et dévaste tout. Comment arriver à lui faire plaisir, pour empêcher cela ? Si encore il voulait le dire, mais pas du tout. « Voilà le jeu : deviner ou mourir, » Il ne faut pas avoir l'air de le comprendre ni se croire sûr d'être épargné. Mieux vaut essayer de le trqmper, de lui faire croire qu'on est malheureux. Peut-être alors il vous laissera tranquille, comme ferait Caliban dans ce cas. En attendant on lui chantera bien fort de fausses louanges, pour Tapaiser, et peut-être à la fin, « quelque jour étrange, le Grand Tranquille « saisira et conquerra Sétebos, ou plus probablement Sétebos