‹ Quelques aspects de la foi moderne dans les poèmes de Robert BrowningChapitre 25 sur 52 · From thine apprehended scheme of things, deduce · texte numérisé non relu

From thine apprehended scheme of things, deduce

Fraise or blâme of its contriver

the show of things unfurled

For thy summing-up and judgment, — thine, no ôther mortal's world.

(Id)

qui serait une certitude. Dans le poème cité plus haut (la Saisiaz), et qui est l'un des rares où il ait essayé en son propre nom de discuter les fondements d'une philosophie religieuse, il suppose la raison, ayant accepté Tun après Tautre tous les articles de la foi spiritualiste (sinon chrétienne) et les considérant comme inattaquables. Il examine alors les conséquences logiques de cette conviction sûre. Après la certitude de l'existence de Dieu et de l'âme, que l'on arrive à prouver d'une façon absolue l'immortalité. Quel en sera le résultat immédiat ? Le suicide : aussitôt que la vie présente nous sera à charge, nous y mettrons fin sans hésiter. — Que cela nous soit défendu et qu'il nous faille attendre ? Admettons comme sûre cette nouvelle supposition. Il restera comme conséquence le peu d'importance de ce que nous ferons de la vie : passivité insouciante ou activité indifférente pour le bien ou le mal. Ainsi notre credo solide ne nous avancera pas plus que la négation de tout. Nous sommes obligés de faire un pas de plus, d'accepter une proposition nouvelle : la valeur de cette vie comme préparation à l'autre, la certitude du jugement, du ciel et de l'enfer. Voilà maintenant la doctrine complète toujours supposée prouvée. Le cercle est terminé, mais qu'y avons-nous gagné ? Si nous avons la certitude absolue de ces choses, nous obéirons aux lois morales comme aux lois physiques, et nous n'aurons pas plus de mérite à être vertueux que nous n'en avons à manger pour vivre. De quel droit serions-nous donc récompensés ? Il faut, pour qu'il y ait mérite moral, qu'il y ait en même temps incertitude. Tous les raisonnements par lesquels on me prouverait le ciel et l'enfer sont choses vaines. Ou bien ils ne sont pas absolus, et alors ils ne prouvent rien ; ou bien ils prouvent absolument, et alors ils détruisent tout mon mérite personnel. Or, si je n'ai pas de mérite, à quoi bon le ciel et l'enfer ? C'est pour cela que la certitude religieuse ne nous est pas permise et qu'elle n'est pas désirable. Le problème à résoudre doit être ce qu'il est, légitimement et uniquement une question de probabilité. Étant données trois choses, l'âme, Dieu et le monde où nous vivons, ce monde donne-t-il à notre âme assez de faits pour justifier les espérances futures qu'elle a en Dieu ? La certitude scientifique ayant été écartée non seulement comme impossible, mais comme néfaste, il ne s'agit plus que de chercher en nous et hors de nous, non des preuves, mais des motifs de foi. Que ces motifs se trouvent, et il nous restera éternellement le droit de croire et d'espérer.

l'optimisme. — L HOMME-DIEU. — LA DOULEUR.

Nous allons maintenant avancer, non par des syllogismes successifs, partant de prémisses indiscutables et dont les conclusions s'imposeraient à l'esprit, mais par une suite d'affirmations» de conceptions sensibles à la conscience intérieure, dont l'évidence est tout intuitive, qui nous font partir de Tâme de Browning et des visions du monde pour arriver jusqu'à Dieu.

Ce n*est point que la logique soit absente de la marche de sa pensée. Au milieu de ses affirmations et de ses élans poétiques, nous pouvons discerner une série de raisonnements qui ne manquent point de cohésion. Mais leur rigueur est plutôt dans l'enchaînement des affirmations que dans leur valeur propre, lorsqu'on les examine une à une. Les premiers faits sur lesquels il fonde son système peuvent se discuter, et, vu par Toeil seul de la logique, son édifice paraît bien fragile. Mais il est renforcé, étayé, rendu presque ^ inébranlable par l'évocation de toutes les espéi'ances, de toutes les nobles pensées, de tous les rêves sublimes d'une grande âme, choses aussi éternelles et plus puissantes que la raison sévère et froide.

La série de raisonnements qui forme la charpente de son système peut se résumer en quelques lignes.

J'existe ; le monde extérieur existe, et la cause première existe ; ces trois faits : l'âme, le monde et Dieu, sont indiscutables. Dieu est toutpuissant, puisqu'il a pu créer le monde et le maintenir vivant. Or le monde est bon dans son ensemble, et mon âme a lieu d'en être satisfaite. Par suite je sens en moi un besoin de réconnaissance envers mon Créateur. Mais ma reconnaissance serait une chose vaine si ce Dieu était incapable de sentir. Or c'est lui qui l'a mise en moi. Donc, pour expliquer la présence de ce sentiment instinctif, je dois admettre un Dieu sentant et non impassible. Mais un Dieu sentant et ayant créé un monde qui, pour moi, est bon, ne peut être qu'un

Dieu aimant et semblable à moi, au moins en cela. Il y aura donc • en lui ces deux éléments : Tinfinie puissance et Tamour infini, c'està-dire l'infinie bonté.

Cette infinie bonté, qui a créé un monde bon, ne Ta pas créé assez bon pour me satisfaire pleinement ; elle y a laissé assez de soufiTrance et de mal pour que mon bonheur ne soit point parfait et qu'il me reste bien des désirs inassouvis. Dieu serait-il incapable de satisfaire les espérances qu'il m'a données ? Impossible, puisqu'il est la puissance infinie. Pourquoi donc ne l'a-t-il pas fait, puisqu'il est l'infinie bonté ? Il n'y a à cela qu'une réponse capable de concilier les conceptions de puissance et de bonté avec l'existence du mal : le mal existe, afin que je n'aie point du premier coup la perfection, qui serait rimmobilité et la mort. Mais il n existe que transitoirement, afin que je puisse en triompher peu à peu, et aller toujours me rapprochant de rinfini divin. Cette vie n*est qu'une étape dans ma marche. Elle doit se continuer nécessairement dans une autre existence, afin de ne pas être un échec final pour moi, et par suite un échec final pour mon Créateur. De là vient la croyance à l'immortalité de l'âme et aux vies futures, nécessaires à mon bonheur, à mon perfectionnement et la perfection même de Dieu.

Ce raisonnement n'est sans doute pas très original ; on en retrouve les grandes lignes dans toutes les religion»«ou les philosophies spiritualistes. Mais ce qui le rend personnel dans Browning, c'est la façon dont il en a fait un élément essentiel de sa vie morale, l'énergie avec laquelle il s'y est attaché, groupant tout autour ses aspirations poétiques, y trouvant l'explication de tous les problèmes de l'âme, et établissant ainsi une foi ferme, qui a triomphé du doute et de la crainte. Nul plus que lui n'a affirmé les traits principaux de cette doctrine vivifiante : l'optimisme du monde ; l'amour infini divin, semblable à un amour humain qui serait parfait ; l'utilité et en même temps le caractère transitoire des douleurs et des maux ; la survivance et le perfectionnement éternel de la personnalité humaine ; l'inexistence de la mort. Ce sont là les traits dominants de ses doctrines, les grandes impressions qui persistent après la lecture de son œuvre, et que nous allons examiner successivement.

L'optimisme de Browning est une impression purement personnelle mais extrêmement forte en lui. On a cherché à l'expliquer par sa santé robuste, par sa vie exempte de déboires ou de grandes douleurs. Cela sans doute y a contribué, mais sans en être la source

exclusive. La maladie et la souffrance personnelles ne sont pas nécessairement des causes de pessimisme. Il semble bien qu*un Browning qui eût été malheureux — comme Tétait par exemple Elizabeth Barret avant de devenir Mrs. Browning — aurait, comme elle, vu assez de lumière au dedans de son âme pour affirmer que la vie est bonne.

La vue du monde et du torrent de la vie joyeuse des êtres lui arrache des cris d*enthousiasme. Dans le renouvellement des choses, dans la vie de la nature, il voit, comme son Paracelse, une marque de la présence et de la joie éternelle de Dieu.

Le feu intérieur se soulève au-dessous de la terre, et la terre chaDge comme une face humaine ; les minéraux fondus éclatent au milieu des roches, se glissent dans le cœur des pierres, se ramifient en minés cachées, vont tacheter les lits stériles des rivières ou s'émietter en sable fin qui reflète les rayons du soleil : en tout cela Dieu se réjouit. Les vagues irritées de la mer se frangent d'écume blanche, comme la lèvre mordue de la haine, tandis que, dans le désert morne, des groupes étranges de jeunes volcans se soulèvent comme des cyclopes, se regardant de leurs yeux enflammés. Dieu se réjouit dans leur orgueil étrange. Puis tout devient immobile. La terre est une motte d'argile gelée. Mais le vent du printemps, comme un joueur de harpe, passe en dansant sur son sein pour Téveiller ; une verdure splendide bourgeonne tendrement sur des rives rugueuses, entre les racines desséchées des arbres et les fissures delà gelée, de même qu'un sourire qui s'efforcerait de paraître sur un visage ridé. L'herbe brille ; les rameaux sentent leurs fleurs se gonfler comme des chrysalides impatientes de Tair ; les hannetons luisants sont affairés ; les scarabées courent le long des sillons ; les fourmis s'agitent ; au-dessus, les oiseaux volent en troupes joyeuses ; Talouette s'élève de plus en plus haut, palpitante de joie. Bien loin Tocéan dort ; les mouettes blanches voltigent là où le sable s'empourpre de tribus de mollusques qui y font leur demeure ; les créatures sauvages cherchent leur amour dans les bois et les plaines, et Dieu renouvelle ses ravissements d'autrefois * .

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