REMARQUES GÉNÉRALES. — LES AUTORITÉS
LES ÉGLISES. — - l'ÉVANGILE.
Remarques générales.
Les questions de religion tiennent une place très importante dans la poésie de Browning, sans que ses poèmes soient à proprement j)arler religieux. Il n'a point pris part aux polémiques entre les diverses sectes du protestantisme anglais. Si Ton ne savait pas que sa famille était protestante et puritaine, on ne le reconnaîtrait que difficilement par ses œuvres. Le grand mouvement d'Oxford, qui remua tant d'âmes, qui fit revivre dans l'Église anglicane l'ancien esprit catholique et amena des conversions célèbres, comme celle deNewman, semble ne l'avoir point touché. Les luttes du catholicisme et du protestantisme n'ont pas eu d'écho en lui. Il a eu pour toutes les Églises chrétiennes la même sympathie, et chacune d'elles eût pu, à de certains moments, le prendre comme un défenseur, sans jamais le compter comme un de ses fervents. Il a fait de même pour toutes les religions sincères. Il s'est enthousiasmé pour les doctrines des grands rabbins ; il a su comprendre toute la beauté des religions antiques, et il leur a donné ses sympathies aussi bien qu'à celle de ses pères.
C'est que, pour lui, il s'agit de bien autre chose que de controverses entre théologiens ou de discussions sur des textes obscurs . C'est la foi chrétienne même qui est enjeu ; bien plus, la foi spiritualiste, qui en est le fondement et la condition essentielle. C'est ce fondement qui menace de s'écrouler, et qu'il faut d'abord consolider. Il sera temps de songer à l'interprétation des textes lorsque ces textes eux-mêmes auront reconquis leur vieille autorité et qu'on n'en discutera plus la valeur. Ce ne sont donc que les questions très
générales et les principes fondamentaux des dogmes qu'il a examinés, et c'est là surtout ce qui nous importe.
Il n'a pas essayé d'écrire un testament philosophique et de résumer ses croyances. Une seule peut-être de ses pièces (la Saisiaz) pourrait être considérée comme une profession de foi, encore est-elle loin d'être complète. Mais partout, dans son œuvre, les questions morales et religieuses, les problèmes des âmes, sont au premier plan. Ses drames sont pleins de cas de conscience, de visions de devoirs, du sens des conséquences éternelles de nos actes. Le monde des personnages qu'il a créés dans ses poèmes dramatiques fourmille d'analyses d'âmes et d'expositions de doctrines. Browning s'identifie avec chacun d'eux ; il essaie de voir par leurs yeux et démettre à jour les profojideurs les plus intimes de leur pensée. Il nous fait vivre de leur vie intérieure, nous montre leurs passions, leurs vanités, leurs scrupules, leurs principes, tous les ressorts qui forment la résultante d'une âme. Cela va si loin que des poèmes appelés dramatiques ne sont que des sermons, de patientes et parfois abstruses dissertations philosophiques. D'ailleurs tout est pour lui un sujet d'étude d'âmes et rien n'est insignifiant.^ La vue d'une bohémienne lui suggère le si remarquable poème de Fifine à la foire, avec ses * vues sur la recherche perpétuelle d'un idéal qui fuit, l'explication de la vie de tous les Dons Juans et le magnifique finale du couronnement de la mort. Le suicide d'un halluciné, ce qu'on a appelé dédaigneusement « les aventures d'un petit crevé» *, devient matière à l'examen de l'éducation catholique moderne et de l'effémination des consciences. (Le Pays du bonnet de coton rouge^ Red Cotton Night- Cap Coiintry.) Les quelques pages d'un vieux procès criminel italien d'il y a trois siècles sont la source de l'œuvre immense, unique dans toutes les littératures, où chacun des neuf principaux personnages du même drame vient nous le raconter à son tour, le commenter et dévoiler son âme, où passent devant nous tous les sentiments humains : préjugés et enthousiasmes du peuple, dédain de l'aristocratie pour les petites gens, haine et astuce infernale du meurtrier, douceur angélique et innocence naïve de l'enfant martyre, noble vaillance du prêtre sauveur, vanité ridicule et traits d'esprit mesquins des hommes de loi, égoïsme étroit de la plupart des juges, sérénité quasi divine du pontife jugeant en dernier ressort, et, au-dessus de