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LES TAUREAUX A SEVILLE

Au cirque de Séville, et sous quel soleil ! « Eau fraîche ! » criaient d'une voix scandée de jeunes garçons.

D'abord, quatre chevaux furent éventrés. Sur le silence de cette foule, j'entendais, sourde comme un éclaboussement, l'entrée des cornes dans ces ventres. Impression sinistre de convoquer la mort dans une fête !

Je ne sentais plus qu'elle par-dessus nous tous, et j'en étais contracté de terreur. Puis, le jeune dieu de la nature, le taureau aux naseaux sanglants, ramassé, furieux comme un taureau, c'est-à-dire plus beau qu'aucun homme passionné, secoua sur ses cornes une pauvre loque, si molle et lamentable, de cavalier. Le matador maladroit, trop comédien

dans ses broderies collantes, laissa quatre épées dans la bête, héros qu'il fallut poignarder par-dessus la barrière. Le peuple, enragé, trépignait, pareil à un témoin qui s'amuserait dans un duel.

« Si j'aimais cela, me disais-je en sortant, je serais amené à courir moi-même un risque. Mais être témoin et s'y plaire ! L'incompréhensible plaisir ! »

Dans son ivresse aussi, ce peuple me donnait des coups de canne sur la tête, car tous gesticulaient debout tandis que je restais assis, et ces familiarités contribuèrent à me dégoûter.

Dans la suite, je revins sur cette appréciation. Peut-être avais-je été de mauvaise foi dans l'expérience.

Il fallait me prêter à la force enivrante qui s'exhale d'un carnage. Des âmes subtiles se lèvent du sang versé, une vapeur nous pénètre et réveille en nous la bête carnassière. Pour l'humanité, c'est un bain de jeunesse, de la plus jeune jeunesse, voisine encore de l'animalité.

De la campagne, en toute saison, pour moi s'élève le chant des morts.

Un vent léger le porte et le disperse, comme une senteur, et c'est l'appel qui m'oriente. Au cliquetis des épées, le jeune Achille, jusqu'alors distrait, comprit, accepta son destin et les compagnons qui le réclamaient sur leurs barques. La fatalité attend son heure dans les tombes. Le cri et le vol des oiseaux, la multitude des brins d'herbes, la ramure des arbres, les teintes du ciel, et le silence des espaces nous rendent intelligible qu'une éternelle nécessité nous presse.

Les tentes posées par des nomades, chaque soir, dans un pays nouveau, n'ont pas la solidité des antiques maisons héréditaires, mais quelle joie pour ces errants de se mêler aux races autochtones et de dire avec elles l'hymne du matin, tandis que, pour l'embellir, la mémoire secrètement y mêle les chants appris la veille chez des étrangers !

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