PARFUMÉES
Jardins Giulia, Melzi, Sommariva, Serbelloni syllabes chantantes, terrasses parfumées et lumineuses !
Pourtant c'est déjà l'automne ; une pluie chaude tombe sur les arbres.
Sur les pentes qui enserrent le lac, l'allée où je me promène est droite comme un balcon et partout offre des bancs ; sans effort, sans pensée, au milieu des myrtes, des citronniers, des palmiers, on s'enivre à la « coupe de lumière » qu'est ce paysage. Mais c'est de l'automne, plus encore que de la flore méridionale, qu'est fait, selon mon goût, le charme de ces bords...
Si facile, indulgent de climat,
rejetant toujours le voyageur dans ces barques où l'on s'étend, où l'on rêve, le pays de Côme convient à tous ceux qui se proposent de ne pas résister à leur passion. Cet air léger, élégant jusqu'à la fadeur, ne fut depuis des siècles qu'une gracieuse haleine de jeunesse et de plaisir. Parfois, dans ces belles journées si lentes, paresseuses, bleuâtres, on voudrait que le lac se soulevât un peu ; jamais je ne le vis plus bruyant que le froissement de la soie contre une femme.
Sont-ce ces fleurs, si nombreuses qu'à les voir on pense invinciblement aux chambres mortuaires de nos grandes villes? Devant les images les plus voluptueuses, on est toujours contraint d'envisager le désagrément de mourir un jour. En parcourant le lac de Côme, je cherchais les cimetières. Ils pourraient y être admirables. Je voudrais que ces pentes si âpres dans le haut, puis, à mi-côtes, vertes de feuillages, égayées de villas, de doux jardins aromatiques, finissent çà et là par des tombes.
Syllabes chantantes 31
L'eau les caresserait rejetée sur les bords par les barques de plaisir.
Le plaisir rapide, la volupté et la mort, voilà quelles seraient les couleurs de ce Roman du lac de Côme, bien facile à écrire pourvu que l'auteur se fût renseigné abondamment et qu'il eût trempé ses feuillets parfois dans cette eau où tant de mains fiévreuses cherchèrent un peu de fraîcheur, tandis que glissait la barque...