ÉCHELLE
-de fourmillements, de sensations de corps étranger, de piqûres d’aiguilles. Les expressions qui reviennent le plus souvent sont celles-ci : « Ça pique, ça pique !: « J'ai du sable dans les souliers», « J'ai comme des mouches qui me piquent les bras et les jambes ». D’autres fois, c'est une sensation de chaleur, de brûlure. Les énfants d’un certain âge les signalent très précocement -et d’autres veulent constamment avoir les doigts trempés dans l’eau froide. Quelques-uns sont s’asseoir dans une pièce carrelée, s’y déchaussant, et demeurant les pieds posés sur les carreaux froids. D’autres se soufflent sur les doigts, gardent lorsqu'ils sont au lit leurs mains au-dessus des couvertures et les changent constamment de place pour les poser sur du linge frais ou sur le fer de-leurlit.
Parfois, c’est le prurit qui domine, sensation qui peut
coexister avec les lésions cutanées dont nous avons déjà parlé, ou être indépendante de toute lésion et se manifester' de façon très précoce. M. Janet cite le cas d’un enfant qui disait « qu’il avait des puces » aux mains et aux pieds. Presque tous les enfants se grattent la paume des mains et la plante des pieds. D’autres se mordillent les doigts et il y aurait là une des causes des stomatites observées de temps à autre dans l’acrodynie.
Ces troubles sensitifs prennent parfois une telle intensité qu’ils peuvent faire penser au rhumatisme ou à quelque lésion osseuse ou synoviale en évolution. Ceci est faux. Il s’agit sans doute de troubles d’origine sympathique ou vaso-motrice, dont les caractères d’apparition et de disparition, les signes cliniques, la coexistence avec les transpirations, l’œdème trophique, la cyanose, rapprochent encore l’acrodynie du syndrome de Raynaud et des douleurs observées à cette occasion. Tous les examens radiographiques pratiqués chez nos
malades ou cités dans les autres observations publiées ont été négatives à cet égard, du moins en France. Rocaz
est formel à ce sujet et nous sommes tout à fait de son
avis. Il faut citer cependant qu’à l'étranger il n’en est
pas de même et que Tzwajlrart en particulier considère
le rachitisme comme un très bon signe d’acrodynie
il aurait trouvé souvent des zones de décalcification
osseuse.
Il est encore un autre siège des douleurs sur lequel, à notre avis, l’on n'insiste pas assez habituellement. Nous voulons parler des céphalées. L'enfant normal se plaint rarement de la tête et l’idée qui vient à l'esprit des parents et du médecin en pareil cas est celle d’une méningite. Car la céphalée est très fréquente dans l’acrodynie : elle peut être intéressante à plus d’un point de vue. Avec la somnolence, la photophobie et les signes, infectieux rencontrés parfois, on peut en tirer argument en faveur de la ressemblance de l'affection avec l’encéphalite. Mais surtout il ne faut pas penser à une méningite tuberculeuse, et c’est une erreur fréquente. La ponction lombaire lève évidemment tous les doutes mais il est certain que l’amaigrissement, les troubles psychiques, la photophobie, peuvent aiguiller sur ce diagnostic.
Une autre erreur consiste aussi à penser à un processus tumoral et c'est une hypothèse qu'on ne peut parfois écarter que par un examen approfondi.
Ces troubles de sensibilité subjective s’accompagnent pour certains auteurs de troubles de sensibilité objective, mais ceci est bien difficile à observer et à interpréter chez des sujets aussi jeunes. Les conclusions diffèrent d’ailleurs beaucoup sur ce point. Les unes disent que cette sensibilité objective est diminuée, les autres, augmentée : il faut faire la part de la somnolence, de l’asthé-
nie, des troubles psychiques divers et de l’âge du malade qui rendent les études de cette sensibilité bien délicates.
Les troubles psychiques sont fréquents et caractéristiques, nous en avons déjà dit un mot au début de ce chapitre. L'enfant est triste, ne s'occupe plus n1 de ses parents, ni de ses jouets, devient grognon, irritable et méchant. Hanshalter et son élève Hoeschstetter ont donné une description complète de cette altération du psychisme. Le signe dominant est la tristesse : front
plissé, regard d’une expression mélancolique, désespérée.
L'affectivité est touchée. « Ce n’est plus notre fille ».….
« Elle est devenue terrible ».. On assiste à des accès.
de fureur, à des fugues, à des perversions étranges et l’on comprend que parfois un psychiâtre intervienne.
L’insomnie est en outre fréquemment observée et
peut prendre tous les degrés. Au début de la maladie
et dans beaucoup de formes légères, le sommeil est agité et superficiel et, à un degré de plus, l'enfant reste
insomnique des heures, des nuits entières, malgré les.
essais thérapeutiques. Cet état peut durer des semaines et ceci a beaucoup de valeur, étant donné la rareté de l’insomnie dans la seconde enfance.
Rocaz cite le cas d’une fillette de cinq ans qui est restée dix-huit jours en ne faisant que des sommeils de quelques minutes. Dans d’autres circonstances, le rythme du sommeil est inversé et l’enfant ne dort que le jour. Nous en avons quelques exemples dans nos observations. Il n’est pas besoin d'insister sur la ressemblance que présentent ces troubles avec ceux de l’encéphalite épidémique.
Nous ne pouvons quitter les troubles nerveux sans parler des #roubles sensoriels et trophiques.