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Le symptôme le plus fréquemment observé au niveau -des organes des sens est certainement la photophobie. Elle est signalée assez souvent dans les observations étrangères et nous l’avons beaucoup rencontrée quant à nous. Comme les autres signes, celui-ci peut varier et aller du simple clignement d’yeux devant une lumière trop vive à la'photophobie extrême où l'enfant cache Sa tête sous l'oreiller et prend les positions les plus invraisemblables pour empêcher la lumière de venir le frapper. Cette photophobie joue donc un rôle important dans les attitudes spéciales des jeunes enfants atteints d’acrodynie. Elle s’atténue considérablement et disparaît même complètement au bout d’une quinzaine de jours. Pas de lésions du fond de l’œil ni des autres parties constituantes de-l’organe. Quelques auteurs étrangers signalent cependant une légère conjonctivite et il existe quelques rares observations françaises (Janet- Rocaz) où l'affection se manifeste d’abord par cette conjonctivite et où l'enfant fut soigné longtemps par des spécialistes avant d’être dirigé sur un médecin. On a même signalé des lésions plus importantes : blépharite, kératite, ulcérations de la cornée, fonte de l’œil. Mais il s’agit peut-être dans ces cas d’infection surajoutée.
Les paralysies oculaires comme les troubles du côté des oreilles sont rarissimes.
On a signalé parfois des {roubles trophiques et quelques- . uns de nos malades en présentaient d'importants. Ils atteignent surtout les phanères et sont caractérisés soit par la chute des cheveux qui deviennent secs et cassants ; ils tombent spontanément ou sont arrachés par l’enfant dans un accès de fureur — soit par la chute des ongles ou des dents — tout cela sans aucun signe d’inflammation. Spontanément, ces lésions se réparent complètement et vite. Quant aux phénomènes de mortification
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et de perte de phalanges, pour rares qu'ils soient, ils: existent. À la cyanose fait suite la formation de petits. foyers de sphacèle. Une eschare superficielle apparaît qui laisse, en tombant, une plaie de cicatrisation lente. Parfois même la gangrène envahit les tissus profonds et peut aboutir à de véritables mutilations — c'est une gangrène sèche et apyrétique attribuable d’après nous. à un syndrome de Raynaud, vaso-constriction périphérique, particulièrement marqué.
Nous ne parlerons pas des troubles moteurs qui peuvent se trouver parfois. Les réflexes sont normaux ou diminués, rarement abolis. Nous pensons pouvoir attribuer en grande partie ces troubles moteurs : difficulté de la. marche, lenteur des mouvements, fatigabilité extrême, à l’asthénie, plutôt qu’à des lésions des muscles ou des. nerfs.
Les troubles circulatoires consistent en une tachycardie. importante qui peut atteindre jusqu’à 140, 160, 180 pulsations par minute et même davantage. Elle dure plusieurs semaines, elle est continue et peu influencée par les efforts, les cris ou le sommeil. C’est une tachycardie régulière, sans extrasystolie, et qui s'accompagne d’une augmentation de la pression artérielle « signe le plus constant de la maladie », d’après Feer. Celle-ci dure aussi longtemps que la tachycardie.
Pas de modifications des bruits en général, parfois. augmentation des dimensions du cœur à l’orthodiagramme. Rocaz souligne l’importance de ces troubles. cardio-vasculaires au point de vue diagnostic et pronos- ‘ic : «On ne peut penser à la guérison complète que lorsqu'ils ont tout à fait disparu ».
Les troubles digestifs sont fréquents. Nous en avons. déjà parlé à propos de l’amaigrissement, de l’anorexie-
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extrême que présentent parfois les petits malades et qui peut obliger à les gaver. La conservation de l’appétit a été pourtant constatée par Woringer et contrastait néanmoins avec un amaïigrissement rapide. L’anorexie s'oppose à la soif ardente de certains enfants et à l’augmentation de la secrétion salivaire — sialorrhée intermittente ou continue, existant la nuit et le jour et pouvant, par un écoulement continu hors de la bouche, provoquer une irritation de la peau du menton. Elle peut coexister avec une stomatite plus ou moins intense, rarement observée en France, mais qui a été parfois le point de départ d’une septicémie mortelle. Les vomissements sont assez fréquents, surtout au début de la maladie, et peuvent coïncider avec une constipation plus souvent observée que de la diarrhée. Ceci nous amène à insister de nouveau sur les douleurs abdominales. On comprend que ces signes, par bonheur réunisexceptionnellement, puissent faire porter le diagnostic. d’appendicite.
Nous ne ferons que citer pour mémoire les troubles observés du côté de l’appareil respiratoire. Nous avons. dit au début un mot des rhinopharyngites par lesquelles. l’affection peut parfois débuter et de l’argument qu’or en tire au sujet de l’origine infectieuse possible. Cela est très fréquent pour certains auteurs qui croient que les lésions rhinopharyngées seraient la première localisation de l'infection qui atteindrait secondairement le système nerveux (voir observation XII).
La bronchite primitive ou secondaire est fréquente et plusieurs de nos malades en présentaient des signes — sans fièvre. — La bronchite peut se transformer en broncho-pneumonie qui est une manière de mourir pour um
acrodynique.
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Nous en aurons fini avec la description clinique de l’acrodynie quand nous aurons dit quelques mots des signes généraux. Ils sont peu marqués dans l’ensemble. Nous avons déjà étudié l’état général proprement dit : amaigrissement précoce et intense, air alangui, aspect lamentable. À propos de la température, les différents auteurs ne sont pas d’accord. Debré l’a trouvée normale, au moins à la période d’état et il s'appuie sur cette constatation pour nier l’origine infectieuse de l’affection. Bien des auteurs sont de son avis.
Rocaz, cependant, admet que les cas récents, mieux étudiés, montrent « qu’il faut faire des réserves sur cette athermie », et qu’en particulier, à la lecture des observations soigneusement. prises, on remarque qu'il y a à l’origine du syndrome pathologique un état fébrile mal déterminé. Nous n’avons pu, quant à nous, trouver cette période fébrile d’une façon constante. Quelques obser- vations seules la signalent. Il faut pourtant avouer qu'on s'accorde de plus en plus à croire à l’origine infectieuse de la maladie et que cette fièvre du début serait un excellent argument en faveur de cette croyance. Ceci appelle, pourtant, il nous semble, un supplément d'enquête. La fièvre de la période d'état est plus sujette encore à caution. Selon Debré, quand elle existe, il faut toujours chercher à son origine-une complication infectieuse. Cette complication sera cutanée (infection des eschares, pyodermites) pulmonaire (bronchopneumonie surtout, tuberculose parfois) ou urinaire (pyélite). L’évolution naturelle de l’acrodynie serait apyrétique. Pour Rocaz, au contraire, comme pour Wycoff, durant toute la période d’état et sans aucune complication du côté des organes énumérés ci-dessus, on pourrait noter un peu de fièvre. Lorsque cette fièvre n'existe pas, il y aurait urie sorte de déséquilibre thermique avec tendance à
l'élévation de la température comme on l’observe dans la tuberculose.
Tel est le bilan clinique de l’acrodynie. Comme on le voit, la symptomatologie en est relativement riche et son étude nous a bien montré que cette affection avait une physionomie assez particulière. A la période d'état, le diagnostic doit se faire aisément.
Quels secours pourrons-nous attendre des examens de laboratoire ? Il faut avouer que ces examens ne seront pas toujours très utiles positivement, quoique-des travaux récents ont montré, qu'au début de la maladie, on pouvait avoir des modifications intéressantes du liquide céphalo-rachidien.
Dans les urines, ni sucre ni albumine. L’albuminurie exceptionnellement signalée, ne serait-elle pas due à une légère infection urinaire avec pyurie ? Parfois, légère acétonurie et trouble dû aux phosphates. D'une façon très rare, un excès d’urobiline, un taux d’acide urique aux environs de 0,37 au lieu de 0,20 et une petite diminution du taux d’urée urinaire. On a interprété ces résultats comme dus à l’abondance des sueurs excrétant plus que normalement.
Au point de-vue sanguin, il y a presque toujours des modifications, légères, mais nettes. Voici. un résultat d'analyse intéressant à cet égard :
Sang examiné. Sang normal
(enfant) Globules rouges....... 3.900.000 4.500.000 Globules blancs ...... 9.500 6 à 8.000 Formule leucocytarre
re ne neutrophiles 39 70
— éosinophiles 5 2 doutes PROS 18 2s à 28 Moyens mononucléaires T8 | Grands mononucléaires. 7 DATE
D'Orgeville 3