‹ Quelques Considérations À Propos de Douze Observations d'Acrodynie dans la Région du NordChapitre 19 sur 33 · FORMES CLINIQUES · texte numérisé non relu

FORMES CLINIQUES

Nous n'avons pas l'intention de développer de façon exagérée ce chapitre. Outre qu’il est facile de multiplier à l'infini les diverses formes cliniques suivant la prédominance de tel ou tel symptôme, cette manière de faire présente beaucoup plus d’inconvénients que d'avantages. La mémoire est surchargée de façon inutile sans qu'y gagne la clarté, bien au contraire.

Rocaz décrit une forme normale dite neuro-cutanée, tandis que Debré lui donne le nom de psycho-acropathologique. C’est la forme la plus complète et celle qui était la plus fréquemment observée et décrite autrefois. C’est en somme la forme que nous avons étudiée dans le chapitre précédent, d’une façon analytique sans doute, mais complète. Elle est caractérisée par l’association aux troubles cardinaux que nous avons vus — asthénie, amaigrissement, troubles sudoraux — de troubles psychiques, sensitifs, et de manifestations cutanées : érythème et desquamation, conséquence sans doute des troubles sudoraux. La meilleure façon d’avoir une bonne idée de cette forme est de lire les observations d’acrodynie que l’on peut trouver dans la littérature. Les différents symptômes font de cette forme un syndrome relativement bien individualisé. Mais il s’en faut que ce tableau clinique soit toujours complet.

Debré, dans une revue générale, a décrit une grande quantité de formes qu’il a rangées sous plusieurs chefs :

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formes nerveuses complètes et dissociées (psychique, motrice, paralytique, sensitive), puis formes cutanées à éruptions disséminées, à éruption localisée — formes gangréneuses et mutilantes, formes ganglionnaires, formes oculaires — enfin, formes frustes. À propos des formes oculaires, il peut être intéressant de remarquer que la conjonctivité d'observation relativement rare actuellement, était au contraire fréquente durant l’épidémie du XIX® siècle. |

Nous ne voulons pas insister, trouvant avec Rocaz. que «cette multiplication des formes de l’acrodynie ne paraît pas avoir ‘beaucoup d'avantages : elle semble au contraire compliquer la description d’un syndrome qui est déjà fort complexe et manque encore de précision sur bien des points ».

Qu'il nous soit permis cependant d'ajouter quelques lignes sur certaines formes à rechutes et sur les formes frustes.

Les observations III et VII concernent des enfants de 2 et 3 ans qui ont fait chacun une acrodynie à allure assez torpide. Le premier, après une évolution qui a duré sept mois, a eu une phase de guérison complète pendant 3 mois, après laquelle les accidents reparaissent de la même façon que lors de la première poussée avec, en particulier, mêmes phénomènes bronchitiques apyrétiques. La récidive dure quelques mois et tout rentre dans l’ordre, non sans une chute des cheveux et de quelques ongles qui repoussent ensuite dans les délais normaux

Le deuxième enfant, après une acrodynie assez sévère et qui dure huit mois, fait également, après trois mois de calme, une récidive. Le tableau clinique est dans l’ensemble moins accentué que lors de la première

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atteinte mais reproduit en tous points le syndrome précédent. Ces rechutes nous semblent rares et méritent par conséquent qu’on les signale.

Quant aux formes frustes, elles nous paraissent fréquentes. Elles peuvent, d’une façon théorique tout au moins, porter sur chacun des symptômes étudiés, mais Rocaz voudrait que l’on ne donne ce nom «qu’à ces formes incomplètes et presque exclusivement psychiques ». Selon Monsieur le Professeur Déherripon, les acrodynies frustes sont nombreuses. Il manque assurément pour affirmer sans réserves cette opinion un test clinique ou biologique indiscutable. «Il ne faudrait pas aller trop loin dans cette voie en élargissant sans mesure le cadre de ces acrodynies frustes, aux limites si indécises, et porter le diagnostic d’acrodynie chez tous les sujets présentant des troubles inexpliqués du caractère et de l’état général. Mais, malgré ces restrictions, il existe chez certains enfants des troubies vagues qu'il est aussi commode et aussi logique d'attribuer à une acrodynie fruste qu’à telle ou telle affection plus ou moins banale et aussi mal caractérisée. Il y a certainement beaucoup de jeunes enfants qui maigrissent, sont asthéniques, présentent des troubles marqués du caractère et qu’on traite comme des tuberculeux ou des prétuberculeux, et qui ne sont que de petits acrodyniques. Un examen attentif ferait peut-être retrouver les douleurs des extrémités, les sueurs, les troubles vasomoteurs qui, peu marqués, feraient cependant faire le diagnostic. Certes, le repos, le grand air, une cure à Arcachon ou à la montagne n’est pas nuisible à ces petits malades, mais leur guérison pourra parfois être obtenue à moins de frais, et sans alarmer inutilement les parents. L’attention attirée sur ces formes frustes, on pourra peut-être reconnaître que l’acrodynie.. «est une maladie plus fréquente qu’on ne le croit ».

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