ÉVOLUTION ET PRONOSTIC
La durée de l’acrodynie est généralement assez longue — encore qu'elle soit difficile à préciser. La période du début, insidieuse, dure quelques semaines. La période d'état se prolonge souvent durant des mois. Le temps moyen paraît être de quatre à cinq mois, mais des variations importantes peuvent s’observer. Les plus courtes évolutions sont de cinq à six semaines. Debré et Cosmi ont signalé des cas d’acrodynie grave qui ont duré plus d’une année ; Rocaz a un cas de dix-huit mois. Le caractère le plus constant de l’évolution de l’acrodynie est son irrégularité. Allure capricieuse, entrecoupée de rémissions, de poussées, de durée variable. Dans la même journée quelquefois, les périodes d’excitation et les périodes de calme se succèdent, de même que les crises sudorales ou les périodes douloureuses.
Nous avons parlé des rechutes à propos des formes cliniques, rechutes qui n’aggravent d’ailleurs pas le pronostic. Celui-ci, malgré de rares séquelles, est très bon. On a bien signalé des formes gangréneuses laissant subsister après elles des mutilations définitives, mais leur petit nombre ne doit guère en faire envisager la possibilité. Malgré l’intensité de l’amaigrissement et de l'asthénie, dès que la maladie s’atténue, l’enfant revient rapidement à son état antérieur.
On meurt cependant parfois d’acrodynie, soit par affaiblissement progressif et épuisement qui facilitent
Fe DOVE
la mort à la moindre cause occasionnelle, soit plutôt du fait de quelque maladie intercurrente telle qu’une broncho-pneumonie ou une septicimie dont la porte d'entrée doit être recherchée au niveau des lésions cutanées. La mortalité serait de 7, 20 %. Cela semble d’ailleurs très exagéré, à bien des auteurs.
Lorsque la maladie sera mieux connue, que les praticiens en feront précocement le diagnostic, et que l’on pourra établir des statistiques satisfaisantes, nul doute que ce chiffre de mortalité ne s’abaisse, les cas observés actuellement étant les plus graves — ceux qui ont motivé une consultation neurologique ou pédiatrique.
ETIOLOGIE ET PATHOGÉNIE
Au commencement de ce chapitre, peut-être le plus discuté, il faut d’abord répondre à cette question « S'agit-il d’une maladie autonome ? »
« Il n’est pas douteux que la symptomatologie précise l'atteinte systématique d’un appareil bien défini, le système nerveux végétatif. Troubles vaso-moteurs, sans gangrène habituelle, troubles sudoraux, sialorrhée, hypotonie musculairé, douleurs qui rappellent les coxalgies, sont l’expression de ce déséquilibre qui, on le sait, est également souvent à la base des troubles psychiques (Jean Levesque) ». Ce point paraît hors de doute.
Quoiqu'il en soit, l’acrodynie actuelle frappe surtout les tout jeunes sujets. Les adultes ne sont qu'exception nellement atteints. La plupart du temps, il s’agit d’enfants de 1 à 4 ans, et les garçons semblent plus touchés que les filles.
L'influence saisonnière est difficile à déterminer car on ne peut situer avec précision le début de la maladie. C’est cependant de décembre à mai que les cas déclarés sont les plus fréquents et il semble que l’affection se voie plus volontiers dans de petites agglomérations, bourgs ou villages. Cette notion est d’ailleurs discutée avec raison.
Quant à «l’épidemiologie » de l’acrodynie, l’état actuel de nos connaissances ne nous permet pas d’avoir une
DC, dE
opinion. Pehec a décrit autour de Châlons deux petites épidémies ; Rocaz signale la répartition des cas d’acrodynie le long de certains cours d’eau... Mais d'autre part, Lamoril publie un cas aux environs de Saint-Pol, le premier du Pas-de-Calais, chez une enfant de la campagne, sans aucun contact avec le dehors.
Les hypothèses les plus diverses ont été faites sur la nature de l’acrodynie. On peut les ranger sous trois chefs :
La maladie serait d’origine alimentaire ou d’origine endocrinienne,
ou d’origine infectieuse.
Il s'agirait, dans le premier cas, d’une maladie par carence ou par intoxication. C’est, dit-on, une maladie d'hiver, héliophobe, l’enfant souffre de l’absence de vitamines, il est nourri au lait stérilisé ; le jus de fruit, les rayons ultra-violets ont sur lui la plus heureuse influence.
Nous avons, quant à nous, constaté que bien des enfants acrodyniques étaient nourris au lait naturel.
Il est certain que l’acrodynie ressemble beaucoup à l’intoxication arsenicale, à la pellagre. Debré, sans pouvoir invoquer d’agent toxi-alimentaire connu, est bien prêt de ranger l’acrodynie dans cette catégorie de maladies. :
- Et pourtant, les différences sont au moins aussi nombreuses que les ressemblances et nous pencherions vers une maladie infectieuse à virus inconnu plutôt que vers une intoxication alimentaire qui n’a jamais été retrouvée.
Rietschel se rallie à l'hypothèse de Kühl et croit à un trouble du fonctionnement surrenal avec prédominance de la partie médullaire... peut-être même à des troubles