BAYLE
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mieux ne les point faire que de les faire, elles ont je ne sais quoi qui ternit la réputation. »
« En tous temps et en.tout pays, les procès de cette nature font très peu d’honneur à celles qui les intentent, et soit qu’elles parviennent à obtenir un autre mari, soit qu’elles n’y arrivent pas, elles sont pour l'ordinaire, un objet de raillerie et de mépris tout le reste de leur vie. C’est avec quelque raison, car les démarches qu'il faut qu’elles fassent sont sz contraires à la pudeur, que cette vertu qui est l’ornement et la couronne de leur sexe, et sans quoi elles ne sauraient avoir de part à la gloire humaine, qu’on ne peut avoir de l'estime pour une personne qui est capable de les faire. »
Les femmes n'étaient pas sans se rendre compte de tout cela. Cependant, elles passaient outre pour divers motifs.
Tantôt l'intérêt les guidait. En effet, d’après le droit ancien (4), le mari impuissant dont le mariage a été annulé pour impuissance devait rendre la dot à sa femme et, avec la dot, payer des dommages et intérêts. Mais s’il se remariait avec une autre, son impuissance étant notoire, et que de nouveau son mariage soit annulé, il n’avait pas de dommages et
intérêts à payer.
Tantôt, la cause profonde, secrète, ébait une
(1) DESPEISSE, Part. I du Mariage, Section I, p. 151.
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maladie communiquée et reçue. Erasme (de Rotterdam), dans son dialogue Le Mariage inégal, décrit la misère résultant de l'infection vénérienne (1) ().
Rien d'étonnant qu'une femme trop malheureuse ait cherché, l’occasion s'en présentant, à faire déclarer inexistant un lien devenu odieux.
Tantôt c'était par besoin physique car, selon l’opi ion du D° Voivenel %), en amour, on a la morale d: sa chimie et la chimie de ses glandes à sécrétion
interne.
D’ailleurs l'annulation, conséquence du Congrès, était à leur détriment, non seulement parce qu'elles avaient une mauvaise presse, mais aussi parce que on obtenait ainsi, en pratique, sinon en théorie, une sorte de divorce déguisé. C'était là une conséquence fâcheuse, la conséquence fâcheuse du Congrès. C’est ce que nous explique le Prof” Joseph Ricol ® dans les lignes suivantes : « Même pour l’époux qui en bénéficie, le divorce a toujours des conséquences fâcheuses.
{1) Desideri Erasmi roterodam opera omnia, X, vol. in-folio (Lugduvi Batavorum, Vander, 1703) ‘T. FT. Colloquiorum Liber, p. 702, Conjugium.
(2) Erasme, élève du collège de Montaigu de Paris, fut recherchié par Henri VIII, Léon X, Adrien VI, François Ier,,qui voulaient lui offrir la direction du Collège de France, eut la royauté de l'esprit en sor temps dont il fut le Voïtaire. Ses principaux ouvrages sont l’Eloge de la Folie, ses Adages et ses Colloquia, dïalogues satiriquas dans le genre de Lucien, où le clergé et les moines ont singulièrement à pâtir.
(5) La maladie dé l'Amour.
(4)Joseph RicoL : La vie juridique du Français, Les crises de famille (Travaux de a conférence d’agrégation de droit privé, tenue en 1907-1908, sous la direction de M. E. Thaller), page 58 (Paris, Rousseau, éditeur, 1908).
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Les femmes, surtout, ont cru trouver une protection en lui, mais à l’heure où les femmes ont surtout le culte d’elles-mêmes, les maris cessant de trouver des compagnes, ont éprouvé une tendance plus forte à rompre le lien qui les unissait à leurs épouses et ce sont elles, surtout, qui en ont souffert : car l’homme est pris par les affaires, est mêlé intimement à la vie publique, tandis que la femme divorcée n’occupe pas, même dans notre actuelle société, une place tenable; le divorce, loin de la relever, a pour conséquence d’avilir sa condition. »
Le Congrès était-il décent ou indécent? C'’est-àdire était-il pratiqué avec décence ou indécence ? Nous allons répondre à ces deux questions en utilisant les documents publiés par le D’ F. Dive (), et ce sera la fin de ce chapitre et de la première partie de notre travail. .
Pour un peu, Bayle qui était de l’opposition, au xvii° siècle, car il y eut toujours une opposition et il y en aura toujours, ainsi que Virgile en a fait la remarque par cette expression devenue proverbiale : tot capita, tot sensus, s’il avait connu le mot actuel de « voyeur », il eût traité les médecins et les chirurgiens experts, sans oublier les sages-femmes et le juge, de « voyeurs ». S'il n’a pas dit le mot, il a eu le
commencement de l’idée qu'exprime ce mot.
(1) Chronique Médicale, 1% janvier 1914, pages 8 et 9.
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Le corps médical, alors comme aujourd’hui, était le point de mire de mille railleries et de multiples accusations. Alors, comme aujourd’hui, il dominait cela de toute sa hauteur, alors comme aujourd’hui 1l savait que la limace visqueuse laisse une trace visaqueuse là où elle passe et qu'on ne jette des pierres qu'aux arbres qui portent des fruits.
Nous avons vu que les patients étaient enfermés dans leur chambre et les rideaux de leur lit completement tirés. Un auteur de ce temps, Venette, prétend qu'il y eut des abus. Il dit qu’il pourrait rapporter des circonstances d’après lesquelles on verrait « si les médecins, les chirurgiens et surtout les matrones. étaient toujours exactement séparés de l’homme et de la femme dont ils devaient examiner les approches. On verrait un accoucheur célèbre lutter contre une matrone qui, par un zèle excessif, voulait absolument, en voyant les inutiles efforts d’un mari, le mettre hors d'état de jamais tromper une femme. On verrait enfin les horreurs qu’il faut ensevelir dans l'oubli ».
Tout cela est certainement excessif. Les tribunaux de l’époque approuvèrent cette épreuve sans hésitation que déjà décrivait Guy de Chauliac au xiv°' siècle, donc bien avant l’époque où on la fait habituellement remonter. À l’époque de Guy de Chauliac, le médecin examinait les patients l’un après l’autre, puis il les confiait à une matrone choisie par lui après avoir donné les ordres utiles. La matrone était l'unique
témoin et c’est elle qui rapportait au médecin ce qui
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s'était passé. Celui-ci rédigeait le rapport médicolégal et le déposait entre les mains du magistrat. Il ne s'agissait, en somme, que d’une expertise médicolégale, comme les médecins figurant sur la liste des experts dressée par les cours et tribunaux peuvent être appelés à en faire tous les jours.
Bouhier tend à justifier ce genre. de procédure. Pour lui, tout se passait avec décence. « On peut nier, dit-il, que la pudeur se soit alarmée au seul mot de Congrès. L'idée que s’en forment la plupart des gens augmenta encore l'horreur qu’on en a naturellement. Ils se figurent que les mariés sont exposés à cette épreuve en présence de témoins, à la manière des anciens cyniques; et sur cela, on ferme les oreilles à tout ce qui peut servir de justification à cette procédure. Cependant le Congrès ne se fait pas tout à fait de la sorte. Le mari et la femme y sont dans un lit bien fermé; à la vérité, il reste dans la chambre des matrones pour servir de témoins en cas qu’il arrive quelque altercation entre eux, mais tout se passe d’ailleurs entre quatre rideaux. Quand il s’est écoulé ur temps suffisant et que le mari juge à propos d'appeler les experts choisis, la femme est visitée par les matrones, afin de reconnaître, suivant les règles de leur art, les vestiges de la consommation, si elle est faite. Les médecins et les chirurgiens qui, pendant le Congrès étaient dans une chambre voisine, assistent aussi en cas de besoin, à cette reconnaissance. Aussi
le Congrès, par rapport aux témoins qui s’y trouvent,
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n'est proprement qu'une nouvelle inspection de la femme, faite dans un temps où l’on peut mieux juger de son état et où il est impossible d'être trompé. Il
n’est donc pas plus odieux que la première visite. » P q