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Théorie de Virchow
Virchow le premier (Pathologie des bumeurs, cours professé à Berlin, mars 1863) frappé par l’extrême fréquence des angiomes au niveau des régions céphalique et cervicale (77 pour 100 des cas), essaya de rattacher ce phénomène à des causes embryologiques. Voici comment il s'exprime:
« La forme superficielle, surtout la forme cutanée, peut, à l’occasion se rencontrer sur tous les points de la surface du corps. Son siège de prédilection est la tête y compris les parties avoisinantes du cou et de la nuque. La plupart de tous les cas connus d’angiomes caverneux des parties externes appartiennent à cette région que l’on peut à son
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{our subdiviser en plus petites, telles que la région auriculaire, puis les lèvres, la racine du nez, les paupières, les joues et enfin les téguments du crâne. Cette prédilection pour les endroits que nous avons désignés en premier leu me semble tenir à des causes embryologiques. On peut en partie la rapporter ainsi que l’a fait Von Ammon à la plus forte vascularisation de ces parties. Mais il est une autre circonstance que je regarde comme bien plus importante. En effet, quand on considère la structure de la tête à une époque peu avancée de la vie fœtale, au point de vue de l’échelle de la fréquence des angiomes, on voit que-les points les plus exposés sont ceux où existent d’abord des fentes, qui se ferment à une époque ultérieure de la vie intra-utérine; ce sont notamment les fentes branchiales surtout la supérieure, ainsi que la fente naso-buccale et la fente lacrymale qui en provient et qui conduit à la fente oculaire. Beaucoup de difformités plus grossières se rattachent à ces rapports embryonnaires, rien dè plus simple dès lors que de rapporter au même point de départ beaucoup de modifications plus fines, plus histologiques,
répondant aux prédispositions, surtout lorsque nous sa-
vons que le développement des vaisseaux dépend beaucoup de l’évolution de ces fentes./Des états très légèrement irritatifs peuvent suffire pour déterminer sur les bords et au pourtour de ces fentos, qui sont très richement vascularisées, un développement vasculaire plus fort, qui peut apparaître sous la forme (? un naevus mais qui peut aussi rester latent et n apparaître que plus tard.
…Le champ des angiomes flssuraux (fissurale angiome) est très étendu. Car non seulement il embrasse comme il a été dit, une grande surface, mais il s’étend beaucoup aussi en profondeur. Les muqueuses voisines participent souvent à la maladie. à | les tissus cellulaires et graisseux sous-cutanés peuvent être a‘teints et j’ajoutérai que
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pour moi, maints angiomes profonds du cou qui ne gagnent pas du tout la surface, ne sont autres que des angiomes fissuraux.… ».
Et quelques pages plus loin: « La plus grande partie des cas qui se présentent au cou et à la nuque suivent la direction des fentes branchiales; cela se voit notamment dans les formes sous-maxillaires et rétro-auriculaires, de beaucoup les plus fréquentes ».
Telle est l'hypothèse émise par Virchow, hypothèse qui paraît avoir séduit tous les auteurs classiques et qui est consacrée par ce terme d’angiomes fissuraux.
Avant de discuter de cette matière, nous nous sommes rendu auprès de M. le professeur Vialleton qui s’est livré à de si longues recherches morphologiques et embryologiques sur le développement du cou chez les vertébrés. Il a eu l’extrême obligeance de nous suggérer les réflexions qui vont suivre:
D'abord les sillons de la face n’ont rien de commun avec les fentes branchiales qui sont en rapport avec une poche entodermique correspondante. Depuis les recherches de Hochstetter et de Keïbel, on sait que les prétendues fissures de la face répondent simplement à des sillons peu profonds, comblés pendant la vie par des épaississements de l’épithélium cutané qui leur correspond, et rendus apparents le plus souvent par la chute de cet éri- {hélium, à la suite de flxations défectueuses. Il n’y a donc pas de fissures faciales et on ne peut jamais passer de Ia surface du visage dans la cavité stomoadéale.
D'autre part, cette riche vascularisation des ares branchiaux dont Von Ammon, Virchow et d’autres auteurs après eux parlent à différents propos, mérite un peu d’attention. |
Il est vrai que chez les poissons, il se développe sur l’arc aortique un très riche réseau capillaire, celui de l’hé-
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matose, mais il n’en est pas de même chez les Ammniotes. Chez eux, les ares branchiaux,du premier au dernier,n’ont point de vaseularisation propre, tant qu'ils sont à l’état d’ares. Le gros vaisseau qu'ils renferment (are aortique) ne leur est point destiné; ils ne lui servent que de chemin; ce vaisseau est en eftet le passage conduisant du bulbe du cœur situé ventralement par rapport au tube digestif aux racines de l’aorte située dorsalement. Et dans ce passage à travers l’arc branchial, l’are aortique ne fournit jamais à ce dernier de vaisseaux qui lui soient propres. Il ne donne aucune collatérale et du reste pour s’en souvenir il suffit de se rappeler que les arcs aortiques chez l’adulte ne sont pas autre chose que la crosse de l’aorte, le tronc d’origine des artères. pulmonaires et du canal de Botal et aussi l’arc carotidien (petite branche horizontale qui, au sommet de la carotide primitive, unit la carotide interne et la carotide externe).
De plus, il ne faut pas oublier que, justement les arcs aortiques des deux premiers arcs branchiaux (arcs mandibulaire et hyoïdien) qui, pour le premier are au moins, pourraient être intéressés dans les angiomes de la face, il ne faut pas oublier, dis-je, que ces arcs voient disparaître leurs arcs aortiques à leur partie moyenne. La grosse source vasculaire propre à l’are sur laquelle on pourrait eompter, fait donc défaut ici.
D'ailleurs, M. le professeur Vialleton nous fait remarquer que la conception des arcs branchiaux qui règne encore dans la plupart des auteurs, ne tient pas compte des : données nouvelles acquises sur leur constitution.
Malgré ses travaux, ceux de MM. Forgue et Massabuau et quelques publications montpelliéraines comme la thèse de Le Doze, on persiste à considérer les ares comme ayant
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une individualité propre et comme des pièces faci les à retrouver, à toutes les périodes de la vie.
C’est exact pour les Poissons et les Amphibiens chez qu existent des fentes qui individualisent les arcs. Mais chez les Amniotes, les ares ne sont point séparés les uns des autres. La poche branchiale entodermique n’arrive pas à s’accoler au sillon branchial ectodermique. 11 subsiste toujours entre eux une très faible bande de mésenchyme qui, plus tard, pourra s’accroître. La membrane obturante qui ferme la poche et qui chez les Ichtyopsidés disparaît, persiste toujours chez les Amuniotes ; le pont qu’elle ne cesse de former entre les arcs consécutifs, sert de chemin aux parties constituantes des ares (ares aortiques, pièce squeletique), lorsque, après la dislocation de ces derniers, elles se transportent à des intervalles définis, conformément au type de l'individu considéré. Ainsi l’are n’a qu’une existence temporaire et n’est chez les Amniotes qu’un modèle fugitif de la paroi latérale qui réunit tête et thorax.
Lorsqu'on a voulu comprendre les ares dans les premiers temps, on a dû faire une série de schémas incorrects dont le moindre défaut était de stabiliser des formations mouvantes dont les dimensions et la structure changent pour ainsi dire à chaque instant. De là des comparaisons grossières comme celle les rapprochant des différents segments d’une lorgnette qui joueraient les uns sur les autres.
Cette comparaison qui, d’ailleurs n’avait en vue que de faire ressortir la manière dont on comprenait alors la formation du cou, ne peut plus être conservée.
On continue en effet à considérer les ares des Amniotes comme de vrais ares branchiaux semblables à ceux des Poissons, alors que ces ares ne sont que des « ébauches »