OBSERVATION III
(Personnelle, mars 1907.) Syphylides malignes précoces, tuberculo-ulcéreuses.
J... H..., âgé de 43 ans, travaille dans un bureau.
Parmi ses antécédents héréditaires, on trouve que son père est mort à 42 ans; il était atteint depuis sept ou huit années de tuberculose pulmonaire. Sa mère meurt quelques années après à la suite d'une pneumonie.
Au point de vue personnel, H... a été souvent malade pendant son enfance. Il a eu la rougeole, la scarlatine et des manifestations serofuleuses multiples. |
A 20 ans, il s'engage et fait son service en Afrique. Là, il contracte des habitudes alcooliques et consomme notamment énormément d’absinthe.
En 1887, il contracte une blennhorrhagie et un chancre mou suivi d'un bubon inguinal suppuré.
Quelques mois après il est obligé d'entrer à l'hôpital militaire
pour dés fièvres.
M ones
Rentré en France, il a encore plusieurs accès. Depuis quelques années il tousse tous les hivers. Les bronchites deviennent plus. tenaces et plus fréquentes, et il a remarqué plusieurs fois de grands filets de sang dans ses crachats. Malgré la vie sédentaire qu'il mène et de nombreux avertissements, il continue à s’adonner à l’alcool, dont il fait quotidiennement une consommation excessive.
Au mois de mars dernier, il contracte un chanere présentant tous les caractères d'un chancre syphilitique, avec retentissement ganglionnaire énorme. Le lymphatique collecteur du dos de la verge est induré sur toute sa longueur et donne la sensation d’un crayon.
Son état général est très mauvais. Il est faible, cachectique, avec un teint terreux. Atteint de gastrite alcoolique, il ne se nourrit presque plus. La toux a augmenté. Il a eu des sueurs nocturnes et a maigri considérablement.
Traité aussitôt par des injections intra-musculaires de calomel, à raison d’une par semaine, et malgré tous les adjuvants employés pour relever son état général, apparaît au bout d’un mois une éruption pustuleuse sur les bras, les membres inférieurs et dans le cuir chevelu. Des syphilides ulcéro-érosives couvrent les amygdales et la luette du malade qui, malgré la défense, avait continué à fumer.
Les pustules crèvent et donnent issue à un pus qui se concrète en de larges croûtes ostréacées, dont quelques-unes atteignent la grosseur d’une pièce de un franc.
Le traitement est continué avec persévérance, local, spécifique et général, mais l’état du patient n'est pas brillant. Il est profondément anémié, l'appétit ne veut pas revenir, et les lésions persévèrent.
Vers la septième semaine cependant, les croûtes commencent à tomber dans les cataplasmes de fécule qui ont été appliqués.
Enfin, à la huitième injection de calomel, c’est-à dire à la fin de la neuvième: semaine, toutes les ulcérations sont presque guéries, la cicatrisation est à peu près complète.
Oh
Si nous jetons un rapide coup d'œil sur l’histoire de ce malade, nous voyons aussitôt que c'est un terrain tout prêt pour que le virus syphilitique y acquière une gravité exceptionnelle.
Il est âgé; c’est un tuberculeux, de souche bacillaire : un surmené, presque cachectique. C’est de plus un paludéen, et il a enfin contre lui, qu’il est intoxiqué depuis longtemps et profondément par l'alcool et les essences.