OBSERVATION I
(Due à l'obligeance de M. le professeur Février. Juin 1907.) Syphilides malignes précoces, ulcéro-croûteuses.
Joseph G..., 40 ans, coiffeur (Salle Saint-Hubert). Pas d'antécédents héréditaires. Comme antécédents personnels, G... ne se rappelle pas avoir eu de maladies de l’enfance. A l’âge de 14ans, il eut, dit-il, une anémie de croissance qui le retint au lit un mois. A ?3 ans, le malade fait une bronchite grave, compliquée d’hémoptysies, accompagnée d'un amaigrissement considérable. Cette bronchite dure pendant trois mois, le malade tousse énormément et expectore abondamment, surtout le matin. Mais, depuis cette époque, le malade est repris de sa bronchite tous les hivers, À 24 ans, il a une bennorrhagie. De plus, c’est un éthylique, qui fait des excès d'alcool régulièrement et depuis longtemps.
Il vient nous consulter le 22 avril 1907, à la Maison de secours, pour des lésions croûteuses, qu’il présentait surtout au niveau du bras gauche, de l'épaule gauche et à la région médiane de la lèvre supérieure.
Interrogé à ce sujet, le malade nous dit qu’il a remarqué, dans les premiers jours de janvier, une ulcération sur la partie moyenne du fourreau, avec retentissement ganglionnaire biinguinal très net.
Le mälade n'y prête aucune attention et, sur les conseils d’un ami charitable, se contente de se laver à l'eau boriquée.
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Actuellement, nous constatons une induration très nette du sommet droit, sur un homine très amaigri, légèrement cachectique. Il porte encore des traces de son chancre dans le sillon balano-prépucial et une pléiade inguinale bilatérale caractéristique. Sur l’avant-bras gauche, se trouvent six papules croûteuses dont les plus grosses ont la dimension d'une pièce de deux francs et les plus petites celle d'une pièce de cinquante centimes. Sur le bras, on en constate une très grosse (plus grosse qu'une pièce de cinq franes) avee une croûte épaisse jaune noirâtre, présentant des stries ostréacées très nettes et très visibles. Toutes ces syphilides ulcéro-croûteuses ont un aspect circiné très marqué et sont entourées d’une zone inflammatoire. Également, à la lèvre supérieure, le malade présente une syphilide en tout point semblable aux précédentes. Enfin, notre malade porte les mêmes lésions dans le cuir chevelu. .
= Le 22 avril 1907, on institue un traitement intensif : piqûres hebdomadaires de calomel et iodure de potassium à la dose de 3 grammes par jour. On lui fait prendre, en outre, du vin de quinquina.
Le 30 avril, le malade se sent mieux, ses forces reviennent, l'appétit augmente tous les jours.
Le 4 mai, il est pris de diarrhées profuses, ilest très affaissé, ne quitte plus son lit et ne veut prendre aucun aliment. On combat la diarrhée par le tannigène en même temps qu’on supprime complètement le traitement spécifique. Par contre, on lui fait prendre de l’arsenic et des pilules de strychnine.
Le 15 mai, le malade sort de sa torpeur, il mange mieux, ses forces reviennent. On se décide à reprendre le traitement mereuriel, mais les piqûres de calomel sont toujours très mal supportées.
Le 29 mai, notre patient va bien mieux; les croûtes sont tombées, mais la syphilide de la lèvre supérieure a laissé une perte de substance, une sorte d’encoche à la partie médiane.
10 juin. — Le malade quitte la Maison de secours à peu près complètement guéri.
op —
Il ressort clairement de cette observation que c’est d'abord l’a/coolisme du sujet la cause primordiale de ces manifestations graves el précoces. Vient ensuite une cause secondaire : la tuberculose, une infection chronique qui à mis depuis longtemps notre malade en état de moindre résistance.
Enfin, nous pourrions invoquer aussi son âge, 40 ans. D'ailleurs, il paraît beaucoup plus vieux, c'est un homme miné par les excès, par sa bacillose, par une infection chronique et une intoxication dont le début remonte à une vingtaine d'années déjà.
Il est bien évident, vu cette association de facteurs de gravité, que son économie appauvrie n'a pas pu fournir des matériaux nécessaires pour opposer une barrière suffisante à l'invasion générale des toxines syphilitiques.
OBSERVATION Il
(Due à l’obligeance de M. le professeur Février. Juin 1907.) Syphilides papulo-croûteuses.
F..., Jules, âgé de 30 ans, exerçant la profession de maçon (Salle Saint-Hubert).
Rien dans les antécédents héréditaires et, au point de vue personnel, rougeole à l'âge de 2 ans. Depuis, n'a jamais fait de maladies graves. Jusqu'à l'âge de 20 ans, il a mené une vie de débauches et fait de nombreux excès alcooliques.
Parti au régiment, il est envoyé aux compagnies de discipline, où il fait de nombreux excès alcooliques. Il ne contracte pas les fièvres et n’est jamais malade.
Revenu du service, il recommence à boire avec excès.
Comme antécédents vénériens, deux blennorrhagies, il y a quelques années, suivies d'orchite.
Depuis un mois et demi, le malade a remarqué, au niveau du gland, une écorchure qui ne guérit pas. Il vient consulter à la Maison de secours le 10 juin. Le coït infectant remonterait au 10 avril, à la suite de rapports avec une femme en carte de la ville.
Le malade n'a suivi aucun traitement.
État actuel. — C'est un homme de taille moyenne, assez bien constitué. Pas de signes de tuberculose. Tremblement éthylique très marqué. Splénomégalie.
A l'examen de la verge, on constate de la balanoposthite, et à la palpation, on sent nettement une induration à gauche, au niveau du frein.
Sur la partie droite du gland, au niveau du méat, existe une exulcération à base indurée. Pléiade biinguinale très nette.
Le malade présente en outre, sur le tronc et les bras, des ma-. cules de roséole bien marquées.
Sur la face antérieure du tronc, ordis à gauche du sternum, existent des syphilides papulo-croûteuses, dont la plus grosse a la taille d’une pièce de 50 centimes et la plus petite la grosseur d'une lentille. Ces lésions sont aprurigineuses.
On trouve aussi quelques syphilides papulo-croûteuses sur la paroi abdominale, à gauche de la ligne médiane, et sur la face interne du bras gauche. Également sur la cuisse gauche, à la face antérieure. RER |
C’est surtout dans la région dorsale que les lésions ont atteint leur maximum.
Ces syphilides papulo-croûteuses atteignent, dans la région sus-épineuse gauche, la grosseur d'une pièce de 2 francs. Elles sont circinées et entourées d’une aréole inflammatoire.
Enfin, au niveau de la région frontale, le malade présente huit papules croûteuses, agglomérées, confluentes, dont la plus grosse atteint la taille d’une pièce de 50 centimes.
Il s’en trouve également dans le cuir chevelu, mais de plus petite taille.
| — 99 — Le malade est soumis aussitôt aux piqûres hebdomadaires de calomel.
Le patient est atteint de syphilides malignes précoces. Il est jeune, robuste, mais c’est un homme ha- -bitué depuis longtemps à des excès alcooliques. Nous pouvons conclure ici que cette manifestation tertiaire précoce de son infection est due un peu à de mauvais antécédents hygiéniques, à un début de paludisme et à une absence totale de traitement, mais surtout à une intoxication par l'alcool déjà ancienne, déjà prononcée.