‹ Quelques considérations au sujet de plusieurs cas de syphilides malignes précocesChapitre 8 sur 20 · CAUSES · texte numérisé non relu

CAUSES

Quelles sont les causes de ces syphilides malignes précoces ? Quels sont les facteurs qui déterminent une syphilis à se manifester sous une forme grave dès les premiers mois qui suivent l'infection ? La gravité dépend-elle de la force et de la qualité du virus ? Le siège du chancre initial a-t-il une influence sur la suite des accidents consécutifs ? Quelle est l'influence du terrain ?

Voilà tout autant de problèmes qui se posent à propos de la recherche des syphilides malignes pré- . coces, problèmes qui ont de tout temps excité l'esprit investigateur des syphiligraphes, et qui n’ont pas encore reçu une solution complète et satisfaisante.

Dans toute infection 1l faut considérer deux choses : la graine et le terrain.

Voyons d’abord la question qui à trait à la qualité du virus. Pour M. le professeur Fournier, le facteur de gravité ne réside jamais dans l’origine de la syphilis. Une syphilis bénigne n’engendre pas forcément une syphilis bénigne, pas plus qu'une syphilis grave n’engendre une syphilis grave.

La provenance de la maladie en un mot, ne fait nullement sa qualité.

Bien contraire est l'opinion de M. le professeur Gemy,

d'Alger, qui, attribuant au traitement la propriété d'atténuer la virulence de la « graine », recommande «si vous devez contracter la syphilis, de la prendre à une source largement et longuement mercurialisée ».

Il nous dit dans la Semaine médicale de janvier 1898 : « En Algérie, la syphilis indigène présente un caractère bien connu de gravité où l'alcoolisme ne saurait intervenir. J'attribue cette gravité à ce fait que les indigènes contractent leurs syphilis à des sources non mercurialisées et par suite non atténuées. »

Cependant, voici ce que montrent le plus souvent les faits : une syphilis des plus malignes contractée à une source absolument bénigne; une syphilis normale et bénigne consécutive à la contagion d’un accident virulent provenant au contraire d’une syphilis excessivement grave. Pour avoir des documents plus concluants, 1l faudrait parvenir à démontrer que toujours une syphilis forte a déterminé chez les contaminés des syphilis fortes et que des accidents de peu de gravité succèdent toujours à l'inoculation par un sujet faiblement atteint.

Or il arrive la plupart du temps que dans les observations de ce genre, il se mêle des conditions d'hygiène, de tempérament, d'antécédents morbides, qui leur font perdre leur valeur démonstrative, au point de vue du problème qui nous occupe actuellement: souvent, enfin, les confrontations sont difficiles à effectuer.

Nous aimons mieux nous ranger à l'opinion que Fournier exprime dans la phrase suivante :

« La cause contaminante exerce-t-elle une influence sur tous les symptômes et l'intensité de la syphilis ?

SANES Cela, rigoureusement, serait possible ; mais dans l'état actuel de la science, rièén n’est moins que prouvé. »

Quant à la question du terrain, il existe beaucoup plus de faits probants mis en valeur par l'observation.

À ce point de vue nous devons considérer :

1° Les conditions physiologiques du malade : âge, sexe, constitution, hygiène.

2° Les conditions pathologiques : diathèses, hérédité ; les maladies infectieuses, aiguës et chroniques ; les intoxications.

3° Les caractères de l'accident primitif : les caractères

et la localisation du chancre. | , 4 Le traitement institué: immédiat ou tardif; à trop petites doses ou suffisant.

L'âge est un facteur de gravité auquel Fournier attache une très grande importance. Tout le monde sait, en effet, comme est redoutable la syphilis du premier âge (lasyphilis acquise, mais plus encore l’hérédosyphilis qui est viscérale précoce). De même la syphilis qui survient après la cinquantième année revêt souvent un caractère des plus graves; elle donne lieu très. fréquemment au phagédénisme, à des éruptions profondes, confluentes, prenant rapidement le caractère tertiaire ; à des gommes précoces, à des affections nerveuses prématurées, à un état général qui aboutit vite à la cachexie.

Sous le rapport du sexe, il est à remarquer que le nombre des femmes éprouvées par la syphilis maligne est bien inférieur à celui des hommes. La statistique est frappante à cet égard. Sur 30 observations rapportées par Ory, il y à 20 hommes et 10 femmes seulement.

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Sur les 132 cas rapportés dans la thèse de M. Baudoin, il y à eu 22 femmes pour 110 hommes.

On pourrait donc conclure à la réalité de la moins grande fréquence des accidents tertiaires précoces de la peau chez la femme.

De quoi cela provient-il ?

C’est là une question assez difficile à résoudre. Cela tient-il à la constitution, au genre de vie, l’homme se trouvant beaucoup plus poussé que la femme vers - l'alcoolisme, la débauche, ou se livrant à des travaux physiques beaucoup plus pénibles !

C’est fort possible. La misère sociale et la misère physiologique, en déprimant l'organisme, diminue ses forces de résistance et prépare le terrain à l’envahissement par le tertiarisme.

L’Aygiène n’est pas indifférente non plus sur la marche de la syphilis. L'hygiène locale défectueuse favorise l'apparition des syphilides malignes sur certains points : à la vulve chez la femme malpropre. De même au scrotum et à la verge chez l’homme. Chez les ouvriers qui, par le fait de leur métier, présentent journellement à l'irritation une partie du corps, c’est sur ce point que se porte de préférence l'effort de la maladie. Tels les ouvriers qui manient des substances irritantes (maçons, peintres, mégissiers, etc.).

Pour ce qui est de l'hygiène générale, portant sur des conditions de vie défectueuses comme la misère, le surmenage physique ou mental, on la trouve très souvent dans l’étiologie du tertiarisme précoce. |

Ce sont des influences dépressives qui agissent en amoindrissant les forces de l'organisme.

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Surmenage cérébral, physique, vénérien. [rrégularité de vie ou d’ te ,

Fournier nous dit : « Le surmené de la vie mondaine, le viveur, le noceur, le fêtard est un prédestiné par excellence au tertiarisme. C’est un candidat aux trois catastrophes nerveuses : syphilis cérébrale, tabe, para- Iysie générale. »

Nous pourrions encore énumérer toutes les autres conditions défectueuses d'hygiène.

Pendant le siège de Paris, on remarqua la fréquence des syphilides malignes précoces, imputables au mauvais régime, aux privations, ‘aux soucis moraux.

La diathèse, dit Bouchard, est un trouble permanént des mutations nutritives qui prépare, provoque et entretient des maladies différentes comme forme, symptômes, siège anatomique et processus pathologiques.

Ce n’est donc pas la maladie constituée, Que la modification du type Rhy#LOlogiRe qui permettra à la maladie d'évoluer.

Bouchard n’admet que 48 diathèses : {uberculose, arthrilisme. |

Chacun de ces-états détermine une physionomie particulière de la syphilis.

Dans la scrofule, dit Fournier, «la syphilis a une tendance à revêtir des formes humides etsuppuratives ».

Réciproquement, une syphilis acquise dès le jeune âge prédispose aux tuberculoses cutanées ganglionnaires et à la bacillose pulmonaire.

C'est à cette diathèse que l’on doit ces types si fréquents dont Ricord, avec sa langue imagée, disait qu'ils constituaient des scrofulates de vérole, qui au point de

n°29062 vue pronostic combinent les fâcheuses influences de l'une et de l’autre affection.

La diathèse arthritique; diathèse. par ralentissement de la nutrition, présente une diversité considérable de manifestations. Il en est de même pour la syphilis sur un terrain aussi vaste.

L'arthritisme prédispose d’une façon marquée aux affections nerveuses. C'est aussi à la diathèse arthritique que sont liées la plupart des dermatoses.

Dans le cas d’une dermatose constituée, la syphilis hâte les éruptions diathésiques.

Dans le cas d’une dermatose en éruption, la syphilis transforme in situ les éléments préexistants, en éruption spécifique, et la forme de la dermatose commande celle de la syphilis.

L'hérédité agit en créant des terrains modifiés sur lesquels la syphilis réagit de façon différente.

Mais nous ne pouvons pas conclure à une uniformité de marche suivant chaque terrain. Tout au plus pouvons-nous prévoir que l'affection a des chances de se manifester sous un aspect spécialisé.

Les infections constituent souvent une véritable cause d’aggravation, de malignité pour la syphilis. Mais d'un autre côté la syphilis réagit aussi. « La syphilis exalte les susceptibilités morbides. » (Fournier.)

Voyons d’abord les infections locales. À la peau, l’observation a maintes fois montré la transformation nécrotique et phagédénique des syphilides cutanées par infection due à l'association des différents microbes.

La blennorrhagie serait un facteur de gravité qui

| Re appellerait les syphilides malignes précoces du côté de la région vulvo-vaginale. |

Le retentissement des microbes pyogènes, associés au contage syphilitique et les toxines engendrées peuvent modifier les caractères des syphilides, en créant des modifications para-syphilitiques graves.

Les infections chroniques, telles que la fuberculose, aggravent d’une façon certaine la syphilis.

Les données que nous possédons sur l'influence réciproque de la tuberculose et de la syphilis sont nombreuses, et toutes les opinions sont unanimes pour reconnaître l'action néfaste de cette association.

L'impaludisme donne lieu aussi aux formes graves, précoces de la syphilis.

Dans la majorité des cas, la syphilis trouve un terrain très favorable à son développement chez le paludéen. De très nombreuses observations l'ont prouvé.

La principale cause doit être assurément la cachexie et l'hypoglobulie considérable qu’elle entraîne. D'après le docteur Lepers, de Roubaix, il y aurait en outre une action plus directe, une influence microbienne réciproque.

L'intoxrication tabagique est relevée très souvent dans les antécédents de malades porteurs de syphilides graves précoces de la cavité buccale.

Mais l'alcool surtout joue un rôle de traumatisme et d'irritant. C’est la cause la plus fréquente de ces syphilides malignes précoces, de ces syphilis graves prématurées.

Fournier a d’ailleurs épuisé complètement la question

de l'alcool, et nous ne pouvons pas faire mieux que de citer ses conclusions : :

« L'alcool intensifie, exagère les manifestations cutanées de la syphilis, à la fois comme confluence et comme modalité éruptive.

«1° Il exagère le degré usuel de confluence des syphilides ;

« 2° Il réalise des types de syphilides malignes;

« 3° Il réalise prématurément des syphilides de modaité-tertiaire L « Enfin l'alcool influe certainement sur la précocité

des accidents. NE

« L'alcool réalise les syphilis toujours en action, à poussées multiples, incessantes, à Jet continu. »

C'est dans cette forme qu'on voit de malheureux malades présenter coup sur coup, en dépit de tous les traitements, des manifestations spécifiques multiples, ne sortir d’une poussée que pour entrer dans une autre.

Témoin l'observation suivante tirée, entre plusieurs semblables, de Fournier.

Une jeune femme née de père alcoolique et fortement alcoolique elle-même en raison de sa profession d’inviteuse dans une brasserie, prend la syphilis en 1878. Syphilides secondaires intenses. En 1879, syphilide tuberculo-ulcéreuse {face et crâne); gomme au sein gauche, gomme au pied gauche.

En 1881, nouvelle invasion de syphilides tuberculo-ulcéreuses sur le visage et le cuir chevelu. Durée deux ans.

En 1885, récidive in situ de la syphilide tuberculo-ulcéreuse.

En 1887, nouvelle récidive.

En 1888, nouvelle invasion sur le visage de syphilides tuberculoulcéreuses. Tout le visage n’est qu’une plaie.

En 1889, deux nouvelles poussées in situ (mars et décembre.)

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En 1890, deux poussées nouvelles (juin et décembre), toujours au même endroit,

En 1891, dixième poussée de lésions ulcéro-croûteuses sur la face et sur le crâne. (Fournier, Traité de la syphilis, tome I, fascicule IT, page 840.)

Tel est le bilan de l'alcool et de la syphilis. II se passe de tout commentaire.

La bénignité du chancre initial n’est pas une garantie d'avenir, les accidents les plus graves pouvant survenir chez Les sujets dont la syphilis était annoncée par une petite ulcération chancreuse.

C'est aussi l'avis de Fournier, qui s'exprime ainsi à ce sujet : « La relation de forme comme bénignité ou comme gravité, entre le chancre et les accidents dits constitutionnels, n’a qu’un temps. Elle est indéniable entre le chancre et les premières poussées qui lui succèdent. Mais au delà elle n'existe plus..... Les accidents tertiaires les plus graves n’ont souvent eu pour point de départ que le chancre le plus petit, le plus bénin, le plus faiblement induré, le plus insignifiant.

. «Le siège du chancre a été donné comme signe pronostique. Certains auteurs admettent que le chancre extragénital est d’un pronostic mauvais, les autres que le siège n’a aucune signification.

« L’extra-génitalité d’un chancre n’est pas un facteur de gravité. Ce qui fait la gravité de la syphilis extra-génitale, c’est la plupart du temps le terrain sur lequel elle se développe. »

Il est prouvé que le traitement nul ou même insuffisant est une cause importante, qui prédispose aux syphilides malignes précoces, au tertiarisme prématuré.

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Pour conclure, citons quelques lignes du docteur Queyrat : « 11 faut garder rancune à Ricord d’avoir écrit d'une façon aussi inconsidérée sa phrase humoristique : Tous les hommes sont égaux devant la vérole.

« L'arthritique, le lymphatique, le tuberculeux, le surmené, le neurasthénique, et surtout l’alcoolique, ne sont pas égaux devant l'infection syphilitique.

« Chacun réagira d’une manière différente; chacun répondra suivant l’état de son organisme, suivant son tempérament et ses affinités pathologiques. »

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