‹ Quelques considérations sur l'aliénation mentale. ThèseChapitre 2 sur 5 · PREMIERE CLASSE · texte numérisé non relu

PREMIERE CLASSE

Cette classe renferme des maladies si différentes parla forme, que, pour les décrire, nous ne pouvons nous dispenser de les diviser en deux genres bien distincts, qui sont: 1° la manie, caractérisée principalement par l’exaltation des facultés intellectuelles , avec perversion dans certains cas , et délire sur tous les sujets; 2° la monomanic, caractérisée par une perversion de l’intelligence , se manifestant seulement par un délire sur une série d’idées qui occupent presque exclusivement le malade.

§ Ier.

De la Manie.

La manie est une maladie de l’intelligence, caractérisée par un délire général, chronique, continu, rémittent ou intermittent, sans fièvre, avec irascibilité et penchant à la fureur.

Nous disons sans fièvre , bien qu’il soit reconnu qu’il y a chez beaucoup de maniaques élévation et fréquence dans le pouls , parce que nous ne voyons dans ce phénomène rien qui ne soit très-naturel. En effet, tout individu, à la suite d’un exercice violent et prolongé , verra naître les mêmes phéno-

mènes , et Ton peut remarquer que c’est surtout chez les maniaques qui sont continuellement agités que Ton observe ce caractère. Il n’est pas étonnant alors qu’il y ait trouble dans la circulation ; nous verrons qu’il en est de même pour les autres fonctions.

Tous les maniaques ne peuvent être mis dans la même catégorie : il en est qui parlent constamment , qui sont continuellement agités; il en est d’autres qui sont plus calmes, plus tranquilles; il en est enfin qui raisonnent bien habituellement, mais que la moindre discussion fait entrer en fureur.

On pourrait donc admettre trois variétés : la manie expansive , la manie concentrée , et la manie furieuse.

Les maniaques de la première variété se reconnaissent facilement à leur démarche précipitée , menaçante , à leurs cris continuels, à leur loquacité qui ne leur permet pas d’écouter ce qu’on leur dit. Leur visage est coloré , leurs yeux injectés , brillants , leur regard hautain ; il y a augmentation de chaleur à la peau ; le pouls est dur et fréquent; ils mangent avec voracité, ils sont continuellement altérés; les digestions se font assez bien, ils sont cependant habituellement constipés par suite de l’excitation où ils se trouvent ; le sommeil est presque nul. On cite des exemples de maniaques qui ont passé plusieurs mois sans prendre de

repos (Tune manière suivie. Quand ils dorment, c’est pour peu de temps, et leur sommeil est si léger que la moindre cause suffit pour les éveiller. Malgré ce trouble continuel des fonctions , le maniaque se porte bien habituellement; i! ne maigrit pas, ou du moins ce n’est qu’au bout d’un temps assez long, et l’état d’excitation où il se trouve, colorant son visage, le fait paraître d’une santé florissante. Un des caractères remarquables de l’excitation nerveuse propre au plus grand nombre des accès de manie, est de porter au plus haut degré la force musculaire, et de faire supporter avec impunité les rigueurs de l’hiver, ce qui a fait croire que les aliénés étaient insensibles au froid. Assertion tout-à fait inexacte ; car combien de ces malades ne sont-ils pas affectés quand il gèle! Avec quel empressement les voit-on accourir autour des chauffoirs ! Et n’arrive-t-il pas souvent que l’on trouve des pieds et des mains gelés chez les malheureux qui n’ont pas assez de connaissance pour ramasser leurs couvertures et réchauffer leurs membres engourdis par le froid , si on n’a pas le soin de veiller sur eux ?

Le défaut d’attention paraît être le caractère dominant de la maladie ; aussi le malade passe d’un sujet à un autre à chaque instant, il vous fait une question , et n’attend pas que vous lui ayez répondu pour en faire une autre , ou pour vous tourner le dos et s’adresser à d’autres personnes.

Ce sont là les caractères de la première variété, celle que nous avons appelée manie expansive ; c’est par elle que débute ordinairement la seconde , que nous avons nommée manie concentrée. Dans celle-ci , le maniaque , au lieu de crier, de gesticuler, reste tranquille et silencieux; il est moins agité , mais il y a toujours excitation et penchant à la fureur; il est beaucoup plus à craindre que le précédent, en ce sens que Ton ne se méfie pas autant de lui , et que c’est au moment où Ton s’y attend le moins qu’il devient furieux. Rush a donné à cette variété le nom de manicula , terme qui exprime parfaitement que cet état n’est qu’un diminutif du précédent passé à l’état chronique. On y trouve les mêmes caractères, mais à un degré beaucoup moindre ; plusieurs même se conduisent avec beaucoup de calme et peuvent vaquer à divers travaux , ce qui n’a pas lieu dans la manie expansive.

Une troisième variété, c’est la manie furieuse; plusieurs auteurs lui ont donné le nom de manie sans délire . Fodéré et Mathey ont décrit sous ce nom une maladie dont nous parlerons plus tard et que nous appellerons irrésistibilité . Fodéré fait remarquer que cette expression de manie sans délire ne saurait convenir ; car le mot manie , dans notre langue, entraîne avec lui l’idée d’un délire particulier, et dans un sens plus modéré, un goût irrésistible pour telle ou telle chose. Or, il n’y a pas un délire particulier

daDS cette espèce de manie; elle n’est pas non plus sans délire, car durant l’accès il y a exaltation des sens, perversion du sentiment du juste et de l’injuste , avec fureur indomptable , ce qui est un délire général . Nous adoptons cette explication , bien qu’elle n’ait pas été donnée pour la maladie qui nous occupe, parce que nous croyons qu’elle peut lui être applicable.

Dans celte variété , le maniaque jouit habituellement de toutes ses facultés intellectuelles, ou du moins il a assez d’empire sur lui-même pour dissimuler son état ; mais la moindre cause suffit pour augmenter l’excitation générale où il se trouve , et c’est alors que sa raison l’abandonne et qu’il se livre à des actes de fureur, qui le plus souvent ne sont motivés que par une fausse appréciation des faits. J’ai connu un aliéné raisonnant ordinairement bien, qui ne pouvait souffrir la moindre contrariété , la moindre discussion, sans que le sang lui montât à la tête- Sa figure s’enflammait, ses yeux étaient injectés, ses lèvres tremblotaient; il avait peine à articuler ce qu’il voulait dire ; il n’allait pas jusqu’à frapper parce qu’il savait devoir être contenu , mais les injures les plus grossières, avec des menaces pour l’avenir, étaient le résultat de cette fureur.

Ainsi, trois variétés dans la manie: manie expansive , caractérisée par une forte excitation , irascibilité, penchant à la fureur ; manie concentrée,

caractérisée par une excitation faible, par Irrascibilité, le penchant à la fureur; manie furieuse, présentant les mêmes caractères, mais masqués par tous les dehors de la raison.

Le caractère du maniaque est totalement changé par l’effet de la maladie. De modeste , doux et humain qu’il était, il devient orgueilleux, méchant et emporté. Ses affections changent; aussi les personnes qui lui étaient le plus chères auparavant ne peuvent actuellement s’approcher de lui sans être en butte à sa fureur, quelquefois même il ne les reconnaît plus. Il distingue presque toujours le chef de l’établissement et lui obéit, à moins que la maladie ne soit à son début. 11 sait bien quand il a commis une action répréhensible , mais souvent il ne veut pas avouer qu’il a eu tort. Quelquefois il cherche à se venger, surtout s’il croit avoir été puni sans motif. Les maniaques ont encore le sentiment du juste et de l’injuste, et souvent ils apprécient mal les faits , surtout pour ce qui les concerne. Ils savent cacher pendant long-temps leur ressentiment, mais, à la première occasion favorable, ils ne manquent pas d’en profiter. Un exemple nous suffira pour prouver ce que nous venons d’avancer. Un maniaque , pour une faute qu’il avait commise , fut condamné par M. le professeur Rech à recevoir une douche ; quelque temps après, au moment où ce dernier entrait pour faire sa visite , cet aliéné lui lança une pierre à la tête :

interrogé sur ie motif qui l’avait porté à en agir ainsi, il répondit que c’était parce que M. Rech lui avait fait donner la douche injustement.

Le maniaque obéit difficilement quand on lui ordonne une chose qu’il ne croit pas devoir être faite , surtout s’il regarde celui qui la lui commande comme moins capable que lui. A la maison de santé d’Avignon , un jardinier empêcha de continuer l’arrosage dans un endroit confié à un maniaque ; celui-ci furieux de se voir repris par un homme qu’il considérait comme son inférieur, l’accabla d’injures, l’appelant ignorant , mauvais soldat ; il fut même se plaindre au directeur, disant que si pareille chose se renouvelait , il quitterait l’établissement pour ne plus y revenir : preuve que certains aliénés ne reconnaissent pas leur position. Je tachai de le calmer, mais il était tellement agité que , deux heures après, il tremblait comme s’il eût eu la fièvre ; il me disait : Encore si c’était un homme à moyens , mais il ne sait ni lire ni écrire ; il a été soldat > et il veut m* ap prendre à soigner un jardin , à moi qui nai pas fait autre chose toute ma vie.

Le maniaque se refuse souvent au travail quand on veut l’obliger à en faire un auquel il n’est pas accoutumé, soit qu’il regarde ce qu’on lui ordonne comme indigne de lui , soit qu’il ne veuille pas se donner la peine d’apprendre ce qu’on lui demande.

Le défaut d’attention ou de réflexion paraît être le caractère dominant de la maladie ; aussi le malade passe -t- il d’un sujet à un autre à chaque instant.

La manie débute quelquefois brusquement à la suite d’un accident , d’autres fois elle est précédée des symptômes précurseurs de presque toutes les maladies : fatigue , malaise , dérangement dans le tube digestif; et au bout de quelques jours l’aliénation mentale se déclare. Les prodromes cèdent facilement à la diète et à quelques évacuants , mais les troubles de l’intelligence persistent. Les symptômes les plus violents peuvent tout d’abord apparaître; ou bien , peu intenses dans le commencement, ils augmentent graduellement jusqu’à ce que la maladie soit arrivée à son summum , puis ils décroissent et disparaissent entièrement, ou la mort en est la conséquence. Lorsqu’elle ne se termine pas de cette manière , elle passe à l’état chronique.

Quand les choses se passent ainsi que nous venons de l’indiquer, le type de la maladie est continu; c’est le plus fréquent.

Le type peut être rémittent ; dans ce cas , les symptômes vont eu diminuant d’intensité pour reparaître tels qu’ils étaient auparavant.

Il peut être intermittent , et alors les symptômes disparaissent tout-à-fait et l’individu jouit de la plénitude de sa raison. Après un certain temps , quinze

jours, un mois, une année et même davantage, la maladie reprend son cours. Pendant rintermittence il y a cependant toujours un peu d’excitation , le regard est habituellement égaré, l’œil brillant; on reconnaît enfin que la maladie n’est pas encore terminée. Une chose est à remarquer dans la manie rémittente et intermittente: c’est que, si les rémissions et les intermissions vont en augmentant de durée, les exacerbations et les accès en diminuant d’intensité , la guérison du malade offre beaucoup de chances de succès , sinon c’est le contraire. Il ne faut pas confondre avec les intermissions les moments lucides que presque tous les maniaques ont durant le cours de leur maladie.

Quant au type périodique , Pinel dit l’avoir observé plusieurs fois ; M. le professeur Rech n’a jamais eu occasion d’en voir un exemple.

Un sujetdontj’ai pu suivre la maladie fut annoncé comme ayant une manie périodique ; son accès devait revenir tous les mois à l’époque de la nouvelle lune. Pendant les deux ou trois premiers mois, je crus remarquer en effet que , lors de la nouvelle lune le malade était plus agité ; mais c’était tantôt le premier ou le deuxième jour , tantôt le cinquième ou le sixième , enfin l’accès parut à toutes les époques. Je ne nierai pas cependant les faits avancés par Pinel ; ainsi on conçoit que , chez la femme , l’accès pourrait être subordonné à la menstruation. Chez les indi^

vidus dont l’aliénation mentale serait compliquée d’une maladie périodique , la manie pourrait suivre le même type.

La manie présente des caractères qui la distinguent : 1° des maladies en général ; 2° des autres maladies mentales ; 3° de l’état de santé, dans le cas où un individu aurait intérêt à se faire passer pour un fou , comme dans celui où d’autres personnes trouveraient avantage à le faire.

Les maladies avec lesquelles on pourrait confondre la manie , sont : le délire de l’ivresse , et le délire qui accompagne les états morbides graves. Le délire de l’ivresse sera facilement distingué du délire maniaque , il suffît de tenir l’individu à la diète et au repos ; l’ivresse se dissipera d'elle-même. Le délire , dans une maladie grave , ne paraît pas sans d’autres symptômes alarmants, fournis par les autres fonctions de l’économie.

On distinguera la manie de la monomanie , en ce que , dans cette dernière , le malade est sans cesse ramené vers les mêmes idées; des maladies de la seconde classe , en ce qu’il y a dans celles-ci absence des facultés propres de l’intelligence. Mais comme assez souvent il est difficile , au premier abord , de distinguer la manie de la démence, nous dirons que chez le dément la physionomie est sans expression , le regard morne, le sommeil prolongé et tranquille, et qu’il y a habituellement de l’embonpoint. Pour

Fidiotie , on peut joindre à ces caractères Inexistence ordinaire de quelque vice de conformation.

3° Quant à la distinguer de Fétat de santé , il n’entre pas dans notre sujet de traiter ici cette question de médecine légale ; nous dirons cependant qu’il est assez difficile de simuler la manie : on n’aura qu’à observer l’individu quand il est seul et qu’il ne croit pas être vu; du reste , il ne pourrait supporter la veille comme le maniaque.

La manie peut être compliquée d’illusions, d’hallucinations, d’hypochondrie, d’hystérie, d’épilepsie, de paralysie générale, etc. ( Nous dirons en temps et lieu un mot sur celles de ces maladies qui se rapportent à notre sujet.) Elle peut alterner avec la démence aiguë ; si elle alterne avec la démence chronique , c’est un signe qu’elle tend vers cette dernière.

La manie est, de tous les genres d’aliénation mentale , celui qui offre le plus de chances de guérison , surtout lorsqu’elle appartient à la première variété que nous avons décrite sous le nom de manie expansive , qu’elle est récente, accidentelle, exempte de toute complication, qu’elle attaque un sujet jeune et robuste , et qu’elle n’est pas héréditaire.

Quand la manie doit se terminer heureusement, c’est ordinairement dans les six premiers mois, souvent pendant la première année , plus rarement pendant la seconde, exceptionnellement après

ce terme. La guérison a lieu , ou par solution , et alors les symptômes vont en diminuant graduellement d’intensité et disparaissent; ou par délitescence, dans ce cas c’est après un redoublement de tous les symptômes, une forte excitation, une grande fatigue , que le malade finit par goûter le sommeil à la suite duquel il se trouve rétabli. La manie se termine souvent par crise , à la suite d’une diarrhée, de la formation d’abcès, d’éruptions générales, ou d’une autre maladie. Un événement fortuit peut aussi donner une issue heureuse à la manie, en voici un exemple : Un aliéné s’est échappé dernièrement de l’établissement de Montpellier pour aller voir sa famille; il y avait huit ou dix ans qu’il était enfermé, et l’on ne comptait plus sur sa guérison. La misère où il a trouvé sa femme et ses enfants l’a si vivement impressionné, qu’il est devenu parfaitement raisonnable.

Le maniaque peut vivre fort long-temps dans le même état; mais le plus fréquemment, quand la maladie est ancienne , elle passe à l’état de démence.

Be Sa Monomanie.

La manie et la monomanie ont assez de traits de ressemblance pour qu’on doive les mettre toutes les deux dans la même classe ; elles présentent aussi un assez bon nombre de caractères distinctifs

pour qu’on ne puisse pas les confondre et n’en faire qu’un seul genre. Ce qui nous a porté à mettre la monomanie dans la première classe , c’est qu’il y a , comme dans la manie , perversion ou exaltation des facultés intellectuelles, mais cette perversion et cette exaltation ne portent que sur un sujet ou sur une série d’idées ; ce qui doit établir une grande différence entre ces deux états morbides. Nous croyons la différence assez importante pour que l’on fasse de chacune d’elles un genre à part , quoiqu’elle soit insuffisante pour en faire deux classes.

Ici , comme dans tout ce qui précède , nous avons négligé un grand nombre de caractères pris à diverses sources, et qui viendraient appuyer les distinctions fondées sur l’état de l’intelligence chez les divers aliénés , parce que ces caractères se groupent naturellement autour de ceux que nous avons indiqués, et que nous aurons occasion de les mentionner dans d’autres circonstances; on verra alors qu’ils viennent confirmer nos divisions.

Pinel , Fodéré et plusieurs autres ont donné à ce genre le nom de mélancolie; nous préférons avec Esquirol la dénomination de monomanie, parce que le mot mélancolie semblerait indiquer que la tristesse est le caractère dominant de la maladie. Il n’en est rien pour certaines des espèces que renferme ce genre, comme nous le verrons dans sa description.

M. Moreau a fait deux genres distincts de ia monomanie , l’un qu’il a appelé délire exclusif, l’autre qu’il nomme mélancolie. Il est certain que si l’on avait égard aux symptômes autres que ceux fournis par l’état intellectuel , cette division serait assez naturelle. Le délire exclusif de M. Moreau se rapproche même beaucoup plus de la manie que de la mélancolie par tous ses caractères physiques, mais il ressemble à cette dernière par l’état de l’intelligence, c’est toujours un délire partiel; aussi n’avonsnous pu nous dispenser de le ranger avec les maladies qui présentent le même symptôme.

La monomanie est un état morbide continu , sans fièvre , caractérisé par un délire roulant presque toujours sur le même sujet.

Cette maladie se présente fréquemment à notre observation. Elle renferme un nombre considérable de variétés qui se ressemblent quant au caractère principal, mais bien différentes par la forme. Je crois qu’on peut les rapporter à quatre espèces principales, qui sont : la monomanie ambitieuse, la lypémanie, l’irrésistibilité et l’aberration des perceptions.

Il n’est pas d^idée, si absurde qu’elle soit , qui ne puisse entrer dans la tête du monomaniaque. L’un s’imagine qu’il est roi ou maître de l’univers, un autre qu’il est mort depuis long-temps , celui-ci se croit transformé en un animal quelconque , celui-là prétend qu’il n’a pas de tête. Il en est qui

ne veulent prendre aucune nourriture : j’ai vu un de ces derniers qui n’avait pas mangé depuis plusieurs jours, prétendant qu’il était privé des ouvertures naturelles pour se débarrasser des excrétions.

On observe, chez tous les monomaniaques, que leur attention est toujours fixée vers le même objet, celui de leur délire ; aussi , quand la maladie est arrivée à un certain degré , sont-ils incapables d’aucun genre d’occupation. Un second caractère , c’est la persistance avec laquelle ils soutiennent leur opinion , et l’adresse qu’ils mettent à esquiver les objections qu’on peut leur faire. Le monomaniaque ne se reconnaît jamais vaincu; on peut bien quelquefois le réduire au silence par des arguments irrésistibles , mais jamais lui faire avouer que ce qu’il pense est une chimère ; à peine a-t-on fini de lui parler ou lui a-t-on tourné le dos , qu’il reprend son raisonnement. On doit se méfier des monomaniaques, surtout quand on les contredit; cependant leur caractère ne change pas habituellement comme celui du maniaque.

Il estdes symptômes propres à chacune des espèces que nous avons mentionnées ci-dessus, nous allons en dire quelques mots.

De la monomanie ambitieuse . Cette espèce a reçu diverses dénominations. M. Moreau l’a désignée sous le nom de délire exclusif. Rush a proposé de l’appeler aménomanie, Nous préférons avec Esquiro!

la dénomination de monomanie ambitieuse : ce terme est, je crois, celui qui donne le mieux une idée de la maladie.

Les caractères physiques des individus atteints de monomanie ambitieuse offrent beaucoup de rapport avec ceux du maniaque; ils sont en général bien portants, leur visage animé reflète un bonheur parfait; ils se croient riches, puissants, tout leur appartient; ils savent tout, même ce dont ils n’ont aucune idée. L’un se croit roi , un autre empereur ou maître de l’univers; celui-ci a rendu de grands services, il a sauvé l’état, il parle de ses projets futurs, des honneurs qu’on doit lui accorder, des richesses qu’il possède et de celles qu’il ne peut manquer d’obtenir pour ses prétendus services. Si on lui objecte qu’il était enfermé à l’époque dont il parle, il ne répond rien, mais un instant après il revient à son sujet. L’objet de l’ambition est souvent en rapport avec la position qu’occupait l’individu : ainsi , un marin se dira amiral , un soldat général ou maréchal de France, le commerçant possède des millions. Ces malades sont, en général, polis et obséquieux; ils viennent au-devant de vous, vous saluent et ne manquent pas de vous offrir des honneurs et des sommes considérables, si vous leur promettez de les faire sortir de rétablissement où on les a fait renfermer par jalousie, ou pour les priver de ce qui leur appartenait. Ils se refusent au travail et

prennent le ton du commandement; ils marchent fièrement , le front haut, le regard assuré et hautain. Quand on leur adresse une question relative à la position qu’ils occupaient, ils oublient leur rôle et avouent simplement leur état.

L’invasion de la monomanie ambitieuse est brusque , sa marche est rapide , le type est continu continent. Le diagnostic est facile à établir; pour peu que l’on cause avec ces individus, ils ne peuvent s’empêcher de vous entretenir de l’objet de leur délire. Cette espèce d’aliénation mentale est, je crois, rarement simulée. La guérison, quand elle doit avoir lieu, ne se fait pas attendre si l’individu se trouve dans les conditions favorables que nous avons énumérées dans l’article Manie expansive / mais elle se trouve malheureusement liée très-souvent à une maladie qui ne pardonne guère : la paralysie générale incomplète, très-répandue dans les maisons d’aliénés, et qui , à son début, est presque toujours liée à la monomanie ambitieuse.

De la lypémanie . La seconde espèce de monomanie que nous avons admise, c’est la lypémanie. Cette maladie a reçu différentes dénominations; M. Moreau l’a appelée mélancolie , Rush trislimanie ; Esquirol , et le plus grand nombre des auteurs qui l’ont décrite, lui ont donné le nom que nous adoptons.

La lypémanie diffère essentiellement par tous ses caractères extérieurs de la manie et de la monomanie ambitieuse; aussi il est très-facile de distinguer ceux qui en sont atteints. Le lypémaniaque aime la solitude et la tranquillité; on le voit presque toujours seul; il est ordinairement pâle; son regard est morne et fixé vers la terre ; c’est avec regret qu’il lève la tête quand on l’appelle; il ne répond que par monosyllabes aux questions qu’on lui adresse , et cherche à éviter la conversation; il est très-entêté; on est souvent obligé d’employer la violence pour le faire obéir. Toutes les fonctions de l’économie s’accomplissent avec difficulté; la peau est jaune et sèche; le pouls est rare et petit; les digestions se fout mal; il survient des constipations opiniâtres qui alternent avec la diarrhée; le malade refuse souvent de prendre sa nourriture, on est obligé de l’y contraindre; il faut parfois recourir à la sonde œsophagienne pour lui faire prendre de quoi se soutenir ; il peut supporter fort long-temps l’abslinence ; le sommeil est court et tellement léger que le moindre bruit suffit pour l’interrompre. Les lypémaniaques sont en général méfiants, très-irritables; les uns sont prompts à se mettre en fureur, les autres paraissent insensibles à tout ce qu’on leur dit; les punitions n’ont aucune influence sur leur conduite : j’en ai connu qui auraient succombé à la douche plutôt que de faire ce qu’on leur demandait.

Le lypémaniaque s'imagine que tout le monde lui en veut, que ceux qui l'entourent désirent sa perte, qu'on veut l’empoisonner, qu'il a été trahi, qu'il est ruiné , que ses proches l'ont abandonné , qu’il est poursuivi pour quelque crime, qu’il est condamné à des peines éternelles, etc. Il pense que la mort est l'unique remède qui puisse le délivrer de ses maux , et il cherche tous les moyens de se la donner. Si l'on voulait faire l'énumération de toutes les variétés que renferme cette espèce , on serait obligé d’en compter presque autant qu'il y a de malades.

Celles que l'on rencontre le plus généralement sont, je crois , celles que nous venons d'indiquer.

L'invasion de la lypémanie passe souvent inaperçue ; sa marche est si lente, qu'on ne remarque l'état du malade que long-temps après qu'il a été assiégé de ses idées tristes ou absurdes. Les guérisons sont assez fréquentes , surtout quand la maladie est récente, et que le sujet est jeune et robuste; mais un caractère fâcheux , c’est qu'elle est souvent héréditaire. Quand elle ne se termine pas par la guérison , la lypémanie passe à l’état de démence ou de stupidité. Nous allons nous occuper de cette dernière , non que nous la regardions comme une espèce distincte de la lypémanie, mais parce que la plupart des auteurs qui ont écrit sur les maladies mentales , n'en ont fait aucune mention ou bien Font confondue avec les autres.

Georget , le premier, séparant les maladies dans lesquelles il y a absence de la manifestation de la pensée, soit que le malade n’ait pas d’idées , soit qu’il ne puisse les exprimer, en a formé un genre particulier, auquel il a donné le nom de stupidité.

La description que donne Esquirol de la démence aiguë, nous porte à croire qu’il a classé dans le même genre la maladie qui nous occupe en ce moment.

M. Etoc Demazy rejette l’opinion de Georget qui en fait un genre particulier ; il ne la regarde que comme un accident pouvant survenir dans tous les genres de folie , et pense qu’elle est due à la compression du cerveau par de la sérosité interstitielle à la substance de cet organe, ce qui amène la diminution ou la suspension des facultés intellectuelles.

Rush donne le nom de manalgie aux maladies dans lesquelles il y a engourdissement du corps et de l’esprit.

M. Baillarger rejette l’opinion de Georget qui fait de la stupidité un genre à part , il n’admet pas non plus celle d’Etoc Demazy qui veut qu’elle ne soit qu’une complication ; enfin , il prétend que ces deux auteurs se sont trompés quand ils ont dit qu’il y avait suspension des facultés intellectuelles, parce que ce phénomène ne s’est jamais présenté à lui chez les malades qu’il a observés. Chez tous, l’obscurité des perceptions était devenue la source d’il-

lusions et d'hallucinations nombreuses, et bientôt d'un état spécial qui ne peut être comparé ni à la manie, ni à la monomanie, ni à la mélancolie ordinaire , mais qui lui paraît être le plus haut degré de cette dernière, attendu que, chez les malades dont la forme du délire a pu être caractérisée soit pendant l'accès, soit après la guérison, on a reconnu un délire triste, et que, dans le plus grand nombre des cas , il y avait penchant au suicide.

Pour nous, nous définirons la stupidité : un état chronique sans fièvre, ayant pour caractère principal l’oppression des facultés intellectuelles par une idée dominante, qui agit sur le sujet avec une puissance telle qu'il ne peut manifester ses idées, et que sa sensibilité en est altérée.

Le stupide se rapproche beaucoup des autres lypémaniaques par les caractères extérieurs. Il est triste , morose , toujours seul , restant des heures entières à la même place , ne se dérangeant même pas pour prendre sa nourriture ; il mourrait de faim si l'on ne prenait la peine de le faire manger. Le froid , la chaleur et la pluie ne peuvent point le tirer de ses rêveries; il resterait exposé à toutes les variations de la température , si on n'avait le soin de le conduire à l'abri; il faut s'en méfier, parce qu'il est sujet à se mettre en fureur, soit que son caractère naturel l'y porte , soit qu'il ait des hallucinations auxquelles il obéit. Quand on lui

parle, il ne répond pas, ou s’il le fait , c’est après qu’on lui a réitéré la demande, et que l’on est par-» venu à attirer son attention ; ce qui est quelquefois impossible, car sa sensibilité peut être émoussée au point qu’on peut le pincer, le piquer, le brûler sans qu’il s’en aperçoive, ou du moins que sa physionomie trahisse la moindre émotion. Une circonstance imprévue peut le faire sortir momentanément de la torpeur où il est plongé habituellement, mais bientôt après il retombe dans le même état. J’ai connu un jeune homme de 26 ans, devenu stupide à la suite d’une monomanie religieuse ; chaque fois que sa mère ou sa sœur venait le voir , il sortait de son apathie, causait un peu avec elles; à peine l’avaieut-elles quitté qu’il redevenait ce qu’il était auparavant.

La stupidité débute quelquefois brusquement , mais habituellement la progression est lente ; c'est ce qui arrive quand elle est le résultat de la lypémanie. Le type est continu continent ; dans quelques cas, il y a de légères rémissions.

La maladie peut être simple; elle peut être compliquée de manie, d’hallucinations, d’illusions, etc. Dans le premier cas, elle offre beaucoup de chances de guérison , surtout si le sujet est jeune , et si la maladie s’est déclarée brusquement à la suite d’un évènement imprévu; si elle est compliquée, l’état de stupidité peut cesser , c’est-à-dire que le

malade peut exprimer ses idées, et l’aliénation mentaie poursuivre son cours ou cesser également.

Pour résumer notre opinion , nous dirons que la stupidité nous paraît être le plus haut degré de la lypémanie ; qu’elle peut être simple comme les autres formes de l’aliénation mentale; qu’elle peut, comme elles, être compliquée ; qu’enfin . elle peut aussi dégénérer en démence , c’est-à-dire que le malade , qui d’abord avait des idées qu’il ne pou» vait pas exprimer, il est vrai , peut ne plus en avoir. Ce qui démontre cette proposition , c'est le changement qui s’opère dans l’habitude extérieure des individus, dans certains cas où la maladie existe depuis long temps.

De V irrésistibilité. Nous croyons qu’il est indispensable de faire une troisième espèce de monomanie des maladies dans lesquelles le sujet jouit habituellement de toutes ses facultés intellectuelles , mais dans lesquelles sa raison se trouve éclipsée par un penchant naturel vicieux auquel il ne peut résister.

Plusieurs auteurs, entre autres Fodéré et Mathey, ont confondu cette maladie avec la manie sans délire ; il y a cependant une bien grande différence entre ces deux états. Dans la manie sans délire, que nous avons appelée manie furieuse, attendu que nous avons reconnu qu’elle n’était pas sans

délire, l’individu, pour s’emporter, a besoin d’un motif très-léger , il est vrai, résultant même le plus souvent d’une fausse appréciation des faits ï mais enfin il lui en faut un, et la plupart du temps il ne se venge que comme le ferait un homme dominé par une violente colère. Il n’en est pas de même dans l’irrésistibilité : c’est sans y avoir été le moins du monde excité que l’individu accomplit ses desseins , mortels quelquefois pour ceux qui en sont l’objet. Je ne crois pas qu’on puisse regarder, comme le résultat de cette maladie , un meurtre commis par un maniaque pour se venger. Habituellement aucun signe extérieur ne peut faire eon uaître au malade, ou aux personnes qui l’entourent, ce qui va se passer en lui. D’autres fois, des vertiges précurseurs l’avertissent que sa raison va l’abandonner; il peut avoir le temps de prévenir ses parents, ou ceux qui sont avec lui , de se soustraire à ses coups. Cette forme de l’aliénation mentale est assez rare ; j’ai eu cependant l’occasion d’en voir trois exemples à l’hospice de Montpellier: je n’en citerai qu’un, qui pourra servir à prouver combien elle est dangereuse , surtout dans le cas de penchant à l’homicide , parce que l’on ne peut jamais être assuré de la guérison du malade* Le nommé G..., qui se trouve encore dans l’hospice de Montpellier, fut renfermé par ordre de l’autorité pour un meurtre qu’il avait commis, Lors

de son entrée, on lui mit la camisole de force, et il la garda long-temps; à la fin, le voyant tranquille, on le laissa libre dans la cour. Il resta pendant plusieurs mois sans commettre aucune action répréhensible ; mais un jour il trouva la porte ouverte , il fut se cacher dans la salle des bains, et au moment où l’infirmier chargé de remplir les baignoires allait entrer, il lui porta, avec une énorme barre de fer dont il s’était emparé , un coup qui aurait pu le tuer, s’il en eût été atteint.

La dénomination de tigridomanîe, queM.Mathey avait proposé de substituer à celle de manie sans délire , pourrait convenir si elle embrassait toutes les maladies que renferme cette espèce; mais il est une autre variété à laquelle cet auteur a donné le nom de klopémanie j et dont il a fait la huitième espèce de sa classification. La klopémanie est le penchant au vol qu’éprouvent certaines personnes , et auquel il leur est impossible de résister, quoiqu’elles n’aient pas intention de profiter de l’objet volé. Une personne qui avait celte malheureuse habitude, disait qu’elle croyait avoir oublié quelque chose dans une maison, quand elle en sortait sans y avoir rien pris. Une autre se faisait suivre par un domestique, qui avait l’ordre de rapporter le lendemain les objets soustraits la veille par son maître. On dit que Louis X1Y avait le même défaut.

Les avocats ont souvent voulu tirer parti pour

leurs clients de cette forme de l’aliénation mentale; le ministère public rejette presque toujours ce moyen de défense. Le médecin appelé pour décider la question se trouve fort souvent embarrassé , rien ne pouvant faire connaître d’une manière évidente l’existence de cette maladie. Dans tous les cas, je crois qu’une réclusion perpétuelle dans une maison de santé est indispensable dans le cas de penchant à l’homicide, puisque nul caractère ne peut donner la certitude d’une guérison solide.

De r aberration des perceptions . La quatrième espèce de monomanie que nous avons admise , est Laberration des perceptions, qui peut avoir lieu de deux manières : au moyen des sensations qui nous viennent de l’extérieur, et par les sensations que nous éprouvons en nous -mêmes. Les premières ont été appelées illusions et hallucinations ; les secondes sont connues sous le nom à’hypochon drie. Nous ne croyons pas que l’on puisse regarder ces maladies comme un symptôme des autres aliénations mentales , puisqu’elles peuvent se présenter dégagées de toute complication, et former à elles seules une perversion de l’intelligence. Ces exemples ne sont pas très-communs ; on en trouve cependant dans les auteurs qui ont écrit sur cette matière.

L’illusion et l’hallucination sont des termes qui indiquent tous les deux qu’il y a méprise de la part

de l'individu , mais il y a entre eux une grande différence. Dans l’illusion, l’individu est trompé sur ce qui est l’objet de la sensation; dans l’hallucination , l’individu croit à l’existence d’un être imaginaire, qui agit sur ses sens comme s’il était présent. Pour que l’illusion et l’hallucination constituent une aliénation mentale, il faut que l’erreur dans laquelle se trouve placé l’individu ne puisse être rectifiée à l’aide des autres sens ou du raisonnement ; car elles peuvent provenir ou de ce que l’organe n’est pas dans son état normal , ou de ce qu’il ne se trouve pas placé dans des circonstances favorables.

L’illusionné interprète tout à son désavantage : si l’on parle bas, c’est pour dire du mal de lui; si on rit, c’est pour le tourner en dérision.

L’halluciné entend quelqu’un qui l’appelle , qui lui dit des injures, alors qu’il est seul et que personne ne parle au-dehors : c’est surtout pendant la nuit que les voix se font entendre, que les personnages imaginaires viennent le tracasser. Les hallucinations peuvent avoir lieu, bien que les individus soient privés de l’organe qui éprouve la sensation : ainsi un aveugle aura des hallucinations de la vue , un sourd des hallucinations de l’ouïe. Ceci ne paraîtra pas surprenant, car l’on sait que les amputés accusent souvent des douleurs dans le membre qu’ils n’ont plus. Quelquefois il suffit d’empêcher que les

fonctions de l’organe s’accomplissent pour faire cesser le délire.

Les organes qui sont le plus fréquemment le siège des sensations fausses sont ceux de l’ouïe et de la vue. Il est rare que ces deux sens ne soient pas pervertis en même temps ; l’odorat , le goût et le toucher peuvent aussi éprouver les mêmes phénomènes ; ils peuvent être tous affectés en même temps.

Les illusions et les hallucinations sont parfaitement distinctes des autres espèces dont nous avons parlé ; elles ne constituent pas, à proprement parler, une monomanie, puisque le délire roule sur des objets bien différents , mais il ne se manifeste que par des phénomènes du même ordre, et le malade raisonne parfaitement sur tous les sujets, ce qui ne constitue qu’un délire partiel.

Ces deux maladies sont , de toutes les formes de l’aliénation, celles qui se trouvent le plus fréquemment liées aux autres variétés.

Les hallucinations et les illusions constituent une espèce assez difficile à guérir ; cependant, quand elles sont à l’état de simplicité, elles offrent plus de chances de succès.

On pourrait dire que l’hypochondrie constitue les illusions et les hallucinations des sensations internes. Dans cette variété, le malade s’imagine avoir une faible santé ou être atteint d’une ma-

ladie grave . ce qui le rend triste chaque fois qu’il réfléchit à sa position. Il y a bien habituellement lésion des organes abdominaux dans l’hypochondrie, mais il n’y a souvent aucun rapport entre cette lésion et la maladie dont se plaint l’individu. J’en ai vu plusieurs qui s’imaginaient avoir la syphilis. Un de ces derniers à qui l’on faisait prendre des remèdes insignifiants pour le satisfaire, prétendit même avoir un commencement de salivation. Tant que la maladie reste dans de certaines bornes, qu’elle n’empêche pas le sujet de vaquer à ses occupations et de satisfaire à tous ses besoins, on ne peut la regarder comme une aliénation mentale. Mais quand elle va toujours en augmentant, elle dégénère en lypémanie; le malade ne songe qu’à sa position , ce qui le rend triste ; ses fonctions s’accomplissent mal ; il devient excitable ; la moindre contrariété l’irrite et le fait porter à des actes de fureur, ce qui constitue une véritable aliénation mentale. Considérée comme symptôme d’aliénation mentale, cette maladie ne se rencontre habituellement que dans la lypémanie et la monomanie concentrée.

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